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Koutoukou, un terroir temberma enclavé dans la Kéran


par Adong Tchoou NOYOULEWA
Université de Lomé - Maitrise 2005
  

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B.I.D. : Banque Islamique de développement

C.V.D. : Comité Villageois de Développement

D.S.I.D. : Direction des Statistiques Agricoles, de l'Informatique et de la Documentation.

D.P.A.E.P. : Direction Préfectorale de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche.

G.A.V. : Groupement Agricole Villageois

7
QUELQUES PRECISIONS TERMINOLOGIQUES :

TERROIR : Etendue de terrain présentant certains caractères (relief, végétation, climat, sol, exposition, habitat, types d'exploitations, ...) qui l'individualisent au point de vue agronomique. Il est l'unité territoriale appartenant à un peuple qui s'y reconnaît et dont le centre de gravité est le village. Ainsi défini, il est un territoire sur lequel une communauté de paysans s'est installée pour le défricher et le cultiver et sur lequel elle exerce des droits agraires.

HABITAT RURAL : Ensemble et arrangement des habitations dans un espace donné. Il est bâti sur l'espace habité du terroir et rassemble les maisons d'habitation, les greniers, les enclos, les magasins et leurs annexes. C'est la cellule organisatrice de la vie rurale. On la désigne aussi sous le vocable de centre d'exploitation.

PAYSAGE AGRAIRE : C'est le résultat concret de l'aménagement de l'espace rural par un peuple. Son analyse prend en compte le type d'habitat, le parcellaire, le réseau de chemins, les sols, bref, c'est la photographie d'un terroir à une époque précise.

STRUCTURES AGRAIRES : Ensemble des liens durables et profonds qui unissent un peuple à son sol. Elles prennent en compte les formes de propriété du sol, les formes de son utilisation et les modes de faire-valoir qui y règnent. Comme tel, elles sont le cadre juridique, l'ossature dans laquelle évolue l'agriculture sur le terroir considéré. Elles sont généralement stables et durent longtemps à moins qu'une réforme ne vienne les rompre.

ENCLAVEMENT : Dérivé du concept enclave, ce mot trouve son origine dans le terme latin clavis qui exprime l'idée initiale de clef, de verrou ou de barre de fermeture. Le dictionnaire Larousse avance qu'on dit d'un espace « enfermé, enclos dans un autre », qu'il est enclavé. Stricto sensu donc, seuls le Vatican, Lesotho et San Marin sont des pays enclavés au monde. Mais, dans la langue française contemporaine, on utilise le mot enclavé dans son sens anglo-saxon : landlocked, « enfermé à l'intérieur des terres » puisque d'après le dictionnaire Harcourt ( www.harcourt.com), en géographie, il se défini comme : « a land region, having no access to a waterway ». C'est donc l'absence d'accès à la mer qui devient le critère de définition de l'enclavement. C'est du moins le sens que lui donnent les

spécialistes de la géopolitique. Pour les économistes et les géographes, « l'isolement dans lequel se trouve une aire plus ou moins étendue, souvent dans un milieu montagneux ou désertique, du fait de l'absence, ou de l'insuffisance des moyens de communication » est l'enclavement, RABALLAND G. et ZINS M.(2003). Mais l'impact économique de l'enclavement étant difficile à évaluer, certains géographes et économistes préfèrent parler des enclavements en y ajoutant une nouvelle notion, celle de centralité. Il existerait donc d'après ces derniers, des zones enclavées mais centrales c'est-à-dire incontournables dans les échanges dans une région comme la Suisse en Europe, alors que d'autres sont considérées comme défavorisées.

En dépit de la relativité du concept, nous retiendrons dans le cadre de cette étude que l'enclavement est l'absence, l'insuffisance ou la praticabilité saisonnière des voies de communication dans une zone donnée. Cette situation qui maintient le milieu dans un déficit de croissance, peut se répartir en quatre échelles selon DOUMENGE F. (2000), allant de « l'enclavement supportable » pour les zones situées à moins de 500 km d'un important port aux coins « excessivement enclavés » situés à plus de 2000 km.

INTRODUCTION GENERALE

La vie de tout peuple est relatée par rapport à son milieu de vie. Celui-ci est constitué du cadre physique, des liens qui le lient à son environnement ainsi que des aménagements qu'il apporte en vue de satisfaire à des besoins d'ordre économique, culturel ou naturel. Ce faisant, lorsqu'un peuple s'approprie un territoire qu'il modèle à son goût, il en fait une unité distincte des autres, qui, associée à sa spécificité physique devient son terroir.

Ainsi, l'histoire des Incas1 est liée à Cuzco dans l'actuel Pérou et celle des Pygmées à la forêt équatoriale d'Afrique centrale. La vie des Temberma elle, l'est avec les versants de la chaîne de l'Atakora aux confins nord-est de la préfecture de Kéran, dans un des coins les plus enclavés de la région et même du pays.

Au pied de la chaîne Défalé donc, vivent les Temberma, peuple de paysans et de bâtisseurs dont le nom vient de betammaribe c'est-à-dire « les bons maçons » par référence au type d'habitat dans lequel ce peuple a toujours vécu. De nos jours, personne ne peut parler de ce peuple sans en faire allusion. C'est pourquoi les Temberma et leurs forteresses, ou mieux leurs fermes fortifiées selon les mots de FRANCOIS Y. (1995) font l'objet d'une attention particulière de la part des architectes, des touristes et des historiens, bref du monde scientifique. C'est d'ailleurs ce qui explique l'inscription de ce site au patrimoine mondial de l'UNESCO comme un site culturel depuis juillet 2004.

C'est à ce peuple de bâtisseurs qu'appartiennent les 2 647 habitants du canton de Koutougou, qui s'étend sur 112 km2 avec une densité de 19 hbts/km2. Il est enserré entre la chaîne de l'Atakora à l'ouest et au nord, le Bénin à l'est et la rivière Kéran au sud. Mais pour éviter la confusion que peut laisser apparaître l'utilisation de Koutougou comme terroir d'étude et comme un village de ce terroir, nous userons du même nom écrit de deux façons différentes : Koutougou pour signifier le village et KOUTOUGOU pour désigner le terroir.

Le terroir de KOUTOUGOU qui correspond à notre zone d'étude, comptait 1885 habitants en 1970 puis 1923 au recensement général de la population de 1981. En 2005, sa population est estimée à 2007 individus repartis dans les quatre villages couvrant notre zone d'investigation. Celle-ci est située au sud-est du canton du même nom et est limitée par les villages de Koutchatougou, Koutapa, Kouya-kougou au nord-ouest et le Bénin à l'est. C'est sur cette limite nord-ouest que se dresse la chaîne de l'Atakora alors que plus au sud se trouve le cours d'eau Kéran.

1 « Fils du Soleil », nom des souverains du peuple quechua, au Pérou (vallée de Cuzco), qui ont établi un empire sur la cordillère des Andes qui va être défait au milieu du XVIe siècle lors de la conquête espagnole. Le terme désigne à la fois le souverain de l'Empire lui-même, mais également la tribu qui est à l'origine de son édification qui s'est enrichie de l'ensemble des peuples amérindiens qui lui sont soumis.

Notre travail consistera dans un premier temps à en faire une étude exhaustive. Il s'agira pour nous de passer en revue l'historique même de l'installation de cette frange du peuple Temberma au sud du mont alors que la plupart vit encore du côté nord de la formation géomorphologique dans le canton de Nadoba. Nous nous intéresserons par ailleurs à l'aspect physique - climat, sol, végétation, exposition, hydrographie, relief -, et son incidence sur la vie des habitants, à l'aspect humain en prenant en compte la population et ses mouvements internes et externes. Dans cette partie, nous porterons un intérêt particulier au paysage agraire de notre terroir de même qu'aux modes de gestion de la terre. Nous pourrions du coup définir les structures agraires qui sont pratiquées par les Temberma de KOUTOUGOU et analyser en outre les réalités économiques de notre terroir. Il sera aussi question de passer au peigne fin les formes d'utilisation des sols (le système agricole) et les résultats de cette utilisation auxquels nous ajouterons ceux des activités parallèles comme la chasse, la pêche et l'artisanat.

Au terme de cette analyse, nous apprécierons le développement de notre site d'étude en rapport avec les infrastructures de transport y existant et leur niveau de fréquentation. C'est la prise en compte de cet aspect économique qui nous mènera vers l'étude des relations et des échanges entre les habitants de KOUTOUGOU et leurs voisins considérant qu'aucun développement n'est possible pour un milieu s'il vit en autarcie (YATOMBO T., 1994). Nous déboucherons ainsi sur l'étude de l'enclavement qui caractérise notre site et qui limite son intégration au réseau commercial national.

Mais en prélude à cette étude, nous exposerons le cadre conceptuel et méthodologique afin de montrer outre nos motivations sur le choix de ce sujet, la problématique qu'il soulève, les interrogations qui s'y attachent de même que la revue de la littérature et les objectifs assignés à cette étude. Par ailleurs, il sera aussi question de présenter les hypothèses de travail ainsi que la méthodologie utilisée pour les vérifier avant de faire état des difficultés rencontrées sur le terrain.

Lorsqu'un peuple choisit son site d'existence, il le fait par rapport aux conditions physiques du milieu qui dans la plupart des cas sont compatibles avec son activité principale.

Les Temberma de KOUTOUGOU l'ont très bien appliqué quand ils s'y installèrent. Ainsi, Climat, sols, végétation sont favorables à la pratique de l'agriculture. Chaque année donc, plusieurs tonnes de produits vivriers et de coton y sont récoltées. Mais la nécessité d'une production massive est souvent couplée de celle des marchés d'écoulement qui permettent aux paysans de vendre leurs récoltes et d'acheter en retour des biens manufacturés.

C'est justement à partir de là que les choses se compliquent pour les habitants de l'univers étudié dont la caractéristique principale est l'insuffisance ou mieux l'absence des

voies de communication. A cela s'ajoute la question de la praticabilité saisonnière des rares
infrastructures de transport qui y existent. C'est ce que nous appelons l'enclavement de

KOUTOUGOU.

Mais qu'est-ce qui peut faire de cet enclavement de KOUTOUGOU un thème d'étude en Maîtrise de Géographie rurale ?

En 1995, le Togo comptait 12 040 km de routes dont 2 926 km de route nationale (1 650 km bitumées, 1 036 km non revêtues et 282 km non aménagées en terre) et 9 110 km de routes et pistes rurales (dont 4 950 km de pistes aménagées). De nos jours, loin d'avoir progressés, ces chiffres ont connu une baisse significative puisque les pistes aménagées n'ont pas connu un entretien conséquent. Il en ressort une diminution du trafic vers certains points du pays surtout vers les milieux ruraux.

Dans la préfecture de la Kéran par exemple, la situation actuelle des infrastructures routières se présente comme l'indique la figure 1 et montre une disparité entre l'extrême sudouest qui a un réseau routier dense et l'est qui en a un très lâche s'il n'est pas entièrement inexistant. Dans cette partie, il se résume à une piste automobile saisonnière dont la praticabilité est rendue complexe par l'état du pont sur la Kéran, et des pistes secondaires en très mauvais état surtout en saison des pluies.

1°00'

1°20'

0°40'

0°50'

1°10'

0°40'

0°50'

1°00'

1°10'

1°20'

FIG 1 : Infrastructures routières dans la Préfecture de la Kéran

PREFECTURE DE L'0TI

KOPELE

OTINAFOKIO

SONGOULAOU

#

#

MBORATCHIKA

#

#

N

#Y

#

OSSAKRE

#

HOULIO

#

NADOUDJA

#

HELOTA

#

NABO

#Y #

#

NABOULGOU

#

SINITE

WARDE

#

#

ANIMA

#

TERITE

LEOTA

#

ANDESSI

#

KOKOU TAMBERMA

#Y #

TCHASTE

#

WARTE

#

#Y #

ATALOTE

#

KOFI

#

SIOUTE

NATIBONI

#

#Y #

KPESSIDE

NADJANGOU

#

KOKOTE

#

KOUTOUGOU

#

TATANWATA

#

PIYANGA

#

AGNINKATA

#

AWANDE

#

#

% #Y #

ATETOU

#

PIMINI

KANTE

KOUKOTCHIENGOU

#

NADOBA

#Y #

DEOUTE

#

#

GOULBI

#

WARTEMA

#

KOUTAGOU

#

#Y
KOUTAPA

#

WARENGO

þ# Village étudié

% Chef lieu de Préfecture

#Y Chef lieu de Canton

#

Route bitumée Route secondaire

Autres localités

Kouya - Kougou

#

Koutougou Sola

Koutantagou

#

Lipouli 2

þ# #

#

Koutapa

2 0 2 4 6 8 10 Kilometers

Source : NOYOULEWA A. (205), d'après les

données recueillies dans Cartographie Censitaire, D.S.I.D., 1996.

#

LEGENDE

þ# #

þ# #


·

Lipouli 1

UTOUGOU

Koutamagou

Limites de Préfecture

Limite d'Etat

Cours d'eau permanent Cours d'eau saisonnier Réserve de la Kéran

Zone d'étude

Tapounté

#

9°50' 10°00' 10°10'

10°10'

10°00'

9°50'

Certaines zones par ailleurs n'ont jamais connu un quelconque aménagement de leurs pistes et connaissent depuis toujours un enclavement très préjudiciable à leur développement. C'est le cas du canton de Koutougou.

En effet, pour y accéder, il n'y a rien de facile. Durant la saison sèche, l'accès au site d'investigation reste difficile en dépit de l'aménagement des rues par la SOTOCO en vue du transport du coton graine. En fait, quoique séparés de Kantè, le chef-lieu de la préfecture à laquelle ils appartiennent de dix kilomètres à vol d'oiseau, aucune piste même cyclable ne relie les habitants de KOUTOUGOU à cette ville. La situation se complique davantage en saison pluvieuse puisque dès les premières pluies (autour de 400 mm), le radier sur la rivière Kéran est submergé par les flots et aucun passage n'est possible. C'est cette situation que présente les photos 1 & 2 sur lesquelles on se rend compte que le niveau de l'eau est légèrement en dessous du pont. Cette décrue est le fait d'une accalmie pluviométrique d'une semaine à la fin du mois d'août 2005. Autrement, il en résulte un isolement du terroir par rapport au reste du pays.

Photo 1 : Vue oblique du pont sur la Kéran

Source : Cliché de l'auteur, 2005.

7
Photo 2 : Etat du pont sur la Kéran

Source : Cliché de l'auteur, 2005.

De l'avis de RABALLAND G. & ZINS M-J. (2003), l'enclavement est une question essentielle aujourd'hui. Paradoxalement, cette question ne semble pas encore préoccuper les acteurs du développement au Togo.

Pourtant, ce ne sont pas les références sur l'importance des voies de communication dans un processus de développement qui manquent. Dans une allocution de M. Alassane Dramane OUATTARA, alors Directeur Général Adjoint du FMI prononcée le 12 mai 1999 à Port-Louis (Maurice) à l'occasion d'un séminaire de haut niveau sur l'ajustement structurel en Afrique subsaharienne, il n'a pas manqué de prouver que les nombreux investissements vers l'Afrique auraient été plus rentables si au tout début, une priorité avait été donnée à la mise en place d'une infrastructure de communication viable et de longue durée, car ajoute-t-il, cela aurait été source d'un développement économique de base sérieux et le moteur d'une intégration plus sûre au sein des entités politico-économiques sous-régionales sur ce continent.

Quant à Cécile SPORTIS, porte-parole du Programme Alimentaire Mondial (PAM), elle déclarait le 26 octobre 2005 lors de la conférence des donateurs à Genève quand elle parlait de la situation des victimes du séisme du 16 octobre au Pakistan, que le simple fait du manque des voies de communication multipliait les besoins par trois car il fallait dès lors utiliser les hélicoptères. Ceci est une preuve supplémentaire sur l'importance des routes dans

tout processus ayant trait au bien-être des hommes. KOUTOUGOU peut-il faire exception à cette règle ?

L'isolement de l'environnement étudié par rapport au reste de la préfecture qui le porte et du pays, entraîne de facto le développement des échanges transfrontaliers en défaveur du Togo. C'est cette situation particulière qui a motivé le choix de notre thème sur un terroir Temberma, celui de KOUTOUGOU qui constitue l'unité agronomique sur lequel plus de deux milliers d'hommes et de femmes se battent pour tirer de la terre les produits de leur survie et les ressources nécessaires pour promouvoir le développement de leur contrée. C'est d'ailleurs pourquoi nous l'avons intitulé : KOUTOUGOU, UN TERROIR TEMBERMA ENCLAVE DANS LA KERAN.

Il s'agit d'un terroir que l'on classe en général parmi les terroirs de warengo, terroirs propres aux Temberma, peuple issu du groupe linguistique des Para-gourma (GAYIBOR N. L. dir.1997). Ces terroirs sont reconnus pour être propres aux zones de reliefs contrastés, avec un habitat semi dispersé et des densités de population faibles à l'échelle du pays (19 hbts/km2).

Quant à leur mise en valeur, elle est semi extensive avec la possibilité d'une longue jachère et une organisation des exploitations en banquettes sur les versants de montagne rappelant les cultures en terrasses des Kabyè comme décrites par POKO Y. (1999). En ce qui concerne le parcellaire, il est relativement plus grand que chez les Kabyè avec des champs assez éloignés des concessions (500 mètres environ) dégageant un espace de pâturage autour des cases. On note également une déforestation poussée surtout ces dernières années en dépit d'une faible occupation du sol (19 hbts/km2). La reproductibilité de cette situation de notre zone d'investigation est analogue à celle de Dimori, village de plaine du Katcha, un terroir N'caam dans la préfecture de Bassar décrite par ALI S. (1996) où la densité est de 7,3 hbts/km2. Mais elle contraste nettement avec celle de Mandela, terroir Kabyè où la densité de 127,9 hbts/km2 est aussi source de déforestation avancée d'après DJIMINGRA M. (1983).

KOUTOUGOU est situé sur le versant sud de la chaîne de Défalé qui y atteint des altitudes de 400 à 500 mètres et a pour limite sud la rivière Kéran au travers de laquelle le radier supposé relier notre zone d'étude au reste des villages voisins n'a qu'une hauteur de moins d'un mètre et demi au-dessus du lit mineur. Ainsi, déjà au cours du mois de juillet, lorsque la pluviométrie atteint 400 mm, la rivière est en crue.

Quant au Mont, son ascension et sa traversée n'étant pas faciles, les populations de Koutougou passent alors plusieurs mois coupés de leurs voisins et du reste du Togo. C'est ce qui fait de ce terroir un terroir enclavé, tant son réseau de voies de communication interne se

résume aux sentiers qui relient champs et maisons et villages voisins. Isolés même du chef-lieu de la préfecture de la Kéran à laquelle ils appartiennent, les Temberma se contentent une bonne partie de l'année d'échanger uniquement avec leurs frères vivant dans le Bénin voisin.

Il se dégage alors de l'analyse des réalités humaines, de la position géographique et des réalités physiques naturelles de la zone d'investigation un aspect qui retient particulièrement notre attention : c'est l'enclavement. Des interrogations se dégagent alors en vue d'aider à mieux comprendre ce phénomène.

Qu'est-ce qui a amené cette frange du peuple Temberma à franchir le Mont pour s'installer dans cette cloison isolée du monde et de leur site primaire ? Comment est organisée la vie des Temberma de KOUTOUGOU ? Comment gèrent-ils le patrimoine foncier sur lequel ils vivent et se déroulent leurs activités ? Qu'est-ce qui est à la base des nombreuses mutations qui se remarquent aujourd'hui dans l'habitat rural de ce peuple de bâtisseurs ? Comment se font les échanges culturels et commerciaux avec leurs frères voisins du Bénin, ceux de Nadoba au nord de KOUTOUGOU ainsi qu'avec les villages environnants ? Quelles sont les infrastructures socio collectives dont ils disposent ? Quels sont les effets de l'enclavement sur les activités économiques du milieu ? Comment les habitants de KOUTOUGOU perçoivent-ils leur isolement ?

Autant de questions qui justifient le choix de notre sujet, même s'il faut y ajouter notre passion pour le monde rural qui nous a vu naître et grandir. Nous y avons ainsi côtoyé en grandissant et à travers les régions des Plateaux Sud, Plateaux Est, et celle de la Kara, de braves paysans toujours confrontés à l'épineux problème de la proximité ou de l'accessibilité des centres d'écoulement de leurs produits agricoles. Depuis les villages d'Ogou sur la rive Est de la rivière Ogou dans la préfecture de l'Est-Mono à ceux de la préfecture de Dankpen dans l'ouest de la région de la Kara, nous avons expérimenté la vie dans une contrée où les automobiles ne viennent qu'en saison sèche et seulement les jours de marchés hebdomadaires si ceux-ci existent. Autrement, c'est lors de la campagne d'achat et d'évacuation du coton graine par exemple que les gros véhicules attirent des foules de badauds curieux de voir très souvent pour une première fois le « titan ».

Ainsi donc, au moment d'entreprendre des recherches en vue de l'obtention d'une Maîtrise, quoi de plus normal que de se tourner vers ce monde pour nous appesantir sur une des situations les plus désagréables de la vie d'un paysan : l'éloignement et la difficulté d'accès au marché. DUMONT R. (1991) ne disait-il pas que si en Afrique on veut que les paysans produisent en masse, il faut d'abord leur donner les moyens et la chance de pouvoir écouler leurs produits sans difficultés ? Nous ne pouvons parler des motivations qui nous ont

conduit à ce sujet sans parler de l'attachement que nous avons eu du monde Temberma depuis la première fois que nous nous y sommes rendu. Il s'agit donc pour nous d'assouvir un désir longtemps manifesté et en même temps de contribuer à la connaissance de ce peuple hautement riche sur le plan culturel mais sur lequel paradoxalement, il existe très peu d'écrits puisque les rares existants sont du domaine architectural, touristique ou historique très souvent signés par des expatriés. Néanmoins, aucune étude ne pouvant aboutir sans recherche documentaire préalable, nous avons, à défaut d'ouvrages portant sur le pays Temberma, eu accès aux documents allant de l'étude d'autres terroirs à ceux relatifs aux problèmes du monde rural en général et de l'enclavement en particulier.

La place qu'occupe l'agriculture dans les pays en développement est une préoccupation plus que jamais d'actualité. Depuis leurs indépendances en effet, les pays moins nantis en ressources minières et énergétiques ont mis un accent particulier sur la promotion du secteur agricole. Mais il faut noter que cette primauté de l'agriculture dans ces pays ne date pas de l'époque des indépendances. Depuis les temps coloniaux en effet, avec le pacte colonial, nos pays ont hérité d'un rôle qui les maintient dans un situation d'éternels fournisseurs de matières premières aux pays du Nord.

Plus tard, même avec la division internationale du travail puis la mondialisation, ce rôle est loin de changer. Bien au contraire, la tendance se renforce encore avec la mondialisation sous sa forme actuelle en dépit des nombreuses mutations institutionnelles et des réformes entreprises souvent en accord avec les grandes institutions internationales et laissant derrière elles des retombées fâcheuses pour les populations.

C'est ce que dénonce ELA J-M. (1982) dans L'Afrique des villages lorsqu'il parle de la mise en place des politiques de développement rural entreprises par les gouvernements africains à coût de milliards déboursés par les institutions internationales et qui ont abouti dans la plupart des cas à des échecs et pire encore à l'éclosion de relations conflictuelles entre les masses. C'est ainsi que s'opposent vieux et jeunes, agriculteurs et éleveurs, citadins et ruraux. Cette situation selon l'auteur conduit à l'éclatement des groupes sociaux ayant des intérêts divergents mais appelés à vivre sur un même territoire national. Il conclut donc en précisant que tant que la mise en place des projets ne prendra pas en compte les réalités des bénéficiaires et sera plutôt basée sur des relations de domination et d'assujettissement, ils n'auront pas d'autres issues que l'échec. Il ajoute que l'exploitation et la négligence des masses rurales que l'on écarte injustement de la confection et de la réalisation des projets en leur faveur au nom d'un hypothétique illettrisme est un frein pour le développement.

Il poursuit dans Quand l'Etat pénètre en brousse... : les ripostes paysannes à la crise (1990), en stigmatisant les partis uniques imposés par les dirigeants politiques depuis les années soixante pour étouffer toute tentative de démocratisation ou de révolte tout en utilisant le travail et les efforts des paysans pour assouvir les caprices des gouvernants. Aussi, ajoute-til que les cultures commerciales ont fragilisé un tissu économique et social certes précaire, mais qui était fondé sur des pratiques ancestrales et empiriques ayant fait leurs preuves. Il garde toutefois espoir dans le dynamisme du paysan africain en prévenant que l'épanouissement réel de ce dernier passe par une liberté pouvant ouvrir la voie à l'expression de sa créativité, à l'organisation des associations et groupements villageois qui doivent constituer les bases de canalisation des forces et qui deviennent du coup les acteurs des changements dans les milieux ruraux.

C'est dans cette logique qu'aborde HARRISON P. (1991) dans Une Afrique verte, un document écrit au terme d'une enquête réalisée au profit de l'institut international de l'environnement et de l'USAID qui a financé le projet. L'auteur, chargé de cours à l'université d'Ifè au Nigeria a visité seize projets, quatre grands centres internationaux dans six pays différents. Il en ressort donc que les « projets réussis » (14%) sont le fait des gouvernants ayant pris la mesure de l'association des paysans à toute initiative comme au Zimbabwe avec ce qu'il appelle « le miracle du maïs zimbabwéen » alors que ceux qui ne le sont pas (86%) résultent de ce qu'on peut appeler les « copier coller » d'un milieu à un autre. Il dénonce en outre le «piège de l'aide » qui a maintenu beaucoup de coordonnateurs de projets dans une situation mesquine qui consiste à arrêter toute initiative dès que les financements extérieurs n'arrivent plus.

S'il est quasi certain au regard de ce qui précède que la promotion du secteur agricole passe nécessairement par l'association des paysans aux nombreux et coûteux projets de développement, il n'est pas moins évident que cela passe aussi par la prise en compte des réalités physiques de chaque milieu surtout quand il est question d'opérer des choix de cultures, des types d'habitat et d'aménagement.

Dans leur article Agriculture de colline et de petite montagne : Evolution récente des systèmes de production dans une zone de montagne du Nord Vietnam, district de Cho Dông, province de Bac Kan, in Agriculture et développement, (1997), BAL P. et al écrivent que la diversité des systèmes de production est en rapport avec le relief caractéristique du milieu. Ainsi, dans le district sud où on trouve des collines en forme de demi oranges, avec des vallées étroites, des sols en général profonds et acides, c'est la pratique de la culture du riz de

submersion qui prévaut au sein des Tay2 qui y habitent. Par contre, dans le nord, où prédominent des longues et fortes pentes, des sols alcalins, un substrat calcaire et des reliefs karstiques, c'est la crise agricole qui est marquée par une agriculture semi itinérante sur brûlis pratiquée par les Dao3, du groupe Mao Yao. Ils concluent en disant que la variabilité des zones agro-écologiques du district de Cho Dông peut représenter pour les agents d'appui et de développement une situation complexe. Mais ils ajoutent que « dans ce contexte, les méthodes de vulgarisation comme les approches des projets de développement doivent rechercher, en partenariat avec les paysans, des solutions qui ne peuvent plus se limiter au

transfert des innovations techniques en provenance des plaines. »

Les conditions physiques sont autant un moteur qu'un frein dans le développement de toute activité et celui de l'agriculture en particulier. C'est ce que soutient BETEMA B. (1992) dans son mémoire de Maîtrise intitulé Nima, un terroir Kotokoli (centre du Togo),. Dans cet ouvrage, l'auteur relève la compatibilité entre les conditions physiques et climatiques (milieu de plaine sous climat tropical soudano-guinnéen) et la pratique de l'activité agricole sur le terroir de Nima avant de montrer que parfois, cette même activité peut être soumise à des aléas climatiques qui entraînent des résultats désastreux pour les paysans qui n'ont que le fruit de la terre pour assurer leur survie. Il continue en ouvrant une brèche sur les difficultés relatives à l'écoulement des produits agricoles dues soit à la saturation des marchés, soit à l'impossibilité de rallier des marchés plus grands du fait de l'absence ou de la praticabilité saisonnière des voies de communication.

Il en résulte une nouvelle dimension qui vient s'ajouter au problème de développement des zones rurales. C'est la dialectique du développement en milieu rural en rapport avec l'enclavement qui a été abordée par certains auteurs également. Parmi eux, nous parlerons autant de ceux qui ont juste fait allusion à ce problème dans un ouvrage que de ceux-là qui ont consacré toute une étude, article ou ouvrage pour donner un point de vue ou mieux une approche de solution à ce que tous conviennent de classer parmi les raisons qui freinent l'évolution du monde rural.

