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Gestion des lamantins des lacs de Lere : entre conservation des ressources naturelles et survie de la population.


par HONORE BEAKGOUBE
CREFELD, Université de Sarh-Tchad - Master 2 en Environnement et Developpement Communautaire  2011
  

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I.3. Problématique

Les ressources naturelles constituent les richesses d'un pays. Au Tchad, la politique de conservation de ces ressources se manifeste essentiellement par des actions de protection de la faune, de la flore et par des opérations de restauration des aires protégées. La répression reste aussi pour le gouvernement une voie privilégiée pour corriger les actes de vandalismes. La protection et la conservation des ressources naturelles exigent de meilleurs moyens afin de préserver la biodiversité ; pour conserver un environnement biophysique de qualité et assurer aux générations actuelles et futures de bonne condition de vie.

Les Lacs-Léré qui sont situés dans la réserve de faune de Binder-Léré, une des plus importantes aires protégées au Tchad. Elle a été créée le 24/05/74 par décret présidentiel no 169/PR/EFPC/RNR/ (3(*)), en vue de conserver les richesses naturelles (faune sauvage, flore et sites touristiques) de la zone. Cette réserve a une superficie de 135.000 ha et a une importance internationale car les Lacs-Léré et Tréné renferment des espèces rares telles que les Lamantins.

L'Union Mondiale de Conservation de la Nature (U.I.C.N) a eu à dénombrer 131 espèces de mammifères au Tchad dont trois (3) seraient endémiques au plan régional et menacées de disparition (4(*)).

Parmi les espèces menacées, figure le Trichechus senegalensis (le Lamantin). Ce mammifère aquatique est en danger car il subit une réduction d'effectif depuis de nombreuses années. Il se trouve aujourd'hui dans une situation très précaire, qui en l'absence d'une prise de conscience et de mesures de protection risquerait de le mener progressivement vers une disparition totale de l'écosystème lacustre de Léré.

Depuis les années 70, il règne dans les pays du Sahel une sécheresse endémique. Les déficits pluviométriques dus à des mauvaises répartitions spatio-temporelles des pluies perturbent gravement l'équilibre de la biodiversité. Les sécheresses qui persistent d'années en années induisent des effets pervers sur les espèces animales, végétales et ichtyologiques .Ces préalables se traduisent par la mortalité, les perturbations des fonctions physiologiques (sous-alimentation prolongée entraînant des troubles de reproduction et un défaut d'engraissement) et le retard de puberté. La bonne protection du sol assurée par le couvert végétal est ainsi compromise par les sécheresses récurrentes. Les sols dénudés sont exposés aux rayons solaires et subissent des érosions éoliennes et hydriques provoquant ainsi le rétrécissement par envasement des lacs.

En dehors, des causes naturelles qui induisent la dégradation des ressources biologiques, l'homme constitue « un danger » pour les espèces. Il demeure « le véritable prédateur » pour les Lamantins qui sont chassés pour leur chair et leur graisse bien qu'ils soient légalement protégés. La menace de leur existence se traduit aussi par destruction de leur habitat. Cet habitat se réduit sous la pression des actions anthropiques (les systèmes agricoles et pastoraux, les techniques de capture...), qui sont autant d'écueils pour la survie des lamantins.

Les lacs de Léré sont devenus attrayants pour la population riveraine qui y exerce une forte pression à travers l'agriculture de contre saison, la fabrication des briques et la pêche. La modification et la destruction des habitats constituent les plus graves menaces pour les espèces biologiques.

La diversité biologique et la capacité productive s'en trouvent amoindries. Et il est de plus en plus difficile aux espèces d'effectuer des migrations saisonnières, par conséquent de régénérer ses populations.

Les lamantins sont souvent la cible des pêcheurs. Ceux-ci utilisent des engins prohibés. La senne tournante, cet engin de pêche très peu sélectif capture avec beaucoup de facilité les lamantins car les nageoires s'emmêlent, empêchant ainsi aux victimes de monter à la surface de l'eau pour respirer.

Animal très naïf, le lamantin se laisse aisément approcher par l'homme. Étant lent par nature, il n'arrive pas à réagir rapidement lorsqu'un hors-bord s'approche et ne réalise pas que les hélices peuvent lui infliger des blessures et des coupures au dos et aux nageoires qui peuvent lui être fatales. Il ne peut vivre dans une eau à moins de 20°c à cause de son faible métabolisme5(*).

Depuis le sommet de Rio de Janeiro en 1992, le Tchad s'est engagé à mettre sur pied des mécanismes permettant une protection efficace de la biodiversité. La convention internationale sur la biodiversité a été ratifiée deux ans plus tard, le 07 juin 1994. Ceci s'est manifesté par la promulgation de la loi portant régime des forêts de la faune et de la pêche. Le lamantin, est une espèce protégée par les conventions internationales. Classé dans la catégorie A de la convention Africaine pour la conservation des ressources naturelles et inclus dans l'appendice de la convention sur les espèces en voie de disparition de la faune et de la flore sauvage (CITES). Il est intégralement protégé et ne peut en aucun cas être abattu, chassé ou capturé sauf sur une autorisation spéciale du Ministre de tutelle. Malgré cela, les lamantins continuent à payer le lourd tribut du braconnage. Un lamantin de taille moyenne (300 à 500 kg), peut fournir 10 à 15 litres d'huile après la fonte de sa graisse et un litre peut rapporter facilement 15 000 à 30 000 FCFA au Nigeria voisin6(*). Les pratiques commerciales suscitent très vite des effets pervers, en conférant aux animaux une valeur financière. Elles incitent à accentuer les prélèvements pour en tirer profit. Les viols de la zone de protection intégrale (Z.P.I) et des zones de mis en défens (Z.M.D) s'expliqueraient par le comportement de certains individus et la mauvaise foi des agents de contrôle qui ont à coeur de satisfaire leur concupiscence pécuniaire et le gain facile.

