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L'espace web du sénégal : étude de son degré d'ouverture ´┬átravers l'analyse des liens hypertextes

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par El Hadji Malick GUEYE
Université Paris 10 Nanterre - Master de Recherche 2005
  

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I.2.3 Fracture numérique, « opportunité numérique »

Cette partie représente un point important à travers lequel notre étude trouve toute son essence. La fracture numérique, problématique majeure dans l'étude du déploiement et de l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication, est aujourd'hui tellement débattue qu'elle en est presque réduite en un terme passe-partout. Aussi bien au niveau de sa définition opérationnelle, de son évaluation que des objets qu'elle tente de décrire, elle est souvent sujet à confusion. Et plus que tout autre domaine, cette nouvelle réalité de la société de l'information suit et se calque sur la géographie physique avec une nette opposition entre le Nord très en avance et le sud (particulièrement l'Afrique) très en marge de cette évolution même si des fois, il existe des configurations où des Suds sont au Nord et des Nords au Sud (Annie Chéneau-Loquay, 2000).

Comment peut-on définir cette fracture numérique ?

« Que ce soit au niveau des individus, des organisations, des pays, des blocs géopolitiques, des zones géographiques, des communautés, des groupes sociaux, des métiers..., les définitions relatives à la fracture numérique renvoient à l'idée de division en deux groupes : ceux qui bénéficient de l'économie numérique (haves) et de l'autre, ceux qui sont exclus de l'économie numérique et de ses préposés (have not) »18(*). Donc, cette fracture désigne toujours une inégalité, une disparité dans les possibilités d'accès et les usages effectifs faits des TIC ; et ceci, quelle que soit la zone géographique, même si la disparité Nord-Sud est la plus souvent abordée notamment sous l'angle du déploiement des infrastructures d'accès.

Afin de mesurer ces disparités quant à l'accès et à l'utilisation des NTIC, des indicateurs ont été mis en place notamment par les organismes internationaux comme l'Union Internationale des Télécommunications (UIT). A part la télédensité qui décompte le nombre de lignes principales de téléphone fixe par 1000 habitants, il y a les indices dits synthétiques, plus « complets » comme l'indice d'accès numérique de l'UIT en 2003 qui mesure la capacité globale des individus d'un territoire donné à accéder et à utiliser les TIC. Cet indicateur prend en considération 5 paramètres : les infrastructures, l'accessibilité économique, l'Education, la qualité (de la bande) et l'utilisation. Il avait pour but de classer les pays en quatre catégories (excellent, bon, moyen, faible) et d'aider ainsi les pouvoirs publics dans leur politique en matière de NTIC. Cependant, la pertinence de ces différents indicateurs quant à leur capacité à quantifier et à mesurer la fracture numérique notamment dans les pays du Sud est très discutable (Annie Chéneau-Loquay, 1999 ; Richard Heeks, 2001). Ils se basent dans la plupart du temps sur des modèles et critères occidentaux comme par exemple « l'individualisme ou la personnalisation » du compte E-mail, de la ligne téléphonique, de l'ordinateur... alors que dans les pays sous-développés comme ceux d'Afrique, l'accès et les usages sont communautaires et collectifs (Pascal Renaud, 2001 ; Annie Chéneau-Loquay, 2003). « Le critère international pour comptabiliser l'équipement téléphonique par rapport à la population, la télédensité, n'est pas un très bon indicateur en Afrique pour exprimer le service rendu... » (Annie Chéneau-Loquay, 1999) et concernant Internet, Mike Jensen (2002) constate que, à cause du grand nombre de comptes partagés et l'utilisation intense des services d'accès publics, il est difficile de mesurer le nombre total des utilisateurs Internet. Pour toutes ces raisons, et sans nier le retard des pays du tiers monde, Richard Heeks (2001) ira jusqu'à affirmer que la fracture numérique est surestimée19(*). Il donne un exemple sur des recherches en Trinidad et Tobago où les statistiques officielles affirment qu'un foyer sur vingt est connecté au réseau alors que des études de terrains montrent qu'un foyer sur trois a accès à un messagerie électronique.