C'est par exemple MERLIN P. (1991) qui, dans son Espoir pour l'Afrique Noire trouve que le retard de l'Afrique subsaharienne sur les autres continents dans tous les domaines peut s'expliquer par l'isolement qui caractérise ses villes et ses campagnes. Dans ce

2 Du groupe des Thaï, les Tày sont après les Kinh le groupe le plus important et le plus influant au nord du Vietnam.

3 Ils représentaient 11% de la population du district en 1994. Leur présence dans la zone n'est pas datée avec exactitude mais elle paraît relativement récente.

cadre précis, ajoute-t-il, l'activité agricole ne peut en rien se développer si les produits récoltés ne peuvent être écoulés sur d'autres marchés pour rapporter des devises aux paysans.

Pour GOUROU P. (1982) dans Terre de Bonne Espérance, l'Afrique Tropicale, les échanges d'hommes et de marchandises ont toujours joué un rôle planétaire dans le développement des techniques de production. Ce fut, dit-il, le cas de l'Europe et de l'Asie, chacun des deux continents profitant tour à tour des découvertes et des inventions qui se produisaient dans l'autre alors qu'à l'inverse, la barrière constituée par le Sahara et des côtes difficiles d'accès a empêché ou freiné les échanges entre ce monde eurasiatique très actif et l'Afrique subsaharienne à la traîne. Il conclut que l'Afrique gagnerait à promouvoir les échanges avec les autres continents et que cela passe nécessairement par le développement des voies de communication à l'échelle internationale.

C'est aussi le point de vu de DUMONT R. (1991) dans Démocratie pour l'Afrique quand il démontre qu'il ne peut y avoir de démocratie sans un développement et que la mise en place d'une meilleure infrastructure de transport, d'un réseau de pistes desservant tous les villages constitue un préalable au progrès rapide. Alors, si les paysans doivent produire plus, il faut leur concéder des prix qui puissent leur permettre d'acquérir des moyens de transport, des outils de travail du sol et de récolte plus appropriés. C'est donc de cette façon que les peuples y compris ceux des milieux ruraux parviendront au développement et aussi à la démocratie. A défaut, lorsque dans un pays, le réseau routier est effondré, les paysans s'en viennent au découragement comme ce fut le cas au Cameroun, en Tanzanie, au Sénégal et ailleurs en Afrique. C'est en tout cas l'explication qu'il trouve mais cette fois avec MOTTIN M-F.(1980), à la situation statique, immobile de ce continent dans leur ouvrage L'Afrique étranglée.

YATOMBO T. (1994) lui, croit trouver le bâton magique pour sortir nos milieux de cet immobilisme dans son mémoire de Maîtrise titré Désenclavement et dynamique de l'espace rural dans la région des savanes : cas du sous/secteur de Lotogou lorsqu'il démontre que le désenclavement réalisé dans ce milieu a introduit une nouvelle dynamique de développement faisant croître les surfaces cultivées de plus de 60% entre 1988 et 1992 alors que le nombre de planteurs est passé de 911 à 1713 soit 88% de croissance dans la même période. En outre, écrit-il, le taux de scolarisation par le seul fait du désenclavement a évolué de 26% en 1984 à 53,8% en 1991 et le nombre de marchés d'animation hebdomadaire de 03 à 07. Il en résulte donc une intensification de la vie économique du milieu après un processus de désenclavement. Néanmoins, l'auteur évoque et prévient du risque de l'apparition de nouvelles formes de préoccupations comme la destruction de l'environnement, l'oisiveté, ...

SEGBOR P. (1990) va plus loin dans son article Transport et développement au Togo, in Annales de l'Université du Bénin, série Lettres Tome XI, 1983 - 1991, car il affirme que le niveau de développement d'un milieu peut s'apprécier à partir de son réseau routier.

Ainsi, dit-il, celui-ci est à l'image de l'animation économique et sociale qui y prévaut, elle-même tributaire de la facilité des populations de rallier les autres villages proches des centres économiques. Il finit en mentionnant comme en exemple le fait que les villages proches des centres de distribution économique connaissent un essor plus important que ceux qui en sont éloignés.

Au total, il ressort que le développement est lié à l'amélioration du réseau de chemin et surtout à sa praticabilité en toute saison. En plus, la prise en compte des réalités physiques, et culturelles des peuples et du milieu est un impératif de même que l'association des bénéficiaires à tout processus de développement.

Mais en tant que terroir, quelles sont les réalités de Koutougou en rapport avec d'autres terroirs ayant déjà fait l'objet d'une étude ?

Si les habitants de KOUTOUGOU reconnaissent que les tatas sont le type de construction qui jusqu'à un passé récent les individualisait des autres peuples de la région, les Nawdéba eux, comme le montre KOUDEMA A. (1983) dans son mémoire de maîtrise titré : La vie rurale dans le canton de Siou. Exemple du quartier de Birigou, ont pour cadre de vie la case ronde ou mieux la concession ronde en forme de Soukhala très bien décrite par DJIMINGAR M. (1983) dans son Terroir Kabyè : MANDELA Nord-Togo. C'est d'ailleurs ce type d'habitat qu'adoptent de nos jours les Temberma.

Quant aux systèmes d'exploitation dans le monde rural en Afrique et au Togo, ils peuvent varier d'une région à une autre selon les réalités physiques et humaines. ANTHEAUME B. (1978) puis SAUVAGET C. (1981) dans leurs livres respectifs : Agbétiko, terroir de la basse vallée du Mono, Sud-Togo et BOUA, village de Koudè, un terroir Kabyè, Togo septentrional décrivent la pratique de la culture intensive qui résulte de la pression démographique et qui contraste bien avec celle que les habitants de KOUTOUGOU pratiquent. En effet, la densité de population y étant de 19 hbts/km2, les Temberma de notre zone d'étude pratiquent plutôt une agriculture extensive sur brûlis et ce, à cause de la disponibilité des terres. La seule nuance à apporter est que dans le cas d'Agbétiko, le Mono et ses dépôts de limon sont un avantage certain dans la richesse des sols et qu'à Boua, il existe une forme de fertilisation des sols basée sur les fosses compostières alors qu'à KOUTOUGOU, les paysans pratiquent encore une jachère qui va au-delà de cinq ans et plus.

Ainsi, l'environnement étudié ne peut faire exception à la règle et une étude sur ce terroir doit pouvoir définir des objectifs pour mieux répondre aux nombreux défis, attentes et interrogations autour desquels, il est possible d'envisager son développement. Quels sont les facteurs qui permettent de cerner au mieux les réalités du terroir de Koutougou en pays Temberma ? Des objectifs clairs et précis doivent donc être définis pour mener à bien cette étude qui est censée rechercher et organiser les données en vue du développement et de l'épanouissement des populations de notre zone d'étude et de leur site.

Les objectifs que nous assignons à cette étude sont de deux ordres. Il s'agit d'un objectif général duquel découlent des objectifs spécifiques. L'objectif général est de montrer en quoi l'enclavement de notre zone constitue un frein à l'épanouissement socio culturel et économique pour ses habitants. De là, apparaît un autre beaucoup plus historique et culturel mais non moins important car permettant de rentabiliser notre travail par les concepteurs du projet de sauvegarde et de viabilisation du patrimoine Temberma en vigueur dans la préfecture de la Kéran. En fait, à la veille de la communalisation de nos campagnes, chacune d'elles doit pouvoir créer des ressources propres pour assurer son fonctionnement et au-delà, son développement économique et social. Pour y parvenir, à KOUTOUGOU comme ailleurs, les développeurs doivent disposer d'études partageant les réalités de la vie des peuples afin de les prendre en considération. Comme intérêt pratique donc, nous voudrions montrer les effets induits de l'abandon des tatas sur l'activité touristique afin d'apporter au terme d'analyses et de comparaisons avec les réalités du pays Nadoba, des approches de solutions pour arriver à définir un programme de développement authentique et durable au profit du terroir et partant du canton de Koutougou, car en dernier ressort, tous les programmes de désenclavement, misent sur les richesses disponibles dans la localité. Quant aux objectifs spécifiques, ils se présentent comme suit :

- Analyser les réalités physiques du terroir ainsi que leurs implications sur les

activités des habitants.

- Etudier les modes de vie et de gestion des terres à KOUTOUGOU.

- Etudier les mouvements de la population de même que le niveau de vie de

celle-ci.

- Montrer pourquoi ce groupe de Temberma a dû quitter ses frères pour

s'installer de ce côté de la montagne.

- Evaluer les effets de l'enclavement de KOUTOUGOU sur les échanges

transfrontaliers qui se développent entre ce milieu et le Bénin.

- Etudier les relations qu'ils entretiennent avec leurs voisins Temberma de

Nadoba et Nawdéba puis Lamba de la préfecture de Doufelgou.

- Faire découvrir les cultures des Temberma de KOUTOUGOU et leur façon de

concevoir leur isolement.

Pour atteindre ces objectifs et trouver des réponses aux nombreuses questions soulevées plus haut, nous allons nous servir de nos observations sur le terrain, de nos expériences vécues et lues pour poser des hypothèses. A cet effet, nous dégagerons des hypothèses subsidiaires autour d'une hypothèse centrale. Celle-ci est la suivante : l'isolement de KOUTOUGOU par rapport au reste du Togo est un obstacle au développement du milieu et à l'épanouissement des habitants. Les hypothèses subsidiaires elles, s'articulent selon la configuration ci-après :

- Les mutations intervenues dans l'habitat des Temberma de Koutougou est le

résultat d'un brassage avec les populations Lamba, Kabyè et Nawdéba des préfectures de la Kéran et de Doufelgou.

- La dynamique de l'habitat a été renforcée par la disparition de la nécessité de

se défendre ou de faire la guerre puisqu'une des raisons qui justifiaient l'édification des tatas était d'ordre sécuritaire.

- La situation du territoire sur un versant est favorable à l'implantation des

concessions de forme ronde comme en pays Kabyè.

- C'est la recherche de terres plus riches et plus giboyeux qui a conduit cette

frange du peuple Temberma à essaimer vers le sud de la chaîne de montagne.

- Les conditions physiques du milieu se prêtent fort bien à la pratique de

l'agriculture et de l'élevage ainsi qu'aux systèmes d'exploitation en vigueur sur le terroir.

- L'isolement de KOUTOUGOU est le facteur premier dans la précarité qui y règne et qui caractérise la vie de ses populations car il explique non seulement un coût de production élevé mais aussi des prix de vente très bas.

- L'enclavement, l'unité monétaire et linguistique sont les facteurs qui militent

en faveur du développement des échanges commerciaux avec le Bénin.

Comment procéder pour répondre favorablement aux attentes et collecter les données nécessaires afin de pouvoir intégrer dans notre analyse les nombreuses préoccupations inhérentes à l'enclavement de l'univers d'investigation. Il se dégage à travers les hypothèses précédées des objectifs assignés à notre étude, la nécessité de définir une

approche méthodologique qui puisse nous permettre de collecter les données nécessaires en vue de répondre aux interrogations et vérifier les hypothèses.

Nous avons mené notre étude sur une base méthodologique à trois niveaux : la documentation préexistante, l'enquête de terrain et l'observation participante.

La documentation préexistante est l'ensemble des sources de renseignement dont nous avons eu besoin pour mieux circonscrire notre sujet dans l'espace, dans le temps et dans le débat scientifique actuel. Outre les cartes, les rapports d'activités de la Société Togolaise du Coton (SOTOCO) et les documents généraux ayant trait à notre sujet, nous nous sommes rendu dans de nombreux services et centres de documentation.

· A la Direction des Statistiques Agricoles, de l'informatique et de la Documentation (D.S.I.D.), nous avons eu accès aux données du recensement agricole de 1996 dans un document édité en avril 1998 en deux séries : SP - Population agricole et série AA - Population Active.

· A la bibliothèque du centre de documentation technique du Ministère du Plan, nous avons disposé outre du schéma directeur de la région de la Kara, d'un atlas du développement régional au Togo.

· A la Direction Générale des Statistiques et de la Comptabilité Nationale, nous avons eu accès au dépouillement des fiches complètes du recensement général de 1981.

· A la Direction Régionale de la SOTOCO à Kara et à la Coordination BinahDoufelgou à Niamtougou, plusieurs informations relatives au niveau de production de coton et à l'acheminement des intrants nous ont été fournies.

· Dans les bibliothèques universitaires notamment celle du département de Géographie, celle de la FLESH et à la bibliothèque centrale, nous avons trouvé outre les mémoires de nos devanciers, certains articles et autres publications des enseignants de l'université.

· Au Centre Culturel Français, nous avons bénéficié de certains documents de géographie récents introuvables à l'Université.

Nombre de nos informations proviennent également des recherches sur des sites d'universités étrangères par le biais de l'Internet.

Toutefois la non prise en compte dans nos recherches documentaires des photographies aériennes de l'environnement étudié est due essentiellement au fait que les photos disponibles mis à part leur échelle trop petite et donc couvrant une zone trop grande,

sont vieilles de plus de trente ans et ne traduisent pas nécessairement les réalités actuelles surtout en ce qui concerne l'occupation des sols. Néanmoins, les quelques interprétations faites nous ont édifié sur les réalités physiques.

Par ailleurs, les entretiens que nous avons eus avec certaines personnes ressources notamment l'ATC de la SOTOCO, le magasinier du groupement agricole villageois, le chef canton et son secrétaire ont été des sources indiscutables de données chiffrées ou historiques. Nous rappelons que ces contacts ont été pris lors de notre séjour d'une dizaine de jours à KOUTOUGOU entre le 14 et le 22 octobre 2004, visite que nous avons aussi consacrée à l'observation passive des faits physiques et humains puis lors de nos travaux de terrains effectués du 19 août au 02 septembre 2005.

Cette enquête de terrain qui a duré deux semaines a consisté à administrer un questionnaire à 116 chefs de ménage soit 40% des chefs de ménage que compte la zone d'étude. Cet effectif est réparti sur tout le terroir sur la base indicative des données du tableau n°1 et selon l'importance de la population des quatre villages pris en compte dans cette étude. Ainsi, à Koutamagou habité par 792 habitants (39,7% de la population totale) et donc 115 chefs de ménages, nous avons retenu 46 enquêtés soit 39,7% des enquêtés. Les autres villages ont eu respectivement 38 (Koutougou), 20 (Lipouli 1) et 13 (Lipouli 2) enquêtés. Parmi eux, nous avons ciblé dans chaque village une proportion de 20,7% de femmes.

Cette proportion de femmes est guidée par les données sociologiques caractéristiques du terroir d'étude. D'abord le fait d'avoir pensé intégrer des femmes dans notre échantillon qui devrait se constituer que de chefs de ménage est dû à notre volonté de ne pas négliger cette couche qui pourtant est majoritaire dans la population de l'environnement d'étude. Mais pourquoi seulement 20% ? Nous nous sommes contenté de cette proportion à cause de la place qui est celle de la femme dans la société Temberma à KOUTOUGOU. Réduite à l'exécution des décisions du mari par qui tout peut arriver, elle ne maîtrise presque pas les données relatives à la vie de sa société. Ce faisant, celles que nous avons pu interroger ont un âge compris entre 35 et 55 ans car les plus jeunes, restent encore sous la protection et la surveillance de leurs époux.

Quant aux hommes, nous avons retenu la tranche d'âge 18 à 55 ans puisque dans cette société, le critère d'autonomie est jugé par le départ du toit parental ou mieux la construction de sa propre maison même si cela se réalise à la périphérie de la concession familiale. Toutefois, on peut se demander comment sommes-nous arrivé à cet échantillon

alors que notre zone d'étude compte selon les projections que nous avons faites à partir des données démographiques existantes environ 2007 habitants en 2005 ?

Voici présentée la fiche technique d'échantillonnage.

Estimation de la population actuelle à Koutougou :

P2005 = P1981 (0 1 1) ~

Ø : Croissance moyenne nationale: 2,6 %

P1981: Population en 1981

P2005 : Population en 2005

n : Nombre d'années = 24

Calcul du nombre de ménages :
Moyenne de la taille des ménages dans la Kéran : 6,9
Nombre de ménages = Pop. Totale / 6,9
Déduction du nombre d'enquêtés par village :
Echantillon estimé à 40 %
Nombre d'enquêtés = (Pop. Totale x 40) / 100

Tableau n°1 : Récapitulatif de l'évolution de la population, du nombre de ménages et du
nombre d'enquêtés par village :

Villages

Effectifs

Nombre de
ménages

Nombres
d'enquêtés

1970

1981

2005
(estimation)

Koutamagou

744

759

792

115

46

Koutougou

612

624

652

94

38

Lipouli 1

315

322

335

49

20

Lipouli 2

214

218

228

33

12

KOUTOUGOU

1885

1923

2007

291

116

Sources : D'après nos calculs à partir des données recueillies dans Schéma Directeur régional, édition révisée de 1986, D.R.I.P.

L'échantillon de 116 chefs de ménages a constitué la population cible à laquelle notre questionnaire a été administré. Le questionnaire en lui-même comporte six parties.

La première est purement consacrée à l'identification de l'enquêté: âge, sexe, personnes à charge, autochtonie, situation matrimoniale, profession, ....

La deuxième partie devrait contribuer à une meilleure connaissance des pratiques foncières en cours dans le terroir notamment les limites du domaine foncier villageois, les modes d'accès à la terre ainsi que ceux de gestion de ces terres.

Quant à la troisième partie, elle devait combler les attentes relatives aux pratiques agricoles. Il s'agit là de mieux apprécier les usages faits des sols à KOUTOUGOU, les différentes cultures agricoles, la façon et les moyens techniques et humains mis en oeuvre pour les produire.

Dans une quatrième partie réservée aux données socio-économiques, nous nous sommes intéressé à la finalité des produits agricoles et surtout au type de culture à laquelle les paysans accordent plus d'importance.

L'historique du terroir et la dynamique de son habitat ont constitué le cinquième volet de notre questionnaire. Il s'est agit de mieux appréhender les raisons qui ont conduit à l'essaimage de ce peuple puis aux transformations qui se remarquent dans son habitat.

Enfin nous avons consacré la dernière partie de notre questionnaire à la perception des enquêtés sur la notion de l'enclavement de même que la manière dont ils le vivent. Il s'agit entre autres de comprendre la mentalité des habitants de KOUTOUGOU sur le phénomène qu'ils vivent et qui les individualisent des autres peuples de la région, puis les pistes de résolution qu'ils préconisent pour en sortir. Quant à l'analyse des effets induits par l'enclavement, elle a été rendue possible par l'utilisation d'un guide d'entretien censé compléter les travaux de l'enquête proprement dite.

Il faut toutefois ajouter que dans la conception du questionnaire sus- présenté, nous avons eu recours à un certain nombre de variables. Ce sont des caractéristiques auxquelles on assigne des valeurs. Nous en avons adopté dans le cadre de notre étude deux types :

D'une part les variables indépendantes. Ce sont : l'âge, le sexe, l'ethnie, le niveau d'instruction et l'état civil.

Concernant l'âge, nous sommes partis des données des services des statistiques qui considèrent comme personnes actives dans le domaine agricole les personnes ayant un âge compris entre dix-huit et cinquante-cinq ans. Cependant selon les réalités de la zone d'investigation et surtout compte tenu du statut social des jeunes qui doivent avoir leur propre

logis avant de bénéficier de leur autonomie d'action, de même que celui des personnes âgées qui à défaut de support pratiquent les activités agricoles jusqu'à un âge très avancé, nous avons retenus la tranche d'âge 15 à 60 ans. Cette catégorie de personnes est celle dont l'activité est déterminante dans la vie sociale et économique de notre terroir d'étude. C'est à cet âge qu'on devient responsable et indépendant au point de prendre des décisions concernant la gestion du foyer et des parcelles cultivées.

Le sexe quant à lui est dans nos sociétés traditionnelles un facteur de différenciation important. Il nous a semblé utile de l'inscrire au nombre des variables indépendantes. En effet, à Koutougou comme ailleurs en Afrique, les travaux qui requièrent l'usage de la force et les prises de décisions incombent aux hommes alors que les femmes se contentent de petits travaux champêtres. Elles s'adonnent aux attributions spécifiques à une épouse.

L'ethnie est aussi une variable indépendante, parce que la plupart de nos contrées regorgent de populations allochtones. A KOUTOUGOU, cette réalité est moins apparente puisqu'on y compte que 3,5% de foyers allochtones. Quoique vivant dans un milieu autre que le leur, les ménages allochtones conservent certains procédés et certaines techniques de leur milieu d'origine. Il en résulte une dimension sociologique qui s'exprime à travers une différenciation qui s'observe au niveau des moyens de production, des techniques culturales, de la façon de concevoir la réalité de l'enclavement et surtout d'appréhender celle de la dynamique de l'habitat. C'est ce qui justifie l'inscription de cette donnée au nombre des variables indépendantes.

La prise en compte du niveau d'instruction est le résultat du fait que dans le monde paysan, il détermine sans aucun doute les choix culturaux et surtout la facilité ou la réticence avec laquelle les producteurs acceptent les innovations.

D'autre part nous y avons inscrit les variables dépendantes. Elles sont celles dont l'option est liée avec d'autres. Il s'agit entre autres des activités rurales, des techniques culturales et de l'état du ménage.

Concernant les activités rurales, nous préciserons seulement que le labeur est souvent relatif à l'âge du paysan. La tranche d'âge 15-60 ans est la plus active économiquement alors que les personnes âgées sont très peu rentables à l'instar des moins de 15 ans. Néanmoins, si l'agriculture reste la principale activité, elle est toujours associée de l'avis de 89% de nos enquêtés, à une autre comme l'élevage.

Tout comme la variable ethnique, les techniques culturales varient mais s'interpénètrent. Certaines disparaissent au profit d'autres et ce, compte tenu des réalités physiques du milieu qui les abrite. On parlera entre autres des Kabyè qui y ont abandonné la culture en terrasse pour adopter la culture sur brûlis qui se pratique dans le milieu d'investigation. Le faible taux de rotation de cultures (3,4%) est enregistré auprès des populations allochtones.

L'état des ménages est un indicateur important surtout que nous nous fixons pour finalité de montrer l'impact de la production agricole sur le niveau de vie des populations de même que l'effet qu'a l'isolement sur cette dernière. Ainsi, le nombre des membres d'une famille est déterminant dans les choix de l'habitat et de la taille de l'exploitation effectués par le chef de ménage.

Ce questionnaire ainsi décrit a été administré comme nous l'avions dit plus haut à un échantillon représentatif de 40% des chefs de ménage tirés par hasard à partir des chiffres de la population du recensement général de 1981 que nous avons actualisés soit à 116 chefs de ménages dont 24 femmes. L'administration du questionnaire s'est faite avec l'aide d'un étudiant en quatrième année de Géographie avec qui nous avons formé équipe en vue des travaux de terrain.

Pour gagner du temps, nous avons fait faire un dépouillement assisté à l'ordinateur après naturellement avoir fait codé le questionnaire. Le logiciel utilisé est le SPSS 10.0 avec un nombre de lignes dans le fichier de travail évalué à cent seize et celui des valeurs autorisées à 18 724.

Qu'en est-il alors de la troisième phase de notre méthodologie ?

L'observation participante dont il est question s'est faite essentiellement au cours de nos visites et séjours dans la localité puisque durant nos travaux nous avons vécu soit chez un habitant soit comme dans le cas du dernier séjour chez le chef canton. Elle a permis entre autres de bien comprendre l'organisation de la cellule familiale et la hiérarchie sociale chez les Temberma et les principes qui régissent la célébration de certains cultes ainsi que de certaines fêtes traditionnelles.

En tout état de cause, des difficultés n'ont pas manqué de surgir à un moment ou à un autre de notre travail. Certes elles sont sérieuses mais elles n'ont en rien ébranlé notre détermination. Bien au contraire, elles constituent pour nous le péril grâce auquel notre triomphe sera glorieux.

En premier lieu, la difficulté majeure reste celle de la communication et est relative aux contradictions qui peuvent se rencontrer lors de l'utilisation des sources orales. En effet certains de nos interlocuteurs nous ont fourni des informations dont le contenu a varié d'un jour à l'autre ou mieux d'une visite à l'autre.

Par ailleurs, nous avons souffert de la disponibilité des paysans à répondre à nos questions. La raison est que nos travaux ont été effectués soit en période des pluies et donc en pleine activité des champs, soit au cours des périodes consacrées aux cérémonies traditionnelles et au cours desquelles, les jeunes sont interdits de frotter avec « le monde ambiant ».

L'autre aspect des difficultés reste l'éloignement de l'environnement étudié par rapport à notre lieu de résidence. Cette situation ne nous a pas aidé dans la collecte de certaines informations. Notre souhait de pouvoir apprécier le niveau d'eau dans la Kéran pendant la période d'étiage en a souffert.

Au demeurant, il en résulte un travail qui sera présenté en trois parties outre l'introduction générale qui intègre le cadre conceptuel et méthodologique et la conclusion générale qui résume les résultats auxquels nous sommes parvenus.

D'abord le cadre physique et humain qui, outre l'aperçu géographique et le milieu naturel, traite du couvert végétal et des données humaines. Cette partie présente notamment les réalités physiques de notre zone d'étude de même que les aspects relatifs au peuplement, son histoire, son évolution et son organisation actuelle. Nous déboucherons ainsi sur la caractérisation physique et humaine du terroir étudié.

Il sera ensuite question de l'espace agraire dans le terroir de Koutougou. C'est ici que nous présenterons entre autre la problématique foncière, la dynamique agricole, les types de cultures ainsi que les différentes activités économiques qui se déroulent dans le milieu. Notre étude ayant privilégié le concept de terroir, nous préciserons ici les différents traits qui l'individualisent par rapport aux autres contrées Temberma ou Lamba de la région.

Nous étudierons enfin l'enclavement dans toutes ses dimensions avec tous ses effets induits sur la vie des habitants de KOUTOUGOU. Ainsi, après avoir fait état de la faiblesse des infrastructures de transport, nous évoquerons les contraintes d'ordre moral, social, culturel et surtout économique liées au fait de l'isolement. Il sera aussi question de décrire les manifestations concrètes de ce phénomène sur les activités économiques et sociales en rapport avec les autres contrées de la zone d'étude. Une évaluation des prix des intrants, un inventaire

des outils de travail et les opportunités de main d'oeuvre vont constituer des indicateurs d'analyse du coût de production élevé qui caractérise l'univers géographique étudié.

Il sera question de montrer :

- la nécessité de désenclaver ce milieu de laboureurs qui travaillent beaucoup plus pour

ravitailler le Bénin voisin alors qu'ils bénéficient entièrement d'un approvisionnement en intrants de la part des services d'encadrement paysan du Togo.

- qu'un tel processus sera d'un grand intérêt non seulement pour les populations de

KOUTOUGOU qui pourront voir leur coût de production baisser et les prix de vente de leurs produits s'élever mais aussi pour le reste du territoire togolais qui profitera ainsi d'un grenier céréalier supplémentaire puis d'un site touristique.

- que l'existence de potentialités physiques (vallée exploitable et pistes à aménagées...)

et humaines (population prête à participer aux efforts de désenclavement) est une évidence dans un milieu où l'enclavement est plutôt perçu comme une réelle volonté pure des pouvoirs publics d'isoler tout un peuple.

Tous les atouts du milieu couplés des possibilités existantes constituent des raisons valables qui justifient la nécessité d'enclencher un processus de désenclavement au profit de notre terroir d'étude.

Comment se présente le cadre physique dans lequel se déroule la vie des Temberma de KOUTOUGOU et se pratiquent leurs activités ? Quelles sont les réalités humaines de ce site et comment sa population y perçoit les mutations qui s'y opèrent dans le temps et dans l'espace ? Bref comment pouvons-nous percevoir dans la zone d'investigation l'interface homme-milieu ?

Ce sont entre autres, les préoccupations auxquelles le premier chapitre intitulé cadre physique et humain tentera de répondre.

CHAPITRE 1

CADRE PHYSIQUE ET HUMAIN

A KOUTOUGOU comme dans tout espace géographique, des réalités physiques et humaines existent et il convient de les étudier afin de mieux comprendre notre environnement d'investigation. De la présentation de l'aperçu géographique à celle d'une zone faiblement peuplée en passant par un bref exposé sur le milieu naturel, la flore et la végétation, nous dégagerons les grands traits qui caractérisent ce terroir enserré dans la Kéran et expliquerons dans certaines mesures l'organisation de la vie.

1.1- APERÇU GEOGRAPHIQUE

Koutougou est situé dans la région de la Kara au nord du Togo. La région de la Kara, unité administrative de création relativement récente surtout dans sa composition actuelle (créée en 1968 et réaménagée par la loi n° 81/9 du 23 juin 1981), est située entre 9°25 et 10°10 de latitude Nord et 0°15 et 1°30 de longitude Est. Elle couvre une superficie de 11 629 km2 soit 20,50% du territoire national togolais.