Les lamantins sont en voie d'extinction par le fait même, qu'ils sont protégés. Plusieurs lois ont été édictées pour la protection des lamantins dont les amandes très fortes pour ceux qui blessent ou qui en tuent. Des solutions brutales sont parfois utilisées pour un problème bien identifié mais dont les causes profondes n'ont pas été bien analysées. La suppression de la chasse a souvent été décrétée pour enrayer la diminution du gibier mais l'expérience a démontré que dans les pays où la chasse est totalement interdite, on note une recrudescence du braconnage et du commerce illicite des animaux ou de leurs produits. Un bref rappel sur l'historique de la gestion de la RFBL dénote qu'elle a connu successivement trois formes de gestion (la gestion para-étatique, la gestion exclusive par l'Etat, la gestion participative). Les deux premières formes de gestion occultant l'approche participative sont axées sur la répression et la coercition. Elles ont conduit à une pêche anarchique et clandestine, au braconnage, à la coupe abusive où les ressources disponibles étaient donc exposées à des risques de dégradation.

Il apparaît bien évident que les sévères mesures de protection ne constituent pas une solution à la volonté de sauver les lamantins.

La présence d'une zone de protection intégrale ou d'une zone de mise en défens est le plus souvent mal ressentie par les populations riveraines d'autant plus qu'elles en sont souvent été chassées, créant ainsi une frustration. Cette situation a provoqué beaucoup d'incompréhensions, de révoltes et des actes de sabotage. L'espace protégé faisant l'objet de multiples convoitises, il est aujourd'hui fragilisé par des prélèvements qui se trouvent en inadéquation avec la productivité. L'État à lui seul ne peut s'approprier la gestion de ces ressources. Une gestion participative impliquant les initiatives locales sont à promouvoir pour préserver la biodiversité lacustre.

A ce titre, les efforts de surveillance en vue de protéger efficacement les lamantins doivent être renforcés. Tous les partenaires de conservation de la nature et les autorités administratives sont interpellés. Les actions de recherche et la gestion des espèces menacées devraient être renforcées par une volonté politique afin de maintenir la biodiversité par une cohabitation harmonieuse et durable. Les efforts consentis par les communautés locales pourraient contribuer au renforcement de la protection des lamantins, qui constituent un patrimoine naturel de première importance. La conservation de ces espèces est fonction des paramètres suivants : écologique psychologique, financier et économique etc.

Pour résoudre le problème de la pression des communautés locales sur les ressources biologiques, il faudrait tenir compte des besoins et intérêts de ces populations dans la formulation des réglementations et les méthodes de gestion.

L'évaluation de la gestion des ressources halieutiques, en particulier celle du lamantin, nous a conduit à un certain nombre de préoccupations interrogatoires qui ont retenu notre attention, notamment :

- Quels sont les efforts consentis jusque là par l'État, les ONG et les communautés locales en matière de conservation des ressources naturelles ? Des mesures sont-elles prises en vue de connaître le nombre des siréniens des lacs-Léré ?

- Quelles perceptions les populations riveraines ont-elles de la conservation des ressources biologiques, en particulier les lamantins ? Ont-elles adhéré à la volonté gouvernementale de conserver la biodiversité ?

- Quelles sont les mesures d'accompagnement que préconise le gouvernement afin d'éviter le gaspillage des ressources halieutiques notamment des lamantins considérés comme sources traditionnelles de protéines et de vertus thérapeutiques par les populations riveraines ?

- La société civile de par sa nature, son domaine et ses moyens intervient-elle efficacement dans le domaine de la conservation des lamantins et de la biodiversité ?

- Le système éducatif et les médias abordent-ils suffisamment les questions de la diversité biologique ?

- Les spécialistes sont-ils bien formés ? Sont-ils biens utilisés ?

- En fin le braconnage serait-il la seule cause qui menacerait les lamantins ? Quelles pourraient être les autres causes sous-jacentes qui conduiraient aussi à la dégradation de l'écosystème lacustre ?

Telles sont les préoccupations autour desquelles, nous aurons à réfléchir sur la gestion des ressources biologiques des Lacs de Léré. Ces ressources qui doivent être gérées de manière rationnelle en vue de préserver et accroître la biodiversité. Une gestion intégrée qui exige une collaboration entre les populations, les ONG et l'appareil administratif chargé de la conservation.

Arriver à inculquer à la population, une éducation relative à l'environnement qui aura pour but de former une population consciente, préoccupée par des problèmes environnementaux.

Eu égard à l'ensemble du problème posé, nous avons eu à dégager un certain nombre d'objectifs.

* 3 Bernard (B) et Lartiges (A) : problèmes juridiques pour l'utilisation de la faune autour de la réserve Binder-Léré, Rapport, ECO/IRAM, août 2005

* 4 Etudes de l'UICN sur le Sahel 1989

* 5Sandra .L. HUSAR, in mammalian species no 89,page 1-3,Trichechus senegalensis , 1979

* 6 J .H.SALKIND, Etude préliminaire sur les lamantins (Trichechus senegalensis) du Tchad, rapport University of Vet nary Medicine, Boston (USA), 1996, p17.

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