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Analyse criminologique de la présnce d'enfants dans les sites miniers artisanaux à Kolwezi

( Télécharger le fichier original )
par Musevu Vould Kawele
Université de Lubumbashi/ RD Congo - Diplôme dà€™études approfondies en criminologie 2014
  

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A. Risque par rapport à la santé

Les enfants sont en situation de risque sanitaire par effet d'être dans les sites miniers artisanaux. Seydou (2001, 22), note que les risques sanitaires sont grandes pour les enfants qui sont affectés pendant plusieurs heures par jour au creusage, lavage, triage, concassage, tamisage et au transport des minerais. Le risque ne s'arrête pas uniquement à cette catégorie. Même ceux qui vendent des denrées alimentaires sont concernés par le risque, y compris les bébés. De par la présence de leurs mères sur les sites, les bébés sont exposés dès leur plus jeune âge à la poussière et à la chaleur des rayons solaires.

Ceux qui exploitent les minerais du cuivre et du cobalt, le font sans aucune protection.

Ils sont pieds nus et mains non protégées. Les autres qui lavent, concassent, trient, tamisent les minerais le font également sans aucun équipement approprié. Or ces minerais sont parfois accompagnés des matières chimiques, et qui nécessitent une protection pour leur manipulation. De telles conditions de travail, affectent la santé et la sécurité des enfants. Ces conditions provoquent des maladies telles que :

· Les infections pulmonaires et la silicose dues aux fines poussières ;

· Les infections oculaires ;

· Les infections dermatologiques diverses ;

· Les risques de surdité pour ceux qui concassent les minerais ;

· Les maladies hydriques ;

· L'hémorragie nasale ;

· La malaria ;

· La verminose ;

16 www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/.../A_HRC_24_43_Add.2_FRE.doc

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· La fièvre ;

· L'anémie ;

· La lombalgie ;

· La fatigue ;

· Les céphalées ;

· La grippe ;

· Les coliques.

La précarité de la situation alimentaire des enfants constitue un autre facteur de risque sur les sites miniers. Les enfants mangent sans tout fois se laver les mains. A ce propos, le rapport de l'Unicef (2006, 24) sur le travail des enfants dans les mines et carrières du Kasaï oriental, soutient que l'utilisation du savon assez systématique quand il s'agit de se laver, n'est pas à l'honneur au moment du repas. Par ignorance autant que faute de moyens, les enfants travaillant dans les carrières ne font guère usage du savon avant la prise d'aliments, ce qui les expose aux maladies dites des mains sales. Gaël et son frère Monga explique la situation des maladies dans les sites miniers artisanaux en ces termes :

« Nous souffrons des maladies telles que la toux, le rhume, la tuberculose qui sont causées par la poussière que nous inhalons ».

Par rapport aux maladies, Kahenga et ses 5 autres amis expliquent que l'eau dans laquelle on lave les minerais n'est pas propre. Elle est pleine d'acide. Les propos de Kahenga et ses 5 amis se traduisent en ces termes :

« Oui parfois, nous tombons malade. D'abord l'eau dans laquelle nous lavons les minerais est très sale. Cela cause des maladies. Si vous n'êtes pas habitué à cette eau, vous risquez de tomber malade. Car, il y a de l'acide dans cette eau. Après avoir terminé à laver les minerais, le soir nous avons des chatouillements dans tout le corps à cause de la mauvaise qualité de l'eau. Et même la peau de nos paumes de mains est détruite à cause de l'acide qui se trouve dans les minerais ».

100

Tous les lieux de lavage des minerais visités, sont constitués des eaux stagnantes. Les minerais sont ainsi lavés dans ces mêmes eaux toutes les années. L'opération de lavage des minerais consiste à enlever la terre et les gangues qui accompagnent les minerais. Or, les gangues sont des compositions chimiques qui accompagnent les minerais. Kayeye17 relate comme suit la situation de la pollution des eaux dans la ville de Kolwezi :

« Les rivières de la ville de Kolwezi sont toutes polluées. Il y a quelques années, on avait prélevé l'eau de la rivière Kalongo pour tester sa qualité. Le résultat était que l'eau de cette rivière était totalement polluée. Surtout, ce sont

les gangues qui accompagnent les minerais qui dénaturent la bonne qualité d'eau. Les gangues sont des compositions chimiques ».