La région de la Kara présente une morphologie très irrégulière avec un relief constitué par une alternance de plaines et de vallées, de plateaux, dominés par de vieux massifs accidentés aux aspects assez contrastés, et, le plus souvent dénudés de végétation. Néanmoins, deux ensembles géomorphologiques se dégagent.

D'une part les surfaces planes de la vallée de l'Oti, véritable glacis polygénique entaillé par une reprise d'érosion récente. Les pentes y sont faibles (3% sur des distances de 6 Km) mais plus importantes à l'approche des versants de l'Oti (3 à 5%). En fait, ce sont des terrains tendres sédimentaires, non métamorphiques, quasi-horizontaux appartenant au groupe supratillitique du Voltaïen moyen. Ils sont constitués de shales gris-vert et silistones argileux, de grès argileux verdâtres, d'argilites comme celles qui s'étendent de Mango à Gando, le tout reposant sur une discordance de ravinement glaciaire. On y rencontre aussi dans les environs de Kabou (pays Bassar), des couches issues de la série du Buem fortement métamorphisées évoluant vers des schistes plus ou moins gréseux ainsi que celles fortement altérées avec leur teinte jaunâtre quelques fois masquées par des terrains de couverture peu épais mais très étendus. La nature imperméable de la roche-mère, la faiblesse de la fissuration et de la fracturation, ne permettent pas le stockage de l'eau. Les cours d'eau constituent donc le seul moyen d'approvisionnement en eau sur de vastes superficies d'autant plus que le réseau hydrographique, en dépit de la faible extension de l'Oti dans la région est dense du fait de la présence des affluents comme le Mô, Kankassi, Katcha.... qui découpent la plaine.

D'autre part, on retrouve les reliefs orientaux qui sont essentiellement subdivisés en trois sous-ensembles. L'unité structurale de la plaine Benino-togolaise, les formations de l'Atakorien et les schistes de Kantè.

Les roches de l'unité structurale Benino-togolaise sont des formations d'âges diversifiés qui ont été métamorphisées il y a environ 550 millions d'années suite à l'orogenèse panafricaine. On y distingue facilement l'orthogneiss de Kara avec ses trois faciès pétrographiques (les micaschistes mésocrates du piémont nord-est de l'Atakora, les gneiss mésocrates de Pya et les granites leucocrates le long des cours d'eau comme la Binah, Kpélou et la Kara) et le complexe Kabyè formant un ensemble individualisé caractérisé par un alignement de collines au relief accusé et s'étendant du sud au nord notamment, LamaKouméa (779 m), Sirka (602 m), Farendè-Pessaré (679 m) et Boufalé-Solla (558 m). Il date aussi de la tectonique panafricaine (550 millions d'années) et constitue un bloc rigide avec un empilement de grandes écailles chevauchant vers l'ouest et le sud-ouest. Par ailleurs, il faut noter la présence d'un ensemble de plateaux indurés (glacis latéritiques) s'étendant au nord de Solla, dans le secteur central de Kouméa-Pagouda-Kétao et Kétao-Sirka.

Quant aux formations de l'Atakorien, elles commencent à partir de l'escarpement de 350 à 400 m et correspondent aux Monts du Togo (Atakora au Bénin). Ce sont des roches dures formées pour la plupart de quartzites et de grès-quartzites allant du sud de la Kara où elles se présentent sous la forme d'une plaine alluviale aux monts Djamdè, Tabalo (625 m) beaucoup plus contrastés. Elles progressent diagonalement vers le Bénin avec des altitudes quelque fois très élevées (600 à 650 m).

Enfin, les schistes de Kantè ont des limites imprécises mais s'étalent entre les plaines de l'Oti et l'Atakora. C'est un paysage de collines arrondies séparées par de petites plaines formées de séritoschistes gréseux (roche grise finement litée de faciès vulcano-sédimentaire). Avec des pendages autour de 45° et parfois 75 - 80°, ces couches sont fortement plissées parachevées au nord par un relief tabulaire du plateau de Koumongou (réserve de la Kéran), fossilisée par une cuirasse avec de très faibles pentes. C'est sur cet ensemble géomorphologique que se situe la préfecture de la Kéran, une des six que compte la région de la Kara depuis 1981.

La préfecture de la Kéran qui a pour chef-lieu Kantè, couvre une superficie de 1 660 Km2 et compte de nos jours neuf cantons. Il s'agit de : Atalotè, Kantè, Koutougou, Nadoba, Pessidè puis Helota, Ossacré, Warengo et Akpontè de création plus récente.

Le pays Temberma lui, s'étend sur les cantons de Nadoba, Warengo et Koutougou, l'équivalent de 294 Km2 soit environ 18% de la superficie totale de la Préfecture. Il se situe

dans toute la partie Est de la préfecture et forme la frontière togolaise avec le Bénin. Cette zone est habitée à plus de 90% par les Temberma ou Bessourbe, du groupe Para-gourma, groupe linguistique très fréquent dans la région septentrionale du Togo et duquel proviennent les Bassar, les Konkomba, les Tchokossi... En 1981, on comptait environ 11 899 Temberma dans la région de la Kara dont 10 752 au niveau préfectoral.

C'est dans l'étendue de cette zone que se situe le canton de Koutougou, qui couvre 112 Km2 et est habité par 2 095 et 2 137 individus respectivement en 1970 et 1981. Aujourd'hui on les estime à 2 647 et on pense qu'ils seront 2 684 en 2006. C'est une entité administrative qui comprend sur la base de la figure 2, les villages de Koutapa, Koutchatougou, Kouya-Kougou, Koutantagou, Tapountè Koutamagou, Lipouli 1, Lipouli 2 et Koutougou qui en est le chef-lieu.

Ces villages, quoique du même ressort administratif connaissent des héritages différents autant dans leur situation géographique que dans leurs réalités culturelles et socioéconomiques.

Certains villages situés sur le flanc de la chaîne de l'Atakora (cas de Koutapa, KouyaKougou et Koutantagou) ou sur la rive nord de la Kéran à proximité du canton de Tchitchira dans la préfecture de Doufelgou (cas de Tapountè), ont un accès facile au monde environnant. D'autres par contre se distinguent par leur situation plutôt sur les versants ou dans la plaine, coincés entre la chaîne de l'Atakora au nord et la Kéran au sud comme indiqué sur la figure 3 relative à la position des villages étudiés. Ce sont eux qui, en vertu de leur position géographique à laquelle s'ajoutent d'autres liens inhérents à la langue et aux pratiques foncières puis agricoles, forment le terroir de Koutougou, espace géographique sur lequel se déroule notre étude. Ce terroir, comme tout espace géographique se spécifie par toute une diversité de réalités physiques et humaines.

34000

50000

48000

46000

44000

40000

38000

36000

4200029

N Fig. 2: Situation géographique de la zone d'étude

11 18000

#

Kouya - Tougou

#

1116000

Koptapa

Koumagou

luli

1

CANTON DE NADOBA

1114000

luli 2

KOUTOUGOU

%U # #þ

1112000

Ta4ounté

1110000

Koutougou Sola

1104000

PREFECTURE DE DOUFELGOU

1 104000 1106000 HOMO 1 110000 1112000 1114000 1116000 1118000

1106000

1104000

34000

50000

48000

46000

44000

42000

40000

38000

36000

LEGENDE

þ#

Limites de Préfecture

Village étudié

# KOUTOUGOU

Cours d'eau permanent

#

Autres localités

Cours d'eau saisonnier

%U Chef lieu de Canton

Limites de Canton

Limites d'Etat

Route secondaire

Zone d'étude

Limites de Canton

0.6 0 0.6 1.2 1.8 2.4 3 3.6 Kilometers

Source: NOYOULEWA A. (2005), d'après les données recueilies dans Cartographie Censitaire, DSID, 1996.

0°45'

1°00'

1°15'

0°45'

1°00'

1°15'

þ# Village étudié

Zone d'étude

# Chef lieu de Canton

% Chef lieu de Préfecture

# Autres localités

Supérieur à 500m 400 à 500m Inférieur à 400m

Route bitumée Route secondaire Limites d'Etat

Limites de Préfecture

N

KOKOU TAMBERMA

#

#

#

WARENGO

#

Koutantagou

#

Kouya - Kougou

#

Koutamagou

OSSACRE

þ# #

Koutapa

#

#

Lipouli 1

þ##

KOUTOUGOU

Lipouli 2

þ# #

þ# #

Tapounté

#

KPESSIDE

#

Koutougou Sola

#

KANTE

% # #

ATALOTE

#

HELOTA

#

Hélota

#

745' 10'00' 10'15'

10°15'

10°00'

7 45'

Naboulgou NADOBA

Nadoba

#

FIG 3 : Relief de la zona'étude par rapport à celui de l'ensemble de la Préfecture de la Kéran

LEGENDE

Source : NOYOULEWA A. (2005), sur la base

dela carte topographique, feuille Kara au 1/200 000.

3 0 3 6 9 12 15 Kilometers

31

1.2- LE MILIEU NATUREL

1.2.1- Géomorphologie et géologie

Les villages de notre terroir s'étalent sur le versant sud de la chaîne du Mont Togo qui au Bénin voisin prend le nom de l'Atakora. Chaîne montagneuse de l'Afrique occidentale, dans le nord du Bénin et du Togo, d'orientation sud-ouest / nord-est, le massif de l'Atakora a donné son nom à un département du Bénin (chef-lieu Natitingou). Peu élevé (825 m aux Monts Koronga au Bénin), le massif domine cependant les plaines voisines par de vigoureux escarpements de faille. Bien arrosé (1 500 mm par an), l'Atakora alimente de nombreux cours d'eau, tributaires du Niger côté oriental et de l'Oti côté occidental. Son rebord ouest est constitué d'une impressionnante falaise, presque verticale, à peine entamée par quelques torrents qui la dévalent en cascades alors que celui du côté oriental est marqué par des replats successifs et de petits chaînons parallèles.

En fait, dans son prolongement vers le Bénin, cette chaîne aux latitudes de notre zone d'étude atteint des altitudes de 500 à 600 mètres. Il s'agit d'une alternance de collines fortement accusées d'où s'échappent deux ensembles clairement définis.

Un relief de monts élevés qui s'alternent dans une orientation sud-ouest / nord-est avec des terres relativement planes mais qui en réalité sont des versants s'allongeant progressivement vers la rivière Kéran auxquels s'ajoutent des terres basses aux potentialités agricoles immenses.

Le relief de monts est dominé par deux principaux sommets situés complètement dans la continuité de la chaîne géomorphologique :

- il s'agit d'abord du mont Tamoungou : situé au nord-est de Koutougou, il atteint des altitudes de plus de 550 mètres avec une succession de nombreux points qui culminent et offrent au paysage un mauvais panorama sur l'horizon. Ses versants sont relativement abrupts (environ 20°) et abritent les villages de Koutamagou et de Koutougou.

- Et ensuite du mont Takpangou qui surplombe le village de Koutougou-Sola au sud et ceux de Lipouli 1 et Lipouli 2 plus au nord-est. Il atteint une altitude de 600 mètres et présente des versants plus raids (40°) au sommet et qui s'adoucissent progressivement autour des deux kilomètres permettant l'installation des villages cités plus haut.

Les terres basses elles, sont en réalité des vallées entaillées dans la chaîne et qui pour la plupart aboutissent aux plaines qui s'étendent autour des cours d'eau.

En définitive, ces formations géologiques appartiennent au bassin primaire Voltaïen et spécifiquement à l'Atakorien. Ce sont des formations formées de schistes et de quartzites très durs, donnant des reliefs vigoureux qui font que KOUTOUGOU présente un relief irrégulier marqué par une alternance de hauts sommets à versants relativement abrupts et des vallées peu profondes. Ces unités topographiques s'élargissent davantage quand on s'éloigne de la chaîne de montagne et qu'on s'approche des cours d'eau du sud. Par ailleurs, il appartient à l'ensemble géologique issu de la série de l'Atakora comme l'indique la carte géologique de la préfecture de la Kéran (Figure 4).

D'ailleurs les sols qu'on y rencontre résultent non seulement de la nature de la rochemère mais davantage de la topographie même du milieu.

0°39'56"

0°49'55"

0°59'54"

1°9'53"

0°39'56"

0°49'55"

0°59'54"

1°9'53"

N

Nab#oulgou

Nadoba

#

#

Koutapa#

#þ #

Lipouli 2

#þ #

Koutougou

Ossacré

#

Tapounté

#

Koutougou Sol

#

KANDE

% #

# Hélota

P

9°4955. 9°5954" 10.953. 10.1952.

9.49.55.

9°5954^

10'9'53"

10.19.52.

PREFECTURE DE DANKPEN

PREFECTURE
DE L'OTI

FIG 4 : Formations géologiqda de la zone d'étude

par rapport à celles de l'ensemble de la Préfecture de la Kéran

Kouya - Tougou

#

Koutamagou
#þ #

þ##Lipouli 1

LEGENDE

Alluvions

ATAKORA : barres de quartzites

BUEM : argilites, siltites, grès, quartzites SERIE DE KANTE

SERIE D L'OTI: argilites, siltites, silexites, grès

2 0 2 4 6 8 10 Kilometers Source: NOYOULEWA A. (2005), d'après les

données de l'Atlas du dévreloppement régional du Togo, 1981, p41.

# Autre localités

% Chef lieu de Préfecture

Limites d'Etat

Limites Préfecture

þ# Village étudié

Route bitumée

Route secondaire

Zone d'étude

1.2.2- Des sols diversifiés

Les formations pédologiques de KOUTOUGOU comme partout ailleurs sont diversifiées en raison non seulement de la nature de la roche-mère et de la topographie mais aussi du processus pédogénique actuel ou ancien. Il en résulte donc une multitude de sols :

- Les sols hydromorphes ou vertisols : Ici, on les rencontre sous la forme de sols humiques à pseudogley de profondeur, engorgés pendant les mois de juin à septembre par suite de la crue des fleuves ou de la remontée de la nappe phréatique. La matière organique y est très abondante, mais peu évoluée. Ce sont des sols à hydromorphie temporaire qu'on retrouve le long de la Kéran. Ils couvrent environ 40% du terroir étudié.

- Les cuirasses ferrallitiques : Très épaisses ou craquelées, elles sont souvent nues,

rarement recouvertes d'une mince épaisseur de sol sablo-argileux. On les rencontre sur environ 30% du territoire de KOUTOUGOU surtout sur le flanc de la montagne et sur les versants abrupts. Ce sont surtout des cuirasses anciennes dégagées par l'érosion qui résulte de l'absence du couvert végétal. Leur profil (Figure 5) présente une zone d'accumulation importante au-dessus de laquelle se superpose une moyenne couche de cuirasse, des argiles lessivées et un léger dépôt d'humus.

- Les sols sablo-argileux : Issus de l'altération des roches métamorphiques et éruptives

que l'on rencontre un peu partout dans la dépression du socle surtout quand on s'approche des cours d'eau, ils sont dominés par des sables en surface. Cependant, la quantité d'argile augmente avec la profondeur jusqu'à 40 à 50%.

- Les lithosols : Ce sont des inselbergs dénudés possédant des anfractuosités dans

lesquelles s'accumule un support sablo-argileux où s'installent de véritables jardins suspendus sous forme de forêt de montagne. Néanmoins, quand il n'y a pas d'accumulation de ce support, ils constituent des pavés damant toute l'étendue de la surface de la montagne et dénudés de végétation.

La diversité des sols sur cet espace est sans doute un facteur déterminant dans la multitude des espèces végétales et des cultures qui y sont pratiquées, elles mêmes tributaires de la réalité climatique de la zone d'investigation.

35
FIG 5 : Profil d'un sol ferralitique de la zone d'étude :

0

1

2

3

4

5

Mètres

 

Humus

Argile lessivé

Cuirrasse

Zone d'accumulation

Roche-mère

Source : NOYOULEWA A. (2005), d'après les données recueillies dans

Géographie du Togo (1986), page 118.

1.2.3- Les éléments du climat

Avant toute chose, il convient de rappeler le phénomène qui régit l'alternance des saisons en Afrique occidentale.

En effet, l'affrontement des alizés au-dessus de l'équateur thermique entraîne une remontée des masses d'air en une voûte ogivale. Sous cette voûte existe un air chaud et instable, équatorial. La zone d'affrontement de ces deux vents est nommée zone intertropicale de convergence (ZIC). La plus grande part du climat au Togo et ailleurs en Afrique occidentale dépend de cette ZIC et de ses déplacements au cours de l'année.

En juillet, la ZIC se situe largement dans le nord du pays. L'air équatorial amène des vents soufflant de l'océan vers le continent et apportant des pluies. C'est la saison pluvieuse que provoque la mousson, un vent chaud et humide d'origine équatoriale. Au contraire, en décembre, la ZIC est située largement au sud dans l'Atlantique. Les masses d'air venant du Sahara affectant tout le territoire, avec un climat particulièrement sec et chaud. Cet alizé continental est nommé l'Harmattan.

Ce schéma un peu simple est affecté par ailleurs par des « palpitations » biquotidiennes, la ZIC avançant vers le Nord en milieu et en fin de journée, puis reculant de 50 à 250 Km. L'ensemble de ces variations détermine l'alternance des saisons à KOUTOUGOU et dans tout le nord du Togo.

En fait, entre avril et octobre, c'est la saison pluvieuse alors que la saison sèche couvre les mois de novembre à mars. Il s'agit donc du climat tropical sec ou soudanien. Les précipitations atteignent 1300 mm par an et l'humidité relative de l'air varie entre 99% en août et 18% en avril. Le mois le plus froid est celui d'août (24°2) et le plus chaud est mars (29°5). Le nombre total d'heures ensoleillées est de 2 862 avec un maximum au mois de janvier (281 heures) et un minimum au mois d'août (110 heures). Le tableau récapitulatif des principaux éléments du climat (précipitations, température, humidité relative) enregistrés en 1998 (Tableau 2) montre quant à lui une extension des moyennes sur plusieurs mois, montrant ainsi que les données indiquées plus haut constituent des moyennes établies à partir des données pluriannuelles.

Tableau 2 : Données des principaux éléments du climat en 1998 à la station de Kantè.

 

J

F

M

A

M

J

JT

A

S

O

N

D

Moy.

Pmm

0.8

2.5

71.2

114.7

146.9

203.3

262.7

240.7

99.3

99.3

13.9

3

1191.5

T°c

28.6

31.2

32.0

29.4

27.3

25.7

26.2

26.9

28.8

26.9

28.8

28.5

28.6

HR%

32.1

38.1

36.1

49.4

60.0

69.8

72.4

73.5

72.0

64.9

64.9

41.3

36.4

Source : Direction de la Météorologie Nationale, Lomé.

En somme, les forts contrastes saisonniers caractérisent le climat tropical soudanien. C'est à eux que sont soumis le pays Temberma en général et le terroir de Koutougou en particulier. Intimement lié à ce climat, le réseau hydrographique est l'un des moins denses du pays surtout quand on le met en rapport avec l'ouest de la région de la Kara.

1.2.4- Un réseau hydrographique lâche

Le réseau hydrographique de KOUTOUGOU se résume à la présence d'un cours d'eau important : la Kéran autour duquel gravitent la Binah et quelques petits ruisseaux sans grande importance. Constituant la limite sud de notre zone d'étude, cette rivière atteint une largeur de 20 mètres avec des profondeurs variant entre 2 et 5 mètres entaillées dans des roches très dures favorisant du coup le déversement d'une quantité importante d'eau dans l'Oti. Son sens d'écoulement est celui de la quasi-totalité des cours d'eau de l'est de la région de la Kara

(Nord-est / Sud-ouest) et a un débit moyen dépassant parfois 20m3 /s. Au cours des mois de juillet et août, cette rivière pérenne connaît sa saison de hautes eaux et les vagues se déferlent pour atteindre le lit majeur tel que présenté sur le schéma de la vallée en berceau de la Kéran (Figure 6).

FIG 6 : Schéma de la vallée en berceau de la Kéran

Lit majeur

Lit moyen

Lit mineur

Source : NOYOULEWA A. (2005), d'après nos travaux de terrain.

En période de basses eaux correspondant à la période allant de décembre à juin, la rivière est sèche. Avec le Koumongou et la Binah, il forme la bassin nord est et entretient sur ses rives une végétation qui se dégrade quand on s'éloigne de son cours comme l'indique le schéma des formes géomorphologiques et du paysage autour de la Kéran ( Figure 7).

FIG 7 : Quelques formes géomorphologiques de la zone d'étude

38

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Savane herbeuse

Savane arbustive

Savane
boisée

Vallée

Savane
boisée

Savane arbustive

Savane herbeuse

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Sour rrain

Source : NOYOULEWA A. (2005), d'après nos travaux de terrain

LEGENDE

 

Dépôts alluviaux et colluviaux Cuirrasse ferrugineuse

Carapace

Zone d'altération très poussée Roche-mère altérée

Zone d'altération iso-volumétrique

Vides d'eau en saison sèche, la Kéran et ses cours d'eau voisins ne sont guère exploitables pour l'irrigation en raison de la faiblesse de leurs débits. Toutefois, leur présence dans la région est un facteur déterminant dans la définition des divers ensembles du couvert végétal.

1.3 - LA FLORE ET LA VEGETATION

1.3.1- La sous-zone de l'Atakora

KOUTOUGOU est entièrement situé dans la sous-zone de l'Atakora encore appelée la zone du Karité selon les grandes zones botaniques d'HUBERT H. (1908). En effet, la zone est couverte de Butyrospermum parki ou karité extrêmement abondant à l'état spontané. Cependant il faut noter l'existence dans une proportion non moins importante d'autres espèces comme le manguier ou Mangifera indica, le néré ou le Parkia biglobosa ainsi que de gros arbres de baobab ou Adansonia digitata. Ce sont ces espèces dominantes qui constituent la quasi-totalité de la strate arbustive de la végétation.

1.3.2- Une savane arborée

La végétation qui couvre le terroir que nous étudions est une savane arborée avec la strate supérieure haute de plus 10 mètres et essentiellement constituée de baobab (Adansonia digitata), de néré (Parkia biglobosa), de Karité (Butyrospermum parki) et de manguiers (Mangifera indica) et quelques rares Kapokiers rouges ou Bombax costatum.

Quant à la strate moyenne, elle est riche en arbustes et en jeunes arbres dont les hauteurs varient entre 3 et 7 mètres. Il s'agit essentiellement des espèces de la famille des mimosacées notamment l'acacia ataxacantha, l'acacia gourmaensis, et de celle des rubiacées comme le Nauclea latifolia, le Mitragyna inermis et le Morinda lucida.

La strate inférieure ou celle herbeuse est constituée de touffes d'herbes formant une couverture dense sur la surface du sol surtout en saison des pluies.

Il faut toutefois préciser que la jeunesse des espèces constituant la strate moyenne montre une grande activité humaine qui ne laisse la chance aux arbustes de reprendre forme que pendant les périodes de la jachère. De plus, le long de la Kéran et dans les vallées des petits ruisseaux, on rencontre une végétation où dominent largement les espèces ligneuses donnant ainsi l'aspect d'une forêt galerie.

Au total, KOUTOUGOU, avec son climat tropical soudanien, ses sols diversifiés et relativement riches pour la pratique de l'agriculture, son relief de versants et son réseau hydrographique peu dense a une végétation de savane arborée soudanaise comme le dénomme

la carte des formations forestières du Bénin de AUBERVILLE A. (1937 et 1949). C'est aussi cette formation végétale que BRUNEL J. F. (1981) appelle la zone de forêt sèche (Figure 8). Mais ce serait trop tendancieux de nos jours de nous en tenir aux caractéristiques générales de ce type de végétation sans noter l'effet anthropique vu que la zone en dépit de sa faible densité de population (19 hbts/km2) connaît tout de même l'intervention de l'homme dans son milieu naturel. La carte du couvert végétal dans la Kéran présente le couvert végétal actuel dans la préfecture (Figure 9). Elle permet de voir clairement l'emprise de l'activité humaine et surtout de celle de l'agriculture sur l'évolution de la savane arborée. Qu'en est-il alors des réalités humaines de notre terroir?

-200000

-100000

0

100000

200000

0

100000

200000

-200000

-100000

6° r r r ir 1 r

700000 800000 900000 1000000 1100000 1200000

N

BURKINA FASO

Fig 8 : Formations végétales de la zone d'étude selon les subdivisions écologiques de Brunel

11°

DAPAON

MANDOURI

%

%

1200000

TANDJOARE

%

MANGO

%

KANDE

16°

%

1100000

NIAMTOUGOU

PAGOUDA

%

GUERIN KOUKA

%

KARA

%

BAFILO

%

BASSAR

%

TCHAMBA

SOKODE

%

%

REPUBLIQUE DU GHANA

41

REPUBLIQUE DU BENIN

SOTOUBOUA

%

LEGENDE

% Chef lieu

de Pré

fecture

 

Préfecture

de la

Kéran

 
 
 
 
 

Zone d'étude

 
 
 

du

nord

Savane soudanaise

Forêt sêche

 
 
 

Savane guinéenne

 
 
 

Forêt mésophile

 
 
 

Zone côtière

 
 
 
 

BLITTA

%

900000

ELAVAGNON

1000000

%

BADOU

%

ATAKPAME

AMLAME

%

%

DANYI APEYEME

%

800000

TOHOUN

%

NOTSE

r

KPALIME

%

%

%

AGOU GARE

TABLIGBO

20 0 20 40 60 Kilometers

%

KEVE TSEVIE

%

%

VOGAN

%

ANEHO

700000

%

LOME

%

GOLFE DE GUINNEE

Source: NOYOULEWA A. (2005), d'après les données recueillies dans Principales praiques destrucives de l'environnement dans le secteur Ouest de la Kéran, TCHEROTEN (2004) page 27 citant BRUNEL (1981).

0°39'56"

0°49'55"

0°59'54"

1°9'53"

0°39'56"

0°49'55"

0°59'54"

1°9'53"

Limites d'Etat

Limites de Préfecture

þ# Village étudié

Zone d'étude

Source: NOYOULEWA A. (2005), d'après les résultats de nos travaux et sur la base de la carte topographique - Feuille Kara au 1/200 000.

3 0 3 6 9 12 15 18 Kilometers

FIG 9 d'étude

0 42

: Couvert végétal actuel dans la zone

par rapport à l'ensemble de la Préfecture de la Kéran

N

 
 
 

KOKOU TAMBERMA #

Koutamagou

þ#

Lipouli 1

þ#

Lipouli 2 þ# þ# # KOUTOUGOU

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

NADOBA

 
 
 
 
 
 
 

#

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

WARENGO #

 
 
 
 

Kéran

 

# OSSAKRE

 

KPESSIDE #

 
 
 

HELOTA #

KANDE % #

ATALOTE #

 
 
 
 
 

PREFECTURE DE DANKPEN

0

 

9.49'53° 9°05e 10°953" 101952"

l(P19'32°

10°9'33°

?OW"

5.49'55"

LEGENDE

Chef lieu de Canton

% Chef lieu de Préfecture

Cours d'eau

Formation forestière Forêt dégradée

Savane arborée

Savane arborée à forte emprise agricole Formation riveraine

#

43

1.4- UNE ZONE DE FAIBLE DENSITE HUMAINE

1.4.1- Une localité de peuplement très récent

Peuple de chasseurs et de cultivateurs, les Temberma habitent aujourd'hui les versants nord et sud de la chaîne de l'Atakora. Néanmoins, leur installation dans cette zone qui s'identifiait au coeur de la savane aux grands fauves et autres animaux sauvages est guidé par des objectifs de défense. C'est aussi le site le plus apte pour ce peuple de guerriers vivant dans les habitats refuges pour apercevoir de loin l'ennemi. Mais comment est-on arrivée à la dispersion des Temberma à travers les versants de l'Atakora ?

Les habitants actuels de notre terroir ne se souviennent plus de l'époque où le premier Temberma foula les sols de leur localité. Néanmoins, des données concordantes notamment celles qui considèrent les Temberma comme un peuple autochtone (GAYIBOR N.L., 1997) dans la région de la Kara contrairement à leurs frères Kabyè et autres qui seraient des « réfugiés », nous permettent de dire que ce peuple qui serait venu du nord du Burkina Faso s'installa d'abord dans un lieu appelé Tanguiéta au Bénin. C'est une famine qui les firent fuir de cette localité pour arriver à Nadoba dont le vrai nom est « Kounadookou-Nadoba » c'est-àdire « pays de ceux qui cultivent les mains nues ». C'est donc de là que partit le fondateur de Koutougou, un certain OWA M'poh, grand chasseur de son état, à la recherche d'un endroit giboyeux et de nouvelles terres. Il accéda donc à ce côté de la montagne et décida de s'y installer à cause de la richesse de la faune de cette zone. On raconte que c'est le lieu par excellence du phacochère, du buffle et autres bêtes sauvages.

