WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Rwanda, un génocide colonial, politique et médiatique

( Télécharger le fichier original )
par Mathieu OLIVIER
Université Paris 1 - La Sorbonne - Master de Relations Internationales et Action à là¢â‚¬â„¢Etranger 2013
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

La récupération des textes antiques

« De même que, du 16ème au 19ème siècle, voyageurs, théologiens, géographes et naturalistes affirmèrent que la Patagonie était peuplée de géants, contre toute réalité, pourtant observée, de même voilà plus d'un siècle que l'on nous parle des Twa comme des pygmées, alors que rien ne permet d'appliquer ce terme (...). Mais Aristote l'avait dit : aux sources du Nil se trouvaient des pygmées vivant dans des cavernes. »4(*)

C'est d'ailleurs le comte von Götzen qui se chargera de faire le rapprochement, en 1994 en explorant la région, entre le texte d'Aristote et la rencontre, dans des cavités rocheuses, de « nains insaisissables qui devaient y dormir. »4(*) Aristote était donc dans le vrai. Et les Twa furent dès lors appelés pygmées.

Rien ne permettait toutefois de le faire de façon aussi radicale. D'abord, parce que tous ne vivaient pas selon le mode de vie des chasseurs-cueilleurs forestiers. Ensuite, fait troublant, parce que ces pygmées, autrement appelés nains ou myrmidons, n'étaient pas réellement de taille aussi restreinte que l'on pouvait le croire. En 1907-1908, une étude montra même qu'ils mesuraient en moyenne 1,59 mètre.

Mais « on trouvait au Rwanda ce que l'on voulait y trouver, ce que l'on en avait dit avant d'y venir, au lieu de décrire ce que l'on pouvait y découvrir. »4 Et certaines situations furent ainsi assez cocasses. Certains explorateurs se firent photographier aux côtés de leurs pygmées, en prenant bien garde de se mettre sur la pointe des pieds afin d'accentuer la différence de taille. Mieux, ces hommes de petite taille n'étaient parfois même pas Twa mais appartenaient à la catégorie Hutu.

Il ne faut pas conclure au mensonge délibéré de la part des colons mais plutôt à l'entretien des fantasmes et surtout des rêves d'exotisme des explorateurs et, également, de leurs lecteurs ou contributeurs européens.

« Les Européens les mieux informés préféraient se taire, plutôt que d'accomplir une fort périlleuse destruction des mythes. »4 L'enjeu était de taille : rester attractif pour attirer les colons et récolter les dons de l'Eglise afin d'évangéliser les populations.

La thèse biblique des Fils de Cham

C'est effectivement l'Eglise qui va, en partie, provoquer la catégorisation raciale de la région rwandaise. Car, outre les pygmées d'Aristote, les Monts de la Lune ont rapidement eu la réputation d'être le lieu de vie des Nègres blancs. Ce terme, hérité des colonisateurs, a été du plus grand secours au pouvoir des Européens. En effet, quelle ne fut pas leur surprise de trouver dans l'Afrique des Grands Lacs des royaumes structurés dirigés par des Noirs dont beaucoup avaient la peau plus claire, une taille élancé et des traits fins, qui rappelaient certaines populations de la Corne de l'Afrique.

Cette observation en rappela aussitôt une autre, tirée des bas reliefs égyptiens, qui avait révélé que la plus ancienne civilisation d'Occident pouvait être due à des Noirs. Les Européens allèrent aussitôt chercher une interprétation dans la Bible. C'est la naissance de la théorie des Fils de Cham.

Celui-ci, ayant vu la nudité de son père Noé, s'en moqua auprès de ses frères, Japhet et Sem. Son fils Chanaan fut alors maudit et condamnait à devenir l'esclave de Japhet et Sem, comme toute sa descendance. Les fils de Cham étaient donc voués à l'esclavage.

Lors d'une première interprétation de l'histoire biblique, l'Eglise attribua aux Noirs le rôle des Fils de Cham, bien que rien ne le suggère dans les textes. Mais, au fil des découvertes en Afrique, cette pensée, utile pour les sociétés esclavagistes, ne pouvait correspondre, notamment à l'histoire égyptienne et aux royaumes de l'Afrique des Grands Lacs. Ainsi, après l'expédition d'Egypte, selon Edith Sanders5(*), l'idée que des pêcheurs maudits aient pu fonder une telle civilisation n'a pu être acceptée. Il fallut dès lors réinterpréter la Bible.

Or, Cham n'ayant pas été maudit directement - la malédiction a touché son fils -, on lui inventa un autre fils, épargné. Et on fit de cet autre descendant le père des Egyptiens. « Ce fils était un « caucasoïde » que l'on blanchissait intérieurement, c'était un cousin des Blancs », explique Dominique Franche, citant Joseph-Arthur Gobineau, l'une des sources du racisme nazi, qui devait quant à lui parler d'une « descendance primordiale des peuples blancs » venue d'Asie.

Ce sont les Chamites, les Fils de Cham ou Hamites. Comme tente de l'expliquer Gobineau, cette théorie ne peut s'appuyer que sur une migration des peuples dominants. Il rejoint d'ailleurs, dans cette analyse, bon nombre d'auteurs, notamment l'explorateur John Speke6(*), qui estimera que la domination des « nègres blancs » résulte d'une ancienne migration des Blancs en Afrique.

* 4 Dominique Franche, Généalogie du génocide rwandais, Editions Flibuste, 2004, p.11

4 Ibid p.11

4 Ibid p.12

* 5 Edith Sanders, The Hamitic Hypothesis; Its Origin and Functions in Time Perspective

* 6 Journal of the discovery of the source of the Nile, 1863

précédent sommaire suivant






La Quadrature du Net