Willy Kitobo (2009, 25-47) fait remarquer que dans une étude menée au mois de juin 2005 sur un échantillon d'environ 40 enfants de moins de 3 ans de la population voisine des digues à rejets de Kipushi, a montré que 50 % d'entre eux présentaient des teneurs en plomb dans le sang dépassant la limite admise. Du fait que la teneur en plomb dans les tailings est plus grande que celle en cadmium, le risque du saturnisme (intoxication aigüe au plomb) chez les enfants est plus grand. Certes, les risques sanitaires sont grands pour les enfants qui fréquentent les sites d'exploitation minière.

Les enfants qui manipulent les minerais peuvent facilement être irradiés, parce que dans certains sites, il y a des minerais radioactifs. A ce propos, les témoignages de Kayeye et Djibu corroborent : Il y a certains sites qui sont radioactive à Kolwezi, malheureusement, on y trouve beaucoup d'enfants. Lors des entretiens avec les enfants, nous avons constaté qu'ils étaient informés de la radioactivité. Cela ressort dans la déclaration de Gaël :

« Il y a présence de l'uranium dans certains minerais. L'uranium est très dangereux, car il détruit le corps humain, en brulant les entrailles et conduit à la mort. A cause de l'uranium, les femmes enceintes mettent au monde des enfants déformés. Mais les minerais que nous extrayons dans cette carrière n'a pas de l'uranium. Car un test de radioactivité a déjà été fait, le résultat avait indiqué qu'il n'y avait pas d'uranium dans les minerais extraits de cette carrière ».

17 Kayeye est le chargé des techniques et opérations au bureau SAESSCAM/Kolwezi. Il est Géologue de l'Université de Lubumbashi.

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Malgré la sensibilisation, aucune mesure n'est prise afin de les empêcher à accéder dans les sites. A part les maladies, il y a également les accidents qui menacent la santé des enfants. Le travail de concassage et de grattage expose les enfants à des risques des blessures. Kahola (2008, 122) précise que les accidents sont fréquents dans l'univers des exploitants artisanaux. Parmi les garçons qui ont affirmé avoir été victimes d'accidents dans la carrière, ils font mention aux blessures, à l'éboulement et à la tombée dans les puits d'extraction des minerais. Les éboulements, les blessures, les fractures sont fréquentes dans les carrières. Dans ces conditions, les carrières deviennent dangereuses pour les exploitants artisanaux et plus particulièrement les enfants. Face à cette situation, Patient s'exprime :

« Le mal de ce boulot, ce sont les maladies, les éboulements et les accidents ».

Ce témoignage montre que les enfants savent tous les risques qui peuvent leur surgir. Ils en sont conscient, raison pour laquelle certains prennent de dispositions pour les échapper.

Enfin, un autre risque sanitaire auquel font face les enfants, c'est la consommation d'alcool, de la drogue et de la cigarette. Quelques enfants s'adonnent à ce comportement. La déclaration de Gaël est éloquente par rapport à la consommation de la bière, de l'alcool et de la cigarette :

« Une chose est que l'argent est un mauvais conducteur, car il détruit les enfants. Certains vont au cinéma en lieu et place de l'école. D'autres fument les cigarettes et boivent des boissons alcooliques. Tout cela, parce qu'ils gagnent facilement de l'argent ».

La consommation des boissons alcooliques et de la cigarette par les enfants a été également relevée par Kahenga et Patrice en ces termes :

« Certains de nos amis se comportent mal dès qu'ils ont de l'argent. Soit ils

fument et boivent de boissons alcooliques. Soit encore ils vont aux cinémas ».

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Face à cette situation, Kahola (2008, 143-145) souligne que la consommation des cigarettes, des boissons alcooliques et de la drogue est liée à la vie des exploitants miniers. Les uns fument ou se droguent afin de se revigorer dans le travail lorsqu'ils se sentent épuiser. Les autres, après une longue journée de travail ne se privent pas de boire pour oublier les rudes conditions de travail dans les carrières. Ils trouvent que les carrières leur prennent beaucoup de temps. Quand ils ont gagné assez d'argent, ils vont se distraire avec les amis, question de briser la monotonie de leur vie. Certains enfants qui exercent les activités

rémunératrices dans les sites miniers grandissent avant l'âge, en acquérant des
comportements qui ne correspondent pas à leur âge, tels fumer du chanvre, boire des boissons alcooliques à forte dose, etc.

