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Rwanda, un génocide colonial, politique et médiatique

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par Mathieu OLIVIER
Université Paris 1 - La Sorbonne - Master de Relations Internationales et Action à là¢â‚¬â„¢Etranger 2013
  

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Ethnisme et colonisation : de la catégorie socioprofessionnelle à la race

« Que peut faire la France lorsque des chefs locaux décident de régler leurs querelles à la machette ? (...) Après tout, c'est leur pays. »2(*) Ces quelques mots de François Mitterrand justifient à eux seuls l'étude du génocide rwandais et, en particulier, de l'analyse qui en a été tirée.

En novembre 1994, six mois après les « événements » rwandais, qui ont fait entre 800.000 et un million de morts selon les estimations, le président de la République française, issu du camp socialiste, se borne à parler de guerre tribale. C'est d'ailleurs toute la classe politique française, bien que l'analyse soit surtout présente au sein de la cellule africaine de l'Elysée, qui se réfugie, on le verra, derrière une grille de lecture ethniste de la situation rwandaise.

Ces discours ne tiennent en aucune façon du hasard. Ils sont les fruits d'un passé colonial européen, c'est à dire, dans le cas du Rwanda, des influences et des actions allemande, belge et française. Ils sont également le résultat d'une lente transformation de la société rwandaise à partir de l'arrivée des missionnaires en Afrique et jusqu'à la formation des élites rwandaises par les colons.

Au fil des décennies de présence européenne en Afrique, l'idéologie raciale s'est imposée comme façon de penser politique au Rwanda même. Est-ce à dire, dans le cas du Rwanda, que les ethnies présentées, Hutus, Tutsis et, dans une moindre mesure Twas, n'ont été que le fruit d'une colonisation européenne ? Pas tout à fait.

Les fantasmes antiques

« Hutu et Tutsi sont des catégories sociales, déterminées autrefois par leur activité socioprofessionnelle : élevage pour les Tutsi, agriculture pour les Hutu. Ils parlent la même langue et ont la même culture. Aujourd'hui cette distinction en agriculteurs et éleveurs n'a plus de sens. En revanche la vision racialiste des administrateurs coloniaux allemands, puis belges et surtout de l'Église catholique s'est peu à peu imposée. »3(*) (Annexe 2)

La colonisation a en effet transformé une catégorisation sociale en division raciale. Un schéma d'interprétation typiquement européen en lien direct avec le racisme scientifique, doctrine dominante en Europe au 19ème siècle, et qui a accompagné le colonialisme et l'antisémitisme.

L'ingérence du mode de penser européen sur le sol africain est donc directement dû à la colonisation. Elle est donc aussi évidemment liée à certains fantasmes des colons que nous allons détailler, et que Dominique Franche analyse de façon précise dans son ouvrage, sobrement intitulé « Généalogie du génocide rwandais ».4(*)

Le centre de l'Afrique a en effet toujours représenté un but à atteindre pour les explorateurs européens. A la fin du 19ème siècle, l'Afrique des grands lacs, ou inter lacustres, revêtait une charge mythique, une attractivité immense, que Dominique Franche ne se prive pas de comparer à celle qu'a pu exercer par la suite la Lune sur les astronautes du monde entier. Pourquoi ? Parce qu'elle est l'objet, depuis des siècles, de fantasmes et de croyances.

C'est là en effet que le Nil, fleuve mythique s'il en est, prendrait sa source. Dans l'Antiquité, Ptolémée d'Alexandrie écrivait dans sa Géographie que les sources du Nil se trouvaient aux monts de la Lune. La chaîne de volcans au Nord du Rwanda devait alors apparaître comme ces monts de la Lune. La légende était née. Les sources du Nil, quête de nombre d'explorateurs, ne pouvaient être qu'au Rwanda.

C'est bien dans ces écrits de l'Antiquité que va prendre naissance l'idéologie coloniale ethniste des colons et des missionnaires. En effet, outre l'évocation des monts de la Lune par Ptolémée d'Alexandrie, le grand Aristote raconte également l'existence dans cette même région de pygmées vivant dans des cavernes. La légende était écrite depuis des siècles dans les récits de l'Antiquité. Pourquoi ne pas la croire et faire de cette légende un fait ?

* 2 Novembre 1994. François Mitterrand, président de la République Française, rapporté par Dominique Franche, Généalogie du génocide rwandais, Editions Flibuste, 2004, p.7

* 3 Jean-Paul Gouteux, spécialiste de la question rwandaise, dans un entretien accordé au journal The Dominion.

* 4 Dominique Franche, Généalogie du génocide rwandais, Editions Flibuste, 2004, p.11

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