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Le développement financier et la croissance économique au Camreroun

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par Nathalie Carine ASSOMO TEUBO
Université de Douala - DEA en Economie Monétaire et Bancaire 2005
  

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Introduction générale

« La monnaie est un voile derrière lequel l'action des forces réelles est cachée », (Pigou, 1949). Cette citation de l'économiste classique Pigou décrit bien le sentiment général de ses contemporains quant au rôle de la monnaie dans l'économie.

La monnaie pour eux est un bien résiduel. Sa détention est sans coût et son incidence sur les transactions sans effet. Elle est même au sens de Sidrauski (1967) « super neutre ». Elle n'a d'incidence ni à court terme, ni à long terme sur le niveau de l'activité réelle.

Ainsi la pensée néoclassique attribue à la monnaie l'unique fonction de facilitation des échanges.

Cependant, cette thèse pourtant fondamentale a été remise en cause par les keynésiens et néo-keynésiens qui soutiennent que dans un environnement incertain, les agents économiques ont une certaine préférence pour la liquidité. Ils lui attribuent alors une seconde fonction qui est celle de réserve de la valeur.

Autrement dit, la détention des avoirs liquides pénalise les transactions et la monnaie n'est plus ce voile que Say et Pigou décrivent dans leurs travaux. Tobin en 1965 montre à cet effet qu'en modifiant le portefeuille des ménages, la monnaie influe sur le niveau du PIB. Pour lui, elle doit en conséquence être désormais définie comme un actif financier qui permet à son détenteur de se prémunir contre les risques du marché des biens et services.

Bien plus, l'économie de l'intermédiation financière et bancaire nous amène à définir la monnaie tout simplement comme le crédit bancaire. En effet, une fonction première des intermédiaires financiers et particulièrement de la banque est de créer la monnaie ou tout autre actif financier ayant les mêmes caractéristiques qu'elle.

Cette fonction est d'autant plus importante pour Keynes que la création monétaire constitue un moyen efficace par lequel les autorités étatiques peuvent relancer l'activité économique.

Il démontre à cet effet par le mécanisme du multiplicateur monétaire qu'un accroissement de la masse monétaire induit une augmentation de la production globale via l'accroissement de la demande effective.

Aussi, toutes les thèses qui s'inscrivent dans la même logique que la pensée de Keynes sont en contradiction avec toute la construction de l'équilibre générale élaborée par Arrow et Debreu.

Ces derniers considèrent en effet que le système financier tout entier vient graisser le mécanisme par lequel les équilibres partiels conduisent à l'équilibre général sans en être le moteur.

En d'autres termes, un déséquilibre dans le système financier ne saurait perturber l'équilibre général dont la solidité repose sur des fondamentaux réels.

A ce stade de l'analyse nous pouvons constater que le débat entre classiques et keynésiens sur le rôle de la monnaie a évolué au fil du temps en un débat entre néoclassiques et néo-keynésiens sur la place du système financier dans l'économie.

Tandis que certains auteurs à l'instar de Lucas (1988) pensent qu'une place trop importante est accordée à tort aux facteurs financiers, d'autres, en l'occurrence McKionnon, Levine, Shaw et Hubbard épousent une vision contraire. Celui-ci démontre que l'équilibre sur le marché des capitaux en l'absence d'intermédiaires financiers est sous optimale.

Tous ces débats théoriques sont mis à profit dans les analyses empiriques faites par Collier et Gunning (1997) et Odekun (1996). Alors que les premiers établissent que la relation entre le développement de l'activité financière et celui de l'activité réelle est positive en Afrique, le second montre que ce résultat n'est pas en conformité avec la réalité des faits dans près de 2/ 3 des pays D'Afrique subsaharienne.

Notons que le coeur de toutes ces confrontations sur les plans théorique et empirique est la place que le système financier occupe dans le développement de l'activité économique. Pourrait-on en conclure que le développement de l'activité financière aurait une quelconque incidence sur la croissance économique ?

Ce mémoire est donc une tentative de réponse à ce questionnement dans le cadre spécifique du Cameroun. Si nous nous sommes intéressés à ce pays, c'est parce que nous avons été guidés d'une part par la place de choix qu'il occupe dans la zone CEMAC1(*) et d'autre part par le fait qu'il a connu une succession de crises et de reprises des activités financière et productive.

