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Exploitation agricole des ressources naturelles de la région de l'Est du Burkina Faso: Diagnostic des risques et impacts environnementaux de la culture du coton dans la Province de la Kompienga


par Alain Péoulé K. GOMGNIMBOU
Ouagadougou - Master en Science et Technologie 2007
  

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INTRODUCTION / PROBLEMATIQUE

La grave crise du développement que connaît le continent africain se manifeste à quatre niveaux essentiels à savoir la détérioration des indicateurs macro économiques, la désintégration des structures de production et la dégradation des infrastructures, la détérioration des conditions d'existence et du bien-être social des populations et la dégradation des ressources naturelles et de l'environnement (LO et TOURE, 2005). La prise de conscience des dommages causés par la pollution du milieu naturel a contraint les autorités politiques et législatives des pays industrialisés à développer des réglementations pour protéger l'environnement et à réviser les règlementations existantes. Toutes fois, ces dernières années, il s'est produit dans le monde entier mais surtout dans de nombreux pays d'Afrique, une croissance démographique spectaculaire qui s'est accompagnée d'une urbanisation intensive, du développement des activités industrielles et d'une exploitation accrue des terres cultivables (FAO, 1993).

Parmi les cultures de rente, le coton est à l'état actuel une activité stratégique, un des poumons de l'économie de nos pays et à ce titre, elle reste incontournable dans la plupart des politiques de développement. D'après CSAO (2005), elle est la première source de devises pour certains pays de l'Afrique de l'Ouest et du centre. En effet en 2003, elle représente 51% des recettes totales d'exportation du Burkina Faso, 37% du Bénin, 30% du Tchad et 25% du Mali. Ces exportations représentaient près de 70% des exportations agricoles du Burkina Faso et du Bénin et 60% du Mali et du Tchad. Les zones cotonnières varient régulièrement en Afrique de l'Ouest en fonction des facteurs climatiques, de la présence de l'eau et de la fertilité des terres.

Au Burkina Faso, elles se sont déplacées de la partie située au nord des régions centrales vers le sud et le sud-ouest du pays en raison de la dégradation des conditions environnementales et de l'épuisement des sols.

Dans la région de l'Est cette relance s'est faite au début des années 1990 après deux décennies d'abandon (PICOFA, 2003) et a été affichée comme objectif majeur avec le PDRI (SCHWARTZ, 1997a). Les énormes potentialités faunique, floristique et hydraulique confère à l'Est une caractéristique éco systémique particulière ce qui lui offre des perspectives certaines pour amorcer son développement socio-économique (DRED-E, 2004). Depuis la réintroduction de la spéculation dans la zone, elle est en pleine expansion. Cette expansion inquiète les acteurs du développement au sujet des risques éventuels dommageables pour l'environnement. En effet, la recherche galopante et perpétuelle de nouvelles terres, l'accroissement de l'utilisation des pesticides contre les maladies causées par les ravageurs et pour lutter contre les mauvaises herbes, l'appauvrissement des sols, et l'accélération du front de colonisations inhérentes aux fortes migrations sont susceptibles de remettre en cause la politique de développement durable dans la région (CLARCK, 1997; SCHWARTZ, 1997b; PICOFA, 2003). Par ailleurs, dans cette même dynamique TERSIGUEL (1992) fait constaté que l'évolution écologique du nord du pays conduit l'observateur sur les dégradations irréversibles du milieu dans les régions sahéliennes et à réfléchir sur les stratégies observées en matière de protection de l'environnement dans les régions non encore dégradées au sud et à l'Ouest du pays. SPACK (1997) dans une étude sur la stratégie de gestion durable des terroirs villageois du Gourma, évoquait la forte dégradation des ressources naturelles dans la région

de l'Est et la liait à trois facteurs principaux qui sont d'ordre climatique, démographique et des techniques culturales et pastorales d'exploitation. Aussi, OUATTARA et al. (2006) ont montré que dans la province de la Kompienga, la destruction des formations naturelles a été en moyenne de l'ordre de 1600km2 en 15 ans, ce qui correspond à une réduction annuelle moyenne de 106km2. Ainsi, donc la problématique environnementale de la culture de coton dans cette région se pose en termes d'impacts des systèmes et mode de production de cette spéculation sur les écosystèmes. Quoiqu'elle soit affichée comme choix stratégique de développement, la protection des ressources naturelles n'en demeure pas moins une obligation à laquelle aucun programme de développement ne peut se soustraire.