B. Le Risque par rapport à la scolarité

Certains enfants fuient l'école et vont dans les carrières pour s'adonner aux différentes activités soit rémunératrices, soit ludiques. A ce propos, Kahola (2008, 77) soutient que les études primaires ne sont pas gratuites pour autant. Cet enseignement de base n'est malheureusement pas donné à tous les enfants. Les uns sont obligés de travailler dans les carrières pour supporter les frais scolaires, les autres, parce qu'ils n'y trouvent pas de l'intérêt. A ce sujet, Kahenga et Patrice déclarent :

« Nous étudions tous. Moi, je suis en deuxième secondaire et Patrice est en 6ème à l'école primaire Nyota. Il est en retard parce qu'il a abandonné les études pendant deux ans. Il fouillait les cours pour exploiter les minerais dans la carrière. Parfois, il nous arrive à penser de la carrière, lorsque nous sommes dans la classe. C'est pourquoi certains d'entre nous, fuient l'école pour se rendre dans la carrière, en cachant les objets classiques sous la culotte pour échapper à la vigilance de l'enseignant. Ils feignent comme s'ils vont à la toilette, puis ils fuient et se rendent dans la carrière ».

Le rapport de l'Observatoire du Changement urbain (2006, 7) précise qu'il a été constaté que la proximité géographique joue un rôle important dans l'attrait des enfants dans les carrières et les mines. Il en est de même en ce qui concerne l'abandon scolaire, l'appartenance à une famille pauvre et le fait d'avoir les proches, amis et membres de famille

3.3.1. La logique de rendre service

103

travaillant dans les mines et carrières. Le rapport de Global Witness (2006, 32) renchérit qu'en général, beaucoup d'enfants commencent à travailler dans les mines pendant les vacances scolaires. Certains cessent ensuite complètement d'aller à l'école car leurs familles n'ont pas les moyens de payer leurs frais de scolarité. Mais aussi, il y a ceux qui fuient d'eux même l'école pour se rendre dans la carrière. Gaël explique :

« Il y a ceux qui abandonnent eux-mêmes l'école. Ils considèrent les heures de s'assoir dans une classe en train de suivre les enseignements comme du temps perdu. Les autres trompent la vigilance de leurs parents. Le matin, ils s'habillent en uniforme scolaire, mais ils n'arrivent pas à l'école. Ils cachent dans les sacs la tenue de la carrière. Après avoir travaillé, à 12H30, heure de la sortie de l'école, ils se lavent, mettent de nouveau l'uniforme et rentrent à la maison. Vers 14 heures, ils reviennent de nouveau exploiter les minerais dans la carrière jusqu'à 18 heures. Nous condamnons ce type de comportement. Mais aussi, il y a d'autres enfants qui se comportent bien tout en apportant un secours financier à leurs parents ».

Le risque d'abandon scolaire est grand pour ces enfants qui étudient et qui fréquentent en même temps les sites miniers, en y exerçant quelques activités rémunératrices.

3.3. Les logiques explicatives de la présence des enfants dans les sites miniers à

Kolwezi

L'explication des préoccupations auxquelles s'adonnent les enfants dans les sites miniers artisanaux à Kolwezi passe par 5 logiques qui sont :

· La logique de rendre service ;

· La logique Lucrative ;

· La logique de divertissement ;

· La logique touristique ;

· La logique de dépendance maternelle.

104

Cette logique signifie que les enfants qui exécutent différentes activités rémunératrices dans les sites miniers, ne le font pas pour leur propre compte. Ils rendent services soit à leurs parents avec qu'ils constituent une unité de travail, soit encore à leurs amis ou autres personnes, sans toutefois s'attendre à une contrepartie. C'est la personne à qu'ils rendent service qui sera rémunérée. Eux le font par souci de rendre service. C'est le cas des enfants qui aident leurs parents dans l'exécution des tâches dans les sites.

