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Espace et temps dans l'oeuvre de Jules Verne: « Voyage au centre de la terre » et dans le temps.

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par Lionel Dupuy
Université de Pau et des Pays de l'Adour - Certificat International d'Ecologie Humaine 1999
  

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D- Une géographie traditionnelle et descriptive.

La méthode inductive prime dans les démarches scientifiques, le paradigme en géographie est naturaliste, le déterminisme physique et environnemental28 est prégnant (cf. la géomorphologie). La géographie - et les autres sciences -, décrit souvent les phénomènes qu'elle étudie plus qu'elle ne les explique. Cette vision classique doit se concevoir dans une conception idiographique de la géographie, qui s'intéresse plus aux lieux et à leurs particularités, qu'à la volonté de dégager des règles générales, des lois (nomos en grec, ce qui donne nomothétique, s'opposant à idiographique).

E- Et Jules Verne dans tout cela ?

Bien que contemporain de ces inventions et aussi d'autres qu'il a vues naître, comme le téléphone, la radio, les rayons X ou encore l'automobile29, ces dernières ne jouent pas dans l'oeuvre de Jules Verne un rôle important.

Néanmoins, Jules Verne utilise les découvertes scientifiques et techniques de son époque comme support de ses nombreuses aventures, et souvent, à chaque roman correspond la description, l'explication et l'utilisation d'une (ou de plusieurs) invention récente. Il traduit et diffuse ainsi à un large public les derniers progrès en matière de science et de technique, et extrapole à partir de ces derniers les possibilités qu'ils pourraient offrir à l'avenir si l'utilisation qui en est faite devait aller en augmentant. Or, Jules Verne, extrapole plus qu'il n'anticipe, ce qui peut expliquer en partie le fait que certaines de ses prédictions (de « relatives » prédictions) se soient réalisées, et que d'autres stagnent dans le domaine de l'irréel ou encore de la science-fiction... Ainsi, ce qui est remarquable dans son oeuvre, c'est sa capacité d'extrapolation qui se développe à la limite de l'anticipation. Voilà l'un des points centraux qui mérite d'être souligné. Ce subtil équilibre entre rationalisme, imagination et science-fiction est, semble-t-il, au centre de l'oeuvre de Jules Verne30. Car, le fait est, que souvent le réel vient à dépasser tôt ou tard ce qui avant était de la science-fiction...

28 Pour le déterminisme en géographie, cf. Karl Ritter (1779-1859) ; pour l'environnementalisme, cf. Frédérick Ratzel (1844-1904).

29 Le téléphone est inventé en 1876 par Alexander Graham Bell (1847-1922) ; les rayons X découverts par Roentgen en 1895 ; la radio inventée en 1890.

30 En effet, nous émettons ici uniquement et simplement une hypothèse de travail.

Jules Verne est un optimiste du progrès, même si parfois il tient des propos sceptiques sur l'avenir de l'humanité face à une modernisation accrue et à outrance. Ainsi, dans Cinq semaines en ballon (1863) :

« - D'ailleurs, dit Kennedy, cela sera peut-être une fort ennuyeuse époque que celle où l'industrie absorbera tout à son profit ! A force d'inventer des machines, les hommes se feront dévorer par elles ! Je me suis toujours figuré que le dernier jour du monde sera celui où quelque immense chaudière chauffée à trois milliards d'atmosphères fera sauter le globe !

- Et j'ajoute, dit Joe, que les Américains n'auront pas été les derniers à travailler à la machine. »31

Ce passage sceptique sur les effets a posteriori de l'industrie s'insère dans un plus large roman où, au contraire, les progrès scientifiques et techniques sont présentés comme les outils destinés à l'élaboration d'un monde meilleur. D'ailleurs, Jules Verne, traduit dans ses romans les goûts de la société du moment. Ainsi, nous pouvons citer :

Voyage au centre de la terre (1864), Jules Verne traduit l'intérêt croissant du public pour la géologie, la paléontologie, la minéralogie, les théories de l'évolution.

De la terre à la lune (1865), il traduit les goûts du public en matière de balistique, d'aéronautique, d'astronomie et de la recherche d'une éventuelle forme de vie extra-terrestre.

Cinq semaines en ballon (1863), ainsi que dans Le tour du monde en 80 jours (1873), il traduit l'intérêt porté aux voyages, aux découvertes, à la géographie et à l'histoire.

Enfin, dernier exemple que nous citerons ici, dans Vingt mille lieues sous les mers (1870), il décrit les goûts en matière d'océanographie et d'exploration sous-marine.

Jules Verne reprend aussi par la suite des thèmes moraux et essaie de faire connaître certains abus sociaux et environnementaux contemporains. Par exemple, dans L'Ile à hélice (1895) il décrit le fléau des politiciens et des missionnaires qui détruisirent les cultures

31 VERNE Jules. Cinq semaines en ballon. Paris : Hetzel, 1996 (réédition de l'ouvrage original de 1863). Page 124.

indigènes de diverses îles polynésiennes. Dans Le Sphinx des glaces (1897), il met en garde contre l'extinction imminente des baleines. Dans Le Testament d'un excentrique (1899), il signale (déjà) la pollution causée par l'industrie du pétrole. Enfin, car la liste pourrait être allongée, dans le Village aérien (1901), il dénonce le massacre des éléphants pour leur ivoire.

Ainsi, Jules Verne semble visionnaire, mais aussi inspirateur ; en effet, les responsables du programme APOLLO 11 (du 16/07/1969) se sont sans doute inspirés des romans de Jules Verne. Pour autant, ont-ils choisis la Floride comme lieu de départ d'après le roman de Jules Verne, ou ce dernier n'a-t-il fait preuve en fait que de bon sens...?

De notre point de vue, Jules Verne a essayé de traduire la complexité du monde par une approche transdisciplinaire en proposant des voyages dits « extraordinaires », en ce sens qu'ils sortent de l'ordinaire, en diffusant les derniers résultats des recherches scientifiques et techniques. Cette transdisciplinarité est à la base de la démarche adoptée par l'écologie humaine, d'où le choix de notre part de cet auteur et de ce thème de recherche (« Espace et Temps dans l'oeuvre de Jules Verne »). Car, si les voyages de Jules Verne sont extraordinaires - en dehors de la norme, à la marge -, il ne faut pas oublier qu'en cette fin de 20° siècle, les scientifiques se sont rendu compte que les progrès scientifiques et techniques ne peuvent réellement se réaliser que si la recherche s'effectue à la marge de sa discipline de prédilection. Cette constatation très appuyée aujourd'hui s'oppose ainsi à l'hyperspécialisation qui ferme toute chance d'avancer dans le domaine de la connaissance scientifique (et technique). Ainsi, Jules Verne a-t-il fait de l'écologie humaine avant même que le terme ne soit inventé, et que la discipline ne soit envisagée. Est-ce alors de l'anticipation, de l'imagination ou de l'extrapolation de sa part...?

TROISIEME PARTIE :

VOYAGE AU CENTRE DE

LA TERRE... ET DANS LE

TEMPS.

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