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Rwanda, un génocide colonial, politique et médiatique

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par Mathieu OLIVIER
Université Paris 1 - La Sorbonne - Master de Relations Internationales et Action à là¢â‚¬â„¢Etranger 2013
  

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Le régime rwandais, la famille Mitterrand et la Françafrique

D'autres thèses sont un peu plus controversées, car n'ayant pas été prouvées. L'une, outre son caractère divertissant, peut permettre de saisir l'importance de Mitterrand dans l'Afrique des Grands Lacs. Dès la fin 1994, le journaliste Pascal Krop avait en effet repris les accusations selon lesquelles le président de la République aurait engagé des troupes au Rwanda afin de protéger des plantations de cannabis que son fils, Jean-Christophe, aurait possédées sur place.5(*)

Mais, si l'existence d'un trafic de cannabis ne fait aucun doute, les preuves n'ont jamais été fournies. L'histoire a toutefois l'avantage de mettre en lumière l'implication de la famille. François Mitterrand avait inscrit Habyarimana sur la liste de ses amis et Jean-Christophe a fait de même avec le fils du président rwandais.

Complexe de Fachoda, liens profonds entre familles Mitterrand et Habyarimana, dans le début des années 1990, la France s'emploie tout simplement à la survie de la Françafrique, que De Gaulle avait si joliment appelé « le pré carré de la France. »

La Françafrique, comme on l'a rapidement nommée, a consisté à favoriser l'accession ou le maintien au pouvoir de dirigeants favorables à la France en Afrique. Au nom d'intérêts économiques, militaires mais également culturels avec la Francophonie, des dispositifs ont été mis en place afin de favoriser une amitié franco-africaine.

« La France a soutenu les bourreaux pour des raisons d'attaches personnelles, des réseaux d'influence et d'intérêts, bref beaucoup d'argent "Noir". Impossible de pouvoir le reconnaître en public par conséquent... Les Français se sont inventés une raison... c'est-à-dire que, comme les soldats du FPR étaient anglophones, ont grandi et ont fait leurs études en Ouganda, les politiques français ont cru qu'ils faisaient partie d'une sorte d'avant-garde de l'invasion anglophone contre la partie francophone. (annexe 3) »6(*)

Ce mémoire n'a pas pour objet d'analyser les intérêts économiques français au Rwanda. Néanmoins, quelques lignes sont indispensables sur ce point. Pour Jean-Paul Gouteux7(*), la politique de la France résulte d'une synergie entre deux composantes : les milieux d'affaires et de lobbies, et l'appareil « militaro-africaniste ».

L'Elysée semble être le lien entre ces deux milieux, « l'un affairiste, l'autre idéologique », le chef d'orchestre entre ces deux composantes. Si celles-ci paraissent éloignées, de nombreuses passerelles les lient toutefois. On pourra notamment citer deux exemples.

Michel Roussin a été officier de renseignement, chef de service au ministère de la Défense en 1980-1981, puis ministre de la Coopération en 1993-1994. Il devient en 1996 président de SAE International, une filiale du groupe Eiffage, dont les intérêts en Afrique sont importants. En 1998, il obtient un poste d'administrateur à la Compagnie minière Comilog, sous filiale du Holding public ERAP, lui aussi bien implanté sur le continent africain. Enfin, en 1999, il intègre l'entreprise de Vincent Bolloré, qui n'est ni plus ni moins que le second conglomérat français en Afrique après le géant Elf-Total.

Deuxième exemple : le général Jean Heinrich. Chef du service action de la DGSE en 1987-1990 et directeur du Renseignement Militaire (DRM) de 1992 à 1995, il démissionne et devient directeur de projets de la société Geos, autre grande entreprise de services implantée en Afrique. Dans cette société, se retrouvent d'ailleurs bon nombre de ses anciens subordonnés du 11ème Choc. Il rejoint ensuite le groupe Bolloré, comme l'a fait également Michel Roussin.

Au Rwanda, le partenariat entre Kigali et Paris a donc été des plus observables. On y reviendra plus tard. Il suffit toutefois d'évoquer les multiples aides militaires apportées au pouvoir Hutu, pourtant déjà accusé d'actes génocidaires, afin de repousser des offensives du Front Patriotique Rwandais. Afin de justifier cette coopération militaire, les poncifs se sont accumulés. Notamment la nécessité de repousser une invasion Tutsi, anglophone et féodale.

On distingue ici, au nom de la justification de l'intervention française, toutes les ficelles d'une technique héritée de la colonisation. La cellule africaine de l'Elysée a utilisé les clichés ethniques afin de prouver l'intérêt de sa politique. Cela avait un avantage conséquent : la résonance. En effet, les médias vont rapidement intégrer ces poncifs et adopter cette grille de lecture ethniste, notamment lors des émeutes de 1963 qui ont conduit à la formation de l'état rwandais.

Il ne s'agit pas de dire que tous les journaux se sont engouffrés dans la brèche facile de l'interprétation ethniste. Certains ont enquêté et ont dénoncé ces manoeuvres de manière occasionnelle à partir de 1990 environ. Certains ont dénoncé l'intervention militaire française et son soutien à un gouvernement accusé d'actes génocidaires. Cependant, les explications des actes génocidaires eux-mêmes reposaient encore sur une grille de lecture ethniste. La plupart des observateurs ont continué à les observer comme le prolongement d'une guerre ancestrale entre Tutsi et Hutu.

Il y a donc deux axes distincts à analyser quant au traitement de la question rwandaise par les médias français. La première consiste à repérer la résurgence de la grille de lecture ethniste héritée de la colonisation. La seconde à décrypter les mécanismes qui ont permis de dénoncer ou de justifier, selon les publications, l'intervention française entre 1990 et 1994.

* 5 Pascal Krop, Le Génocide franco-africain. Faut-il juger les Mitterrand ?, J.-C. Lattès, 1994

* 6 Interview de Benjamin Sehene, auteur du Piège ethnique, Chronicart, avril 1999

* 7 Article publié sur amnistia.net, 12 février 2004

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