L'objectif de tous ces indicateurs est à la fois de mesurer et de tenter de réduire ce fossé numérique qui sépare notamment l'Afrique du reste du monde. Ces quelques lignes suffisent à avoir une idée sur l'état des pays africains : « Selon les statistiques de l'Union Internationale des Télécommunications (UIT), avec 20 % de la population mondiale, l'Afrique ne compte que 2 % du réseau planétaire avec une densité globale très faible; moins de deux lignes pour 1.000 habitants en moyenne (contre 48 en Asie, 280 en Amérique, 314 en Europe - Est et Ouest - et 520 pour les pays à hauts revenus). Il est classique de dire qu'il y a autant de téléphones à Tokyo ou à Manhattan que dans toute l'Afrique sub-saharienne20(*) ». Les initiatives pour la réduction de cette fracture font apparaître deux courants (Rallet Alain, Rochelandet Fabrice, 2004) : l'intervention des pouvoirs publics et les lois du marché. En Afrique, les pays du Nord et les bailleurs de fonds ont plutôt tendance à inciter à la libéralisation et à l'ouverture du marché des télécommunications. « Face à l'énorme progression d'Internet, le risque de marginalisation des pays les moins avancés est réel. Or les pays les plus riches, plutôt que de coopérer pour installer des infrastructures, se bornent à encourager les pays en développement à s'ouvrir au marché mondial des télécommunications et à promouvoir l'initiative privée. (...) Si le démarrage de l'Internet s'est appuyé, au Nord sur une intervention massive de l'Etat, est-il sérieux de proposer aux pays les plus pauvres de faire appel au marché ?21(*)» Résultat, la majorité des opérateurs africains se retrouve privatiser dans des conditions des fois pas vraiment les meilleures. Par ailleurs, le cas du Sénégal est un exemple pour montrer à quel point l'idée propagée en particulier par la Banque Mondiale selon laquelle le développement d'Internet ne doit rien à l'Etat est fausse et idéologique22(*). Depuis la mise en place des réseaux « pré-Internet » en 1989 jusqu'à sa mise en 1996, l'Etat sénégalais a été très présent par le biais de l'opérateur historique, La SONATEL, même si l'ouverture de son capital plus tard aux privés (France Telecom) a accéléré la diffusion des TIC au Sénégal (voir page 24).

Mais quel que soit le niveau de retard des pays africains, y a-t-il un moyen de surmonter cette fracture numérique, de participer, sans tomber dans un effet de « mimétisme », à cette société de l'information ?

L'image paradoxale d'un village branché à Internet, avec une parabole et où les femmes continuent à piler le riz à la main et à porter des seaux sur la tête sur de trop longues distances (Annie Chéneau-Loquay, 2002), n'est pas un « fait venu d'ailleurs » dans notre étude. Favoriser de vraies pratiques d'usage adaptées aux contextes socio-économiques et culturels locaux et transformer la fracture numérique en « opportunité numérique » comme souligné par le Sénégal lors du Sommet Mondial sur la Société de l'Information de Genève 2003, sont des perspectives dans lesquelles nous recadrons notre étude. Car, loin de guetter une disparition « miraculeuse » du fossé numérique du jour au lendemain et d'espérer « naïvement » des NTIC un remède à tous les problèmes de l'Afrique, et aussi dans un autre sens, de céder à un retard technologique fataliste qui peut pousser à rester au marge de la révolution numérique, le Sénégal (l'Afrique) doit rester visible, s'exprimer sur le Web et saisir les opportunités éventuelles.

Mais faisons d'abord un état des lieux de l'Internet au Sénégal.

* 18 RALLET Alain, ROCHELANDET Fabrice. La fracture numérique : une faille sans fondement ? In : Dossier sur La fracture numérique. Réseaux, vol 22, n°127-128, 2004

* 19 HEEKS Richard. [site visité le 07/03/05]. La fracture numérique surestimée.

Disponible sur l'URL : http://www.africanti.org/resultats/breves/fracturenum.htm

* 20 CHENEAU-LOQUAY, Annie. [site visité le 07/03/05]. Quelle insertion de l'Afrique dans les réseaux mondiaux ? Une approche géographique.

Disponible sur l'URL : http://www.africanti.org/resultats/documents/cheneauloquay/ACL-entier.htm

* 21 RENAUD Pascal. Vers la désertification technologique du Sud ? In : Enjeux des technologies de la communication en Afrique, Annie Chéneau-Loquay (dir), Karthala, 2000

* 22 CHENEAU-LOQUAY, Annie. Défis liés à l'insertion des technologies de l'information et de la communication dans les économies africaines : L'exemple d'Internet au Sénégal. In : Abdelkader Djeflat et Bruno Boidin, Ajustement et technologie en Afrique, Publisud, avril 2002, p 103

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