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L'abstentionnisme électoral au mali depuis l'avènement du multipartisme en 1992.

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par Madou NIMAGA
Université Cheickh Anta DIOP de Dakar - DEA en Science politique 2006
  

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ABREVIATION :

- ADEMA-PASJ : Alliance pour la Démocratie au Mali-Parti Africain pour la Solidarité et la Justice.

- AMDH : Association Malienne des Droits de l'Homme.

- CAFO : Coordination des Associations et Organisations Féminines.

- CENI : Commission Electorale Nationale Indépendante.

- CERDES : Centre d'Etude et de Recherche pour la Démocratie et Economique et Social.

- CMLN : Comité Militaire de Libération Nationale.

- CODESRIA : Conseil pour le développement de la Recherche en Sciences sociales en Afrique.

- CTSP : Comité de Transition pour le Salut du Peuple.

- DGE : Délégation Générale aux Elections.

- Ex-URSS : Union des Républiques Socialistes Soviétiques.

- GREAT : Groupe de Recherche en Economie Appliquée et Théorique.

- I A D : Institut Africain pour la Démocratie.

- MATCL : Ministère de l'Administration Territoriale et Collectivité Locales.

- NEA : Nouvelles Editions Africaines.

- PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement.

- PUF : Presses Universitaires de France.

- PUL : Presses Universitaires de Lyon.

- Réseau-APEM : Appui au Processus Electoral an Mali.

- RJPIC : Revue Juridique et Politique Indépendance et Coopération.

- RPM : Rassemblement Pour le Mali.

- US-RDA : Union Soudanaise - Rassemblement Démocratique Africain.

INTRODUCTION :

Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis1(*); De voter et d'être élue, au cours d'élections périodiques, honnêtes, au suffrage universel, égal et au scrutin secret, assurant l'expression de la volonté des électeurs2(*).Ces dispositions d'ordre international3(*) illustrent bien l'importance de l'institution du vote comme mode d'expression de la volonté légitime du peuple4(*)dans les Etats démocratiques.

En effet, de nos jours, l'élection est plébiscitée comme le symbole de la participation du peuple au gouvernement. Le vote n'est-il pas aujourd'hui le seul moyen d'exprimer l'assentiment collectif, de produire des verdicts souverains, en un mot d'assurer l'alternance politique, ce firmament de la démocratie moderne5(*).

La démocratie directe étant presque impossible dans les Etats modernes du fait surtout de l'importance du nombre de leur population6(*), l'élection a pris le pas sur des procédures de désignation comme l'hérédité ou le tirage au sort. L'élection apparaît donc comme le socle des démocraties représentatives.

En Afrique, le principe électif n'est pas tout à fait un phénomène nouveau, elle remonte bien avant l'importation des procédures occidentales de participation, et plus particulièrement le vote7(*). Il n'était pas exceptionnel de rencontrer des formules de contrôle du pouvoir ou de prise de décision collective. Des collèges électoraux pouvaient procéder à la nomination d'un chef ou d'un Roi8(*). Au Ghana, les « Akan » considéraient que le pouvoir d'un dirigeant découlait du peuple et était seulement délégué par celui-ci (GLUCKMAN, 1966)9(*).

Pendant la colonisation, des élections de façon épisodiques étaient organisées par les puissances métropolitaines où les Africains ont appris à voter à l'occidentale.

A l'indépendance, le principe de l'élection fut donc maintenu par les premiers régimes même si les élections de ces époques ont été qualifiées d'élections pas comme les autres10(*) du fait de l'existence d'un seul parti politique.

Dans les régimes monopartisans, la compétition électorale obéissait à un rite qui devait sauvegarder les apparences formelles d'un Etat de droit11(*). Les élections étaient sans enjeu et les résultats connus d'avance. Les candidats appartenaient tous au même parti. L'élection ou la réélection de chacun d'eux ne souffrait l'ombre d'aucun doute. Seul le score et la mobilisation populaire importaient, le candidat unique du parti à la présidentielle ou sa liste unique aux élections législatives et municipales était élu souvent avec plus de 95,9% des suffrages exprimés et des taux de participation fort élevés12(*).

