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Espace et temps dans l'oeuvre de Jules Verne: « Voyage au centre de la terre » et dans le temps.

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par Lionel Dupuy
Université de Pau et des Pays de l'Adour - Certificat International d'Ecologie Humaine 1999
  

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III - VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE... ET DANS LE TEMPS.

L'objet de notre démarche consiste ainsi à montrer comment ce voyage au centre de la terre constitue aussi un voyage dans le temps, un retour dans le passé. Pour ce faire, Jules Verne procède, entre autre et pour ce qui nous intéresse, par l'explication et la description des différentes couches géologiques qui se succèdent le long du périple des voyageurs : il s'agit du principe même de la stratigraphie32. Plus les héros s'enfoncent vers le centre de la terre, plus ils remontent le cours du temps, partant des origines du monde pour arriver à l'apparition de l'homme. Ce procédé permet ainsi de crédibiliser le voyage en s'appuyant sur des bases scientifiques. Le cratère et le conduit du volcan par lesquels s'effectue la descente, constituent alors une formidable machine à remonter le temps.

Le monde de Jules Verne est clos33, fermé, limité dans l'espace (et dans le temps ?). La recherche du centre de la terre est aussi la recherche d'un « point zéro », source de l'origine du monde. Or les héros de Jules Verne n'atteignent pas ce point de départ qui constitue aussi un point d'arrivé (celui du voyage). Car la science physique et géologique de cette fin de 19° siècle ne permet pas de préciser exactement la structure interne du globe, et donc de permettre aux explorateurs d'aller jusqu'au bout de leur objectif. Jules Verne s'en sort alors par une astuce très subtile : les héros se retrouvent à la fin de leur parcours expulsés par un volcan en éruption34, et atterrissent finalement en Italie, le berceau même de la civilisation gréco- romaine. Or cette civilisation gréco-romaine se croyait, il y a deux millénaires, au centre du monde et au centre de la terre (ce géocentrisme était flagrant dans les cartographies contemporaines, plaçant le domaine méditerranéen au centre du monde, tel que conçu et imaginé par les érudits de l'époque35). D'autre part, rappelons aussi que pour bon nombre de scientifiques, l'origine de la vie sur terre tire une partie de ses origines de la combinaison des éruptions volcaniques, de l'eau, des météores d'origine extra-terrestre36...

32 Partie de la géologie qui étudie les couches de l'écorce terrestre en vue d'établir l'ordre normal de superposition et l'âge relatif.

33 Op. cit. COMPERE Daniel. Un voyage imaginaire de Jules Verne. Voyage au centre de la terre. Page 10.

34 Ce qui permet aussi à l'auteur de ne pas faire revenir ses héros par le chemin emprunté à l'aller, et ainsi d'économiser des pages d'écriture redondantes.

35 Cependant, certains émettaient des avis contraires, comme, notamment, Claude Ptolémée (environ 100-170 après J.C.) qui avait réussi à calculer la circonférence de la terre. Par conséquent, il démontrait aussi que la terre est ronde, et que donc le domaine méditerranéen ne pouvait constituer le centre du monde (plutôt le centre d'un monde, celui des romains...).

36 Evidemment, il existe d'autres éléments qui entrent en compte, mais nous ne citons ici que ceux qui permettent

Cependant, le voyage en lui-même est précédé par un premier voyage qui consiste en l'acheminement des expéditeurs et du matériel au point de départ prévu par le document d'Arne Saknussemm. Ce premier voyage représente, dans le roman, quand même 145 pages37 : « Le véritable voyage commençait »38, en parlant de la descente proprement dite. Les expéditeurs se dirigent ainsi en Islande, et plus exactement vers le cratère du Sneffels. C'est durant ces 145 pages que Jules Verne précise qu'il s'agit d'une expédition scientifique et géographique, telle que celles menées par les grands explorateurs du 15° et du 16° siècle. Le vieux parchemin à l'origine de cette aventure date d'ailleurs du 16° siècle39.

A) - Une expédition scientifique et géographique.

Dès le début roman, Jules Verne nous décrit ses héros comme des scientifiques, des spécialistes des sciences de la terre. Ainsi, concernant le professeur Lidenbrock : « Il était professeur au Johannaeum et faisait un cours de minéralogie »40. Et pour renforcer encore plus ce caractère, une page plus loin l'auteur nous énumère des types de cristallisation, des variétés de minéraux : « Mais lorsqu'on se trouve en présence des cristallisations rhomboédriques, des résines rétinasphaltes, des ghélénites, des fangasites, des molybdates de plomb, des tungstates de manganèse et titianites de zircone, il est permis à la langue la plus adroite de fourcher. »41 ; ou encore des noms de savants et scientifiques que le professeur Lidenbrock connaît : « MM. Humphry Davy, de Humboldt, les capitaines Franklin et Sabine, ne manquèrent pas de lui rendre visite à leur passage à Hambourg. MM. Becquerel, Ebelmen, Brewster, Dumas, Milne-Edwards, Sainte-Claire-Deville, aimaient à le consulter sur des questions les plus palpitantes de la chimie »42.

d'expliquer en partie ce roman de Jules Verne.