Plus tard arrivèrent à sa suite plusieurs autres clans que la rareté du gibier commençait par faire partir de Nadoba. Ils fondèrent alors l'actuel village de Tapountè au bord de la Kéran. C'est donc à partir de ce site que tout le versant sud de la chaîne de l'Atakora a été colonisé et est actuellement habité par les Temberma appartenant à de nombreuses tribus. Toutefois, de nos jours, ils ne reconnaissent aucun lien avec leurs frères de Nadoba si ce n'est l'appartenance à une même ethnie. En ce qui concerne les cérémonies et autres rites traditionnels, ils font tout à leur niveau sans se mêler à ce que font les autres. D'ailleurs, il existe nombre de différences dans certains aspects non moins importants des deux sociétés. A Nadoba, le grenier familial est géré par le chef de famille alors que à KOUTOUGOU, cette charge incombe plutôt à la femme. L'explication donnée sur place est que, à Nadoba, le marché étant sur place, les femmes peuvent vilipender les biens alimentaires familiaux si on leur confie la gestion des greniers alors qu'à KOUTOUGOU, le marché étant au Bénin et très éloigné (25 kilomètres environ), elle ne peut le faire sans que son époux ne s'en aperçoive.

On se demande alors quelles sont les réalités actuelles de l'évolution de cette population de chasseurs reconvertie en paysans et éleveurs ?

1.4.2- Les mouvements de la population

On entend par mouvements de population les changements intervenus dans celle-ci au cours d'une période, sous l'effet des évènements démographiques de cette période, tels, les mariages, les naissances, les décès, les migrations,... On les subdivise le plus souvent en mouvements naturels et externes. Les mouvements naturels regroupent ceux qui, affectant l'état civil des individus apportent un changement dans la société sans aucun lien avec l'extérieur alors que les mouvements externes rassemblent essentiellement les flux migratoires ayant eu lieu au sein de ladite population. Au total, ce sont eux qui déterminent le niveau de croissance d'une population.

1.4.2.1- Les mouvements naturels

Ils résultent de l'excédent des naissances sur les décès dans une population. C'est l'indicateur de l'excédent des naissances sur les décès.

A KOUTOUGOU comme sur l'ensemble de la préfecture de la Kéran, la caractéristique principale de la population est le taux de natalité qui reste élevé soit 54%° et une mortalité estimée de nos jours à 49 %° selon la Direction Nationale des Statistiques et de la Comptabilité Générale.

Le taux de natalité élevé s'explique par la polygamie, l'idéal de la grande famille4 et le mariage précoce chez les filles5 (autour de 14 ans).

Quant à celui de mortalité, il s'explique par un manque crucial d'unité de soins. Ainsi, c'est la mortalité infantile6 (environ 112%°) due essentiellement à la diarrhée (27%), au paludisme (17%) et aux affections respiratoires (12%) qui annule l'effet de la natalité élevée.

Selon les fiches de suivi du centre de santé, sur les 84 naissances enregistrées depuis le début de l'année 2005, on a déploré 13 décès soit 154,7%° sur les huit premiers mois de cette année.

Cependant, ce taux est loin de celui de la croissance dans notre zone d'étude. Celui-ci très faible (0,18%) soumet notre zone d'investigation à une faible densité de population (19 hbts/km2) comme ci-dessous cartographié (Figure 10).

4 78,4% de nos enquêtés sont mariés et 60,5% ont plus de 4 personnes à charge.

5 Les filles se marient à l'âge moyen de 14 ans.

6 Ces chiffres sont ceux de la Direction Préfectorale de la santé de la Kéran.

Aux zones de fortes densité situées autour de la ville de Kantè (fait urbain oblige), s'opposent des zones de moyennes et de faibles densités comme Helota, Nadoba. Quant à Koutougou, on conclut à la faiblesse de sa densité de même que celle de Ossacré et Naboulgou entièrement situés dans le parc national de la Kéran. Qu'est-ce qui explique cet état de fait ?

0°49'55"

0°59'54"

1°9'53"

0°49'55"

0°59'54"

1°9'53"

% Chef lieu de Préfecture

Limites de Préfecture

Route bitumée

Zone d'étude

Route secondaire

Limites d'Etat

þ# Village étudié

# Autres villages

20 - 35 habitants/km2 35 - 50 habitants/km2 Plus de 50 habitants/km2

Moins de 20 habitants/km2

2 0 2 4 6 8 10 Kilometers

Source: NOYOULEWA A. (2005), d'après les résultats de nos travaux et sur la base de la carte topographique - Feuille Kara au 1/200 000.

N

Naboulgou

Nadoba

#

#

Kouya - Kougou

#

Koutapa

#

Koutougou

Ossacré

Tapounté

#

#

;ola

Koutougou

KANTE

%

Hélota

#

PREFECTURE

DE DANKPEN

REGION
DES SAVANES

FIG 10: Densité de population dans la Préfecture de la Kéran

46

Koutamagou þ# #

Lipouli 1 þ# #

#þ þ#

#

Lipouli 2

LEGENDE

9.4955. 9°59'54" 10.953. 10.1952.

10°1952^ 10'9'53" 9°5954^ 9.49.55. 1080000

1.4.2.2- Un flux migratoire important chez les jeunes

La jeunesse de KOUTOUGOU ne se contente pas de vivre dans cette contrée isolée du territoire préfectoral. Elle part de plus en plus à « l'aventure ». En effet, fatigués de voir leur localité comme elle fut depuis l'époque de leurs grands parents, plusieurs parents n'hésitent pas à inciter leurs enfants à aller chercher leur bonheur ailleurs. Leur destination première est le Bénin et sa ville de Natitingou7. D'autres encore partent pour Boukoumbé8 au Bénin toujours et pour les plus téméraires, c'est la route d'Accra9 ou du Nigeria10 qui les accueille. Certes, il y en a qui vont vers d'autres villes togolaises comme Kara, Niamtougou ou même Lomé. Mais il faut préciser que leur proportion est infime11.

Malheureusement, cette émigration (étant donné que presque tous les départs aboutissent au franchissement de frontières nationales), n'est pas compensée par une immigration conséquente. Seuls 3,5% de nos enquêtés sont des allochtones contre 96,5% d'autochtones et la raison évoquée pour justifier la présence des allochtones dans la zone d'étude est d'ordre professionnel. Il s'agit pour la plupart des enseignants ou des infirmiers dont 51% viennent de la Kozah et 49% de Kéran Ouest.

La conséquence de cette émigration élevée est la baisse sensible du taux de croissance de population à KOUTOUGOU. On note donc une situation qui dure depuis longtemps et qui se traduit par un taux de croissance de 0,18% par an entre 1970 et 1981 alors que ceux de la préfecture, de la région et du pays étaient respectivement de 0,5%, 1,4% et 2,8%. Aujourd'hui, ce taux est loin de changer.

En résumé, le tableau 3 présente l'évolution de la population selon les villages dans le terroir de Koutougou entre 1970 et 2005.

Tableau n°3 Evolution de la population dans le canton de Koutougou entre 1970 et 2005.

 

Effectifs

1970

1981

1996

2001

2005

Koutougou

2 095

2 137

2 550

2 535

2 647

Source : Direction Générale de la Statistique et de la Comptabilité Nationale, 2005.

On se rend bien compte qu'en 35 années (entre 1970 et 2005), on est passé de 2 095 habitants à 2 647 soit une progression en valeur absolue de 552 individus. Certes, cette réalité

7 27% de nos enquêtés affirment y avoir séjourné durant cinq ans au moins.

8 18% de nos enquêtés reviennent de cette localité.

9 C'est beaucoup plus le fait des plus âgés (plus de 40 ans) dont 14% disent avoir vécu à Accra ou ailleurs au Ghana.

10 20 % des jeunes de moins de 30 ans enquêtés y ont fait un séjour de un an au moins.

11 Seul un enquêtés sur 116 soit moins d'un pour cent y a séjourné dans un cadre purement religieux car exerçant la profession de Pasteur.

contraste avec le taux de natalité élevé mais vient corroborer la thèse d'une émigration forte et d'une mortalité élevée surtout chez les enfants de moins de cinq ans.

Comment s'organise alors cette population à faible croissance?

1.4.3- La structure sociale

Elle présente l'organisation de la société ainsi que les nombreuses relations qui lient les individus. C'est elle qui détermine également les types d'hiérarchies qui sous-tendent la vie d'un peuple. Elle s'exprime sous plusieurs aspects.

1.4.3.1- La structure par âge

Dans toute la région, la proportion des habitants dont l'âge varie entre 5 et 30 ans l'emporte sur les autres. Cependant à KOUTOUGOU, les jeunes de moins de 30 ans ne font que 23,3% à cause de la forte émigration « juvénile ». Ce sont les 30 ans et plus qui rassemblent les 76,5% de la population car à cet âge prend fin l'aventure et commence le «retour au village natal». En ce qui concerne les plus de 55 ans, ils représentent seulement 0,9%12 dénotant ainsi de la faiblesse de l'espérance de vie à cause des nombreuses difficultés qui font que le niveau de vie reste faible.

En somme, en dépit d'un départ massif des bras valides et d'une espérance de vie faible, on voit bien que nombre de jeunes reviennent très vite vers le village natal pour disentils « essayer de donner un sens à leur vie ». Il n'empêche cependant pas que le rapport hommes / femmes reste en faveur de ces dernières surtout dans les tranches d'âge qui enregistrent un départ important chez les hommes.

1.4.3.2- Notion de famille : N'tchieda

Dans la société Temberma de KOUTOUGOU, la famille (N'tchieda) est la cellule de base de l'organisation de la société. Elle est fondée et dirigée par le père de famille (Atchita) alors que la mère (Agnon) est la dame de la maison et celle à qui reviennent les soins des enfants et la gestion du grenier familial (L'boo). Les fils (N'trabila) et les filles (N'tpobila) sont sous la surveillance de la mère jusqu'au moment où ils peuvent servir dans les champs. A partir de ce moment, c'est l'homme qui prend la responsabilité ou mieux la direction des travaux. Quant à leur éducation, elle revient à l'homme pour les mâles alors que les filles sont éduquées par leur mère jusqu'à leur mariage.

12 D'après les données de nos travaux de terrain.

Dans cette société, il n'est pas rare de retrouver sous la même concession (Tatchiédé) une tante (M'peté) ou un oncle (M'mani) en visite. Par contre, il est rare que l'un ou l'autre s'installe définitivement chez son parent. Lorsque cette éventualité se présente (souvent pour des raisons de divorce), une maison est bâtie dans les environs immédiats du parent hôte pour abriter celui qui demande l'hospitalité.

Quant aux enfants, ils vivent sous le toit parental jusqu'au mariage qui survient souvent après les cérémonies d'initiation. Le jeune homme construit alors avec l'aide des voisins sa propre maison dans les environs de celle de ses parents puis y vit avec son ou ses épouses. Seul le dernier né des enfants mâles reste définitivement dans la maison familiale afin de l'entretenir. C'est du moins ce qui se faisait jusqu'à un passé récent quand le goût de vivre dans les tatas a diminué, ce qui fait que de nos jours les jeunes préfèrent s'installer chez eux quitte à amener avec eux leurs mères devenues veuves.

Pour les filles, la situation est moins complexe car les parents n'attendent pas grand-chose d'elles si ce n'est la dot (Tiponti) qui est composée de deux boeufs et d'autres objets de luxe que la monétarisation a engendré. Il s'agit entre autres des pagnes, des bijoux, ....

Dans tous les cas, la structure matrimoniale est caractérisée par la faiblesse du célibat car à 25 ans, 87% de nos enquêtés sont mariés alors que ce taux est de 96% chez les filles du même âge. Cette situation n'est pas de nature à baisser la taille des ménages.

1.4.3.3- Des ménages d'importante taille

Même si les services de statistiques affirment que la taille moyenne des ménages dans la préfecture est de 6,9 individus, il faut noter une relativité de cette réalité selon les milieux. A KOUTOUGOU, environ 60,5% de nos enquêtés ont plus de quatre personnes à charge alors que ceux qui en ont moins se chiffrent à 39,5%. Nous tenons à préciser que durant nos enquêtes, nous avons pu constater que le nombre de personnes à charge indiqué est celui des enfants non encore mariés et qui vivent encore sous le toit parental. Nos enquêtés n'y ajoutent pas leurs épouses et vice versa. Ainsi, les chiffres donnés devraient être revus à la hausse d'une, de deux ou de trois unités pour mieux refléter la réalité.

Par ailleurs, les chefs de ménage sont à 93% des hommes alors que seulement 07% sont des femmes, le plus souvent des veuves de plus de 40 ans. Mais pour ces dernières, la taille du ménage est très réduite.

Il ressort donc que le nombre moyen de personnes par ménage dans le terroir de Koutougou varie entre 4 et 10comme l'indique le tableau 4.

Tableau n° 4 Taille des ménages en pourcentage (%) :

Nombre de
personnes

0 - 1

2

3

4 - 6

7 - 10

11 et plus

Total

Chef de ménage =

Homme

8,4

10,5

13,2

26,3

31,1

10,5

100

Chef de ménage =

Femme

34

20

18

15

11

2

100

Moyenne
Terroir

17,2

15,25

15,6

20,65

21,05

10,25

100

Moyenne région

Kara

24

20

18

16

14

8

100

Sources : NOYOULEWA A. (2005), d'après nos travaux de terrain.

On note que quand le chef de ménage est homme, la taille du ménage est plus importante13. Cette taille se réduit considérablement dans le cas où le chef de ménage est une femme car pour les tranches 4 à 6 et 7 à 10 personnes par exemple, le pourcentage des ménages est de 15 et 11%. C'est au niveau des ménages de plus petite taille que ce taux est élevé (34% pour les ménages de 0 et un enfant).

Lorsque nous considérons les moyennes des deux sexes au niveau du terroir, on se rend bien compte que les ménages ayant entre 4 et 10 personnes sont les plus nombreux (41,7%). Ces moyennes sont alors plus élevées que celles enregistrées au niveau régional. Il s'agit en réalité de l'influence du fait urbain qui fait que dans les villes, la taille des ménages est souvent inférieure à celle qu'on a dans les milieux ruraux. Néanmoins, dans l'ensemble, les tendances sont presque partout les mêmes excepté le fait que les valeurs diffèrent. Ainsi, on se rend compte que les forts taux se situent autour des ménages de 4 à 10 personnes avec une plus grande valeur à KOUTOUGOU (42%) qu'au niveau régional (30%). C'est d'ailleurs ce qui explique l'allure que de la courbe (Figure 11) présentant la tendance des tailles de ménage à KOUTOUGOU d'une part selon que le chef de ménage soit une femme ou un homme et d'une autre selon qu'on soit au niveau du terroir ou de la région de la Kara.

FIG 11: Taille des ménages de la zone d'étude par
rapport à celle de l'ensemble de lé région de la Kara

0 - 1 2 3 4 à 6 7 à 10 11 et plus

Nombre de personnes

Moyenne Terroir Moyenne région Kara

Pourcentage

25

20

30

15

10

5

0

Source : NOYOULEWA A. (2005), d'après les résultats de nos travaux.

Au total, le diagramme qui présente clairement les réalités dans nos deux cas (à KOUTOUGOU et dans la région de la Kara) montre que les ménages ayant entre 0 et 4 puis 10 personnes et plus sont moins nombreux alors que les plus nombreux sont ceux qui comptent entre 4 et 10 individus. Le niveau d'instruction des habitants de la Kara et de ceux de notre zone d'étude n'est sans doute pas sans conséquence sur cette situation. Comment s'y présente-t-il ?

1.4.3.4- Un faible niveau d'instruction :

C'est un facteur déterminant dans la vie d'un milieu rural car au-delà du fait qu'il traduit le niveau de développement des infrastructures d'éducation, il montre aussi dans quelle mesure cette population peut accepter les innovations qui leur sont proposées par les services d'encadrement.

Il est très faible dans notre zone d'étude car 58,4% de nos enquêtés sont non instruits alors que seuls 34,5% sont allés à l'école primaire et 7,1% au secondaire. Pas un seul n'a fait des études supérieures (Figure 12).

FIG 12: Répartition de nos enquêtés selon leur
niveau d'instruction

Secondaire
7%

Primaire
35%

 

Non instruit
58%

Source : NOYOULEWA A. (2005), d'après nos travaux de terrain.

Mais il faut ajouter que la situation diffère selon le sexe. Entre 1994 et 1995 par exemple, seul 30% de filles étaient scolarisées contre près de 70% de garçons. De nos jours, force est de constater que ces taux ne se sont guère améliorés de façon considérable et cette disparité n'est pas qu'un souvenir. Pour l'année scolaire 2004-2005 par exemple, l'école primaire publique de Koutougou comptait juste 137 élèves dont une vingtaine de filles, tous repartis en trois classes (CP, CE et CM) avec deux enseignants de l'Etat auxquels il faut ajouter un bénévole. Ce dernier est en fait un employer du chef car c'est ce dernier qui décide des modalités de sa rémunération. A quoi ressemble la notion de chefferie à Koutougou ?

1.4.4- La chefferie à Koutougou

Il faut dire que les personnes âgées bénéficient dans notre zone d'étude comme il est souvent le cas dans les sociétés africaines, d'un respect dû à leur âge. Ce sont les sources de référence dans presque tous les domaines de la vie (CHAUVEAU J-P. & RICHARD J., 1983). Ce sont eux qui décident s'il faut accorder ou non l'hospitalité à un étranger.

Ils sont également les garants des us et coutumes et dépositaires des secrets des anciens. Le plus vieux du clan est le maître des cérémonies, le gardien de la « boîte médicale » de la famille. Il préside les réunions des sages.

C'est aussi le critère qui détermine le choix du chef. Certes ce choix se fait dans la famille royale mais le trône revient de droit au plus âgé des enfants de chef défunt. D'ailleurs, un regard rétrospectif sur l'histoire de la royauté dans ce milieu montre même que le premier occupant du milieu qui est Owa M'poh n'a jamais été chef. Bien au contraire, cette tâche a été remplie par un certain Ottoura, un vieux qui a dû suivre l'élan de dispersion des Temberma. Installé comme tous ses frères à Tapountè, il fut choisi comme chef à cause de son âge avancé.

A sa mort, la régence fut assurée par M'boukpagou qui lui habitait Koutamagou jusqu'à ce que, démobilisé de l'armée française, N'tcha Alfa, descendant du premier chef revint reprendre le trône. Il régna entre 1957 et 1978 puis mourut. Son premier fils Alfa Oubati qui vivait jusque là dans l'ouest des Plateaux regagna la terre familiale et fut fait chef le 14 mai 1979. C'est donc lui qui dirige le canton de Koutougou jusqu'à nos jours.

Mais outre le chef canton, tous les villages ont un chef qui doit obéissance et respect au chef canton. Dans l'ensemble, il faut préciser que l'autorité du chef dans cette société est encore vivante. Il est de ce fait l'organisateur de la vie de tout le canton et y représente le pouvoir central. Cependant la plupart des décisions se prennent en conseil des sages qui réunit tous les chefs de villages ainsi que les délégués du Comité Villageois de Développement (CVD). Quelle est la hauteur de participation de la femme aux prises de décisions dans cette organisation ?

1.4.5- La femme dans la société Temberma

Quoique dominant en effectif, la femme Temberma est réduite à jouer les rôles de la ménagère. C'est elle qui s'occupe de l'éducation des enfants, de la cuisine et surtout de la cueillette des produits des champs.

Comme tel, elle n'est informée des grandes décisions même la concernant que pour les exécuter. A son mariage qui intervient après les cérémonies d'initiation qui ont lieu autour de 14 ans, elle devient la propriété de son mari qui s'est acquitté d'une dot de deux boeufs et d'autres objets. En cas de veuvage, elle regagne le toit d'un des beaux frères qui doit prendre soin des enfants pour assurer au frère disparu la postérité de son nom.

Dans l'ensemble, même de nos jours, personne ne semble s'inquiéter de son sort ; surtout pas les hommes qui trouvent d'ailleurs qu'elle n'a rien d'autre à faire que de s'occuper de la maison. C'est ce qui justifie le fort taux de déperdition scolaire au niveau des filles. En effet, sur les 19 filles inscrites au début de l'année scolaire 2004-2005, seule 09 ont pu passer les examens de fin d'année soit une déperdition de 52,6%. On verra par ailleurs que dans le

mode d'accès à la terre, aucun de nos enquêtés n'a affirmé pouvoir léguer des terres à une femme. Même s'ils affirment à 97,4% que cette dernière peut disposer de parcelle d'exploitation, le mode d'acquisition diffère. Elle peut se voir offrir un lopin de terre par son époux (93,1% le disent). Mais attention, elle ne peut pas tout mettre en valeur. Certes, d'autres pensent qu'elle peut tout cultiver (2,6%) mais la plupart (97,4%) affirment qu'elle ne doit y mettre que des vivriers et surtout des oléagineux contre 1,8% qui toléreraient la culture du coton par une femme.

A quoi s'en tenir au terme de la présentation et de l'analyse des réalités physiques et humaines du terroir de KOUTOUGOU ?

Au total, le terroir de Koutougou, terroir du versant sud de la chaîne de l'Atakora abrite environ 2000 Temberma dont l'évolution en nombre est une des plus lente de la région (0,18%/an) et qui profitent de la diversité des facteurs physiques pour mener une vie paisible. Il ne fait plus l'ombre d'aucun doute que la richesse des sols, le climat tropical sec, le réseau hydrographique lâche et la végétation de forêt sèche (BRUNEL J-F.1981) sont autant d'atouts qui ont exercé un attrait sur ce groupe qui a décidé de quitter son site primaire de Nadoba (versant nord de la même montagne) pour aller à la recherche du gibier. Ce qui néanmoins reste encore non expliqué, c'est la façon dont ce peuple gère ses terres de nos jours de même que l'usage qu'il en fait. Quels sont donc les liens qui unissent les Temberma de KOUTOUGOU à leurs terres et comment les aménagent-ils pour en faire en dernière analyse une unité géographique distincte des autres ? Quelles activités mènent-ils et quels sont les outils qu'ils utilisent ? Comment s'organisent-ils entre eux pour créer les moyens de subsistance qui sont les leurs ? Enfin, quelles sont les structures agraires en vigueur dans le milieu ?

CHAPITRE 2

L'ESPACE AGRAIRE DANS LE TERROIR
DE KOUTOUGOU

Chez les Temberma de KOUTOUGOU comme partout ailleurs, la vie et son organisation sont régies par un certain nombre de liens lointains pour la plupart qui les unissent à la terre. Ces liens déterminent également les différentes options en terme de gestion des terres, leur mise en valeur de même que la finalité des produits qu'elle offre. Tout cet ensemble de choix volontaires ou « imposés » par des faits naturels ou humains constitue sans aucun doute l'élément de base dans la connaissance d'un peuple. Ce sont toutes ces réalités historiques et contemporaines que nous appelons les structures agraires et que nous comptons présenter et analyser dans les lignes qui vont suivre. Il s'agira de présenter tour à tour le régime foncier, la dynamique agricole puis tous les autres éléments qui entrent dans l'analyse du tout agraire notamment le parcellaire, les usages que les Temberma de KOUTOUGOU font de la terre et les itinéraires techniques. Par ailleurs, il sera question d'énumérer les activités qui, en plus de l'agriculture proprement dite meublent le quotidien de ce peuple.

2.1- UN REGIME FONCIER PATRILINEAIRE

Il se fonde sur la combinaison des règles qui gouvernent la question de la terre dans un milieu et qui en déterminent les niveaux de propriété de même que les différents moyens en vigueur pour individualiser celle-ci. Des modes d'accès à ceux d'appropriation de la terre en passant par la délimitation des propriétés, nous essayerons de montrer la survivance de structures anciennes et propres au peuple Temberma.

2.1.1- Les modes d'accès à la terre

Ce sont les moyens par lesquels un individu issu de la collectivité ou non peut entrer en possession d'une parcelle de terre. Ils sont en quelque sorte le soubassement du contrat qui lie celui qui dispose de la terre et son bénéficiaire. Ce constat détermine en outre les usages que le bénéficiaire est autorisé à en faire.

Notre zone d'étude s'étale sur un territoire conquis par simple occupation. En effet, le premier habitant de ce coin reculé du pays Temberma d'après les témoignages de 99,1% de nos enquêtés, n'a pas fait autre chose que de s'y installer vu que personne n'y exerçait des droits de propriété sur le territoire.

C'est sans doute pourquoi les formes dominantes d'accès à la terre sur ce site sont l'héritage et le don.

L'héritage est le fait d'entrer en possession des biens qui ont appartenu à un parent défunt. C'est le mode d'accès le plus répandu à KOUTOUGOU puisque 71% de nos enquêtés déclarent que leurs propriétés proviennent de l'héritage. Cependant, dans son usage, il prend

dans l'univers d'étude une connotation particulière étant entendu que seuls les enfants mâles peuvent hériter de la terre. Dans cet ordre d'idées, les mentalités ne sont pas en phase de changer surtout que 99,1% de nos enquêtés affirment ne pouvoir léguer leurs terres qu'à leurs descendants mâles. Ceux-ci héritent des terres à la mort de leur père et deviennent responsables du domaine foncier familial dans le cadre d'une responsabilité collective du moment où aucun partage de la terre n'est effectué. Chacun dispose de la superficie qu'il peut exploiter. C'est du moins l'avis de 97,3% de ceux que nous avons interrogé sur la façon dont les héritiers gèrent les terres familiales.

Il s'agit en conclusion d'un droit successoral patrilinéaire ne reconnaissant qu'un droit de culture concédé par l'époux à son épouse. Il n'existe donc pas de legs féminins faits du vivant du père comme chez les Adja Éwé (ABOTCHI T. ,1997). Qu'en est-il alors du don de la terre ?

Le don est le fait de recevoir une parcelle de terre d'un propriétaire qui peut s'il le désire la retirer ou vous en restreindre les usages. 29% de chefs de ménages que nous avons rencontré ont avoué que leurs terres provenaient du don. Cette proportion qui nous semble un peu trop élevée est sans aucun doute le résultat du fait que ceux dont les parents sont encore en vie considèrent plutôt que leurs terres d'exploitation appartiennent encore à leur père. Toutefois, les droits qu'ils exercent sur ces parcelles ressemblent fort bien à ceux des propriétaires puisqu'ils peuvent en céder à leurs épouses ou à des étrangers. Mais la version originale soutient que cette pratique est plutôt en vigueur au sein même des couples puisque c'est le mari qui offre dans 93,1% des cas évoqués une parcelle d'exploitation à son épouse. Autant dire que c'est le seul moyen par lequel une femme peut entrer en possession d'une parcelle. Cette réalité est due au fait que dans cette société, on considère que la femme ne doit rien tenir de ses parents puisqu'elle est vouée au mariage et ne doit rien emporter le moment venu.

C'est aussi le mode par lequel les étrangers accèdent à des parcelles d'exploitation. En fait, quand un étranger arrive, il fait la demande à son hôte qui la transmet au chef du village à titre d'information. Puis, l'autochtone indique la partie des champs à offrir au bénéficiaire qui peut tout y cultiver. La seule prescription qui lui est faite est qu'il ne doit pas en céder une partie à une tierce personne. Certes, certains y ajoutent une nécessité de respect à l'égard du propriétaire, mais beaucoup pensent qu'aucune condition ne régit la donation d'une parcelle de terre sur le terroir de KOUTOUGOU.

Somme toute, les modes d'accès à la terre en vigueur dans l'environnement étudié sont encore traditionnels. Il n'y a donc pas d'évolution du système foncier. C'est une situation

qui diffère de celle de bien d'autres terroirs où la monétarisation de l'économie et l'adoption de la religion chrétienne ont été source de mutations créant du coup plusieurs autres modes d'accès à la terre comme la vente, le gage et la location. Par exemple, dans les préfectures de Haho et de Moyen-Mono, les peuples Adja Éwé, pour faire face à des besoins monétaires de plus en plus cruciaux, ont depuis quelques années, commencé par faire fi de la tradition qui le leur interdisait en disposant de la terre par voie de gage, de location et de vente (ABOTCHI T. et KLASSOU K., 2002, page 38).

Dans tous les cas, nous sommes amené à penser que en plus de l'enclavement, c'est la faible pression démographique qui constitue le ferment de la conservation de ces modes d'accès à la terre. Soulignons également que l'enclavement constitue aussi un élément important dans la délimitation du domaine foncier villageois.