La démocratisation du continent entamée dans les années 1990 a sonné le glas des systèmes non compétitifs13(*) et a permis l'instauration ou la réinstauration du multipartisme voire l'organisation d'élections concurrentielles.

Sans pour autant prétendre établir un bilan global du processus démocratique en cours en Afrique14(*), cependant, il faut reconnaître que si le défi du pluralisme politique a été certainement un acquis15(*), celui de la participation électorale reste en deçà des attentes.

En Afrique, l'abstentionnisme électoral persiste et signe dans plusieurs pays et assaille de plus en plus la légitimité des dirigeants issus d'élections où une partie importante du corps électoral a boudé les urnes. Ainsi, quelle définition peut-on retenir de l'abstentionnisme électoral ?

Selon le dictionnaire du vote16(*), l'abstentionnisme électoral désigne l'attitude de celui (abstentionniste) qui s'abstient d'un ou de plusieurs votes. C'est un comportement qui consiste à se tenir à l'écart d'une action envisageable notamment d'un droit ou d'un devoir.

Il signifie le plus couramment le phénomène de la non-participation aux élections, sous aucune des formes autorisées, d'un électeur à un vote auquel il est convoqué. C'est une absence sans vote par correspondance, ni par représentation ou délégation. Lorsqu'elle vaut dénonciation d'un régime politique ou des caractéristiques d'un système électoral. L'abstention électorale peut être considérée comme une forme paradoxale de participation politique, notamment dans le cas du boycott.

L'abstentionnisme électoral peut être délibéré ou involontaire selon les cas17(*).

Il est volontaire, lorsqu'un électeur potentiel disposant de ses droits civiques et politiques décide de ne pas prendre part à un scrutin électoral pour des raisons déterminées par sa conscience, soit qu'il décide de ne pas s'inscrire sur les registres électoraux (dans les systèmes où l'inscription sur les listes électorales est volontaire), soit qu'il s'inscrit mais s'abstient à exprimer son suffrage le jour du vote.

Par ailleurs, l'abstention peut se révéler également active ou idéologique, « politique » selon J.P CHARNAY18(*) dans la mesure où elle constitue un acte politique conscient. Dans ce cas l'abstention peut exprimer soit une hostilité précise à l'égard d'un régime, soit un scepticisme plus profond devant la valeur ou la légitimité d'une procédure électorale particulière, d'un mécanisme de représentation, voire un rejet absolu de toute forme d'Etat s'agissant des anarchistes par exemple.

L'abstention électorale peut être aussi passive ou sociologique, «apolitique» selon J.P CHARNAY19(*) reflétant soit un empêchement lié à l'isolement géographique ou social, soit un manque d'intérêt pour la politique.

François GOGUEL20(*) distingue également à ce propos, ce qu'il appelle l'abstention structurelle ou systématique de l'abstention conjoncturelle liée simplement aux enjeux ou aux circonstances d'un scrutin.

La considération des modalités de l'abstentionnisme électoral éclaire les significations diverses qu'il peut revêtir.

L'abstentionnisme ne doit pas être confondu à « l'absentéisme » qui signifie l'absence fréquente et non justifiée du lieu de travail (absentéisme des fonctionnaires), des élus du peuple (absentéisme parlementaire) ou encore scolaire (absentéisme scolaire).

En d'autres termes, au sens de la présente étude, l'abstentionnisme électoral est conçu comme avant tout, un acte politique, un comportement électoral de la part d'un électeur potentiel21(*) inscrit qui n'exprime pas son suffrage pour quelques raisons que ce soient.

Le multipartisme est défini comme l'existence dans un système politique de plus deux parts politiques susceptibles d'obtenir de nombreux sièges à l'Assemblée élue au suffrage universel22(*). C'est un piler de la démocratie pluraliste.

Pour mieux percevoir le phénomène de l'abstention électorale, nous avons choisi de nous focaliser sur le cas du Mali qui est considéré par les observateurs comme l'un des pays qui enregistre les taux d'abstention électorale les plus élevés de la sous-région ouest africaine23(*). Lors des législatives du 22 Juillet 2007, la participation électorale n'était que de l'ordre de 10% dans la capitale Bamako24(*).