Dans l'optique d'améliorer les rendements et de prévenir les attaques parasitaires sur le cotonnier, la méthode chimique est actuellement dominante par l'épandage sous forme de produit concentré émulsifiable. Parmi ces insecticides et herbicides, des représentants extrêmement dangereux ou très polluant appartenant à la famille des organochlorés et organophosphorés sont encore largement utilisés dans le monde (KUMAR, 1991). De même INERA (2000) signale que les substances actives utilisées jusqu'en 1998 au Burkina Faso sont classées pour la plupart dans la classe de toxicité Ib (très dangereux) de la FAO car ayant une DL50 orale comprise entre 20 et 200mg/Kg. MARA et al. (1995) indiquent que les pesticides ont certaines propriétés telles la persistance, la volatilité et la bioaccumulation dans les chaînes alimentaires qui, conjugué à l'action des éléments naturels font qu'ils peuvent avoir des répercussions importantes sur l'environnement, même à des endroits très éloignés de leur lieu d'épandage. S'il apparaît aisé de mesurer avec précision le paramètre extension des superficies emblavées lors de l'évaluation des impacts de la culture de coton quoiqu'il faille apporter des nuances (SOMDA et al., 2006), les autres paramètres de pollution (chimique, organique) sont complexes à établir dans les matrices écologiques. Sur le plan international et national une abondante littérature existe et traite de la contamination environnementale par les pesticides du cotonnier. Des auteurs (SAVADOGO et al., 2006 ; CISSE et al., 2004 ; ILLA, 2003; NEBIE et al., 2002 ; SUNDAY, 1990; OKANNA, 1985 ; SAAD et al., 1985) ont pu détecté la présence des substances d'hydrocarbure chloré (CLHC) dans les matrices écologiques à savoir l'eau, le sol, la faune et la flore la flore à des concentrations importantes. Or ces substances, en raison de leur toxicité, de leurs effets écologiques et des risques toxicologiques peuvent engendrer des évènements catastrophiques (FAO, 1993; LE CLECH, 1998).

Cependant, concernant la région de l'Est en général et la province de la Kompienga en particulier, à notre connaissance, des études formelles et ciblées des impacts et risques environnementaux de la culture de coton sont quasiment existant. Or, il importe de connaître les conséquences réelles et potentielles de ces impacts et risques sur les écosystèmes. En effet, la connaissance de l'état actuel de l'environnement et des problèmes y relatifs s'avère indispensable et devrait constituer un préalable aux processus décisionnels et aux mécanismes opérationnels en matière de préservation et de gestion durable de l'environnement (MECV, 2004). C'est dans cette optique de culture de coton et d'exploitation durable des ressources naturelles que s'inscrit la présente étude.

L'objectif global visé est alors de faire un diagnostic des impacts et des risques environnementaux de la culture cotonnière en rapport avec la préservation durable de la biodiversité de la région de l'Est.

Outre l'objectif global, les objectifs spécifiques poursuivis sont :

(i) d'identifier les mécanismes contextuels de dégradation des ressources naturelles,

(ii) de répertorier les éléments vecteurs de sources de pollution,

(iii) d'évaluer les niveaux de perception des problèmes environnementaux par les producteurs et les actions endogènes pour la protection de l'environnement et

(iv) d'évaluer les répercussions environnementales potentielles de la culture
cotonnière sur les ressources naturelles de la région.

Le présent rapport est structuré en trois parties. La première traite de la revue bibliographique, la seconde de la méthodologie de recherche, la troisième partie des résultats et discussion et enfin la conclusion et perspectives.

Première Partie : REVUE DE LITTERATURE

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