2.1.2- La délimitation des propriétés foncières

Le terroir hérité de Owa M'poh est d'après 95% de nos enquêtés délimité par des faits naturels. Ce sont entre autres, la chaîne de l'Atakora au nord et à l'ouest, la rivière Kéran au sud. Néanmoins, il faut noter que la limite est reste très imprécise eu égard au fait que les habitants de KOUTOUGOU ne considèrent pas les frontières nationales comme étant d'une quelconque importance. En effet, de part et d'autre de celles-ci vit un même peuple ayant les mêmes traditions et la même culture. Ainsi, il n'est pas rare de voir que des familles vivant sur des territoires nationaux différents partagent les mêmes terres familiales. D'ailleurs, cette réalité n'est pas surprenante quand on sait que les frontières en question ne sont que l'héritage de l'époque coloniale avec ses subdivisions qui n'ont tenu compte d'aucune réalité ethnolinguistique.

Quant aux propriétés individuelles, elles connaissent presqu'un sort similaire. En fait, les 93,4% de ceux que nous avons interrogés sur cette question, affirment connaître les limites de leurs terres d'exploitation, mais aucun n'est à même de les indiquer avec précision. Cependant, certains indiquent soit un arbre, soit un ruisseau pour montrer la limite de leurs terres.

Au demeurant, il faut dire que la notion de limites des terres ne constitue pas une préoccupation dans le terroir que nous étudions. Cela se justifie sans doute par l'existence de vastes terres cultivables encore non exploités. D'ailleurs, contrairement à ce que l'on pouvait croire sur les conflits liés à la question de la terre, les rares qui existent soit 19,6% sont plutôt inhérents à des questions de préférence d'une parcelle par rapport à une autre. De l'avis de 94,7% des enquêtés, ces conflits très souvent, opposent des frères d'une même famille qui

convoitent les mêmes parcelles de culture soit pour leur proximité géographique par rapport à l'espace habité soit à cause de leur disponibilité naturelle à accueillir telle ou telle autre culture. Cette situation est analogue à celle du pays Bassar plus précisément dans le terroir de Kalang'na où les conflits entre individus de clans différents à propos de la terre sont plutôt rares à en croire WAGBE L-Y. (1987).

Dans l'ensemble, il existe une nette différence dans le mode d'appropriation de la terre, entre KOUTOUGOU et Boua, un terroir Kabyè décrit par SAUVAGET C. (1971) où les propriétés font l'objet d'une différenciation dans l'espace à partir d'entrepôts de pierres ou de gros arbres de baobab (Adansonia digitata). A Notsè et à Tohoun par exemple, ce sont les arbres et autres plantes bien choisies qui constituent la haie délimitant les champs appartenant soit à des individus différents, soit à des collectivités différentes (ABOTCHI T. et KLASSOU K., 2002). Néanmoins, comme à KOUTOUGOU, c'est la propriété individuelle qui prend le dessus sur la propriété collective qui est pratiquement inexistante. Quels en sont les mobiles ?

2.1.3- Une prédominance de la propriété individuelle

Le niveau d'appropriation des exploitations agricoles dans le terroir d'étude est dans 97,3% des cas de type individuel. Cette tendance démontre ainsi la rareté des exploitations collectives. Celles-ci restent la propriété des populations allochtones14. Ce sont elles qui, en effet, au prorata de 2,7% des cas ont des champs collectifs. Quant aux autochtones, chaque héritier dispose d'une parcelle dans le domaine foncier de sa famille et en devient chef d'exploitation. Tous les enfants mâles exploitent le bien familial selon leur force de travail. C'est sur les parcelles exploitées que chacun en vient à exercer des droits successoraux puisque celles-ci deviennent leur propriété individuelle qu'ils transmettent à leurs enfants qui eux aussi n'ont pas le droit de la partager. En fait, il s'agit, si nous empruntons à LOMBARD J. (1961, page 197) son expression d'une « copossession dans l'indivision ».

La prédominance de ce type de propriété est le fruit de plusieurs facteurs. D'une part la nécessité pour chacun d'acquérir des biens matériels personnels. Il s'agit entre autres d'outils de travail ou d'objets de luxe devenus critères du renforcement du statut social. Ce besoin a sans doute accentué l'individualisme dans les sociétés traditionnelles en Afrique. D'autre part, il y a la famille polygamique au sein de laquelle les enfants issus de mères différentes ont du mal à s'entendre. Il s'agit d'une situation qui n'a pas aidé à préserver,

14 Les rares exploitations collectives existantes appartiennent aux familles allochtones dont un membre est un fonctionnaire de l'administration publique.

mieux à maintenir les propriétés familiales ou claniques. Elles ont donc vécu et ont cédé la place aux propriétés individuelles plus aptes à offrir à leurs propriétaires les avantages voulus.

Somme toute, il règne à KOUTOUGOU une stabilité du régime foncier qui reste traditionnel. Dans cette logique, pour les Temberma de la zone d'étude, « la terre n'est pas un bien accumulable mais un moyen de survie et de reproduction du groupe social et de ses éléments constitutifs » (GU-KONU E. Y., 1986, p.246). Comme tel, tous les membres de la communauté, y compris les allochtones peuvent y avoir accès. C'est ce qui justifie que des conflits liés à la question de la terre ne soient pas encore très répandus dans l'environnement étudié qui connaît une disponibilité des terres de culture. Cette abondance de la terre dépend de plusieurs autres facteurs qui entrent dans l'analyse de la dynamique agricole. Leur exposé nous permettra de mieux les appréhender avant de juger de leur influence sur la vie des populations du terroir d'investigation.

2.2- LA DYNAMIQUE AGRICOLE

La dynamique agricole présente l'ensemble des mutations intervenues dans la conception du travail agricole, dans sa pratique puis dans le choix des outils utilisés et l'organisation même de ce travail. Il dépend de plusieurs facteurs dont la disponibilité de la terre. Par exemple, selon une étude faite dans l'Est de la région des Plateaux en 1994 (OLADOKOUN W., 1995), 20% des paysans en culture manuelle affirment identifier le manque de terre comme obstacle à l'acquisition de la traction bovine. C'est pourquoi une étude de cette dynamique doit pouvoir intégrer autant que faire se peut de nombreuses variables relatives au monde rural. Comment se présentent-elles à KOUTOUGOU et quelles en sont les imbrications sur l'organisation de la vie des paysans ?

2.2.1- Le système de production

C'est l'ensemble des formes d'utilisation des sols et la manière d'assurer cette utilisation. Il couvre plusieurs réalités :

2.2.1.1- Les outils de travail

Dans la zone d'investigation, 97,4% des paysans rencontrés reconnaissent que les terres de culture sont fertiles et que le climat est propice à la pratique de l'activité agricole. Il s'agit là d'autant de paramètres qui justifient la présence de ce peuple d'agriculteurs dans cette localité. Pour mettre en valeur ces terres, plusieurs outils sont mis à contribution. Ils sont essentiellement rudimentaires (houe, coupe-coupe, hache....).

La grande houe : c'est l'outil de travail le mieux indiqué pour les travaux de buttage et le billonnage. Elle est constituée d'une lame de fer intégrée à un manche de bois taillé.

La petite houe : De même conception que la précédente à la seule différence que son manche et sa lame sont d'une moindre importance par rapport à la grande houe, elle sert au sarclage.

Le coupe-coupe : c'est le premier outil dont dispose le paysan quand il s'apprête à aller dans son champ. Il s'en sert pour couper les arbres et arbustes de même que pour se défendre.

La hache : C'est un instrument multifonctionnel car autant les paysans s'en servent dans les champs, autant les artisans l'utilisent dans la sculpture.

Outre ces outils, 28,3% de nos enquêtés utilisent une paire de boeufs pour la culture

attelée.

Les outils traditionnels et la traction animale constituent dans une moindre mesure les deux types de moyens utilisés pour la mise en valeur de la terre. Que dire alors de l'organisation du travail ?

2.2.1.2- L'organisation du travail

La cellule familiale, unité de base de l'organisation sociale à KOUTOUGOU est aussi celle de l'organisation du travail. En effet, le chef de ménage ou de famille est le responsable des exploitations agricoles qui lui appartiennent. C'est lui qui prend les décisions et opère des choix de culture. L'homme s'occupe des travaux de préparation de champs, de labours et de toute autre activité exigeant de la force. La femme elle, est la responsable des activités secondaires comme le semis, la fumure et la récolte avec l'aide des enfants. Néanmoins, il faut noter que des activités comme le sarclage fait appel aux deux genres et que très souvent, des femmes se prêtent aussi à des activités traditionnellement réservées aux hommes. Mais dans ces cas, c'est dans leurs champs personnels qu'elles le font. Le tableau 5 illustre bien la division traditionnelle du travail selon le sexe à KOUTOUGOU.

62
Tableau 5 : Division traditionnelle du travail selon le sexe à Koutougou.

Opérations agricoles

Hommes

Femmes

Observations

Défrichement

#####

 
 

Brûlis des arbres

 

xxxxx

 

Buttage

#####

 
 

Bouturage des ignames

#####

 

Le transport des têtes d'igname
du lieu de conservation vers les
parcelles se fait par les femmes.

Paillage des ignames

#####

 
 

Labour - Billonnage

#####

 
 

Semis céréales

#####

xxxxx

 

Sarclage

######

xxxxx

Les femmes participent de plus en
plus à cette opération surtout dans
leurs propres champs

Fumure

 

xxxxx

 

Récolte igname

#####

 
 

Récolte céréales

 

xxxxx

 

Récolte Fonio

#####

xxxxx

Les hommes fauchent alors que
les femmes battent et vanent

Récolte arachides

#####

xxxxx

Les hommes arrachent et les
femmes récoltent les gousses puis
les sèchent.

Récolte légumes

 

xxxxx

 

Transport des produits

 

xxxxx

 

Vente des produits

 

xxxxx

 

Transformation des
produits

 

xxxxx

 

Source : D'après les résultats de nos travaux.

Outre le sexe, l'âge est un facteur déterminant dans la division du travail car les jeunes enfants jusqu'à leur initiation, travaillent plus avec leurs mères qu'ils soient hommes ou femmes. Mais selon qu'on soit membre ou non de la famille, le niveau de participation dans l'activité agricole est différent.

2.2.1.3- Les actifs familiaux

Ce sont tous les membres de la famille qui participent au travail dans les exploitations appartenant au chef de famille. Une grande proportion de nos enquêtés (60,4%) affirme se faire aider dans les champs par les membres de leur famille. Le niveau de participation de ceux-ci dans l'exploitation peut être évalué à 30 à 40% selon leur effectif et surtout l'âge et le sexe des enfants. Aucune rémunération ne leur est accordée comme le disent 97,2% de ceux qui ont eu à se soumettre à notre questionnaire. Ainsi, leurs efforts sont complétés par le travail du chef de ménage aidé lui aussi par des actifs extérieurs à la famille et sous des formes différentes.

2.2.1.4- Les actifs extérieurs à la famille

La participation des actifs extérieurs à la famille varie essentiellement selon l'âge du chef de ménage puisque les formes en vigueur (l'entraide, l'invitation et le salariat agricole) y sont intimement liées.

2.2.1.4.1- L'entraide : Litombiyi

C'est une forme d'organisation propre aux jeunes (jusqu'à 40 ans), dont plus de 70% s'organisent en groupes d'entraide (Litombiyi). Il s'agit d'un groupe de trois à six personnes qui travaille pour chaque membre alternativement et lorsque le cycle fini, il recommence. Dans ce cas, la participation des actifs extérieurs à la famille dans l'exécution du travail peut atteindre 60% car toute l'année durant et quelle que soit l'activité, l'entraide est pratiquée. Les membres d'un même groupe sont souvent des amis. Parfois, appartenant à une même génération, ils ont été initiés la même année. C'est donc un facteur d'unité et de reconnaissance de leur appartenance à une même classe.

2.2.1.4.2- L'invitation : Koutongou

D'un air beaucoup plus festif, il est l'apanage des plus vieux qui, outre l'entraide qui est pratiquée par eux dans une faible proportion, adoptent plutôt l'invitation (Koutongou). Dans ce cas, un paysan invite les autres à venir travailler dans son champ souvent les dimanches ou les samedis. Il fait préparer pour l'occasion de la boisson locale et tue un porc ou un autre animal. Les invités se retrouvent dans le champ pour un travail de deux à trois heures avant d'aller consommer la boisson et le repas préparés pour la circonstance. Seuls 12,5% de nos enquêtés en font usage et ne participent au travail familial qu'à hauteur de 10 à 15%.

2.2.1.4.3- Le salariat agricole : Litombila

Quoique pratiqué dans une faible proportion, le métayage ou salariat agricole existe lui aussi. Mais tout comme l'invitation, il est beaucoup plus pratiqué par les personnes d'un âge avancé. Les jeunes, eux, en font usage, seulement en cas de force majeure, surtout quand ils ne peuvent pas faire face à un cumul d'activités. C'est d'ailleurs ce qui justifie leur taux d'emploi très faible dans le terroir (14,6%) alors qu'au même moment, l'entraide à elle seule s'évalue à 40,6%.

En somme, les cas de figure les plus abondants sont ceux où on assiste à une combinaison de plusieurs formes de moyens de faire intervenir des actifs extérieurs dans l'exploitation agricole. On parle alors du règne du faire-valoir direct. C'est d'ailleurs ces types de combinaisons qui préfigurent la capacité d'exploitation d'un paysan et sous-tendent les formes et la taille des parcelles de même que les itinéraires de culture.

2.2.2- Le parcellaire

C'est la photographie de la disposition des parcelles de culture dans un paysage agraire. A KOUTOUGOU, il s'agit d'un parcellaire régulier au sein duquel cohabitent des parcelles régulières15 et celles irrégulières16.

Les parcelles régulières portent les cultures de coton, de maïs ou de niébé. Elles sont le fait de l'introduction par les services d'encadrement de la culture attelée et du semis en poquets réguliers. De nos jours, elles connaissent une fulgurante croissance et tendent à couvrir toute la zone d'étude.

L'existence des parcelles irrégulières provient essentiellement de facteurs physiques. En fait, les versants des montagnes qui servent de champs de culture de fonio, de sorgho ne se prêtent pas à des aménagements viables. Il en résulte donc de petites parcelles dont la forme est irrégulière. Dans le paysage, elles paraissent comme des terrasses et font penser aux cultures en terrasse du pays Kabyè. Mais il n'y a pas que les facteurs physiques qui expliquent leur existence puisque dans les rizières où on rencontre aussi une irrégularité des parcelles de culture, aucun obstacle physique n'y existe. Il s'agit en fait de la forme primitive d'exploitation des rizières qui y est en vigueur. Très souvent, elles appartiennent aux femmes et ne font pas l'objet d'aménagement pouvant assurer leur uniformisation. C'est le cas lorsqu'il s'agit des parcelles qui appartiennent aux hommes qui font usage de la charrue.

15 Ce sont des parcelles ayant une forme régulière (carrée, rectangle, ...)

16 Elles n'ont pas de formes bien définies.

A terme, il s'agit de champs ouverts sans haies vives mais avec des parcelles de formes et de dimensions variables qui s'étendent sur tout le terroir et dont l'exploitation judicieuse nécessite des itinéraires techniques bien définis.

2.2.3- Les itinéraires techniques

La rentabilisation des efforts des paysans passe par le suivi d'un calendrier agricole qui, tout en tenant compte de la réalité physique du milieu dépend des pratiques empiriques. Les opérations culturales s'effectuent en fonction du calendrier agricole. Ainsi, selon les cultures, on distingue trois périodes distinctes : la période de semis, le cycle végétatif et la période de récolte. Le tableau 6 qui présente les situations de quelques cultures importantes dans le milieu en dit long.

Tableau 6 : Itinéraires techniques de quelques cultures importantes à

KOUTOUGOU

 

Périodes

Jan

Fev

Mars

Avr.

Mai

Juin

Jlt.

Août.

Sep

Oct.

Nov.

Déc.

Arachide

 
 
 
 

SSS

SSS

VVV

RRR

RRR

 
 
 

Coton

RRR

 
 
 
 

SSS

SSS

VVV

VVV

VVV

VVV

RRR

Fonio

 
 
 
 
 

SSS

VVV

VVV

VVV

RRR

 
 

Igname

SSS

SSS

VVV

SSS

VVV

VVV

VVV

RRR

RRR

 

RRR

RRR

Maïs

 
 
 
 

SSS

SSS

VVV

VVV

VVV

RRR

 
 

Niébé

 
 
 
 
 
 

SSS

VVV

VVV

VVV

RRR

RRR

Sorgho

 
 
 
 
 

SSS

VVV

VVV

VVV

RRR

RRR

 

Riz

 
 
 
 
 

SSS

SSS

VVV

VVV

VVV

RRR

 

Légende :

SSS : Période de semis VVV : Cycle végétatif RRR : Période de récolte

Source : D'apres les résultats de nos travaux de terrain.

Aux trois périodes ainsi dégagées correspondent également trois grandes opérations culturales en pays Temberma auxquelles il suffit d'ajouter la préparation du terrain pour obtenir les quatre temps forts de la tenure d'un champ. Ce sont : la préparation des champs, le semis, l'entretien des cultures et la récolte.

La préparation des champs intervient après les dernières pluies de l'année (entre octobre et novembre) et commence toujours par les champs d'igname. Dans ce cas, il prend le nom de débroussage puisque c'est souvent sur des parcelles non encore exploitées ou laissées en jachère depuis des années que cette plante est cultivée. C'est d'ailleurs elle qui ouvre la

série de la rotation. Les herbes arrachées sont brûlées après séchage de même que les arbustes et arbres existant dans le champ. Seules les espèces utiles (karité, néré, baobab...) ne le sont pas. Cette opération est immédiatement suivie de buttage. Les buttes sont des monticules de terre d'un diamètre variant entre 0,5 et 1 mètre et d'une hauteur de 0,70 mètre environ devant accueillir les têtes d'igname.

En ce qui concerne les champs de céréales, l'entretien consiste essentiellement à arracher les anciennes tiges et à procéder au labour. Ces opérations interviennent selon la céréale entre décembre et avril avec les premières pluies. Les champs ainsi préparés reçoivent les semences dès qu'une importante pluie ouvre la saison agricole.

Le semis : c'est une opération d'une importance capitale qui est en général réservée aux femmes sauf dans le cas du semis à la volée pratiqué dans les rizicultures et dans la « fonioculture ». Généralement, elle est précédée par la sélection des meilleures graines de la récolte de l'année précédente ou de l'achat des semences sélectionnées auprès de l'ICAT ou de la DPAEP. Après les semis et dès que les plantes commencent à pousser, une longue série de soins doit être apportée, soins que nous résumons sous le vocable d'entretien des cultures.

L'entretien des cultures est l'ensemble des opérations qui se succèdent dans un champ jusqu'à la maturité des produits. La première opération est le sarclage secondé du démariage. Elle intervient autour du quinzième jour après le semis. Puis intervient la fumure qui consiste à apporter à la plante des compléments énergétiques sous la forme d'engrais chimiques. Les cultures qui en bénéficient le plus souvent sont le coton et le maïs. Quant au sorgho, au fonio, niébé ou arachide, leur culture ne nécessite pas la fumure puisque les paysans de Koutougou affirment que leurs terres sont très fertiles. D'ailleurs, cela se comprend aisément quand on sait qu'à part les champs de fonio, les autres champs sont souvent riverains du cours d'eau. Après la fumure, suivent respectivement un deuxième sarclage, le rebillonnage, les traitements phytosanitaires...

Les récoltes quant à elles, commencent avec la maturité des produits et restent prioritairement un travail féminin. Il intervient selon le type de culture et la durée du cycle végétatif trois, quatre ou cinq mois après le semis et annonce la fin des activités agricoles de la saison.

Mais cette présentation de chacune des opérations agricoles telle que nous l'avons faite est loin d'être respectée dans la pratique. En effet, selon le type de culture, la date de chaque activité diffère. Il n'y a donc pas de limites précises dans le temps pour exécuter telle ou telle opération. C'est pourquoi, il n'est pas rare de voir qu'au moment où on procède à la récolte d'un produit, une autre culture n'est qu'à l'étape du semis. C'est par exemple, le cas

du niébé dont les semis commencent en général au moment de la maturité du maïs. Cette réalité est loin d'être le propre du terroir de KOUTOUGOU car il est en réalité le fait des exigences du climat. Comme tel, toute la région de la Kara jouissant du même type de climat organise presque de la même façon le travail des champs. On note ainsi une ressemblance avec les situations de Dimori en pays Bassar (ALI S., 1996) et de Somdina en pays Kabyè (POKO Y., 1999). Tout ce qui diffère entre ces trois terroirs, c'est la taille des exploitations agricoles. Comment se présentent-elles dans notre zone d'étude ?

2.2.4- La taille des exploitations agricoles

Une exploitation agricole est l'ensemble des champs appartenant à une même personne qui en assure la gestion durant une campagne agricole. Son étendue dépend de son propriétaire qui l'élargit ou le réduit selon les moyens dont il dispose. A KOUTOUGOU, terroir de champs ouverts sur brûlis avec une option d'extensivité, les exploitations agricoles sont dans l'ensemble de tailles importantes. En effet, 46,1% de nos enquêtés ont des champs d'une superficie comprise entre 3 et 5 hectares alors que pour 14,8%, cette donnée est supérieure à 6 hectares. Seuls 25,2% ont un champ de 0 à 2 hectares dont la plupart sont à 96,7% le fait des femmes interrogées. Lorsqu'on sait qu'elles représentent 20,7% de notre échantillon, on comprend que seuls quelques 4% d'hommes cultivent des parcelles de moins de deux hectares. Là encore, il s'agit essentiellement des fonctionnaires de l'administration publique, notamment les enseignants ou les infirmiers qui constituent 2,7% de la population cible.

Au total, il ressort que au sein de la population masculine autochtone interrogée, rare sont ceux qui ont des champs de moins de 2 hectares. Cette réalité particulière se traduit par le fait que les Temberma sont un peuple de braves paysans. La figure 11 montrant la répartition de nos enquêtés par rapport à la superficie de leurs champs reste l'expression manifeste de la taille des exploitations agricoles.

FIG 13: Répartition de nos enquêtés selon la taille de leurs
exploitations agricoles

45

40

50

35

30

25

20

15

10

5

0

moins de 1 ha 1-2 ha 3-5 ha 6-10 ha 10 ha et +

Source : D'après les résultats de nos travaux.

Il est clair que la taille modale des exploitations dans l'environnement d'étude est de 3 à 5 hectares. Les exploitations de cette taille sont détenues par 46,1% de nos enquêtés. Mais on y trouve aussi de grands exploitants qui ont des parcelles de plus de 10 hectares. Ils sont au prorata de 3,5% des enquêtés. On se demande alors quelles sont les cultures auxquelles s'adonnent les Temberma du terroir de KOUTOUGOU ?

2.3- LES TYPES DE CULTURES

Ils concernent les cultures vivrières et de la cotonculture.

2.3.1- Les cultures vivrières

C'est l'ensemble des plantes dont les fruits sont destinés à la consommation. A KOUTOUGOU, elles couvrent environ 80% des espaces cultivés. On en distingue deux sous-ensembles constitués des céréales puis des légumineuses et des oléagineux.

2.3.1.1- Les céréales

Ce sont les plantes dont les fruits se présentent sous forme de graines. La céréaliculture occupe à elle seule 90% des cultures vivrières et est représentée essentiellement par le maïs et le sorgho. En effet, 61,2% puis 19,8% de nos enquêtés affirment accorder la priorité respectivement à ces cultures. Quant au niébé et au fonio, leur culture se faisant sur les versants, donc nécessitant des aménagements particuliers et difficiles, les superficies qu'ils occupent sont en nette régression. Mais le voandzou connaît une prépondérance particulière à cause de son rôle dans l'alimentation et surtout dans la préparation des beignets qui servent lors des cérémonies traditionnelles ou funéraires. On remarque ainsi que même si cette culture se fait sur de petites parcelles, presque la totalité des habitants de KOUTOUGOU ont un champ de voandzou (96,4% des enquêtés).

2.3.1.2- Les légumineuses et les oléagineux

Les légumineuses sont des plantes ayant pour point commun le fait que leurs fruits soient des légumes. Il s'agit essentiellement du piment, de la tomate, du gombo, bref toutes ces cultures auxquelles se consacrent les femmes afin de pouvoir assurer l'approvisionnement annuel de la famille en sauce. Les espaces réservés à cette culture sont les dessous des gros arbres, les termitières... souvent délaissés dans les champs à cause de leur faible productivité ou du risque de destruction des plantes par les termites.

Quant aux oléagineux, ce sont des plantes dont les fruits transformés donnent de l'huile. Ce sont : l'arachide, le sésame. Contrairement aux légumineuses, les hommes aussi cultivent les oléagineux surtout l'arachide à cause probablement de son prix élevé. Par ailleurs, on note une abondance d'autres fruits ayant la même finalité. Il s'agit des amandes de karité dont la cueillette reste tout de même anarchique puisque les arbres sont tous à l'état sauvage et spontané. Toutefois la consommation de l'huile de l'amande de karité est très répandue dans la zone d'étude et son usage surtout dans la médecine traditionnelle est très apprécié.

Dans l'ensemble, il faut noter que la céréaliculture est l'activité la plus importante dans la zone d'investigation et tend d'ailleurs à croître depuis ces trois dernières années avec la crise de la filière coton. En fait, la cotonculture est la seule culture de rente dans le terroir étudié.

2.3.2- La cotonculture, principale culture de rente

La production du coton à Koutougou comme partout ailleurs au Togo est vulgarisée par la SOTOCO, société créée le 27 mars 1975. Sa mission est de vulgariser la production du coton-graine, d'en assurer l'achat et la collecte primaire, l'égrenage puis l'exportation de la fibre à travers ses agents sur le terrain notamment l'ATC (Agent Technico-commercial) aidé dans ses tâches par le conseiller agricole de l'ICAT.

Notre enquête sur le terrain a révélé que depuis trois campagnes agricoles, on est passé dans le GAV de Koutougou de 193 hectares emblavés à 48 hectares pour la saison en cours soit une baisse substantielle de 75,12% sur deux ans. Cette situation est le résultat des nombreuses soldes de coton impayées jusqu'au début de la nouvelle saison agricole, démotivant ainsi les producteurs.

Durant notre enquête, seuls 2% des paysans affirmaient pouvoir cultiver du coton à nouveau. Certes, ce pourcentage ne reflète pas la réalité exacte puisque très souvent, les paysans pensent que les enquêteurs que nous sommes, sont plus proches des responsables de la filière. Ce faisant, ils pensent que le fait de cesser de cultiver du coton-graine est un prétexte suffisant qui pourrait déterminer les responsables des structures d'encadrement à leur payer les arriérés dus.

Mais quoiqu'il en soit, la cotonculture à KOUTOUGOU comme d'ailleurs dans tout le Togo se porte plus mal que par le passé quand on sait que la diminution des surfaces emblavées entraîne nécessairement celle de la production. C'est d'ailleurs ce qui explique le fort taux de paysans qui s'adonnent uniquement aux cultures vivrières (87,4%) dans l'espace géographique étudié.

Au total, nous retenons que la culture du coton est en nette régression dans le terroir de Koutougou alors que celle des céréales progresse de façon vertigineuse. Quelles sont alors les techniques culturales en vigueur dans la zone d'étudiée ?

2.4- L'UTILISATION DU SOL

C'est la façon dont les paysans conçoivent et pratiquent les différentes cultures sur une parcelle donnée. Ces techniques qui dénotent de l'ingéniosité du monde paysan permettent de maximiser les productions. Les plus en vue chez les Temberma sont la rotation et l'association des cultures. Comment se pratiquent-elles ?

2.4.1- La rotation des cultures

Elle se définit comme l'alternance ou la succession méthodique des cultures sur une parcelle donnée. Le cycle le plus déterminant dans la rotation des cultures durant notre enquête est de trois ans. La première année, après débroussage, les deux cultures possibles sont l'igname ou le coton avec de fortes préférences pour la première. La deuxième année, c'est surtout le maïs ou le sorgho qui prend la place avant de pouvoir la céder la troisième année à toutes les autres cultures comme le niébé, l'arachide, le voandzou...

En tout état de cause, il n'existe pas ordre prédéfini pour la succession des cultures dans le temps. Toutefois, il est rare de trouver sur une nouvelle friche autre chose que l'igname ou le coton dans une moindre mesure. C'est ce que montre le tableau 7 qui porte sur la rotation des principales cultures dans le terroir de Koutougou.

Tableau 7 : Rotation des principales cultures dans le terroir de Koutougou

 

Cultures dominantes

Aménagements

Première année

Ignames

Buttage

Deuxième année

Maïs ou sorgho

à plat sur le reste des buttes

Troisième année

Coton ou maïs

Billonnage

Quatrième année

Niébé, arachide, .....

Billonnage

Source : D'apres nos travaux les résultats de nos travaux.

2.4.2- L'association des cultures

Excepté le cas de la culture du coton, 97,2% de nos enquêtés apprécient le système d'association de cultures. En fait, c'est une pratique très ancienne chez les Temberma comme d'ailleurs c'est souvent le cas dans plusieurs sociétés au Togo dont les Dimori en pays Bassar (ALI S., 1996). Il s'agit dans une certaine mesure d'une conséquence de la pratique de l'agriculture extensive.