Cependant, cette option ne nous empêchera pas de faire allusion à d'autres cas pour mieux nous illustrer.

Le Mali est un pays continental, géographiquement situé au coeur de l'Afrique occidentale avec une superficie de plus de 1.241.328 km2 pour une population de près de 12.500.000 d'habitants25(*).Un Pays semi-désertique traversé par deux grands fleuves d'Afrique : le Niger et le Sénégal.

Sur le plan de l'organisation administrative, le Mali compte26(*) :

- Huit (08) Régions administratives : Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao et Kidal.

- Quarante neuf (49) Cercles.

- Un (1) District : Bamako (la capitale).

- Sept cent trois (703) communes rurales et urbaines dotées chacune d'un exécutif et d'une assemblée délibérante élue au suffrage universel direct.

Historiquement, le Mali fut le berceau de vieilles civilisations, de grands Empires et de royaumes célèbres27(*). Il s'agit entre autres de l'Empire du Ghana, de l'Empire du Mali (ou Empire Manding), de l'Empire Songhoy ; des Royaumes Bambara de Ségou, Peulh du Macina, Massassi du Kaarta, Sénoufo du Kénédougou et du Wassouloun.

Ces grands ensembles qui avaient tous leur système d'organisation politique et social ont atteint, suite à des luttes fratricides leur déclin que la colonisation est venue parachever après de farouches résistances à la pénétration coloniale dont les plus illustres furent Samory TOURE, Babemba TRAORE, Amadou28(*)...

Après la première moitié du XIXème siècle et jusqu'en 1959, le Mali fut une colonie française abritant les institutions territoriales du Soudan français29(*). Il forma avec le Sénégal la Fédération du Mali qui eut cependant une courte existence30(*). En effet, le grand souhait du colonisateur français était de ne pas voir cette Fédération réussir après sa politique de balkanisation des colonies31(*).

En Août 1960, suite à la dissolution de la Fédération du Mali, la République du Mali fut proclamée par le Président Modibo KEITA à la suite du congrès extraordinaire de l'Union Soudanaise RDA32(*), le 22 Septembre 1960.

De l'indépendance à 196833(*), le Mali s'est engagé dans une voie de développement de type socialiste. Mais un coup d'Etat militaire mit fin à cette option le 19 Novembre 1968 dans un contexte de guerre froide entre les deux superpuissances : les Etats-Unis capitaliste d'un coté et l'Ex-URSS34(*) de l'autre coté. Une Junte militaire (CMLN) dirigée par le Lieutenant Moussa TRAORE, prit le pouvoir et instaure un régime militaire qui dura vingt trois ans35(*).

En 1979, le régime institua un parti unique de droit l'UDPM (Union démocratique du Peuple malien) jusqu'aux évènements du 26 Mars 1991.

Après trente une années de régime de parti unique de fait (1960-1968) Ième République , de régime militaire et de parti unique de droit (avec d'abord une période de vide constitutionnel allant du coup d'Etat de 1968 à l'adoption de la constitution du 02 juin 1974 qui donne naissance juridiquement à la IIème République), le triomphe de l'insurrection populaire du 26 Mars 1991 marque une ère de renouveau au Mali. Un Comité militaire de transition pour le salut du peuple (CTSP) conduit par le Lieutenant-colonel Amadou Toumani TOURE instaure une brève transition démocratique de dix huit mois au cours de laquelle, suite à une Conférence nationale souveraine, des textes importants furent élaborés et adoptés. Il s'agit de la charte des partis politiques ainsi que de la constitution du 25 Février 1992 qui a consacré la IIIème République au Mali.

En Avril 1992, suite à des élections présidentielles ouvertes à tous, Alpha Oumar KONARE devient le premier Président démocratiquement élu.

Pendant deux mandats successifs de cinq ans chacun, appuyé par le parti majoritaire (ADEMA-PASJ36(*)), le Président Konaré a oeuvré à la mise en place des institutions et des dispositions juridiques et réglementaires qui ont contribué au processus de consolidation de la démocratie au Mali.

