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L'orientation sectorielle de l'APD francaise en Afrique subsaharienne (1990 = 2005): les cas du Cameroun et du Gabon

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par Patrick Roger Mbida
Université de Yaoundé II - DEA 2007
  

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b) Les motivations "latentes" de l'aide française au Cameroun et au Gabon

Nous désignons par motivations "latentes", celles qui ressortent plus ou moins des discours officiels aussi bien du côté du donateur que de celui du bénéficiaire. Ce sont des motivations le plus souvent voilées à l'opinion nationale qu'internationale, car elles risquent parfois de toucher la sensibilité des uns et des autres, mais dont l'importance et la prise en compte demeurent indispensables dans la conduite de la politique extérieure généralement du donateur. Comme motivations latentes de l'aide française, nous avons principalement les motivations politico-stratégiques.

* Les motivations politico-stratégiques de l'aide française

Jamais au cours de son histoire, la France ne s'est résignée au repliement, elle a toujours éprouvé le besoin d'agir bien au-delà de son hexagone. Naguère, la France avait fourni un immense et glorieux effort pour conquérir, organiser, mettre en valeur l'ensemble de ses dépendances. Par l'épopée coloniale, elle avait cherché à se consoler de la perte des ses possessions lointaines du XVIIe et XVIIIe siècle, puis de ses défaites en Europe (1815, 1870).

En tentant de se replier sur elle même, la France risque donc de se sentir diminuée, c'est pourquoi un rayonnement, oeuvre de sa politique extérieure et d'une culture prétendant à l'universalité lui sont nécessaires (Essama, 1984 : 70-71).

C'est dans le cadre général que l'aide française octroyée à ses bénéficiaires, surtout ceux faisant partie de ses anciennes possessions coloniales, va obéir à des motivations politico-stratégiques, car elle sera mise quotidiennement au service du rayonnement et du prestige de la grandeur de la France qu'elle a toujours revendiqué au cours de l'histoire au sein des puissances. L'aide française sert à cet effet d'abord, les intérêts français qui peuvent être de plusieurs ordres, qu'ils soient à court, à moyen ou à long terme.

Pour Sogge (2003), les motivations politico-stratégiques de l'aide peuvent concerner le court terme, dans la mesure où elle peut servir à récompenser un "client" et pour le garder "de son côté" (comme ce fut le cas pendant la Guerre Froide), d'un point de vue politique, durant les négociations, des guerres et autres crises ; pour neutraliser la contestation et désamorcer le soulèvement public. Elles peuvent aussi servir des intérêts à long terme dans la mesure où, l'aide peut permettre au donateur d'entretenir la loyauté de la classe dirigeante des pays bénéficiaires ; pour gagner ou accroître l'acceptabilité d'une doctrine ou d'un modèle de développement, afin de renforcer la position d'un pays au sein d'un système économique, politique et militaire plus large (Sogge, 2003 : 67).

Nous avons montré plus haut la profondeur des liens historiques qui a existé entre la France avec le Cameroun et le Gabon ; et quand on fait partie d'un même ensemble pendant des années, comme ce fut le cas entre la France et ces derniers, des liens ce sont créés, et il ne peut être de l'intérêt de la France, ni d'ailleurs des autres, de les rompre brutalement, même si ces liens doivent être modifiés ou dépassés. Le passé colonial s'impose donc comme une variable pertinente dans les considérations politico-stratégiques d'allocation de l'aide française à ces deux bénéficiaires. Les intérêts que la France a dans ces deux pays peuvent être de nature diverse : matériel (accès aux matières premières stratégiques, bases militaires, investissements des firmes multinationales françaises...) ; symbolique (rayonnement culturel de la France).Cet origine historique et politique des politiques d'aide, se retrouve sans surprise dans les études économiques sur les déterminants de l'allocation de l'aide française (Alesina et Dollar, 2000 ; Mc Kinley, 1978).

Mais si la variable coloniale s'est avérée pertinente par le passé, dans la compréhension des modalités d'octroi de l'aide française qui a pu être considérable au Cameroun et au Gabon, il faut se rendre à l'évidence qu'elle est sérieusement remise en cause à l'heure actuelle, au regard de la maigreur excessive des fonds que la France a consenti à affecter à ces deux pays dans des secteurs pourtant très sensibles pour ces derniers.

Ce qui nous pousse à considérer la thèse de Berthélémy et Tichit (2002) comme étant pertinente. Ces derniers en effet, ont au cours de leurs travaux, catégorisé les donateurs suivant la primauté des critères d'allocation de l'aide : ils ont à cet effet, distingué la catégorie des "altruistes" (Norvège), les "égoïstes" (France, Grande Bretagne) et la catégorie intermédiaire (U.S.A). Même si cette thèse peut paraître simpliste, voire, réductionniste pour certains (Severino et Charnoz, 2005), il n'en demeure pas moins vrai qu'elle peut, au regard de l'analyse de l'orientation sectorielle de l'aide française faite plus haut, aux deux pays sus étudiés, être sérieusement prise en compte dans la compréhension de modalités d'allocation de l'aide française.

Au regard de ce qui précède, il en ressort que les considérations politico-stratégiques dans l'allocation de l'aide française à ses bénéficiaires occupent une place centrale. Cela veut dire en outre que l'aide française au Cameroun et au Gabon ne répond pas prioritairement à des motifs généreux, mais qu'elle est d'abord liée à des considérations politico-stratégiques, qui tiennent à la propre prospérité de la France et à son propre désir d'expansion.

En guise de conclusion partielle à ce chapitre, il apparaît que l'aide publique française au développement répond à plusieurs motivations qui, si sur le plan théorique elles peuvent être distinguées plus ou moins clairement, dans la pratique, elles brillent par leur ambiguïté, leur imbrication et leur complexité.

Toujours est-il, comme l'ont souligné Alesina et Dollar (2000), il existe un grand fossé entre le discours officiel du donateur de l'aide et la pratique qui s'en suit ; ceci est aussi valable en ce qui concerne l'aide française. Car, au regard de ce qui a été constaté dans l'analyse de l'orientation sectorielle de son aide au Cameroun et au Gabon depuis 1990, on peut conclure que l'on ne sait sur quel fondement on peut asseoir l'aide française affectée à ces deux pays. Dans la mesure où on assiste ici à une contradiction notoire entre le discours français sur ses priorités en matière d'aide, parmi lesquelles figurent au premier plan, les quatre secteurs sus étudiés, pour lesquelles l'aide doit être plus concentrée ; et les fonds squelettiques qui sont affectés à ces secteurs, pourtant clé dans l'épanouissement et le bien-être de ces derniers. On pourrait fondamentalement s'interroger, au regard de ce qui précède, de savoir si le développement constitue le véritable leitmotiv de l'aide française allouée au Cameroun et au Gabon dans les secteurs sus analysés.

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