Dans la plupart des cas, les Temberma considèrent certaines cultures comme prioritaires et à celles-là, il faut associer celles dites secondaires. C'est aussi le fruit d'une mesure de prévoyance puisque les Temberma pensent que lorsqu'il arrive que la première culture connaisse des problèmes liés aux aléas climatiques comme le retard de la pluie, les efforts de production ne seront pas vains surtout qu'il y a possibilité d'une deuxième culture.

Ainsi conçu, l'association prend différentes facettes dans l'environnement étudié. Outre les rares cultures en pure, on assiste à l'association de deux, trois, voire quatre cultures comme l'indique le tableau 8.

Tableau 8 : Types d'association de cultures dans le terroir de Koutougou

Caractéristiques

Cultures

Cultures pures

Igname

Coton Maïs

Niébé Sorgho Fonio

Association de deux cultures

Igname + Manioc

Igname + Riz Igname + Voandzou

Maïs + Niébé Maïs + Arachide

Maïs + Sorgho Sorgho + Niébé Niébé + Voandzou

Association de trois cultures

Igname + Manioc + Maïs

Igname + Voandzou +Arachide Maïs + Niébé + Sorgho

Maïs + Arachide + Voandzou Maïs + Sorgho + Arachide

Association de quatre cultures

Igname + Manioc + Maïs +Gombo Igname + Voandzou +Arachide + Riz Maïs + Niébé + Sorgho + Manioc

.

Source : D'après les résultats de nos travaux.

Le travail de la terre à KOUTOUGOU se fait de façon organisée en dépit des nombreuses difficultés y affairant. Mais dans ce terroir, il n'y a pas que la terre seule pour occuper les habitants ; loin s'en faut. Comme dans tout milieu rural, les Temberma élèvent, sculptent, pêchent et chassent même si de nos jours ces activités n'attirent pas les foules. Quelles en sont les proportions et à quelle période de l'année pratiquent-ils ces activités ?

2.5- LES AUTRES ACTIVITES

Elles se retrouvent à KOUTOUGOU sous les formes suivantes : l'élevage, l'artisanat, la chasse et la pêche.

2.5.1- L'élevage

C'est la production et l'entretien des animaux domestiques ou utiles. Dans notre zone d'étude, il peut être apprécié sous trois angles selon les types d'animaux élevés. Il s'agit des volailles, des petits ruminants et des bovins.

2.5.1.1- La volaille

La volaille désigne l'ensemble des oiseaux de la basse-cour élevés pour leur chair et pour leurs oeufs. Les plus représentatifs dans la zone d'investigation sont : les poules, les pintades, les canards. Dans presque tous les ménages, ils existent soit ensemble ou à une unité près. Leur élevage ne nécessite aucune mesure particulière puisqu'il se fait dans la nature et par divagation. La volaille assure elle-même son auto-alimentation dans les champs, dans la brousse ou aux alentours des maisons. C'est seulement le soir que les poulaillers sont ouverts pour leur permettre de se mettre à l'abri des animaux sauvages notamment les renards et les reptiles.

Vu le rôle de ces oiseaux dans les cérémonies traditionnelles, ils sont d'une grande importance dans le quotidien des Temberma. Mais ceux-ci n'élèvent pas que la volaille.

2.5.1.2 - Les petits ruminants

Caprins et ovins constituent pour toute famille vivant dans le terroir de Koutougou non seulement un bien matériel mais davantage un instrument de prestige social. Très souvent en divagation, les chèvres et les moutons sont attachés aux piquets durant la saison des pluies. Mais cette mesure n'est appliquée que faiblement parce que dans la plupart des cas, les champs de cases n'existent pas.

2.5.1.3- Les bovins

L'élevage des bovins est aussi vieux que le milieu lui-même. En effet, ce sont les boeufs qui servent dans les cérémonies funéraires et lors du payement de la dot. Il se fait sous la conduite d'un pasteur souvent Peuhl, à qui on confie le pâturage. Mais la gestion du troupeau revient au chef de ménage. Cet élevage y est très prospère mais depuis l'épidémie de charbon de 1983, les troupeaux ont baissé de taille et d'autres même ont disparu complètement.

Dans l'ensemble, il s'agit d'un élevage purement traditionnel sans suivi médical ne permettant pas de maîtriser les maladies et de les traiter. L'isolement aidant, les services vétérinaires n'y viennent presque jamais (pas en tout cas de mémoire des habitants actuels). Cette situation empêche aussi de donner avec exactitude le nombre de têtes des animaux qui vivent dans le terroir de Koutougou. Mais les conditions climatiques favorables (climat tropical sec) sont un facteur déterminant dans la pratique de cette activité à laquelle il faut

ajouter l'artisanat, la pêche et la chasse pour établir le calendrier d'occupation des habitants de Koutougou durant l'année.

2.5.2- L'artisanat

La poterie est la seule activité artisanale de notre zone d'étude. Elle est pratiquée par les femmes d'un âge avancé (plus de 55 ans). Mais l'éloignement des points d'écoulement (marché de Takonta au Bénin) réduit cette activité en un passe-temps. Il n'existe presque pas de ventes outre celles qui ont lieu entre les voisins d'un même village.

2.5.3- La pêche et la chasse, deux activités en nette régression

« Les jeunes n'ont plus le temps d'aller chasser, ils préfèrent aller boire ». C'est en ces termes que le chef canton a répondu à une question relative à la pratique de la chasse. Et la conséquence dit-il est la prolifération d'animaux sauvages (perdrix, renards, reptiles...) aux alentours des maisons décimant les volailles et détruisant les semis.

Quant à la pêche, elle est le propre de quelques rares habitués, souvent des vieux qui la font entre novembre et janvier essentiellement dans la Kéran et la Binah. Les ressources de la pêche ne faisant presque pas l'objet de vente, on comprend donc la moindre importance de cette activité dans la vie de ce peuple.

En somme, comme l'artisanat, la pêche et la chasse sont des activités quasi inexistantes dans le terroir d'étude. De nos jours, l'activité agricole reste alors l'occupation première de ses habitants qui par le passé furent de grands chasseurs. Ils travaillent donc la terre presque douze mois sur les douze de l'année car aux saisons mortes correspondent les moments de préparation des champs. Les rares moments de repos sont ceux consacrés aux fêtes traditionnelles ou aux cérémonies funéraires ou rituelles.

Quoi qu'il en soit, l'environnement étudié situé sur les versants de l'Atakora regorge des réalités propres aux Temberma. Ainsi, les données sur le système foncier révèlent une stabilité des modes traditionnels d'accès et de gestion des terres, celles sur la dynamique agricole montrent des pratiques intimement liées aux conditions orographiques et à l'héritage historiques. De plus, avec les types de cultures, les utilisations du sol et les activités secondaires, toutes les particularités se conjuguent pour montrer qu'il s'agit bien d'un terroir qui garde une certaine authenticité propre non seulement aux Temberma mais davantage à ceux de KOUTOUGOU. La place de la femme et surtout son rôle dans la gestion du grenier

familial ne diffère-t-il pas de ce qui se passe à Nadoba pourtant situé à moins 5 Km au nord à vol d'oiseau, et considéré à juste titre comme le berceau des Temberma ?

La vie quotidienne ainsi relatée révèle une parfaite imbrication entre le fait naturel et le milieu humain caractéristique de la zone d'étude. Ce faisant, les techniques culturales analysées ainsi que les systèmes agricoles en vigueur sont intimement liés à ces deux facteurs. On se demande alors si la proportion négligeable des activités secondaires est une situation étrangère aux conditions naturelles actuelles et aux mutations d'ordre humain?

Une question qui nous pousse à dire que le concept de terroir privilégié dans le cadre de notre étude se justifie pleinement. Mais, n'existent-il pas d'autres réalités fonctionnelles pour individualiser ce regroupement de quatre villages que nous avons nommé terroir de Koutougou?

En dépit de la fertilité des terres et de l'organisation sociale traditionnelle qui permettent de dégager des ressources énormes surtout en terme de production des céréales, la zone d'investigation n'est d'aucune utilité lorsqu'il s'agit d'approvisionner la préfecture de la Kéran voire la région de la Kara en produits agricoles.

Lorsque nous admettons que le canton de Nadoba est aussi peuplé de Temberma qui produisent des céréales et les vendent à Kantè au Togo, à KOUTOUGOU par contre, la préférence va à la vente des produits agricoles sur le marché de Takonté au Bénin. Cette situation est inhérente à l'absence de voies de transport ralliant l'espace géographique étudié au territoire togolais. Les Temberma de KOUTOUGOU sont donc contraints de vivre dans un isolement qui affecte leur vécu quotidien et qui est source d'un développement socioéconomique extraverti aux effets multiplicateurs.

CHAPITRE 3

L'ENCLAVEMENT, UNE REALITE
INDISSOCIABLE DE LA VIE DES
TEMBERMA

L'enclavement, avions-nous dit d'entrée de jeu, est l'absence, l'insuffisance ou la praticabilité saisonnière des voies de communication dans une zone donnée. Dans le cas de Koutougou, toutes ces réalités sont évidentes.

3.1- DES CHEMINS INEXISTANTS OU IMPRATICABLES

C'est l'ensemble des voies de communication (routes, pistes rurales, sentiers, ponts....) qui desservent une région que l'on regroupe sous le vocable de réseau de chemins. Il se résume dans notre zone d'étude à une piste automobile saisonnière, des sentiers ruraux et un pont sur la Kéran, un autre sur la Binah.

La piste automobile saisonnière a une longueur de 23 kilomètres environ à travers le terroir et vient de Tchitchira dans la préfecture de Doufelgou. Elle relie les villages de Tapountè, Koutougou et Koutamagou avant de continuer au Bénin, plus précisément vers le village de Koutamagou-Bénin. En saison sèche, elle se révèle praticable et permet ainsi à la SOTOCO d'évacuer le coton graine. Mais en saison des pluies, son utilisation est mise à rude épreuve. Les motos et autres voitures légères peuvent y passer à condition que la rivière Kéran ne soit pas en crue car le pont qui est censé relier les deux rives est plutôt un radier.

Le ponceau en question a une hauteur de 1,5 mètre environ au dessus du lit mineur. Ainsi, il est submergé dès les premières pluies de la saison. Par ailleurs, le premier pont sur la Binah est dans un état de délabrement avancé comme on le voit sur la photo 3, que les véhicules lourds ne peuvent pas prendre le risque de vouloir traverser.

Photo 3 : Ponceau en délabrement sur la rivière Binah

Source : Cliché de l'auteur, 2005.

Quant aux sentiers ruraux, ils forment un réseau d'une vingtaine de kilomètres à travers tout le canton car liant les différents villages entre eux. Leur praticabilité à moto se révèle très difficile en raison de petits ruisseaux souvent remplis d'eau à cette époque de l'année (voir Photo 4).

Photo 4 : Piste secondaire herbeuse et pleine de flaques d'eau

Source : Cliché de l'auteur, 2005.

Comme on le voit sur la photo, l'herbe a poussé sur une piste secondaire dénotant de la fréquence de son utilisation. Quant aux flaques d'eau, leur présence empêche toute circulation automobile.

Dans l'ensemble, le réseau de chemins de la zone d'étude est un des plus pauvres de la région comme l'indique la figure 14 présentant les voies de communication. Il s'agit d'un réseau qui ne permet pas de la rallier à Kantè le chef-lieu de la préfecture à laquelle elle appartient.

#

Autres localités

% Chef lieu de canton

þ#

Village étudié

10°00'

1°10'

FIG 14 : Voies de communication dans la zone d'étude

79

N

#

Kouya - Tougou

#

Koutamagou

#þ #

Koutapa

#

Lipouli 1

#þ #

Lipouli 2

#þ #

KOUTOUGOU

% # #þ

Tapounté

#

Koutougou Sola

#

CANTON DE KANTE

10°00'

1°10'

LEGENDE

Source: NOYOULEWA A. (2005), d'après nos

0.6 0 0.6 1.2 1.8 2.4 3 Kilometers travaux de terrain et sur la base de Cartographie

Censitüre, Région de la kara, D.S.I.D., 1981.

Limites d'Etat

Limites de Canton

Limites de Préfecture

Route carrossable
Pistes

Cours d'eau

Zone d'étude

L'observation de la figure 14 laisse apparaître une lâcheté du réseau de sentiers dans le paysage du terroir. En fait, entre Koutougou qui nous le rappelons est le chef-lieu du canton et les villages de l'ouest (Lipouli 1 et 2, Koutapa, Kouya-Kougou) les sentiers sont plus nombreux. Ce sont des sentiers de montagne difficiles à pratiquer. Mais il apparaît aussi clairement que les sentiers ne vont pas plus à l'ouest, dénotant ainsi que les altitudes de la montagne deviennent de plus en plus importantes et ne permettent plus la traversée.

L'Est est plutôt marqué par un réseau lâche. En fait, l'existence d'une piste automobile permet la traversée de la frontière sans avoir besoin de petits sentiers. Mais dans l'ensemble, il faut dire que ce qui est le plus marquant quand on arrive dans le milieu, c'est l'absence ou mieux la pauvreté de ce réseau.

Cette pauvreté du réseau de chemins est source de nombreuses et variées contraintes. Comment se manifestent-elles ?

3.2- LES CONTRAINTES LIEES A L'ENCLAVEMENT

3.2.1- Les contraintes d'ordre moral et culturel

Loin de n'être qu'un problème économique, l'enclavement d'une région se perçoit aussi à travers les aspects moraux et culturels. Il s'agit des effets sur la mentalité des habitants. En effet, à KOUTOUGOU, les paysans ont fini par la force des choses à développer un complexe d'infériorité par rapport aux autres, complexe qui frise parfois le dédain vis-à-vis des autorités publiques centrales. Lors de notre enquête par exemple, le chef canton affirmait ne pas pouvoir inviter le Préfet pour la fête traditionnelle parce que comme d'habitude, tout ce qui se fait ici n'intéresse personne et que les gens n'y viennent que pour les campagnes électorales.

Sur le plan culturel, nombre de faits marquants contribuent au retard considérable de la zone d'étude. D'abord au niveau scolaire, il y a une difficulté chronique d'enseignants du fait que la plupart de ceux qui y sont affectés refusent de s'y rendre ou s'en vont après y avoir mis les pieds. Il en résulte alors que seuls deux enseignants affectés par la Direction Régionale de l'Education se chargent de la scolarisation des enfants de Koutougou. Cela explique sans aucun doute les taux de scolarisation faibles17 dans la zone étudiée.

Ensuite, les Temberma ignorent très souvent et volontairement la notion de frontière. C'est ainsi qu'à KOUTOUGOU, il est difficile si non impossible d'entendre parler du Bénin comme entité territoriale différente. D'ailleurs 97,7% de nos enquêtés affirment ne pas voir en

17 58% de nos enquêtés sont non instruits comme l'indique la figure 12, page 54.

la frontière avec le Bénin un motif d'enclavement. Aussi, durant nos sorties sur le terrain, faisions-nous recours à des astuces du genre « quel hymne chantez-vous à l'école » avant de savoir de quel côté de la frontière nous étions.

Enfin, la retombée de ce qui précède est que les Temberma de KOUTOUGOU disent être les «oubliés du Togo». Pour eux, leur milieu se cherche entre le Togo et le Bénin car ils écoutent radio Parakou ou RFI (Radio France Internationale), suivent (pour le seul qui a une télévision) l'ORTB (Office des Radio Télévision du Bénin). Toutes ces contraintes sont probablement à l'origine des autres plus palpables.

3.2.2- Les contraintes sociologiques

Toute la vie des habitants du terroir de Koutougou est régulée par rapport au phénomène de l'enclavement.

Primo, les jours de repos dans le village ou mieux ceux au cours desquels on sent la vie du village sont ceux d'animation du marché de Takonta au Bénin. Les femmes y vont dès le matin chargées de produits vivriers alors que les hommes reviennent des champs « prématurément » autour de neuf heures puis se préparent pour suivre leurs épouses.

Secundo, dans la société Temberma de KOUTOUGOU, les villages qui sont situés le long de la piste automobile sont considérés comme « plus importants » que ceux qui en sont éloignés. Cette importance se traduit par une hiérarchisation des chefs de village et aussi par l'effectif de population dans les différents villages. C'est pourquoi, lorsque le chef de canton a une information à donner ou une décision à prendre, le premier à être concerté, c'est le chef de Koutamagou situé sur ladite piste. Les autres ne sont informés que plus tard par l'entremise d'un envoyé. C'est ce qui explique d'ailleurs que les villages de Kouya-kougou et Koutapa sont selon les dires même du chef canton courtisés par le canton voisin de Warengo faisant ainsi qu'au fil des années, il y a une perte progressive de son autorité sur ces villages.

Aussi, la répartition des habitants sur l'environnement d'étude est-elle un fait qui tient compte des réalités liées à l'isolement. En effet, les villages situés sur la piste automobile qui relie Tchitchira au Bénin (Koutougou, Koutamagou) sont les plus peuplés du canton et regroupent respectivement 32,8 et 39,7% de la population totale avec comme on le voit, une domination de Koutamagou situé sur la frontière. Dans le même temps, les zones situées loin de la route (Lipouli 1 et 2) n'en renferment que 27,5%. Il en découle une concentration le long de la piste automobile créant une disparité dans la répartition des hommes sur leur terroir. C'est en tout cas ce que présente la figure 15 qui fait état de la répartition de la population dans l'univers d'étude.

1°9'55"

1°11'54"

1°13'53"

1°15'52"

1°17'51"

1°9'55"

1°11'54"

1°13'53"

1°15'52"

1°17'51"

# Autres localités

# 200 habitants

Limite d'Etat

350 habitants

#

Kouya - Tougou

#

Koutapa

#

Lipouli 1

# #þ #

Lipouli 2

#þ #

Tapounté

#

Koutougou Sola

#

9°5930" 10'1'29" 10'328" 17527" 17726"

759'30"

10°1'29"

10°3'28"

10°5'27"

10°7'26"

CANTON DE KANTE

CANTON DE NADOBA

82

FIG 15 : Répartition de la population dans la zone d'étude N

Koutamagou

##þ#

Koutougou

#% þ# #

PREFECTURE DE DOUFELGOU

LEGENDE

0.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5 3 Kilometers

Source: NOYOULEWA A. (2005), d'après les données du recensement général de la population, 1981 et les projections de la Direction nationale de la Statisque et de la Comptabilité Générale, Lomé.

% Chef lieu de canton

#

#

Cours d'eau

Route carrossable Zone d'étude

#þ Village étudié

Limite de Canton Limites de préfecture

650 habitants

800 habitants

Mis à part ces contraintes d'ordre moral, culturel et social, les vraies conséquences de l'enclavement restent sur le plan économique où notre zone d'étude brille plutôt par un immobilisme ou mieux une précarité dans la vie de ses habitants. Quelles en sont les transcriptions réelles dans la vie des populations ?

3.2.3- Les contraintes économiques

La vie économique de KOUTOUGOU se résume à l'activité agricole. C'est donc les retombées de l'isolement sur ce domaine que nous essayons de présenter selon les centres d'intérêts qui suivent :

3.2.3.1- Un coût de production agricole élevé

Le coût de production est la somme des dépenses effectuées toute l'année pour produire une denrée. Dans le domaine agricole, il est le fait de plusieurs paramètres.

3.2.3.1.1- La main d'oeuvre

Plus élevée à KOUTOUGOU que dans les autres localités avoisinantes, la main d'oeuvre s'exprime à travers le salaire que l'on perçoit contre la réalisation d'un travail champêtre. C'est en quelque sorte le prix de vente de la force de travail. La disparité dont il est question se perçoit mieux à travers le tableau 9 comparatif des taux d'exécution de certaines opérations.

Tableau 9 : Tableau comparatif des taux d'exécution de certaines opérations agricoles
selon la localité

 
 

Koutougou

 

Tchitchira

 

Massédena

 

Nadoba

Manuelle

Attelée

Manuelle

Attelée

Manuelle

Attelée

Manuelle

Attelée

Buttage (F/1butte)

 

100

 

-

 

75

 

-

 

60

 

-

 

25

 

-

Labour
(F/Ha)

36

000

40

000

32

000

24

000

32

000

36

000

20

000

28

000

Sarclage
(F/Ha)

16

000

20

000

12

000

12

000

12

000

16

000

8

000

9

000

Source : D'après les résultats de nos travaux.

Il se dégage du tableau 8 un constat clair : les prix d'exécution des opérations agricoles sont plus élevés à KOUTOUGOU que partout ailleurs dans la zone. Entre Koutougou et Nadoba, un terroir Temberma à 5 km au nord, les prix varient même jusqu'à concurrence de 44% que ce soit pour le labour ou pour le sarclage alors que les deux localités sont à distance égales de Kantè. Seulement la facilité d'accès de Nadoba favorise la venue des

métayers venant de la région des savanes ou encore des élèves de Kantè qui y viennent soit en vacance ou durant les week-end pour s'adonner au métayage. La main d'oeuvre revient ainsi moins chère pour les autres opérations agricoles notamment le buttage dont le prix est à 75% plus élevé à KOUTOUGOU par rapport à Nadoba.

Quant au village de Tchitchira dans la préfecture de Doufelgou, les prix des opérations réalisées par la traction animale sont particulièrement bas (24 000 F pour le labour contre 40 000 F à KOUTOUGOU) du fait que c'est le site qui abrite le projet des jeunes ruraux qui y ont été installés par le gouvernement avec une paire de boeufs pour chacun afin d'exploiter la vallée de la Kéran.

Il est donc évident qu'à KOUTOUGOU, les prix des opérations agricoles sont très élevés. On comprend davantage pourquoi d'ailleurs la proportion de ceux qui ont recours au salariat agricole dans leurs exploitations y est très faible. L'enclavement empêchant la venue d'actifs extérieurs au terroir, la pénurie de la main d'oeuvre explique la flambée de ses prix. Seulement, le coût de production n'est pas que du ressort du coût de la main d'oeuvre. Les prix des intrants y participent largement.

3.2.3.1.2- Le prix des intrants

Au Togo, les prix des intrants sont fixés par le gouvernement puisque les Directions Régionales de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche sont habiletées à les convoyer jusque dans les fermes les plus reculées. Mais cette réalité est loin d'être effective dans le cas de KOUTOUGOU. En effet, les habitants de ce canton doivent chaque année aller chercher euxmêmes leurs intrants à Niamtougou ou à Kantè. Selon le lieu, les prix de revient de ces produits indispensables à la production agricole varient comme l'indique le tableau 10.

Tableau 10 : Prix de revient des intrants vivriers selon le lieu de provenance par sac de 50 kg

 

Prix national

KANTE (97 km)

NIAMTOUGOU (72km)

NPK

7

750 F

12

000 F

9

000 F

UREE

7

750 F

12

000 F

9

000 F

Source : D'apres les résultats de nos travaux.

Selon le tableau 9, les prix croissent de 54,83% et 16,12% selon que les intrants proviennent de Kantè ou de Niamtougou. Mais il se fait qu'appartenant à la préfecture de la Kéran, il est plus facile aux paysans de KOUTOUGOU d'en disposer à Kantè qu'à Niamtougou

sauf dans le cas des intrants coton car la SOTOCO rattache la zone ATC de Koutougou à la coordination Binah-Doufelgou dont Niamtougou est le siège.

En définitive, les paysans de la zone d'investigation paient plus cher les intrants vivriers que les autres paysans du Togo, simplement à cause du fait que les véhicules ne peuvent accéder facilement à la localité. Après leur achat, les paysans font transporter les intrants jusqu'aux bords de la Binah soit à environ 15 kilomètres de Koutougou. Là, chacun s'organise pour assurer le reste du trajet soit par charrettes grâce à la traction animale, soit par moto ou dans la plupart des cas par tête d'homme. C'est pourquoi nous devons préciser que les prix évoqués plus hauts sont ceux évalués jusqu'à mi-chemin c'est-à-dire jusqu'aux bords de la Binah et pour avoir une idée exacte, il faut y ajouter le transport sur les quinze kilomètres restants. Les intrants coton ne souffrent pas du même problème puisque leur mise en place a lieu en saison sèche. Seulement, les paysans n'évaluent pas souvent leurs propres efforts. C'est aussi le cas pour les outils de travail qui leur reviennent plus chers que dans d'autres localités de la région sans qu'ils n'y prêtent attention.

3.2.3.1.2- Le coût des outils de travail

C'est l'une des données que les paysans ignorent souvent dans l'évaluation de leurs revenus. Les outils utilisés dans les champs à KOUTOUGOU proviennent du Bénin plus précisément de Takonta. Et pourtant, avec le travail de forge prépondérant dans le pays Kabyè surtout à Tcharè (POYODA M., 2001), les outils coûtent de moins en moins chers dans toute la région de la Kara surtout en ce qui concerne les houes et les dabas. Par ailleurs, ces instruments provenant du Bénin sont d'une qualité inférieure à ceux fabriqués au Togo. C'est ce que prouve leur durée d'utilisation telle que nous l'ont relaté les paysans. Cette situation paraît clairement dans le tableau 10 ci-dessous présentant les outils, leurs prix selon les lieux d'achat puis leur durée d'utilisation moyenne.

Tableau 11 : Outils de travail : Prix et durée d'utilisation des outils de travail selon le lieu d'achat

 

TAKONTA (Bénin)

NIAMTOUGOU

KANTE

Prix

Durée

Prix

Durée

Prix

Durée

Houe

500 F

1 an

250 F

2 ans

300 F

2 ans

Daba

4500 F

2 ans

2200 F

3 ans

2500 F

3 ans

Coupe-coupe

2500 F

1 an

2000 F

1 an

2000 F

1 an

Hache

500 F

+ de 5 ans

300 F

+ de 5 ans

300 F

+ de 5ans

Il est donc évident que les instruments de travail reviennent plus chers et durent moins quand ils sont achetés au Bénin. Mais dans la réalité, les habitants de KOUTOUGOU n'ont pas véritablement le choix. Ils sont contraints par l'enclavement de leur localité à acheter plus cher et en plus sur un marché extraterritorial, ce qui constitue une fuite de capitaux importants et un manque à gagner pour l'économie togolaise. Cette variation du prix couplée de la mauvaise qualité des outils qui leur sont proposés peut comme dans le cas de la daba prendre des proportions importantes (plus de 50% de réduction sur les marchés togolais).

Dans l'ensemble, les coûts de production se révèlent très élevés pour les paysans de notre zone d'étude à cause de l'enclavement de celui-ci. Qu'en est-il alors des prix de vente ?

3.2.3.2- Des prix de vente dérisoires

Lorsque les prix de production d'une denrée alimentaire sont élevés, le paysan devrait vendre cher pour entrer dans ses droits. Cependant, force est de constater que les paysans de KOUTOUGOU ne maîtrisent pas les données du marché de Takonta au Bénin. Ils subissent ainsi les prix imposés par les acheteurs. Quelques fois, les prix y sont inférieurs à ceux pratiqués sur les marchés voisins situés en territoire togolais. Mais ne pouvant y accéder facilement, les paysans de KOUTOUGOU bradent leurs récoltes au Bénin. Voici présenté à titre d'exemple les prix de certaines denrées dans quelques marchés durant la campagne agricole 2003 - 2004 (Tableau 12).

Tableau 12 : Prix des denrées alimentaires dans quelques marchés de la Région (Francs CFA), campagne agricole 2003-2004 :

Unité de mesure : le bol = environ 2,5 kg.

 

Takonta (Bénin)
(22km)

Nadoba (5km)

Kantè (08km)

Maïs

550

750

825

Sorgho

525

600

950

Haricot

650

900

1000

Arachide

2000

1850

2000

Source : D'apres les résultats de nos travaux.

Ces prix qui constituent une moyenne sur toute l'année varient selon les périodes. Nous avons donc considéré trois périodes principales notamment celle de la récolte, la misaison et la période de soudure. Il se révèle ainsi que dans le cas du maïs par exemple, alors que le Togo connaissait une pénurie de maïs et que les prix flambaient jusqu'à 1000 francs CFA, les paysans de KOUTOUGOU vendaient leur maïs à 700 francs au Bénin. Le seul bémol

que nous enregistrons dans l'analyse des données du tableau 11 vient du prix de l'arachide qui est le même au Bénin et à Kantè (2000 F) alors qu'il est inférieur à Nadoba (1850 F). Cette situation est sans doute le résultat du fait que cette denrée est très utilisée au Bénin pour la préparation de galettes ? Certes, cet usage existe au Togo mais est plus répandu dans l'ouest de la région de la Kara chez les Bassar (WAGBE L-Y, 1987).