Les consultations électorales de 2002 ont confirmé la tendance à l'alternance démocratique37(*) avec la victoire à la présidentielle du candidat indépendant Amadou Toumani TOURE et aux législatives du regroupement politique Espoir 2002 dirigé par Ibrahim Boubacar KEITA, Président du RPM38(*) et Ancien Premier ministre, Président de l'Assemblée Nationale

L'acquis du changement institutionnel au Mali est que l'accès au pouvoir de l'Etat se fait désormais par la voie des urnes largement ouvertes à la compétition des candidats.

Cependant, il reste encore à consolider les fondements d'une véritable culture démocratique à travers le renforcement de la confiance des Maliens aux institutions démocratiques et leur pleine participation à la vie politique.

L'organisation de la compétition électorale est essentiellement passée pendant cette décennie à trois degrés d'appréciation des résultats du scrutin par les acteurs politiques de l'opposition: une contestation à peine voilée en 1992, un boycott actif en 1997et une acceptation toute consensuelle en 2002 et 200739(*) .

Aujourd'hui, le défi électoral au Mali reste la participation massive des électeurs aux différentes échéances à venir.

Aujourd'hui, le Mali compte plus de cent (100) partis politiques dont seule une dizaine est représentée au Parlement et une plate forme de société civile constituée au tour de certaines associations de défense des droits de l'homme, de promotion de la femme et de l'enfant ainsi que de la citoyenneté (AMDH, CAFO, Réseau d'ONG-APEM...).

L'espace médiatique a connu également une évolution quantitative et qualitative ces dernières années. Il compte une vingtaine de journaux écrits et près de cent vingt stations de radios privées qui sont essentiellement des radios de proximité40(*).

Il s'agit de voir maintenant quelle approche théorique et méthodologique faut-il adopter pour mieux aborder le sujet : L'abstentionnisme électoral au Mali depuis l'avènement du multipartisme en 1992.

1) L'état du problème et la revue critique de la littérature :

1.1) L'état du problème :

La décennie 1990 a constitué une période de profondes mutations sociales, économiques et politiques en Afrique, pendant que des mutations géopolitiques internationales affectaient le monde avec l'écroulement du mur de Berlin en 1989 et l'effondrement de l'ex-Union Soviétique en 199141(*).

C'est dans ce contexte, ajouté aux différentes crises sociopolitiques au sein des Etats africains que de véritables mouvements de contestations voire de revendications démocratiques42(*) s'abattait sur le continent africain un peu partout.

La décennie quatre-vingt dix fut marquée surtout par le déclin des régimes autoritaires avec ses corollaires de partis uniques, de graves violations des droits de l'homme en Afrique. Elle fut aussi marquée par le passage ou le processus de passage de ces régimes dits autoritaires vers des régimes démocratiques ou qui ambitionnent d'être démocratiques par l'instauration ou la réinstauration du multipartisme intégral, l'organisation de consultations électorales périodiques et ouvertes ainsi que la protection et le respect des droits humains. Cependant, l'un des constats reste la désaffection des urnes couramment appelée « abstentionnisme électoral » comme en témoigne ce titre évocateur de la revue panafricaine Jeune Afrique du 29 Juillet au 04 Août 2007 intitulé : « Pourquoi les Africains ne votent plus ? ».

A l'époque des régimes autoritaires (régimes militaires, et ou de partis uniques...), la mobilisation électorale était plus forte qu'aujourd'hui dans un contexte démocratique. Cela peut s'expliquer tout simplement par l'absence totale de crédibilité et de transparence43(*) dans les opérations électorales, ainsi qu'à la dictature du parti unique.

On assistait en ce moment à ce que Seydou Madani SY a qualifié de « Subordination des organes constitutionnels aux institutions partisanes » 44(*).

A l'époque des partis uniques, le taux de participation électorale avoisinait très souvent les 100% des électeurs inscrits45(*).

En 1978, une équipe de chercheurs africanistes dirigée par Dimitri-George LAVROFF publie un ouvrage pionnier qui s'intitule « Aux urnes l'Afrique ! »46(*) à une époque où le continent noire souffrait d'autoritarisme, serait-il un contresens aujourd'hui ?

