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L'abstentionnisme électoral au mali depuis l'avènement du multipartisme en 1992.

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par Madou NIMAGA
Université Cheickh Anta DIOP de Dakar - DEA en Science politique 2006
  

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1.2) La revue critique de la littérature :

Il existe certes une abondante littérature sur l'étude des comportements politiques en général, traitant essentiellement les orientations des choix électoraux et la participation politique des citoyens. Mais rares sont celles qui traitent spécifiquement la question de l'abstentionnisme électoral comme point focal. Cependant, nous avons eu à exploiter un certain nombre d'ouvrages généraux ou spécialisés sur l'étude du comportement électoral en général.

En effet, comme le souligne René REMOND dans la préface de : L'Abstentionnisme électoral en France d'Alain LANCELOT, A. Colin, 1968 : « C'est à force de s'interroger sur les motivations du vote qu'on vient à chercher les raisons de ceux qui ne votent pas ».

En matière de sociologie électorale, il existe, en effet, deux approches d'analyse du comportement électoral qui s'opposent.

L'une, la plus ancienne insiste sur les variables lourdes telles que le poids des communautés d'appartenance. Selon cette approche, le vote serait un comportement individuel mais réglé par les normes collectives53(*).

La seconde approche, la plus récente, s'appuie sur une analyse économique des choix électoraux et prévoyant la naissance d'un nouvel électeur rationnel54(*) « homo politicus ».

En 1913, André SIEGFRIED dans son Tableau politique de la France de l'Ouest, A. Colin, introduit la rupture fondatrice qui donne naissance à la sociologie électorale française. Il a proposé un premier modèle d'analyse sociobiologique qui fait état de facteurs géographiques. Il compare la géologie du sol (granitique ou calcaire), l'habitat (dispersé ou groupé), le régime de propriété (grande ou petite), l'influence du clergé, les comportements politiques reliés à ces variables. Ainsi, dans les terres de granitique à habitat dispersé, dominent la grande propriété et l'influence du clergé sont associées au vote de droit. Dans les terres de calcaire à habitat regroupé du fait de la rareté de l'eau, une population de petits et moyens propriétaires (et non de fermiers ou métayers55(*) dépendants de grands propriétaires) est attaché à la gauche et éloignée du christianisme. Ainsi le citoyen n'est pas un individu isolé mais rattaché à un groupe social, à un territoire dont la configuration éclaire sa structure.

Sa méthode est basée sur la corrélation spatiale entre des structures sociales géographiquement enracinées et la répartition des votes.

Cependant, si le progrès fulgurant de l'analyse statistique des données permet d'affiner l'analyse géographique de la distribution du vote. Les limites de l'explication écologique restent évidentes surtout dès lors qu'elle se veut globalisante. Pour MAYER et PERRINEAU, des corrélations ne peuvent être établies en vertu d'une simple relation de causalité.

L'utilisation des techniques de sondage qui s'est développée à partir des années 1940 va permettre de préciser les déterminants du choix électoral.

Les études américaines aussi bien celles de Paul LAZARSFELD que celles de l'Ecole de Michigan confirment la régularité des comportements électoraux. Elles mettent en évidence la faiblesse de l'intérêt politique du citoyen mais aussi la stabilité de l'identification partisane.

Philippe BRAUD dans Le comportement électoral en France, PUF 1973, essaye de répondre aux questions suivantes :

- Quelles sont les catégories d'électeurs intéressées par le vote ?

- Quels sont les conditionnements et influences qu'ils subissent ?

L'auteur analyse deux mythes principaux dans la compréhension du comportement électoral : celui du suffrage expression de la souveraineté et celui du «  comportement rationnel » il s'insurge contre le postulat du citoyen rationnel qui chercherait à faire prévaloir par son vote, la meilleure prise en considération possible de ses intérêts particuliers, car pour lui « l'électeur ne serait pas toujours très bien informé de ses intérêts réels et des meilleurs moyens de les faire prévaloir (...) », affirmation qui du reste demeure discutable.

Il a fallu attendre 1962, et la parution des Actes du Colloque sur La dépolitisation : mythe ou réalité, A Colin, sous la direction de Georges VEDEL, pour que l'on commence à s'intéresser scientifiquement à l'abstention électorale. Ainsi avec la thèse d'Alain LANCELOT qu'est enfin formulée une première analyse d'envergure du phénomène. LANCELOT part d'une hypothèse : l'abstention a un intérêt pour l'étude du comportement électoral à condition de saisir qu'elle en diffère, on peut l'analyser avec les mêmes instruments. Son travail porte sur la France entière, il utilise plusieurs méthodes (dépouillement des listes électorales, analyse statistique canton par canton et une étude par sondage).

Il s'emploie d'abord à isoler les véritables abstentionnistes : il les distingue des non-inscrits qui abaissent les chiffres d'abstention et les faux inscrits (morts ou condamnés non radiés) qui à l'inverse, les élèvent. Après avoir montré que la non-inscription politique résulte d'un choix délibéré, LANCELOT conclu que : « l'abstentionnisme caractérise à la fois les catégories sociales aliénées et les collectivités mal intégrées à la société globale ». Il s'agit du paradigme de la faible insertion sociale.

Une partie des travaux des années 1970 et surtout 1980, influencés par les paradigmes américains remettent en cause ce premier modèle explicatif.

Marie- France TOINET et Françoise SUBILEAU font au contraire l'hypothèse qu'une partie des électeurs s'abstiennent de manière rationnelle. Leur démonstration dans « l'abstentionnisme électoral en France et aux Etats-Unis », in Explication du vote, puis dans les chemins de l'abstention, La Découverte, 1993 porte sur plusieurs scrutins en France et aux Etats-Unis.

Contrairement à ce qu'enseignaient les tenants de l'intégration sociale, il apparaît premièrement, que les nouveaux inscrits sont moins abstentionnistes que les autres et qu'il n'y a donc pas de temps d'intégration nécessaire pour se mettre à voter et deuxièmement, que plus les scrutins se rapprochent, plus l'abstention augmente, règle qui ne peut évidemment tenir à une modification de l'intégration sociale.

Après avoir revisité la littérature sur les comportements électoraux, nous allons maintenant voir dans quel cadre théorique, nous aborderons la présente étude.

* 53 N.MAYER et P. PERRINEAU, le comportement politique des français, Paris, A. colin, 1992, P96.

* 54 Pour une bonne présentation des débats sur l'électeur rationnel, particulièrement dans la science politique américaine, voir Loïc BLONDIAUX, « Mort et résurrection de l'électeur rationnel : Métamorphoses d'une incertaine », Revue française de science politique, n°46, Octobre 1996, p.753 à 791.

* 55 Selon le petit Larousse, un métayer est celui qui exploite un domaine agricole par métayage. Le métayage est un contrat en vertu duquel, une personne appelée métayer s'engage à exploiter et partager le récolte avec le propriétaire du domaine agricole.

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