Par ailleurs lorsque nous ajoutons à ces prix les données du prix des transports sur les 22 kilomètres qui séparent Koutougou du marché de Takonta, les sommes prélevées aux vendeurs sous la forme de taxes de marché, on comprend bien pourquoi nous parlons de prix dérisoires. C'est pourquoi 67,9% de nos enquêtés citent les taxes surélevées18 comme principale difficulté dans l'écoulement de leurs produits au Bénin. A cette difficulté, s'ajoute celle du transport relative au manque de moyens appropriés dont parlent 32,1% des enquêtés. En effet, le mode de transport le plus utilisé est la marche19 (69,3%) suivi de la bicyclette (28,8%). Seul 1,9% de nos enquêtés affirment s'y rendre par moto. Quant aux véhicules, il n'en existe même pas. L'emploi des charrettes de boeufs n'est pas habituel à cause de la grande distance (22km).

Toutes les contraintes sus évoquées s'imbriquent de façon évidente pour amoindrir le niveau de vie des populations de KOUTOUGOU qui ne peuvent ni faire face à leurs besoins vitaux, ni participer de façon harmonieuse au développement de leur milieu. Les difficultés sociales se manifestent en l'occurrence par un niveau alimentaire bas, la couverture médicale médiocre, le taux de scolarisation insignifiant20, ..... Ce sont les implications concrètes du phénomène de l'enclavement.

3.3- LES MANIFESTATIONS SOCIALES DE L'ENCLAVEMENT DE KOUTOUGOU

La présentation des manifestations de l'enclavement de notre site d'étude va se faire selon des centres d'intérêt précis. Nous apprécierons ainsi le niveau des infrastructures dans le milieu de même que celui de leur fréquentation pour montrer que l'isolement limite l'accès des populations de KOUTOUGOU aux services sociaux de base.

18 Un chargement d'une femme (environ 15 bols de céréales) vaut 100 francs CFA alors qu'une volaille est taxée à 200 F et une bête à 300 ou plus car selon les paysans, les collecteurs deviennent plus exigeants s'ils se rendent compte qu'ils ont à faire aux Togolais.

19 Les 22 kilomètres sont parcourus en trois heures à pied, environ une heure à vélo et moins d'une demi-heure à moto. Quant aux véhicules, ils n'en existent même pas.

20 Seuls 7% de nos enquêtés déclarent avoir effectués des études secondaires.

3.3.1- Sur le plan sanitaire

La santé humaine est l'un des facteurs qui permettent d'apprécier le niveau de développement d'un milieu. A KOUTOUGOU, cette réalité contraste avec celle du reste de la région de la Kara. Certes, à cette échelle aussi on ne peut pas dire qu'il est satisfaisant mais quand on le rapporte à celui de notre zone, il est plutôt excellent. Les chiffres qui suivent et qui présentent les ressources sanitaires pour 1000 habitants dans la région de la Kara, dans la préfecture de la Kéran puis dans le canton de Koutougou en 1999 traduisent très bien ce que nous avançons (Tableau 12).

Tableau 13 : Ressources sanitaires pour 1000 habitants selon les localités en 1999 :

 

Région Kara

Préf. Kéran

KOUTOUGOU

Lits

21

12

0,9

Centres de santé

2

2,9

0,9

Médecins

0,7

0,4

00

Infirmiers

5

3,8

0,9

Sage-femmes

1,1

0,7

00

Dépôt pharmacie

0,3

0,2

00

Source : D'après les résultats de nos travaux sur la base des données recueillies auprès de la Direction Préfectorale de la Santé de la Kéran.

Nous précisons que la présence d'un centre de santé ne correspond pas partout à la même réalité, tant les différences au niveau du fonctionnement sont flagrantes et s'accentuent selon que nous soyons dans un centre urbain ou rural. Ainsi, aux centres en voie de délabrement avancé des villages s'opposent les centres de santé flambants neufs des villes comme Kara, chef-lieu de la région. A cette dimension, il faut ajouter la distance qui sépare souvent les habitants des centres de santé. La moyenne fournie par les services en question est de 60 à 100% d'habitants situés à plus de 5 km. Dans le cas de KOUTOUGOU, le centre étant situé au chef-lieu du canton, tous les autres villages doivent se déplacer sur au moins 6 km pour y accéder en dépit du mauvais état des sentiers ruraux tel que nous l'avons présenté plus haut.

La conséquence immédiate de cet état de fait est l'augmentation du nombre de morts en cours de route vers le centre de santé. A ceux-ci, il faut ajouter les nombreux cas de décès qui surviennent lors des évacuations des malades vers des centres performants comme ceux de Niamtougou. Nous rappelons que quand des cas aussi urgents se présentent, il faut envoyer

quelqu'un à 20 km pour alerter la congrégation des frères des campagnes installés à Massédena afin que ceux-ci viennent assurer l'évacuation du patient avec leur voiture si celleci est disponible et surtout quand la route est praticable. Dans le cas contraire, on tente la traversée de la montagne avec le malade suspendu dans un hamac. Cette traversée ou ces périples vers les frères de campagne pouvant durer des heures, on se retrouve très souvent malheureusement avec des patients à bout de résistance et qui finissent par rendre l'âme. Mais la situation sanitaire des populations de KOUTOUGOU est aussi le fait de leur niveau d'analphabétisme, lui-même conséquence de l'enclavement du milieu.

3.3.2- La question de la scolarisation face à l'enclavement

Comme nous l'avions présenté plus haut, le taux de scolarisation à KOUTOUGOU est l'un des plus faibles de la région (58% de nos enquêtés ne sont pas instruits). Ce fait est intimement lié au phénomène de l'enclavement. En effet, sur les sept enseignants du primaire mutés par la Direction Régionale des Enseignements Primaire et Secondaire, ces quatre dernières années, seuls deux y sont restés et y exercent encore. Les autres se sont allés le plus souvent après un séjour qui se limite à la reconnaissance du poste de travail. La raison évoquée pour justifier ces départs est l'isolement du milieu. Pour les deux restants qui ne cachent pas leur désir de partir vers d'autres cieux, les difficultés ne manquent pas. Difficultés de toucher leurs soldes surtout en saison des pluies, difficulté de participer aux réunions et aux séances de formation ainsi que de s'approvisionner en outils et autres matériels didactiques comme la craie, les bics, crayons...

Le manque de bancs et de locaux en bon état a incité la construction pour cette année à Koutougou d'un bâtiment de trois classes financé par le Projet BID-EDUCATION 2002. Pour y apporter les tables bancs afin de permettre une bonne rentrée scolaire 2005-2006, le véhicule a dû faire le détour en empruntant le trajet suivant : Kara - Kantè (48km) - Nadoba (73km) - Boukoumbé au Bénin (93 km) - Koussoukoungou au Bénin (123 km) avant d'entamer le sentier vers KOUTOUGOU soit au total 153 kilomètres au lieu d'emprunter un trajet normal allant de Kara à Niamtougou puis Koutougou soit une cinquantaine de kilomètres. Seulement, là encore, les bancs ont dû être abandonnés en pleine brousse à Koutamagou-Bénin à environ 15 kilomètres de leur destination finale à cause du mauvais état de cette piste. Il appartient donc aux paysans d'organiser le reste du transport.

Comparativement à leurs frères de Nadoba où il existe trois écoles d'enseignement primaire et un collège d'enseignement secondaire, les habitants de KOUTOUGOU vivent dans

le pire dénuement réconforté par l'existence l'autre côté d'un réseau d'électrification à partir de la ville béninoise de Boukoumbé.

Toutes ces réalités couplées de la difficulté que les jeunes qui réussissent au CEPD doivent aller continuer leurs études soit à Kantè soit à Nadoba, démotivent parents et apprenants en matière de scolarisation. Sa faiblesse se combine aux autres facteurs pour assombrir davantage la situation des infrastructures socio collectives de la localité et affaiblir davantage leur niveau de fréquentation.

En somme, la pauvreté du réseau de chemin et le mauvais état des ponts contraignent les habitants de KOUTOUGOU à vivre dans un isolement qui est source de contraintes d'ordre social et économique et dont les caractéristiques essentielles sont le coût de production élevé, des prix de vente dérisoires, une couverture sanitaire presque inexistante et un taux de scolarisation très faible. Tous ces faits développent chez ce peuple des sentiments divers ainsi que des complexes nuisibles non seulement à son intégration au tissu commercial national mais davantage sur un tout autre plan au contexte d'unité nationale. On citera simplement le fait que les habitants de notre zone d'étude ne peuvent s'informer sur ce qui se passe dans leur pays à défaut de pouvoir capter des stations de radios nationales. C'est ce que nous avons appelé les contraintes morales et culturelles de l'enclavement.

On voit donc que la vie à KOUTOUGOU n'est nullement chose facile. Mais on se demande ce qui retient encore ce peuple de cultivateurs dans ce coin du Togo ?

La vie des Temberma et leur bonheur aujourd'hui est le fruit d'un espoir de sortir un jour de cette situation que MERLIN P. (1991, page 37) qualifiait de frein pour le développement du monde rural quand il disait que « le retard de l'Afrique subsaharienne sur les autres continents en matière agricole comme dans bien d'autres domaines est le fruit de l'isolement ». Y a-t-il donc des raisons pour désenclaver le terroir de Koutougou ? Comment doit-on s'y prendre ? D'ailleurs, qui doit désenclaver et que peut-on faire en attendant un quelconque processus de désenclavement ?

En tout état de cause, il se dégage une nécessité de désenclaver KOUTOUGOU, mais celui-ci doit partir de certaines potentialités locales et de quelques raisons valables pour le justifier.

3.4- DE LA NECESSITE DE DESENCLAVER KOUTOUGOU

Tout processus de désenclavement part du fait que la région regorge d'une certaine richesse à tirer et qui profite à toute la région, mieux au pays entier.

3.4.1- Les tatas, véritable richesse touristique

L'habitat est par définition l'ensemble et l'arrangement des habitations dans un espace donné. Comme tel, il englobe tout ce qui est construit quelle qu'en soit la finalité. On y regroupe donc les maisons d'habitation, les enclos pour animaux, les magasins de stockage de produits agricoles... Cependant, on en distingue deux types en rapport avec le milieu qui les abrite. Il s'agit de l'habitat urbain et de l'habitat rural. L'habitat urbain est celui qui est en ville alors que l'habitat rural s'édifie en campagne. Dans les deux cas, l'habitat reste l'expression vivante des choix économiques, sociaux et religieux de la société qui le construit. C'est pourquoi l'habitat a été de tous les temps considéré comme une des marques majeures de l'appropriation de l'espace et de la formation du territoire.

Ainsi défini, l'habitat est propre à chaque peuple et permet de distinguer des espaces occupés par des populations ayant une histoire et des richesses culturelles différentes. L'habitat rural, plus que celui urbain, est le plus expressif du fait qu'il est l'émanation pure d'une société rurale souvent éloignée des tendances modernes de construction. Il reste donc dénudé de tout apport étranger pouvant lui faire perdre son authenticité.

Il paraît donc clair que la dynamique de l'habitat rural traduit nécessairement toute une mutation dans les façons de gérer l'espace, de le maîtriser et même dans celle de penser de toute la société dans laquelle elle se produit. La dynamique de l'habitat rural est alors un baromètre pour mesurer les transformations qui ont lieu dans un peuple et dont la géographie rurale doit chercher à en évaluer les mobiles, les manifestations réelles dans le paysage agraire ainsi que les conséquences sur la vie et partant sur les activités des ruraux. Il s'agit essentiellement dans notre cas de voir comment la préservation des tatas peut être perçue comme une raison pour justifier un processus de désenclavement de KOUTOUGOU.

A KOUTOUGOU, terroir Temberma dans la préfecture de la Kéran, même si les plus vieux portent encore la pierre en forme de corne fixée dans la lèvre inférieure, les bracelets de cauris, symbole de leur initiation, et la coiffure à double corne de gazelle (FRANCOIS Y. 1995) elle est bien révolue l'époque des tatas. Car les tatas disparaissent progressivement

laissant la place à un habitat de type Soukhala. Comment se présente la maison rurale dans ce milieu et pourquoi faut-il sauver les tatas ?

L'habitat y est plutôt semblable aux soukhalas des pays Lamba et Nawdéba. On y rencontre des concessions regroupant plusieurs cases, les unes de forme ronde, les autres quadrangulaires coiffées de pailles et parfois de tôles ondulées. L'ensemble constitué par les maisons d'habitation, les magasins, les greniers et les enclos confère à la concession une forme ronde donnant sur une cour fermée à laquelle on accède par un vestibule (Waniboli), abri des statuettes, des crânes d'animaux (Eloyo) et autres objets du culte des fétiches (Digboo) caractéristiques de la croyance des Temberma.

Cet habitat traditionnel constitue une richesse inestimable justifiant d'ailleurs le fait que la préservation du patrimoine Temberma soit au nombre des priorités du Ministère togolais du Tourisme et l'inscription du site de Nadoba au patrimoine culturel mondial de l'humanité par l'UNESCO depuis juillet 2004.

Mais lorsque vous arrivez à Koutougou, en plein pays Temberma, votre première surprise surtout si vous avez fait un tour par Nadoba dans le même pays, c'est que vous ne voyez presque pas de tatas. Les rares existants encore sont soit en voie de délabrement avancée comme c'est le cas sur la photo 5, soit situés à proximité des nouveaux types d'habitat (voir Photo 6). En effet, seuls 2,7% de nos enquêtés affirment vivre encore dans les tatas. Les 97,3% restants logent actuellement dans des concessions rondes ou quadrangulaires dispersées à travers le terroir comme photographié sur la photo 7.

Photo 5 : Tata en voie de délabrement avancé à Koutougou

Source : Cliché de l'auteur, 2005.

Photo 6 : Cohabitation Tata-nouveaux types d'habitats, une réalité de plus en plus

visible à KOUTOUGOU

Source : Cliché de l'auteur, 2005.

Photo 7 : Cases rondes ou quadrangulaires dispersées à travers le terroir

Source : Cliché de l'auteur, 2005.

Ce nouveau type d'habitation hérité du brassage avec les Lamba et les Nawdéba selon 87,1% des enquêtés est constitué de cases rondes construites les unes à côté des autres et enfermant ainsi une cour ronde elle aussi. On y entre par un vestibule alors que des murs rattachent tous les éléments du cercle comme le décrit si bien SAUVAGET C. (1971). La

soukhala est aussi répandue dans notre zone d'étude qu'à si méprendre, on se croirait en plein pays Kabyè. Seulement, à côté de celle-ci, subsistent encore quelques tatas.

Ce sont des constructions ayant tout l'air de forteresses. D'ailleurs, certains auteurs n'hésitent pas à les désigner sous le vocable de châteaux-forts (TEIGA M. B., 2005) eu égard aux raisons qui militaient en faveur de leur édification. Il s'agissait en effet de se mettre à l'abri des fauves et surtout à partir des perforations prévues en hauteur, suivre les mouvements d'un éventuel ennemi en temps de guerre. C'est pourquoi le rez-de-chaussée de cette habitation à un étage est réservé au bétail, les hommes eux dormant en hauteur. C'est aussi en hauteur que se trouvent les greniers renfermant les provisions de la famille et la douche familiale.

Devant le vestibule par lequel on y entre, se trouve un canari perché sur un bois en fourche de trois branches qui constitue la boîte pharmaceutique familiale. Ici, on retrouve des produits contre presque tous les maux dont peut souffrir un être humain de même que des remèdes contre les morsures de serpents.

C'est aussi à côté de ce vestibule principal que se localisent les mottes de terre de diverses tailles représentant les fauves abattus par un membre de la famille et qui deviennent des fétiches pour la famille entière. En fait, dans la société Temberma de KOUTOUGOU, un homme n'est pas capable d'abattre un tel animal, c'est ce dernier qui se livre ou s'offre à une famille par l'entremise d'un individu pour en devenir son protecteur.

Au demeurant, la « cohabitation » entre tatas et soukhalas dans le terroir de Koutougou a des raisons diverses. Certains (41,8% de nos enquêtés) disent avoir changé d'habitat à cause des difficultés liées à la construction des tatas alors que d'autres (15,5%) ont adopté la soukhala pour des raisons de commodité ou encore pour montrer leur ascension sociale (39,7%). Quant aux 3% restants, ils évoquent plutôt la disparition de la nécessité de se défendre. En tout état de cause, les Temberma de notre zone d'investigation apprécient à 94,8% leur nouveau type de logis et ne pensent pas recommencer la vie dans les tatas car comme disent les plus jeunes, il n'y pas de place dans une tata pour le vélo ou la moto.

Tout ceci explique pourquoi les tatas disparaissent rapidement du terroir pour faire place à des concessions rondes alors que leur préservation aurait été sans doute une raison de valorisation de la localité et ainsi une raison de plus pour justifier un quelconque projet de désenclavement.

En effet, si le canton de Nadoba aux multiples atouts socioculturels connaît ce développement que nous avons caractérisé, c'est sans doute à cause de ses tatas qui font l'objet d'une attraction touristique. De plus, l'inscription du patrimoine Temberma sur la liste

du patrimoine mondial de l'humanité devait prendre en compte tout le pays, mieux tout l'espace sur lequel vivent les Temberma. Malheureusement, les tatas disparaissant et l'enclavement aidant, le canton de Koutougou a été délaissé dans la délimitation du site touristique et ne profite d'aucune attention concernant son développement. C'est pourquoi nous pensons que la préservation des quelques rares tatas restantes pourrait être une motivation supplémentaire pour le désenclavement de cette zone. Mais il n'y a pas que les tatas pour justifier un tel processus. Les nombreuses quantités de denrées alimentaires déversées par ces populations sur les marchés béninois alors qu'ils sont produits à partir des intrants achetés et subventionnés par le gouvernement togolais sont une raison bien plus sérieuse.

3.4.2- Une importante production céréalière déversée au Bénin

Nous avons tout au long de ce travail montré que les conditions climatiques et édaphiques de notre terroir de même que l'organisation de ses habitants se prêtent très bien à l'activité agricole. Par ailleurs, selon les données recueillies au cours de nos travaux, 60,9% de nos enquêtés ont une exploitation d'une superficie de plus de 3 hectares. Selon cette même source, 37% disent avoir une production de maïs supérieure à dix sacs et 62,5% entre un et dix sacs par campagne agricole. Les autres cultures comme le sorgho et l'igname n'ont pu faire l'objet de quantification précise pour deux raisons. D'une part, il est difficile aux paysans de donner le nombre exact des tubercules d'ignames vendus au cours d'une année parce que même avant la récolte, il leur arrive d'en déterrer quelques unes pour la vente. D'autre part, chez les Temberma dont 19,8% consacrent leur temps à la production du sorgho, il n'est pas nécessaire de conserver cette céréale en grain. Elle se conserve donc après les récoltes dans les greniers et c'est à chaque fois qu'il y a un besoin précis d'argent que l'on fait égrener en tapant pour en vendre les grains. Néanmoins, les informations recueillies nous permettent de situer la productivité du sorgho à quelques unités près de celle du maïs. C'est ce qui nous a permis d'établir le tableau 14 qui fait état de la production de certaines denrées essentielles par hectare puis d'en déduire la quantité moyenne produite dans notre zone d'étude.

Tableau 14 : Production moyenne de certaines céréales à KOUTOUGOU, Campagne agricole 2003-2004 :

 

Productivité / Ha
(en tonne)

Superficie moyenne
(en Ha)

Production moyenne
du terroir (en tonnes)

Maïs

2

28

56

Sorgho

1,6

15

24

Niébé

0,7

10

7

Arachide

0,4

07

2,8

Source : D'après les résultats de nos travaux et les données recueillies à partir du dépouillement des Fiches techniques ICAT.

On voit d'après le tableau 13 que chaque année, en moyenne, quelques 56 tonnes de maïs soit plus de 500 sacs de 100 kg sont produits à KOUTOUGOU et pas un seul n'est vendu sur le territoire togolais. Il en est de même avec les autres denrées notamment le niébé, le sorgho ou l'arachide. Cette année par exemple, le problème alimentaire a été très délicat.

Au cours des mois de juin et juillet 2005 où le prix du maïs a connu une fulgurante ascension sur tout le territoire togolais (900 francs à Nadoba, 1000 francs à Kantè et Niamtougou le bol de 2,5 kg environ), les populations de KOUTOUGOU vendaient leur production de maïs au Bénin à un prix de 700 francs CFA la même mesure à Takonta au Bénin. Cela constitue non seulement un manque à gagner pour les paysans mais davantage une belle réserve perdue pour l'Etat togolais qui pourtant a mis du prix pour disposer des engrais utilisés et en plus pour les subventionner. Toute cette perte, nous tenons à le préciser est simplement le fait de l'enclavement ne permettant même pas à ces populations d'aller écouler leurs produits à Nadoba à 5 km à vol d'oiseau et de faire profiter leur production aux consommateurs nationaux. On se demande alors ce qu'on gagne à laisser toute cette réserve de vivriers dans cet isolement chronique et difficilement supportable.

A tout considérer, l'enclavement de la localité que nous étudions n'a d'effets néfastes que pour ceux qui y vivent, loin s'en faut, il est source de nombreuses pertes autant pour notre pays que pour les populations togolaises. Celles-ci se manifestent par l'éloignement de ce qui aurait pu être une source d'attraction pour les touristes (les tatas même si elles sont en voie de disparition) d'une part et d'autre part par de nombreuses quantités de produits agricoles céréaliers surtout cultivés par des togolais, au Togo et avec l'aide financier du gouvernement togolais, et qui se vendent à des prix relativement bas sur les marchés extraterritoriaux. Ces marchés constituent, faut-il le rappeler, le seul lieu d'approvisionnement de ces populations

en produits manufacturés. Il en découle une fuite non seulement de nos produits agricoles mais encore des capitaux vers d'autres pays. Les taxes de marché prélevées sur les ventes ne sont non plus de nature à réduire les effets nuisibles de ce phénomène. C'est pour freiner ce phénomène qu'un processus de désenclavement de KOUTOUGOU s'impose. Seulement, celuici doit prendre en compte les nombreuses potentialités locales. Quelles sont-elles ?

3.4.3- Des potentialités évidentes

Il s'agit d'analyser tous les éléments existant dans le milieu et qui peuvent constituer le soubassement d'un projet de son désenclavement. Ils sont de deux ordres et sont liés aux possibilités pratiques d'un tel processus.

3.4.3.1- Koutougou - Kantè : 08 km à vol d'oiseau

Les habitants de KOUTOUGOU ont encore en mémoire toutes les fois qu'il leur a été demandé de tailler les herbes dans la vallée séparant les monts Amoungou et Takpangou les séparant de Kantè. Aux dires du chef canton et de certains habitants, cela arrive au cours de toutes les campagnes électorales. On leur demande de débroussailler ainsi pour que les tracteurs commencent le tracé d'une route qui les relirait au chef-lieu de leur préfecture. Mais après, ils n'entendent plus rien venir.

On pense donc à tort ou à raison que ladite vallée est exploitable à cette fin. Certes, ces populations ne sont pas des ingénieurs en ponts et chaussées mais elles affirment à 78,3% souhaiter qu'une route y passe et les relie à Kantè. Les autres optent plutôt pour une autre possibilité. Laquelle ?

3.4.3.2- Le désenclavement : une question d'entretien des pistes rurales

L'amélioration de la qualité de la route venant de Tchitchira est le voeu de 21,7% de la population interrogée sur la question. Cette proportion est infime, pourra-t-on être amené à dire. Mais elle est le fait de ceux qui pensent à une solution provisoire en attendant que la route vers Kantè voie le jour. Il s'agit donc pour ces derniers d'une solution de substitution à laquelle ils souscrivent à défaut du mieux. En effet, le pont sur la Binah étant en mauvais état et celui sur la Kéran très bas, il suffira donc de relever le second et de réparer le premier pour que l'accès à Koutougou se fasse en toutes saisons et par tous les types de véhicules.

Quant aux sentiers intérieurs, avec l'accroissement du trafic que connaîtra la piste automobile, ils seront de plus en plus pratiqués et pourront à terme prendre plus d'importance.

Les possibilités existent sur place pour déclencher un processus de désenclavement profitable pour tous. Mais encore faut-il disposer des moyens humains et financiers nécessaires. Cet aspect de la question a été abordé lors de notre enquête de terrain. Il s'agissait de voir la mentalité des populations de KOUTOUGOU face à la problématique du développement local participatif. Qu'est-ce qui en a découlé ?

3.4.4- Une prédisposition locale à participer aux efforts de désenclavement

A Koutougou, les questions de développement sont traitées par un Comité Villageois de Développement (CVD) mis en place par l'ex-Ministère du Plan avec l'appui des services sociaux pour enclencher le processus du développement endogène. Il s'est déjà illustré dans la résolution de certains problèmes notamment dans son apport dans la construction des salles de classe.

Sur la question du désenclavement, il a aussi son analyse des faits et sa petite idée. Dans l'ensemble, à l'instar de toute la population d'ailleurs, les membres de ce comité pensent que le tracé des routes est de la responsabilité des pouvoirs publics. Néanmoins, tous ou presque s'accordent à dire que cela devrait se faire dans la mise en commun des efforts avec le gouvernement pour aboutir au désenclavement de leur milieu.

Ainsi, 59,5% de nos enquêtés affirment être prêts à participer aux frais qu'exigeront ces travaux. Parmi les 40,5% restants, 58,5%, essentiellement les femmes disent plutôt pouvoir offrir leur main d'oeuvre pour exécuter certains travaux. Il s'agit en l'occurrence de l'extraction du gravier des rivières, la collecte de l'eau ou encore la mise au propre du site retenu.

Concernant la participation financière, 76,8% de ceux-là qui affirment pouvoir participer aux frais limitent leurs taux à mille francs CFA alors que 13% le font à deux mille francs puis 10,2% pour ceux qui pensent donner jusqu'à 5 000 francs et plus.

Dans ce cadre, les populations de KOUTOUGOU affirment à 95,3% que la gestion de ces fonds doit être confiée au CVD et 4,7% pensent plutôt au chef canton. Lorsqu'on sait que parmi les propositions qui leur avaient été faites, il y avait la possibilité de confier cet argent au Préfet et que pas un seul ne s'est prononcé en faveur de cette éventualité, on comprend plus la relation qu'entretiennent ceux-ci avec les pouvoirs centraux.

La proportion de la population qui s'est prononcée soit en faveur d'une participation financière soit en faveur de l'exécution d'une activité précise s'évalue à 83,2% de nos

enquêtés21 et montre clairement combien les habitants de KOUTOUGOU souffrent de leur isolement et sont conscients des effets positifs du désenclavement sur leur mieux-être. Elle dénote aussi de leur disponibilité à participer aux efforts de construction de la route ou même de l'entretien de celle déjà existante. Que peut-on attendre concrètement du désenclavement de cette localité ?

3.4.5- Les effets du désenclavement du terroir de Koutougou

Comme tout processus dans le développement d'une contrée, celui de désenclavement a des retombées sur la vie des habitants, celle du pays et partant pour l'économie nationale.

3.4.5.1- Sur le plan moral et culturel

Si un jour les habitants de KOUTOUGOU avaient plus de facilité à joindre Kantè ou toute autre ville togolaise pour vendre leurs produits agricoles, ils se sentiraient plus Togolais. Le Préfet et d'autres personnalités encore pourront s'y rendre pour assister aux fêtes traditionnelles comme ils le font déjà pour Nadoba et les autres peuples de la préfecture.

Aussi l'existence d'une route praticable en toute saison permettra-t-elle de développer les échanges culturels avec d'autres peuples de la région dont les membres viendront s'installer à KOUTOUGOU.

Par ailleurs, un processus de désenclavement permettra aux Temberma de KOUTOUGOU de valoriser leur culture notamment leur danse, leurs tatas comme cela commence par se faire du côté de Nadoba et comme cela s'est fait depuis déjà très longtemps à Koussoukoungou au Bénin. En effet, le site panoramique ou le belvédère de Koussoukoungou est un site touristique sous l'autorité de l'Agence Régionale de Développement du Tourisme (ARDET - Atacora-Donga). Là, la préservation des tatas et leur rentabilisation est une préoccupation sérieuse. De nos jours, des touristes nationaux comme régionaux s'y rendent après avoir payé des droits de visite à l'Agence régionale de Natitingou. D'ailleurs, l'auberge du site est une tata reconstruite à base du ciment et qui date de 52 ans.

Enfin, loin de n'être qu'une affaire de routes et de ponts, le désenclavement devrait prendre en compte la mise en place des infrastructures permettant à ces populations de se sentir davantage intégrées à la vie politique et culturelle de leur pays. Il s'agit en l'occurrence de leur donner la possibilité de capter ne serait-ce que les chaînes médiatiques togolaises

21 Seuls 16,8% affirment ne pas être en mesure de fournir une participation quelconque afin de sortir leur localité de son état d'enclavement. Ils pensent que ce processus de désenclavement est purement du ressort des pouvoirs publics.

comme la TVT et la radio Lomé et Kara. De plus, la mise en place d'un réseau de téléphonie rurale serait un atout et un facteur d'attrait de la zone d'étude.

