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L'abàà, corps de garde et espace de communication chez les Fang d'Afrique centrale. Une préfiguration des réseaux sociaux modernes.

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par Gérard Paul ONJI'I ESONO
Université de Yaoundé II Cameroun - Master 2015
  

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1.2. Evolution

A l'origine, sur le plan architectural, le village était souvent construit de manière à constituer deux rangées de cases situées de part et d'autre d'une avenue centrale jalonnée, elle, de corps de garde. D'après Nicolas METEGHE N'NAH, « le corps de garde fang tient son origine des migrations ». A ce sujet, Raponda WALKER, cité par H. TRILLES rappelle qu'« autrefois, chez les Fang, l'abègn faisait [...] fonction de corps de garde. A chaque extrémité du village, un de ces hangars barrait complètement le passage »43(*).

Photo 1 : Une vue d'un village fang avec l'Abââ placé au centre.

Source : www.google images/village Fang, Marche, 1878. p. 413.

Perçu de façon sommaire, l'Abââ sert de lieu de rencontre aux hommes d'un même village afin de réfléchir sur les maux qui minent la communauté. Davantage, et de manière un peu plus précise, c'est « le lieu de rassemblement du village pour échanger et passer du temps avec les sages »44(*).

Ainsi, pour contribuer à étayer l'Abââ à la compréhension collective, il faut appréhender la relation Abââ-communauté villageoise comme indéfectible. Selon la conception des ressortissants Fang, le village doit disposer absolument de sa composante Abââ pour en être un véritable. Logiquement, il sera difficile d'envisager un village fang sans cet Abââ que Marc MVE BEKALE45(*) magnifie par ces propos : « A tous ces tièdes, ces bâtards culturels, Pierre-Claver Zeng oppose donc la parole de « ceux qui savent », et il les invite à rejoindre « l'abâ » ou maison des hommes, véritable centre géographique et symbolique du village, d'où s'origine toute la culture fang ».

Sur les aspects physique et esthétique, il est à remarquer que l'Abââ a évolué, depuis ses origines jusqu'à nos jours. Une certaine tendance est à la modernisation de ce bâtiment. Nous avons également constaté que dans certains villages, intervenant dans le cadre de ses relations publiques une entreprise forestière a entrepris, à la demande des populations, de reconstruire « bénévolement » des corps de garde en matériaux définitifs. Une façon pour elle de faire bénéficier aux autochtones des retombées « positives » de l'exploitation du bois dans les forêts environnant leurs habitations et champs. Avec cette nouvelle configuration, il devient difficile de continuer à conserver certains éléments qui pourtant avaient été intégrés à l'Abââ pour des raisons claires ; le feu servait à cuir des aliments et à se réchauffer ; les étriers de bois servaient à fabriquer divers instruments de chasse et de travaux champêtres.

En retour, l'entreprise forestière WIJMA marque ses réalisations de son logotype suivi d'un texte : « Réalisation Sociale » en gros caractère, une façon de se positionner et paraître comme une entreprise « citoyenne » qui participe au « développement » de la communauté.

Photo 2: Photo de l'Abââ de Thoo-Efack, village situé entre Oyem et Bitam, au Nord du Gabon.

Source : Régis Ollomo (CNRS-LACITO, été 2009), disponible sur http://lacito.vjf.cnrs.fr/image_semaine/2010.htm

Photo 3: Une vue de l'Abââ modernisé de Mefoup, village situé dans l'arrondissement d'Ambam/Sud Cameroun, sur l'axe Ebolowa-Ambam, PK 26.

Source : photo de l'auteur, prise de vue effectuée en décembre 2011.

Photo 4

:Une vue de l'Abââ de Mvi'ilimengalé reconstruit par la société forestière WIJMA, village situé dans l'arrondissement de Ma'an, PK 15 sur l'axe Ma'an-Nyabizan (Memve'ele).

Source : photo de l'auteur. Prise de vue effectuée le 20 octobre 2012

* 43 TRILLES, H. Contes et légendes fang du Gabon 1905, Paris, Karthala, 2002, p. 24

* 44ASSOUMOU NDOUTOUME, Daniel, Parlons Fang : culture et langues fang du Gabon et d'ailleurs, Paris, l'Harmattan, 2010, p.163.

* 45MVE BEKALE, Marc, Pierre Claver Zeng et l'art poétique fang, esquisse d'une herméneutique, Paris, l'Harmattan, 2001, pp. 152-153.

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