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Rwanda, un génocide colonial, politique et médiatique

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par Mathieu OLIVIER
Université Paris 1 - La Sorbonne - Master de Relations Internationales et Action à là¢â‚¬â„¢Etranger 2013
  

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L'HEURE DE LA VÉRITÉ

Mise en lumière et repentir

Les « excuses » du Monde

Le Monde, sous la pression des investigations et des mises en lumière d'autres journalistes, surtout Patrick de Saint-Exupéry pour Le Figaro en 1998, va reconnaître que son traitement éditorial a été des plus « curieux ». Néanmoins, il semble que cette acceptation ait été longue et difficile. Dès 1996, la rédaction est d'ailleurs encline à reconnaître certaines erreurs. Ce qui ne va pas réellement modifier la ligne éditoriale.

En effet, Le Monde va répondre en 1996 à plusieurs lettres envoyées par des lecteurs ou par des chercheurs, notamment Jean-Paul Gouteux. Ces réponses sont on ne peut plus étonnantes. On pourra citer ici une partie de ces correspondances. D'abord, la réponse de Alain Froment, secrétaire général de la rédaction, faite à Jean-Paul Gouteux, le 6 août 1996 :

« J'ai lu attentivement vos remarques et les reproches que la lecture des articles de notre correspondant Jean Hélène, vous a inspirés. La précision de votre lettre me conduit à penser que vous avez raison. »1(*)

Le constat est sensiblement le même quelques mois plus tard. Cette fois, le 22 novembre 1996, c'est Thomas Ferenczi, le médiateur du Monde, qui répond à un courrier envoyé par un lecteur, Jacques Morel, également auteur de plusieurs ouvrages sur le Rwanda.

« Jean-Marie Colombani m'a transmis votre lettre. Il est vrai que nous avons mis du temps à comprendre ce qui se passait vraiment au Rwanda, puis au Zaïre. Nous n'avons pas été les seuls - mince consolation ! - à nous tromper. Aujourd'hui, la vérité commence à se faire jour. »2(*)

La vérité, pourtant, avait commencé à se faire jour bien auparavant, en partie de 1990 à 1993 puis en 1994, sous la plume de journalistes d'autres rédactions, notamment celle de Libération ou du Figaro. Mais le Monde n'a pas semblé prêt à en tenir compte. Il ne le fera qu'en 1998, sous la pression des articles de Patrick de Saint-Exupéry et des rapports de la Commission d'enquête du Sénat belge et des Nations Unies.

Dans son ouvrage « Lettre ouverte aux gardiens du mensonge », Thierry Pfister propose une analyse concernant la lenteur du Monde quant à la prise en compte de la vérité. Il étudie surtout le décalage entre les réponses de la rédaction à ses détracteurs et le traitement éditorial que nous avons étudié plus tôt.

« Le Monde, à l'image de la presse anglo-saxonne, s'est doté d'une conscience interne chargée de dialoguer avec les lecteurs. [...] Louable préoccupation on en conviendra, qui avait aussi le mérite, comme pour les médiateurs de la République, d'offrir un placard commode où caser d'anciens dirigeants devenus encombrants. [...] La réforme a l'apparence de la démocratie mais ce n'est q'un ersatz. »3(*)

Il y a néanmoins, au Monde, un retournement de situation qu'on pourra dater du 31 mars au 4 avril 1998. Presque quatre ans jour pour jour après le déclenchement du génocide. Et surtout au moment où le gouvernement français venait de lancer, sous la pression des révélations, la Mission d'information parlementaire sur le Rwanda. L'heure n'était plus à la désinformation et le journal publie une série d'articles signé de Rémy Ourdan, qui vont contribuer au travail de vérité. Cette série d'articles s'intitulent sobrement : « Rwanda : enquête sur un génocide. »

Le premier, le 31 mars, « Au pays des âmes mortes », ne peut qu'être salué pour sa clarté. « Les Etats-Unis, première puissance mondiale, suivis par la France et leurs partenaires occidentaux, exercèrent une forte pression diplomatique en 1994 pour que le mot "génocide" ne soit pas employé dans les textes officiels. » « Entre 500 000 et 1 million de Tutsis selon l'ONU, sans doute 800 000 avancent des historiens, 1 200 000 selon l'association rwandaise de rescapés Ibuka (Souviens-toi), ont été exterminés en cent jours au Rwanda en 1994. Des opposants hutus ont aussi été éliminés. Personne n'est intervenu pour s'opposer à un drame que nul n'a appelé par son nom. »4(*)

Dès ce 31 mars, alors que Le Monde publie le premier d'une série de cinq articles, on est loin de la ligne éditoriale coupable des années précédentes. Il suffit d'ailleurs de parcourir l'éditorial qui accompagne ce premier article. Il est édifiant. On ne peut qu'y adhérer. Il pose cependant une question d'importance, à laquelle nous avons apporté quelques éléments de réponse : si la vérité est si importante, pourquoi Le Monde a tant tardé à la rechercher ?

« Après un long silence vient l'heure des repentirs et des autocritiques [...] la France ne peut pas pour autant échapper à l'examen précis de ce que fut sa politique au Rwanda, beaucoup plus trouble en fait que ses généreuses déclarations d'intention. »5(*)

* 1 Réponse d'Alain Froment, secrétaire général de la rédaction du Monde à Jean-Paul Gouteux, 6 août 1996

* 2 Réponse de Thomas Ferenczi, médiateur du Monde, à Jacques Morel, 22 novembre 1996

* 3 Thierry Pfister, Lettre ouverte aux gardiens du mensonge, Albin Michel, 1998

* 4 Le Monde, Au pays des âmes mortes, Rémy Ourdan, 31 mars 1998

* 5 Le Monde, Editorial du 31 mars 1998

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