37 Soit plus d'un tiers du roman.

38 Op. cit. VERNE Jules. Voyage au centre de la terre. Page 145.

39 Ibid. page 18.

40 Ibid. page 3.

41 Ibid. page 4.

42 Ibid. page 5 ; néanmoins, l'auteur fait preuve ici d'incohérence et d'anachronisme : «Edmondo Marcucci a signalé le premier un étrange anachronisme : Lidenbrock affirme avoir discuté du noyau intérieur de la Terre avec Humphry Davy en 1825. Or, étant âgé de 50 ans en 1863, il avait 12 ans en 1825 ! Cette discussion est donc impossible, mais elle arrange Verne, car elle apporte une caution à son personnage. Davy étant mort en 1829, il pouvait difficilement placer cette rencontre plus tard...». Op. cit. COMPERE Daniel. Un voyage imaginaire de Jules Verne. Voyage au centre de la terre. Page 50.

L'énumération est un procédé cher à Jules Verne, il contribue à donner du poids et de la réalité à son aventure43.

Ce même professeur a fait paraître en 1853 un « Traité de Cristallographie transcendante »44 ; toute sa collection de minéraux fait l'objet d'une classification rigoureuse, caractéristique d'un esprit positiviste, classificateur, à l'image du Positivisme d'Auguste Comte : « A la cassure, à l'aspect, à la dureté, à la fusibilité, au son, à l'odeur, au goût d'un minéral quelconque, il le classait sans hésiter parmi les six cents espèces que la science compte aujourd'hui »45 ; « Tous les échantillons du règne minéral s'y trouvaient étiquetés avec l'ordre le plus parfait, suivant les trois grandes divisions des minéraux inflammables, métalliques et lithoïdes »46.

Le narrateur, Axel, son neveu, avoue qu'il mordit « avec appétit aux sciences géologiques ; j'avais du sang de minéralogiste dans les veines, et je ne m'ennuyais jamais en compagnie de mes précieux cailloux »47.

De même, Jules Verne utilise dans son texte des figures de rhétorique, telle que la comparaison ou l'image, qui reprennent des éléments des sciences de la terre (et de la vie, et plus particulièrement la vulcanologie) : « laboratoire culinaire »48, « imagination volcanique »49, « Quelle gloire attend M. Lidenbrock et rejaillira sur son compagnon »50, « Mais il fallait de telles épreuves pour provoquer chez le professeur un pareil épanchement »51 , etc...

Néanmoins, l'incertitude concernant l'aboutissement du voyage demeure. En effet, les théories concernant la structure du centre du globe terrestre s'affrontent en cette deuxième moitié de 19° siècle : « C'est que toutes les théories de la science démontrent qu'une pareille entreprise est impraticable ! »52 . Axel oppose ainsi à son oncle la théorie de la chaleur interne

43 VIERNE Simone. Jules Verne. Une vie, une oeuvre, une époque. Paris : Balland, 1986. Page 158.

44 Op. cit. VERNE Jules. Voyage au centre de la terre. Page 5. Il s'agit d'un ouvrage évidemment purement imaginaire !!!.

45 Ibid.

46 Ibid. page 9.

47 Ibid.

48 Ibid. page 2.

49 Ibid. page 34.

50 Ibid. page 59.

51 Ibid. page 227.

52 Ibid. page 47.

(ou centrale), et ce dernier la réfute en lui prétextant qu'il existe peut-être des seuils, des discontinuités, permettant ainsi la faisabilité de l'entreprise... D'ailleurs le professeur ne déclare-t-il pas à son neveu : « ni toi ni personne ne sait d'une façon certaine ce qui se passe à l'intérieur du globe, attendu qu'on connaît à peine la douze-millième partie de son rayon ; c'est que la science est éminemment perfectible, et que chaque théorie est incessamment détruite par une théorie nouvelle »53 . Le professeur partage ainsi la théorie de Davy et de Poisson, s'opposant à celle de la chaleur centrale54.

Ainsi, nul doute que le voyage sera couronné par un succès : « Ce sera là un beau voyage »55, dit Graüben à Axel.

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