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Contribution des Ecoles Normales Primaires au processus de l'Education Pour Tous

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par Jean-Baptiste NDAGIJIMANA
Université Catholique de l'Afrique de l'Ouest - Maîtrise 2005
  

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3.1.2. LES ÉCOLES NORMALES DE JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE

L'Église considérait la mission d'enseigner comme une orientation éducative reçue de Jésus Christ « allez, enseignez toutes les nations »70(*). Dans cette logique, l'enseignement de l'Église devrait s'adresser à tout le monde. Pour accomplir cette mission l'Église s'est obligée à mettre sur place une structure scolaire. Dans ce courant de pensée, plusieurs autorités de l'Église, papes, évêques, curés, n'hésitaient pas à dire « allez, faites l'école ». Ils organisaient les écoles dans leurs palais. La présence de ces écoles légitimait leur pouvoir comme autorité venant de Jésus-Christ.

L'école restera dans les préoccupations majeures de l'Église Catholique. Tous les Conciles avaient à l'ordre du jour la question de l'école. En 529, le Concile de Vaison exige que chaque Curé ouvre une école pour ses paroissiens. En 1179, le Concile de Latran s'exprime en ces termes : « l'Église de Dieu, étant obligée, comme une bonne et tendre mère de pourvoir aux besoins corporels et spirituels des pauvres désireux de procurer aux enfants dépourvues des ressources pécuniaires la faculté d'apprendre à lire et d'avancer dans l'étude des lettres, ordonne que chaque Église ait un maître chargé d'instruire gratuitement [...] les écoliers pauvres ».71(*) La gratuité de l'éducation de base restera une chance dans l'enseignement primaire.

Dans le progrès de la société en matière d'éducation, l'Église a donné une contribution considérable. En 1400, dans les pays où l'Église Catholique avait des adeptes, chaque paroisse avait une école primaire. L'enseignement primaire était accessible à tous les enfants de ces paroisses. L'alphabétisation des adultes était aussi prise en compte. Mais, suite aux guerres civiles, l'enseignement a connu des difficultés ; de nombreuses écoles ont été détruites. L'Église a pu faire face à ces difficultés pour que les écoles se répandent en insistant encore sur la gratuité de l'éducation de base par la voix du Concile de Trente en 1545 en ces termes : « qu'il eut dans chaque église un prêtre pour enseigner gratuitement la grammaire [...] aux écoliers pauvres »72(*) . Le Concile provincial de Cambrai exige que les écoles détruites par la guerre soient rétablies et entretenues et que l'église s'occupe de l'instruction de la Jeunesse.

Dans l'histoire de l'éducation, nous constatons que l'école a été bien structurée et organisée par l'Église catholique. F. Maximin nous affirme dans son ouvrage que « l'école est née de l'Église » par le fait même que avant «le christianisme, la charge d'enseigner était considérée comme une besogne d'esclave ; c'est parmi les esclaves qu'on choisissait le « pédagogue » pour enseigner aux seuls riches ».73(*) Avec l'Église, un changement radical du métier d'enseignement fut opéré. Le métier est valorisé d'abord par l'implication des prêtres dans l'enseignement, ensuite la naissance des congrégations enseignantes perfectionne le métier d'enseignant et enfin les écoles spéciales sont fondées pour la formation des maîtres. L'enseignement primaire devient plus accessible. Avant la révolution de 1789, l'Église catholique avait organisé convenablement l'enseignement primaire dans tous les villages.74(*)

Pour accomplir cette tâche d'enseignant avec compétence, l'Église avait mis en place un système de formation des enseignants. Tous les religieux - enseignants avaient suivi la formation dans les séminaires des maîtres d'écoles pour les hommes ou dans les noviciats pour les femmes (au 16ème siècle chez les Soeurs des Ursulines et au 17ème siècle chez les Frères des écoles chrétiennes).  Les Écoles Normales de l'Église pour la formation des enseignants laïcs avaient plus de succès chez les femmes que chez les hommes. L'idée de ces Écoles Normales est davantage chez Jean-Baptiste de la Salle qui a fondé les Frères des Écoles Chrétiennes depuis 1683 avec le projet d'une École Normale à Rethel. Sa première école normale établie est celle de Reims en 1684.

Suite à ces préoccupations pédagogiques, Monsieur l'Abbé Jean-Baptiste de la Salle fonde l'Institut des Frères des Écoles Chrétiennes pour la formation des religieux - enseignants et éducateurs. Pour former des laïcs au « sacerdoce de l'enseignement », il fonda des Écoles Normales appelées autrefois « Séminaires des maîtres d'écoles ». Nous pouvons citer : Premier projet d'une École Normale à Rethel en 1683 ; l'École Normale de Reims en 1684 ; Second projet de l'École Normale à Rethel en 1685 ; projet d'une École Normale dans le Marquisat de Mont Cornet en 1685 ; École Normale de Saint Cassier à Paris en 1688 ; École Normale de Saint Hippolyte à Paris en 1699 et l'École Normale Saint Denis près de Paris.

La révolution française de 1789 nationalisa les biens de l'Église (2 novembre) y compris les écoles. N'ayant pas été préparées, plusieurs écoles y compris les écoles normales tombent en ruine. Cette révolution tentera d'instaurer l'enseignement primaire comme avant, mais sans succès à cause des ruines accumulées. Cela suscitera le désir de former des maîtres d'écoles primaires dans les écoles spécialisées. L'École Normale de Paris sera créée sans succès par le décret du 30 octobre 1794. La première École Normale véritablement ouverte est celle de Strasbourg en 1810 (Pour être maître au début du 19ème siècle on n'exigeait que le savoir lire et écrire). Suite à leur compétence de formation des maîtres, certaines congrégations religieuses, en particuliers les Frères des Écoles Chrétiennes, se virent confiées les Écoles Normales par l'État français après la révolution.

En dehors de la France, les disciples de Jean-Baptiste de la Salle fondent plusieurs écoles normales au 19ème siècle et au début du 20ème siècle. Nous pouvons citer des fondations suivantes; en Autriche : deux écoles normales ; en Colombie : une école normale ; en Hollande : une école normale ; en Irlande : une école normale ; Nicaragua : une école normale ; Tchécoslovaquie : une école normale. En Belgique : sept écoles normales pour la formation des instituteurs du primaire.

La formule de la Belgique qu'on appelle «  École Normale Primaire de la langue française » et l'École Primaire de la langue française servant de l'École primaire d'application sera transmise au Rwanda par les premiers missionnaires catholiques, en particulier les congrégations enseignantes telles que celles des Frères des Écoles Chrétiennes et des Frères de la Charité pendant la période de colonisation belge. C'est à partir de cette conception de formation des enseignants du primaire qu'on peut comprendre les Écoles Normales Primaires du système éducatif rwandais qui a beaucoup de convergences avec la formule de formation du système anglais « Teachers Training College (TTC) ». C'est à partir aussi de l'organisation des Écoles Normales Primaires et de la doctrine pédagogique que nous pouvons comprendre la politique éducative sous-jacente des institutions de formation pédagogique.

* 70 Cf. Mt. 28,19

* 71 Maximin, p. 8

* 72 ibid, p. 9

* 73 Maximin, p. 10

* 74 Cf. ibid. p. 10

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