L'année 2007 était qualifiée par les observateurs d'année électorale en Afrique, du Maroc au Cameroun, en passant par le Mali, le Sénégal, le Bénin, le Togo, le Congo, le Burkina Faso, le Liberia, la Serra Leone, la RDC, le Kenya, le Nigeria etc., force est de constater qu'en Afrique et particulièrement au Mali, le suffrage universel, principe fondamental de la démocratie représentative ne mobilise plus.

En termes d'illustration, ces chiffres47(*) font beaucoup réfléchir : les taux d'abstention relevés lors des dernières législatives au Cameroun et au Mali du 22 Juillet 2007 ont atteint respectivement 70% à Douala et jusqu'à 90% à Bamako.

Le phénomène a été également constaté lors des législatives congolaises du 24 Juin 2007, où le taux de participation a été beaucoup plus faible qu'annoncé 60%.

Le Sénégal, qui constitue l'un des pays phares de la démocratie en Afrique48(*), a connu le plus faible taux de participation de son histoire politique lors des élections législatives du 03 Juin 2007 où seuls 34,75% des inscrits ont glissé leur bulletin dans l'urne après une forte participation à la présidentielle du 25 Février 2007. Ce fort taux d'abstention peut s'expliquer surtout par le fait que les principaux partis d'opposition49(*) ont appelé à boycotter le scrutin du 03 Juin 2007.

Cependant, il faut signaler que le taux de participation aux législatives a toujours été relativement faible au Sénégal : de 40,74% en 1993, il est tombé à 38,37% en 1998.

La faible mobilisation électorale, semble également s'emparer des électeurs des Pays Anglophones, particulièrement aux élections législatives, comme le montre les 41% de participation relevés lors des législatives de Janvier 2007 en Gambie. Un taux qui fut cependant plus élevé (58,58%) pour la réélection du Président Yahya JAMMEH en Septembre 2006.

Il faut aussi souligner que l'abstentionnisme électoral n'est pas l'apanage des seuls pays sous développés. En effet, il touche aussi les grandes démocraties comme les Etats-Unis d'Amérique, les pays d'Europe Occidentale où les taux d'abstention varient entre 15% à plus de 30% aux élections nationales. Ces taux peuvent atteindre jusqu' à 40% aux élections européennes.

Lors de la présidentielle de 1956 aux Etats-Unis, le taux d'abstention a atteint jusqu'à 46%.50(*)

On peut retenir à partir de ces chiffres que l'élection du président de la république en Afrique suscite plus d'engouement que l'élection des députés ou des conseillers communaux. Bien souvent les populations situent le coeur du pouvoir au palais présidentiel et considèrent non sans raison, l'Assemblée Nationale comme une chambre d'enregistrement des décisions du pouvoir exécutif.

La singularité malienne est que depuis l'instauration de la démocratie multipartite en 1992, le taux de participation à une consultation nationale, quelle qu'elle soit n'a jamais atteint 50% des inscrits et le taux moyen de participation est d'environ 30%.

Au terme du sondage réalisé en 2003 sur la perception de la démocratie et du processus électoral sous l'égide du PNUD51(*) et du MATCL52(*) :

Il est estimé à 50% les électeurs potentiels Maliens qui n'ont jamais pris part à une élection depuis 1992 alors que 90% des personnes interrogées considèrent la tenue d'élection régulières et transparentes comme essentielles pour la démocratie et que 80% de celles-ci aient confiance en la démocratie de leur Pays. C'est dans cette contradiction que se situe la pertinence de cette étude. Nous verrons maintenant, quel est l'état de la littérature sur les comportements électoraux.

* 1 Article21 al.2 de la Déclaration Universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 des Nations Unies.

* 2 Article25 al.2 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (CCPR) adopté à New York le 16 décembre 1966 par l'Assemblée Générale des Nations Unies.

* 3 Elles sont proclamées par la plupart des Chartes constitutionnelles ou sont ratifiées comme traité international pour les membres des Nations Unies.