3.3.2. 1a logique lucrative

C'est comme on dit : tout travail mérite un salaire. Pour cette logique, les enfants visent un gain lucratif pour toutes activités qu'ils exercent sur les sites miniers. Ils sont à la recherche de l'argent afin de subvenir soit à leurs besoins propres, soit encore aux besoins familiaux. Le rapport de l'ONU (2011, 9) sur les formes contemporaines d'esclave, y compris leurs causes et leurs conséquences, note : dès lors que les parents sont incapables de pourvoir à leurs besoins fondamentaux, les enfants travaillent pour compléter le revenu de la famille. Cette logique correspond au registre « self-service » qui reprend toutes les pratiques et stratégies dont l'objectif est l'accumulation, la survie et la débrouille (Tshinyama : 2009, 327).

3.3.3. 1a logique de divertissement

Les sites miniers ne sont pas toujours des lieux où l'on exécute différentes activités afin de gagner de l'argent. Ces lieux servent également des terrains où les enfants s'adonnent aux différents jeux. Tous les sites investigués ne sont pas très loin des habitations. Les enfants y accèdent facilement. Les uns s'donnent aux activités ludiques pour se divertir. Nous reconnaissons avec Mutombo (2011, 79) que chez les tout petits enfants la carrière, n'est plus un lieu à leur interdiction, mais plutôt c'est un parc d'attraction ludique. Ils n'y vont pas pour exploiter les minerais, mais plutôt pour jouer, car ils n'ont pas autre espace pour organiser librement leurs jeux.

3.3.4. 1a logique touristique

Certains enfants se retrouvent dans les sites miniers pour observer la manière dont les différentes activités s'y déroulent, sans toutefois participer à l'accomplissement de ces activités. Ils font le tourisme des carrières. Cela se passe souvent lorsqu'un enfant est envoyé par ses parents d'une cité à une autre. Au lieu que l'enfant se rende directement là où il est

105

envoyé, ce dernier peut s'arrêter dans une carrière observant ce que font les autres comme activité. Et après, il poursuit son chemin.

3.3.5. La logique dite : effet d'entrainement

Cette logique concerne les « sans voix » « les bébés » qui sont dans des sites miniers par le fait de la présence de leurs mères. Les uns sont portés par leurs mères ou par leurs frères et soeurs qui les bercent, ou endormis. Ces enfants n'ont pas de choix. Leur présence dans les sites miniers artisanaux est justifiée par la présence de leurs mères. C'est comme l'on dit : l'accessoire suit le principal. L'accessoire ce sont les bébés et le principal ce sont les mères. Les bébés dépendent directement de leurs mères. Ils sont là ou se trouvent leurs mères.

Pour terminer, voici ci-dessous de manière synthétique, le tableau explicatif de la présence des enfants dans les sites miniers artisanaux. Ce tableau synthétise toutes ces 5 logiques que nous venons d'énumérer ci-haut.

106

Tableau n°7 : Les logiques explicatives de la présence des enfants dans les sites miniers

Groupes
d'enfants

Les logiques explicatives

 

Lucrative

Divertissement

Touristique

Dépendance
maternelle (Effet
d'entrainement)

01

Enfants en
activités
rémunératrices

+

+

-

-

-

02

Enfants en
activités non
rémunératrices

+

-

+

+

-

03

Les sans voix

-

-

-

-

+

 

Il ressort du tableau ci-dessus les explications ci-après :

· Les enfants en activités rémunératrices travaillent soit pour le compte d'autres personnes à qu'ils rendent service (les parents ou autres personnes). Soit ils travaillent pour leur propre compte. Pendants qu'ils exécutent quelques activités rémunératrices, ils ne peuvent pas faire le tourisme ou encore s'adonner aux jeux. Ces enfants ne sont pas dépendants de leurs mères.

· Les enfants en activités non rémunératrices rendent aussi services sur les sites miniers soit à leurs parents soit à d'autres personnes. Ils ne visent pas le lucre. Les uns s'adonnent aux divertissements et d'autres font le tourisme dans les sites. Leur présence dans les sites n'est pas liée à leurs mères.

· Enfin, les enfants dits « sans voix » leur présence dans les sites est liée à la présence de leurs mères. Ils sont tout petits et incapables de faire quoi que ce soit. Ils dépendent totalement de leurs mères. L'accessoire suit le principal.

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"Entre deux mots il faut choisir le moindre"   Paul Valery