En effet, au cours de la décennie 1980, le Cameroun comme la plupart des pays d'Afrique subsaharienne a connu une récession économique liée à la mauvaise conjoncture sur le marché international des matières premières et une crise de son système bancaire tout entier.

Pour se sortir de cette situation critique, le Cameroun se lance dès 1988 dans une grande phase d'ajustement structurel qui vise à relancer l'activité économique. Une des réformes importantes imposées par les institutions ²internationales de Bretton Woods est l'assainissement de son système financier.

Cette prescription du FMI est appuyée par les thèses libérales de McKinnon et Shaw (1973) qui démontrent dans leurs travaux que la libéralisation financière a pour conséquence majeure l'approfondissement voire le développement financier. Celui-ci à leur avis permet de « booster » la croissance économique en améliorant la qualité des financements et en conduisant à une plus grande collecte de fonds prêtables.

La libéralisation ainsi enclenchée a permis dans un premier temps d'améliorer les conditions de dépôts, mais dans un second temps, elle a conduit à la baisse drastique des ratios de développement financier. Ces conclusions que nous pouvons tirer de l'observation des faits nous amènent à nous intéresser davantage au sens de la causalité entre le développement du système financier et le phénomène de croissance de l'activité économique.

Cette nouvelle appréhension trouve d'ailleurs ses fondements dans l'observation des faits stylisés. En effet, après la dévaluation du franc CFA en janvier 1994, on observe une certaine reprise d'abord de l'activité économique et ensuite de l'activité financière.

Aussi, l'objet de ce mémoire est d'établir le signe, le sens ainsi que le terme de la relation entre le développement financier et la croissance économique dans le cadre précis du Cameroun.

Pour cela, nous nécessitons d'une méthodologie particulière qui se prête mieux à l'analyse simultanée du terme et du signe de la relation. L'estimation économétrique par l'approche de Engle et Granger présente en effet l'avantage d'extraire le signe de la relation à long terme ainsi que celui de la relation à court terme.

L'estimation du modèle à correction d'erreurs nous permet de faire une analyse dynamique des phénomènes. Et comparativement aux autres méthodes classiques notamment la méthode des moindres carrés ordinaires ou généralisés, cette méthode d'estimation nous renseigne mieux sur les effets des fluctuations simultanées et sur la manière dont les deux phénomènes se retrouvent à long terme sur le même sentier d'expansion.

Le sens de la relation quant à lui nécessite la mise en oeuvre d'un test statistique particulier ; il s'agit du test de causalité au sens de Granger. La causalité est une notion plus adéquate lorsque nous cherchons à déterminer l'impact d'un phénomène sur un autre.

Aussi dans ce travail, nous passerons progressivement de l'étude d'une simple corrélation à celle de la causalité statistique qui trouve ses fondements dans l'analyse théorique.

Pour ce faire, nous analyserons dans un premier chapitre la corrélation entre les indicateurs du développement financier et la croissance du produit par tête. Mais avant tout, il nous importe de savoir si après les premières réformes de 1973, le système financier camerounais s'est effectivement développé.

Dans un second chapitre, nous ferons ressortir les fondements théoriques de cette corrélation. Aussi l'étude des modèles théoriques nous permettra de mettre en relief les canaux par lesquels la Finance influence la croissance à court terme et à long terme.

Le troisième chapitre quant à lui est celui de la modélisation économétrique. Il y sera discuté des propriétés statistiques de nos variables ainsi que celui des tests préalables à la mise en oeuvre de la méthode d'estimation choisie. Entre autres, nous établirons aussi le sens de la causalité entre ces deux phénomènes.

Dans un quatrième chapitre enfin, nous donnerons les résultats finaux de nos estimations et nous proposerons quelques réformes susceptibles d'être envisagées sur les plans institutionnel, réglementaire et purement économique.

* 1 CEMAC : Communauté économique et monétaire de l'Afrique Centrale. Les pays membres de cette zone sont le Cameroun, le Gabon, le Congo, la RCA, le Tchad et la Guinée équatoriale

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