* 4 Pour Pierre BRECHON, La France aux urnes, cinquante ans d'histoire électorale, Paris, La documentation française, 1998, p.7, La voix des élections est la « seule pourvoyeuse de légitimité ».

* 5 Olivier HIL, Le vote, Paris, Clefs-Montchrestien, 2000. Voir, pages d'introduction.

* 6 Les populations des Etats modernes dépassent de loin celles des petites Cités grecques. En effet, les Etats modernes ont en majorité écrasante des populations estimées à plusieurs dizaines voire centaine de millions d'habitants, ce qui n'est pas propice à la démocratie directe.

* 7 René OTAYEK, « L'élections en Afrique sont-elles un objet d'étude scientifique ? », In Les élections « comme les autres », Politique africaine, N°69, Mars 1998, Trimestrielle, p. 3-4. En ligne http://www.polis.sciencespobordeaux.fr/vol9ns/quantin1.pdf. Consulté le 23/06/2008.

* 8 Ibid., p.4

* 9 Sur les pratiques démocratiques précoloniales voir (OYGI, 1988 ou AYITTEY 1990)

* 10 C'est-à-dire des élections non concurrentielles. Pour plus d'information voir :G.HERMET, J. LINZ, A. ROUQUIE, Des élections pas comme les autres, Paris, FNSP, 1978.

* 11 Me Sidiki KABA, « Quelques expériences de gestion du processus électoral dans le monde », In Actes de la journée de réflexion sur « L'ONEL » par la SAFEFOD et L'ONDH, Dakar, SAFEFOD, 1997, p.43.

* 12 Le vote n'était pas secret, il était même public, car le passage à l'isoloir dénotait d'une ambiguïté dans le choix. Les électeurs tout comme les candidats participaient au bourrage des urnes pour réaliser le meilleur score du pays, afin de montrer au « CHEF » sa fidélité et son engagement résolu.

* 13P. QUANTIN, « Pour une étude comparative des élections africaines », In Les élections « comme les autres », Politique africaine, N°69, Mars 1998, Trimestrielle, p. 14.

En ligne http://www.polis.sciencespobordeaux.fr/vol9ns/quantin1.pdf. Consulté le 23/06/2008.

* 14 Puis que l'objet de cette étude n'est pas de faire le bilan de la démocratisation enclenchée au début de la décennie 1990.

* 15 Presque que tous les pays Africains ont proclamé le multipartisme de nos jours.

* 16 P. BACOT, Dictionnaire du vote, Elections et Délibérations, PUL, 1994, P.13

* 17 D. BOY, N. MAYER, L'électeur à ses raisons, Presses de Sciences Po, 1997, P.47

* 18 J-P. CHARNAY, Le Suffrage politique en France, Paris, Mouton, 1965,

* 19 Ibid.

* 20 F.GOGUEL, «Pour une étude scientifique de l'abstentionnisme électoral ». RFSP, Janvier-Mars 1952, p.68-70

* 21 Un électeur potentiel désigne la situation d'un citoyen remplissant toutes les conditions de vote (Age, jouissance de ses droits civils et politiques, nationalité etc.).

* 22 P. BACOT, op. Cit.

* 23 Massaer DIALLO, « Bilan de l'année électorale 2007 en Afrique de l'ouest», CSAO-SWAC-OCDE, p.8. En ligne : www.oecd.org/dataoecd/34/41/40407147.pdf, page consultée en février 2008.

* 24F. SOUDAN, « Pourquoi les africains ne votent plus », Jeune Afrique, n°2429-Du 29 Juillet au 04 Août 2007, p75

* 25 CENI du Mali, Guide de l'observateur .p.1

* 26 Idem

* 27 G. ATTILIO, Le Mali, Karthala, 1988, p.29

* 28 Idem

* 29 Ancienne appellation de l'actuelle République du Mali à l'époque de la colonisation française.

* 30 Pour plus d'information, voir : Guédel NDIAYE, L'échec de la Fédération du Mali, Dakar, NEA, 1980.