Bref, le désenclavement de notre site d'étude sera probablement un prélude à une activité culturelle génératrice de revenus et surtout à un aménagement de ce « village-versant ». Tout ceci aura nécessairement des retombées sur l'économie locale, régionale et nationale.

3.4.5.2- Sur le plan social

Les retombées sociales du désenclavement de KOUTOUGOU sont évidentes et diverses. D'abord, la croissance du taux de scolarisation sera un fait. Comme dans le cas de Lotogou décrit par YATOMBO (1994) où il est passé de 26% en 1984 à 53,8% en 1991, le tracé d'une route est un facteur de stabilité pour les enseignants qui ne s'en iront plus.

Ensuite, à voir le flux de marchandises qui s'écoulent vers le Bénin, on peut croire que si une route existait entre Kantè et KOUTOUGOU, il y aurait nécessairement un marché d'animation hebdomadaire qui faciliterait les échanges commerciaux au bénéfice des populations de l'environnement d'investigation. Il permettra en outre de réduire la dépendance des populations de KOUTOUGOU vis-à-vis du marché extraterritorial de Takonta au Bénin.

Enfin sur le plan sanitaire, la couverture médicale, même si elle ne s'améliore pas profitera de la proximité de l'hôpital préfectoral de Kantè. Les patients pourront alors être évacués en temps réel et être sauvés plus facilement.

Quand nous connaissons l'importance du niveau de scolarisation et de l'état sanitaire de la population sur sa vie économique, nous ne pouvons passer sous silence cet aspect.

3.4.5.3- Sur le plan économique

Il est important pour tous qu'un milieu qui de surcroît est agricole ne soit pas obligé de vivre tourné vers un autre pays.

Les retombées économiques d'un éventuel processus de désenclavement de notre terroir se perçoivent sous le triple angle des grands bénéficiaires que sont la préfecture prélevant des taxes de marché, les paysans écoulant leurs produits puis les consommateurs disposant d'un nouveau grenier.

L'intensification de l'activité commerciale dans le milieu avec à terme la création d'un marché est un plus pour les caisses de la préfecture qui a besoin de ressources financières pour exécuter certains de ses projets. Elle pourra alors par la collecte des taxes de marché

éviter que ces revenus ne renforcent les sources de recettes des collectivités locales en territoire béninois.

Quant aux paysans, nous avions montré comment l'enclavement engendrait des manques à gagner sur leurs produits vendus sur les marchés béninois. Ils pourront alors vendre plus facilement et à des prix plus intéressants, ce qui aura pour effet de les inciter à un effort de production soutenu.

Par ailleurs, les prix des intrants qui augmentaient à cause de la distance et du mauvais état des routes pourront baisser pour être au niveau du prix national. Aussi, les prix des outils de travail étant plus élevés au Bénin que sur le territoire togolais, les paysans pourront-ils ainsi économiser le surplus et l'investir dans d'autres domaines. Il en va de même pour les excédents qu'ils pourront réaliser sur la main d'oeuvre agricole dont le prix baissera.

Enfin, l'ouverture de ce milieu sur le reste du territoire permettra aux paysans de profiter des innovations dans le domaine agricole quand on sait que celles-ci n'atteignent pas les milieux enclavés et ceux qui ne le sont pas au même rythme.

Pour les nombreux consommateurs togolais, chaque fois qu'un sac de céréale sort du territoire, c'est un franc qui s'ajoute au prix des denrées. Les quantités importantes de céréales qui quittent le territoire national pour le Bénin (56 tonnes pour le maïs, 24 pour le sorgho...) alors que tout le territoire est en pleine pénurie constituent une réserve inutilisée. D'ailleurs, quand on sait que les intrants ayant permis de produire ces denrées ont été fournis par les structures d'encadrement paysan togolais, la nécessité devient plus récurrente.

Nous voyons donc qu'il n'y a pas que les paysans de KOUTOUGOU pour profiter d'un processus de désenclavement de leur milieu? Bien au contraire, tout le pays et sa population devront jouir des retombées d'un tel processus. Nous convenons que les premiers bénéficiaires sont les habitants de notre zone d'étude. Cependant, il faut comprendre que la localité offre plusieurs avantages qui peuvent facilement être exploités au profit de l'économie nationale. Ces avantages se perçoivent à travers les domaines culturel, touristique, social et économique avec d'énormes quantités de céréales au profit du Togo.

Que doit-on retenir au terme de cette étude du terroir Temberma de Koutougou enclavé dans la Kéran ?

CONCLUSION GENERALE

Les deux milliers d'habitants de KOUTOUGOU vivent essentiellement du travail agricole. Plusieurs raisons militent en faveur du développement de cette activité. Il s'agit d'abord d'un climat favorable avec ses éléments qui s'accordent bien avec le type tropical sec. De lui découlent non seulement une végétation de savane arborée facilement exploitable mais davantage des sols diversifiés et riches. Mais le facteur pédologique est aussi lié à la nature de la roche mère qui y est très diversifiée selon que l'on soit sur un versant ou dans la plaine le long de la Kéran.

Il résulte de ces conditions naturelles favorables et de l'histoire de ce peuple de braves paysans, dont la taille des exploitations les plus répandues dans la zone étudiée se situe entre 3 et 5 hectares. L'acquisition des ces terres relevant encore des modes traditionnels que sont le don et surtout l'héritage, les conflits liés à la question foncière sont plutôt rares.

La société vit alors dans une espèce de solidarité qui trouve ses origines dans une organisation sociale où les vieux sont des repères pour les jeunes alors que la femme est réduite à ses tâches domestiques. L'enfant quant à lui constitue la première richesse et comme tel ne quitte le toit parental qu'après les cérémonies d'initiation. Ce départ conduit les jeunes mâles selon les cas à la fondation d'une famille ou à l'aventure vers le Bénin ou le Nigeria voisins augmentant du coup les disparités remarquées entre les populations masculines et féminines.

La cohésion sociale en question est aujourd'hui maintenue par l'organisation du travail dans le terroir de Koutougou. En fait, les jeunes forment des groupes d'entraide alors que les plus vieux font appel à l'invitation. D'autres encore, mais dans une moindre proportion ont recours au salariat agricole qui n'est pourtant pas répandu.

Cette organisation de la société tout entière et de ses activités couplée à un respect scrupuleux des itinéraires techniques permet alors au peuple Temberma de développer plusieurs cultures allant des vivriers au coton. Mais ces dernières années, les problèmes de la filière coton dans le monde et au Togo ne sont pas passés sans y laisser des traces. Une démotivation chez les paysans a ainsi entraîné une baisse fulgurante des superficies emblavées et du coup celle de la production. La majorité des paysans consacrent alors toutes les superficies ou presque aux cultures vivrières comme le maïs, le sorgho, le niébé, le fonio....

Et pour arriver à une production efficiente, les paysans pratiquent une agriculture extensive sur brûlis avec une grande préférence à la jachère qui dure plus de 5 ans comme l'indiquent 90,6% de nos enquêtés. De plus la rotation et de l'association des cultures sont des

pratiques aussi vielles que ce peuple. Il découle de toutes ces formes d'utilisation du sol, d'importantes productions céréalières.

En plus des vivriers et du coton dans une moindre mesure, il faut noter que les Temberma pratiquent un élevage traditionnel avec les bêtes en divagation ou attachées aux piquets. L'artisanat, la pêche et la chasse y existent aussi mais leur pratique est de nos jours de moins en moins répandue.

L'ensemble des produits d'élevage et agricole de l'environnement d'étude sont déversés sur le marché béninois à Takonta à défaut de voies de communication pouvant conduire vers les marchés nationaux. C'est ce que nous avons appelé l'enclavement du terroir de Koutougou. Celui-ci se manifeste par un réseau de chemin très lâche et dont les pistes autant rurales que automobiles sont d'une praticabilité saisonnière. A cela s'ajoute une rivière, la Kéran qui reste en crue durant plus de trois mois dans l'année.

Ce phénomène a des conséquences multiples autant sur les populations qui y vivent que celles du reste du territoire national togolais. Il s'agit sur le plan moral du développement sur place d'un complexe d'infériorité par rapport aux autres peuples, d'un sentiment fort d'appartenance au territoire béninois sur le plan culturel. C'est ce qui explique même que les échanges transfrontaliers s'intensifient dans la zone. Sur le plan sociologique, on note une organisation du travail par rapport au marché béninois de Takonta, seul lieu d'écoulement des produits agricoles. Quant à la vie sociale, elle souffre de l'enclavement à cause du manque du personnel enseignant refusant de regagner ce poste du fait de son éloignement et faisant baisser les taux de scolarisation, de la faiblesse de la couverture sanitaire comparativement aux autres localités de la région. L'aspect économique des méfaits de l'isolement est illustré par un coût de production très élevé créé par une main d'oeuvre chère et qui se fait rare, des coûts de revient des intrants au-dessus du prix national et celui des outils de travail très élevés. Aussi, les prix de vente imposés sur le marché béninois auquel s'ajoute le prélèvement des taxes de marché abaissent-ils considérablement la marge de bénéfice des paysans.

Pour le reste de la population togolaise, c'est un grenier de céréale qui leur reste inaccessible toute l'année alors que pour l'économie nationale, c'est une perte sous deux angles. Sous un premier angle, le manque à gagner est engendré par l'absence d'un marché d'animation hebdomadaire sur place. Sous un autre angle, il est établi que c'est toute une masse monétaire qui est déversée sur les marchés extraterritoriaux par les paysans qui y achètent produits manufacturés, outils de travail, habillement, moyens de transport.... Tout ceci est perçu comme une perte au plan national lorsqu'on y ajoute le fait que les intrants qui servent à la production vivrière proviennent des réserves nationales acquises à des tarifs

élevés et subventionnés par le gouvernement togolais. On en conclut donc sur une note d'investissement non rentable à cause du simple fait de l'enclavement.

Et pourtant, ce ne sont pas les raisons de justification d'un processus de désenclavement qui manquent. Outre les potentialités agricoles sus mentionnées, la préservation du patrimoine Temberma étant au nombre des priorités des autorités touristiques de notre pays, la rentabilisation des tatas de KOUTOUGOU sera non seulement un atout économique local à l'heure de la communalisation de nos campagnes mais aussi une raison pour mobiliser les populations à leur préservation.

A tout considérer, on se rend bien compte que des raisons existent pour qu'un processus de désenclavement de KOUTOUGOU devienne une préoccupation sérieuse. Celui-ci en fait devra s'appuyer sur des potentialités locales existantes. C'est d'abord la disponibilité d'une vallée entre les monts Tamoungou et Takpangou qui permettrait de relier KOUTOUGOU à Kantè par une route de 08 kilomètres ; c'est en tout cas le voeu de 96,7% de nos enquêtés. De plus, le désenclavement de KOUTOUGOU passe aussi par une question d'entretien des infrastructures existantes. Ce sont les ponts sur la Binah et sur la Kéran auxquels on doit ajouter l'amélioration de la qualité de la piste automobile venant de Tchitchira et qui continue vers le Bénin. Par ailleurs, désenclaver c'est aussi prévoir une ouverture de l'espace géographique étudié sur le reste du Togo en matière de réseaux invisibles tels celui de la télévision, de la radio et de la téléphonie rurale. Enfin, l'atout majeur est la population de KOUTOUGOU qui, à partir de son CVD pense du moins dans sa grande majorité pouvoir participer aux efforts qu'exigeront les travaux de désenclavement de leur localité. Certains affirment pouvoir donner une participation financière à hauteur de 1000 francs (76,8%) ou plus (23,2%) alors que d'autres22 pensent se rendre disponibles pour des travaux précis dans le cadre du tracé de la route ou de l'amélioration de celle qui existe.

Dans tous les cas, un tel processus engendrera probablement des retombées positives sur toutes les composantes de l'économie togolaise. Les populations de KOUTOUGOU, celles de la région de la Kara et du Togo en tireront profit ; les unes par la vente de leurs produits sur place, les autres par les apports en vivriers. Quant à l'Etat, le désenclavement de cette localité lui éviterait d'investir dans la production de denrées alimentaires qui ne profite à personne si ce n'est aux Béninois et de garantir des revenus à partir des taxes de marchés et celles à prélever sur les produits manufacturés qui y seront vendus.

22 58,5% des restants sont ceux là qui ne peuvent qu'offrir leur main d'oeuvre.

C'est en tout cas l'espoir de désenclavement de leur contrée qui fait vivre et travailler encore les habitants de KOUTOUGOU même si cet espoir s'intensifie puis s'exaspère au fil du temps et au rythme des campagnes électorales quand on leur demande de débroussailler la vallée pour que les tracteurs qui doivent arriver très prochainement commencent le travail.

107
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Fig. 1 : Infrastructures de transport dans la préfecture de la Kéran 5

Fig. 2 : Situation géographique de la zone d'étude . 29

Fig. 3 : Relief de la zone d'étude par rapport à celui de l'ensemble de la

préfecture de la Kéran 30

Fig. 4 : Formations géologiques de la zone d'étude par rapport à celles de la

préfecture de la Kéran . 33

Fig. 5 : Coupe d'un sol ferralitique de la zone d'étude 35

Fig. 6 : Schéma de la vallée en berceau de la Kéran 37

Fig. 7 : Quelques formes géomorphologiques de la zone d'étude 38

Fig. 8: Formations végétales de la zone d'étude par rapport à l'ensemble de la

préfecture de la Kéran 41

Fig. 9: Carte du couvert végétal actuel dans la zone d'étude par rapport à la

préfecture de la Kéran 42

Fig. 10 : Densité de population dans la préfecture de la Kéran 46

Fig. 11: Taille des ménages de Koutougou par rapport à la régionale 51

Fig. 12: Répartition des enquêtés selon leur niveau d'instruction 52

Fig. 13: Répartition de nos enquêtés selon la taille de leurs exploitations

agricoles 68

Fig.14 : Voies de communication de la zone d'étude 79

Fig.15 : Carte de la répartition de la population dans le terroir de

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Récapitulatif de l'évolution de la population, du nombre de

ménages et du nombre d'enquêtés par village 19

Tableau 2 : Données des éléments du climat, station de Kantè, 1998 36

Tableau 3 : Evolution de la population de Koutougou de 1970 à 2005 47

Tableau 4 : Répartition des enquêtés selon la taille des ménages 50

Tableau 5 : Division traditionnelle du travail selon le sexe à Koutougou 62

Tableau 6 : Itinéraires techniques dans le terroir de Koutougou 65

Tableau 7 : Rotation de quelques principales cultures dans le terroir de

Koutougou 71

Tableau 8 : Types d'associations de cultures en vigueur à Koutougou 72

Tableau 9 : Comparaison des prix d'exécution de certaines opérations agricoles

selon les localités . 83

Tableau 10 : Prix de revient des intrants vivriers selon les localités de provenance . 84

Tableau 11 : Outils de travail : Prix et durée d'utilisation selon la provenance 85

Tableau 12 : Prix de certaines denrées alimentaires dans quelques marchés de

la région durant la campagne agricole 2003-2004 86

Tableau 13 : Ressources sanitaires pour 1000 hab. selon les localités en 1999

dans la région 88

Tableau 14 : Production moyenne des céréales à Koutougou durant la campagne

agricole 2003-2004 96

LISTE DES PHOTOS

Photo 1 : Vue oblique de la rivière Kéran 6

Photo 2 : Etat du pont sur la Kéran 7

Photo 3 : Ponceau en délabrement sur la Binah 77

Photo 4 : Piste secondaire en mauvais état 78

Photo 5 : Tata en délabrement à Koutougou 92

Photo 6 : Cohabitation tata-nouveaux types d'habitat 93

Photo 7 : Dispersion de l'habitat dans le terroir 93

ANNEXES

115
QUESTIONNAIRE

Informations prealables :

Localité :

Nom et prénom de l'enquêté (facultatif):

Age : ans Sexe : Masculin Féminin

Situation matrimoniale : Célibataire Marié (e)

Divorcé(e) Veuf (ve)

Nombre de personnes à charge :

Niveau d'étude : Pas été Primaire Secondaire Supérieur

1- a- Etes-vous autochtone ou allochtone ?

b- Si vous êtes allochtone, d'où venez- vous ?

c- Pour quelles raisons avez-vous migré ?

- Fertilité des sols - Abondance des terres

- Conflits familiaux - Autres :

2- Quelles activités menez-vous au cours de l'année ? (Plusieurs réponses sont possibles)

- Agriculture - Artisanat - Pêche - Elevage

- Autres : à préciser

Donnees sucr les praticruces fonciares :

3- Comment votre communauté a-t-elle acquis son terroir ?

- Par lutte tribale - Par simple occupation

- Autre, à préciser :

4- a- Y a-t-il des limites précises au domaine foncier de votre village ?

- Pas du tout - à peu près - Oui

b- Si Oui, quelles sont-elles ?

- Au nord : - Au sud :

- A l'Est : - A l'Ouest :

c- Par quoi délimitez-vous vos terres ?

- des arbres - des faits naturels - Autres :

5- Comment avez-vous accédé à la terre que vous cultivez ?

- Par héritage - Par don - Par bail - Par achat

- Autre forme à préciser :

6- a- Existe-t-il dans votre village des «dieux» de la terre ? Oui Non

b- Si oui :

- leur offrez-vous des sacrifices ? Oui Non

- Comment se font ces sacrifices ?

- Personnellement - En famille - Au sein du clan

- Au niveau du village - Autre, à préciser :

- Qui dirige ces cérémonies ?

- N'importe qui - Le chef famille - un chef de la terre

- le chef du village - Autre, à préciser :

- A quel moment de l'année faites-vous ces cérémonies ?

- N'importe quand - Au début de la campagne agricole

- Après les récoltes - Autre, à préciser :

7- Quel est le mode d'appropriation de vos exploitations agricoles ?

- Individuel - Familial - Clanique - Autre :

8- Qui peut hériter des terres dans votre village ?

- Seuls les enfants mâles - Seules les filles - Tous les enfants

- Autre, à préciser :

9- Parlez-nous de la façon dont les héritiers gèrent les terres familiales.

- Mise en valeur commune - Partage selon le nombre d'enfants

- Partage selon la capacité d'exploitation - Autres :

10- a- La femme peut-elle disposer d'une exploitation agricole ?

- Oui - Non

b- Si Non, pourquoi ?

- Par respect à la tradition - Parce qu'elle n'en n'a pas besoin

- Parce qu'elle ne peut l'exploiter - Autre :

c- Si oui, comment elle y accède ?

- Par héritage - Par don - Par bail - Par achat

- Autre forme à préciser :

d- Quelles cultures peut-elle pratiquer ?

- Vivriers - Oléagineux - Tubercule

- Coton

- Autres :

11- a- Pouvez-vous céder des parcelles de terre à des étrangers qui en font la demande ?

Oui Non

b- Si oui, à quelles conditions ?

- Présentation de la boisson locale - Offre d'une volaille et de la boisson

- Garantie d'offrir des produits agricoles en fin de campagne

- Autres formes, à préciser :

c- Si non, pourquoi ?

- Par respect à la tradition - Par insuffisance de terre

- Autre :

12- a- Etes-vous autorisés à vendre des parcelles de terre dans votre village ?

- Oui - Non

b- Si non, pourquoi ?

- Par respect à la tradition - Par manque de terre Autre :

c- Si oui, à combien ?

- entre 10 et 20 000 francs l'hectare - 20 - 50 000 Francs / ha

- Plus de 50 000 francs / ha - Autre, à préciser :

13- a- Existe-t-il des conflits dans votre village liés à la question de la terre ?

- Oui - Non

b- Si oui, à quel niveau les situez-vous ?

- Entre des individus - Entre des familles - Entre des villages

- Autre :

Doruruees sucr les pratiquces agricoles :

14- Trouvez-vous vos terres riches pour la production agricole ?

- Oui - Non

15- Quelles cultures pratiquez-vous ? (Plusieurs réponses sont possibles)

- Maïs - Coton - sorgho

- Arachide - Voandzou - Haricot

- Ignames - Manioc

- Autres :

16- A quelles cultures accordez-vous plus d'importance ?

- Maïs - Coton - sorgho

- Arachide - Voandzou - Haricot

- Ignames - Manioc

- Autres :

17- Depuis combien de temps faites-vous ce travail ?

- 1 à 2 ans - 3 à 5 ans - plus de 5 ans

18- Quelle est la taille moyenne de votre exploitation ?

- moins d'un Ha - 1 à 2 Ha - 3 à 5 Ha - 6 à 10 Ha

- 10 Ha et plus

19- Quels outils utilisez-vous pour la mise en valeur agricole ?

- Houe - Daba - Coupe-coupe - Faucille

- Bâton à fouillis - Hache - Charrue

- Semoir - Tracteurs - Autres :

20- a- Assurez-vous seul l'exploitation de vos champs ?

- Oui - Non

b- Si non, qui sont ceux qui y participent ?

- Les membres de ma famille - Les voisins du village - Des allochtones

- Des ouvriers agricoles

- Autres, à préciser :

c- Si ce sont les membres de votre famille, payez-vous leur travail ?

- Oui - Non

d- Si ce sont les voisins du village, sous quelle forme ?

- Entraide - Invitation - Salariat agricole - Autre : ..

e- Si ce sont des allochtones, à quelles conditions ?

- Salariat agricole - Reconnaissance au don de terre - Autre :

f- Si ce sont les ouvriers agricoles, à quelles conditions ?

- Payement en espèce - Partage des produits - Autre : ..... .....

22 a- Comment assurez-vous la pérennité de la fertilité des sols ?

- Par la jachère - Les engrais chimiques

- Les engrais biologiques - Autres :
b- Si Jachère, combien de temps dure-t-elle ?

- 1 à 2 ans - 3 à 5 ans - Plus de 5 ans

23- Pratiquez-vous les formes culturales suivantes dans vos exploitations ?

- La rotation - l'association de cultures - L'assolement

24- a- Existe-t-il des organismes qui interviennent dans le domaine agricole ?

- Oui - Non

b- Si Non, auriez-vous souhaité qu'il en existe ? - Oui - Non

c- Si Oui, lesquels ? (Plusieurs réponses sont possibles)

- SOTOCO23 - ICAT24 - DPAEP25 - Autres :

d- Comment appréciez-vous le travail de ces organismes ?

- Peu satisfaisant - Satisfaisant - Très satisfaisant

25- Comment vous organisez-vous dans votre village ?

- en GPC26 - en Groupes solidaires

- en Groupement villageois - Autres :

26- a- Entreprenez-vous des activités pastorales ?

- Oui - Non

b- Si oui, comment procédez-vous ?

- Par divagation - Par attache au piquet - En enclos

- Sous la conduite d'un berger - Autre : ..

c- Qu'élevez-vous ?

- Ovins - Caprins -Volailles - Porcins

- Bovins - Autre, à préciser :

Dortrtees socio-ecortomiques :

27- Dans quel intérêt cultivez-vous les produits agricoles ?

- Auto-consommation - Commercialisation

- Autres :

28- a- Vos récoltes couvrent-elles vos besoins alimentaires ?

- Pas du tout - A peu près - Largement

b- Si non, quelle est à peu près la quantité de votre production ?

- Maïs sacs - sorgho..... sacs - Haricot sacs

- Arachide .... sacs - mil .... sacs - Ignames Cal.

- Manioc ..... - Autres, à préciser :

c- Que faites-vous dans ce cas pour couvrir les besoins ?

- Achat - Solidarité des voisins - Produits de chasse et pêche

- Autre :

d- Si oui, que faites-vous du surplus ?

- Vente - Assistance aux parents - Cérémonies traditionnelles

- Autre :

29- a- Où écoulez-vous vos produits vivriers et ceux d'élevage ?

- Sur place - Dans les marchés voisins - Au Bénin

- Autres :
b- Si sur place, comment ?

- Dans un marché - Directement des champs - sur les pistes

- Dans les concessions - Autres :

23 Société Togolaise du Coton

24 Institut de Conseil et d'Appui Technique

25 Direction Régionale de l'Elevage, de l'Agriculture et de la Pêche

26 Groupement de Producteurs de Coton

c- Si dans les marchés voisins, lesquels ?

- Kantè - Pouda - Massedena - Niamtougou

- Madjatom-Togo - Madjatom-Bénin - Solla

- Autres, à préciser :

d- Comment vous y rendez-vous ?

- à pieds - à bicyclette - à moto - en voiture

- en charrettes - Autres :

e- Si c'est au Bénin, rencontrez-vous des problèmes ?

- Oui - Non

f- Si oui, lesquels ?

- Difficulté de transport - Formalités douanières

- Déséquilibre des prix - Autre, à préciser :

30- a- Où écoulez-vous votre coton ?

- Dans les marchés autogérés - Au Bénin

- Autres :

b- Si c'est au Bénin, rencontrez-vous des problèmes?

- Oui - Non

c- Si oui, lesquels ?

- Difficulté de transport - Formalités douanières

- Déséquilibre des prix - Autre, à préciser :

31- A quoi servent les revenus financiers ? (Plusieurs réponses sont possibles)

- à la scolarisation des enfants - à assurer la santé de la famille

- à faire des funérailles - à construire nos maisons

- à acheter des moyens de transport - à acheter les outils de travail

- à participer à des réalisations collectives dans le village

- à soutenir les parents - Autres :

Dcurtrtees sur l~histcurique et la dyrtamique de l~habitat :

32- Depuis combien de temps êtes-vous installé dans ce village ?

- Moins de 10 ans - 10 à 30 ans - 30 à 50 ans

- Plus de 50 ans - Nous y sommes nés - Autre :

33- Pourquoi avez-vous choisi ce site ?

- Pour la fertilité de ses sols - Pour la richesse de sa faune

- Pour la proximité de la rivière - Parce qu'il est un refuge

34- a- Vivez-vous encore dans les tatas ? (Uniquement pour les autochtones)

- Oui - Non

b- Si oui, accepteriez-vous de vivre sous des concessions d'une autre forme ?

- Oui - Non

c- Si non, pourquoi avez-vous changé de type d'habitat ?

- Pour des raisons de commodité

- Pour montrer mon ascension sociale

- Parce qu'il n'y a plus aucun besoin de se défendre

- Autre :

d- De qui tenez-vous cette nouvelle forme de construction ?

- De nos parents - De nos voisins Lamba et Nawdéba

- Autres :

e- Les nouveaux types de concessions vous, paraissent-ils commodes ?

- Oui - Non

Dcurtrtees sur l~ertclavemertt :

35- a- Accédez-vous facilement à Kantè, le chef-lieu de votre préfecture

b- Qu'est-ce qui explique l'isolement de votre terroir par rapport au reste des villages de la région ?

- La montagne

- Le cours d'eau Kéran

- La frontière de Bénin

- Le manque de voies de desserte

- L'impraticabilité saisonnière des pistes

- La mauvaise qualité du pont sur la rivière

- Autre :

36- a- Cet isolement a-t-il des effets non souhaitables sur vos activités ?

- Oui - Non

b- Si oui, lesquels ?

- Mévente de nos produits

- Difficulté d'approvisionnement en intrants

- Faiblesse des prix des produits agricoles

- Absence des infrastructures socio-collectives

- Difficultés d'accès aux centres de santé

- Difficulté de communiquer avec les parents (Uniquement pour les allochtones)

- Autres, à préciser :

c- Dans le cas de l'accès aux centres de santé, quelles en sont les conséquences directes sur votre vie ?

- Développement des maladies - Décès des malades avant l'arrivée au centre de santé

- Mortalité infantile - Autre :

37- Que pensez-vous que l'on puisse faire pour vous sortir de cette situation ?

- Améliorer l'état des pistes rurales

- Améliorer la qualité du pont sur la Kéran

- Construire une route pour nous rallier à Kantè

- Autre :

38- Qui selon vous doit assumer les frais de ces travaux ?

- Les pouvoirs publics - Nous-mêmes - Autre :

39- a- Seriez-vous prêt à participer aux frais que ces travaux exigeront dans le cadre d'une mise en commun

des efforts avec les pouvoirs publics ?

- Oui - Non

b- Si oui, à quelle hauteur ?

- Moins de 1000 francs / paysan - 1000 à 2000 francs / paysan

- 2000 à 5000 francs / paysan - Plus de 5000 francs / paysan

c- A qui pensez-vous que l'on puisse confier la gestion de ces fonds ?

- Au chef village - Au chef canton - Au Préfet

- A un comité villageois de développement - Autre :

40- Qu'auriez-vous souhaité que l'on fasse dans l'immédiat pour amoindrir les effets de l'enclavement de

votre terroir ?

Aerci pour botre collaboration.

120
TABLE DE MATIERES :

DEDICACE i

REMERCIEMENTS iiSOMMAIRE iv

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS: v

QUELQUES PRECISIONS TERMINOLOGIQUES : viINTRODUCTION GENERALE : 1

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