* 31 P.F. GONIDEC, Les systèmes politiques africains. Paris, LGDJ, Montchrestien, 3 éd., 1997, p.7.

Ainsi, l'éclatement de la Fédération du Mali, favorisé par la France, fut provoqué par l'opposition entre des sénégalais (SENGHOR et GUEYE) au « progressisme » de Modibo KEITA, Président de la Fédération et sa volonté de prendre ses distances par rapport à la France.

* 32 Le Rassemblement démocratique Africain.

* 33 Cette période correspond à la première république du MALI qui fut renversée le 19 Novembre 1968 par un coup d'Etat.

* 34 Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS).

* 35 P. DECRAENE, Le Mali, PUF, Que sais-je ? 1980

* Pour en savoir plus sur la littérature malienne et disposer d'une bibliographie assez complète, consulter : BRASSEUR Paul, Bibliographie générale du Mali 1961-1970, IFAN, « Catalogues et documents» n°XVI, 2, Dakar, 1976.

* 36 Alliance démocratique au Mali- Parti Africain pour la solidarité et la justice (ADEMA-PASJ).

* 37 A la suite du Professeur Augustin Marie-Gervais LOADA dans son Article intitulé : « Les élections législatives du 11 Mai 1997 au Burkina Faso : Des élections pas comme les autres », l'alternance démocratique peut être absolue, relative et médiatisée.

L'alternance est absolue, selon que le transfert du pouvoir de la majorité à l'opposition s'applique au Président de la République élu au suffrage universel et l'Assemblée Nationale élue au suffrage universel ; 

 L'alternance est relative, selon que le transfert du pouvoir de la majorité à l'opposition s'applique soit au Président de la République élu au suffrage universel ou soit à l'Assemblée Nationale élue au suffrage universel ;  

Elle est médiatisée lorsqu'un renversement d'alliance intervient entre les formations politiques représentées au Parlement, renversement qui engendrerait un basculement de la majorité parlement.

* 38 Rassemblement pour le Mali (RPM).

* 39 CENI du Mali, Guide de l'observateur, 2007, p2

* 40 Ibid., p2.

* 41 Ces mutations géopolitiques planétaires ont profondément secoué les Régimes autoritaires africains et ont été déterminantes à la démocratisation du continent dans les années 1990.

* 42 Pour plus d'information sur la troisième vague de démocratisation en Afrique, les facteurs endogènes et exogènes ; Voir : Francis AKINDES, les mirages de la démocratie en Afrique subsaharienne francophone,

Paris, Karthala-Codesria, 1996.

* 43 Lors de nos entretiens, un ancien administrateur civil nous a confié que même les autorités administratives participaient au bourrage des urnes. Pour la simple raison qu'un taux de participation moins élevé dans ta circonscription était supposé comme un manquement du représentant de l'Etat qui faisait aussitôt les frais. L'obéissance au parti unique était la seule voie pour la promotion des cadres de l'administration.

* 44 SY M.S., L'exercice du pouvoir en Afrique noire, Paris, Pedone, 1967

* 45 A cette époque le chef famille pouvait voter au nom de tous les membres de sa famille et dans certaine circonstance, le chef de village pouvait aussi voter au nom des habitants de son village. C'était un véritable système de « vote communautaire ».

* 46 LAVROFF D.G. (dir.), Aux urnes l'Afrique, Paris, Pedone, 1978

* 47 Chiffres fournis par Jeune Afrique du 29/07 au 08/2007.

* 48 Pour avoir instauré le multipartisme et les élections compétitives bien avant la décennie 1990. C'est aussi l'un des rares pays africain qui n'a jamais connu de coup d'Etat (Régime militaire). Les partis d'opposition ont presque toujours existé dans ce pays.

* 49 Regroupés au sein d'une alliance politique appelée « Front SIGGIL Sénégal».

* 50 W.P. NELON et W. AARON, L'élection présidentielle aux Etats-Unis, Paris, Nouveaux Horizons, 10ème Éd. P 419.

* 51 Programme des Nations Unies pour le Développement ( PNUD-Mali)

* 52 Ministère chargé de l'Administration Territoriale et des Collectivités Locales du Mali.

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