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Les indiens mapuches dans les médias au Chili : du mythe du barbare à  l'activisme identitaire transnational


par Erika Antoine
Institut d'Etudes Politiques d'Aix-en-Provence - Diplôme en Sciences Politiques spécialisé en Information & Communication 2006
  

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B- Apaga y Vámonos: l'histoire du barrage hydraulique de Ralco

146 Despojo de ayer y hoy, El Punto Final, n°564, 15 avril 2004.

147 El Punto Final, Op. Cit.

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Le second exemple de production cinématographique émane cette fois d'un cinéaste européen, le catalan Manel Mayol. Son film Apaga y Vámonos -Eteind et allons-y- a été présenté en 2005 au Festival International du cinéma documentaire des Droits de l'Homme de Prague.

Ce festival nommé One World existe depuis maintenant 4 ans et a obtenu en 2007 la mention d'honneur de l'UNESCO pour l'éducation aux droits de l'homme. Il fait partie des17 autres festivals dans le monde à être membre de l'Association des Festivals des Droits de l'Homme.

Affiche du quatrième festival One World qui se déroule du 28 février au 8 mars 2004 à

Prague.

L'organisateur du One World Festival, Igor Blazevic, entend proposer des informations plus complexes et équilibrées et offrir la possibilité d'une meilleure et plus profonde compréhension des connections entre les thèmes politiques et sociaux internationaux.

Le documentaire de l'espagnol Mayol présente donc le tragique destin du peuple mapuche lors de l'implantation de la centrale hydro-électrique Ralco, la troisième plus grande au monde. Cette méga-centrale a été construite par le géant espagnol Endesa et s'étend sur des milliers d'hectares appartenant au peuple indigène mapuche-pehuenche.

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Dans une interview donnée à la radio tchèque Praha, le réalisateur explique la genèse du projet. En 2004, le Forum sur les Cultures, la Paix et la Diversité se tient à Barcelone sous l'égide de grands partons d'entreprises espagnoles. Le réalisateur Manuel Mayol s'y trouve et témoigne « Endesa par exemple parlait de l'énergie verte, du développement durable. A Barcelone il y a eu beaucoup de manifestations de résistance contre le cynisme des entreprises qui ont parrainé une rencontre comme celle-ci. Nous étions en préparation pour un autre projet avec le producteur Esteban Bernatas, mais nous nous sommes rendu compte que nous parlions bien plus du forum que de notre projet. Alors nous nous sommes consacrés à quelque chose qui explique un peu le cynisme de ces grandes compagnies. Et, par le fait du hasard, Endesa à cette époque fermait les vannes du lacs pour inonder la vallée avec l'entreprise Ralco ».

Finalement le réalisateur est allé dans la région en question pour tourner un documentaire inédit sur le grand scandale de l'implantation de l'entreprise Ralco. Mais, et il l'admet volontiers, si le documentaire a permis à certaines personnes en Europe de se témoigner d'un acte de spoliation des terres des Mapuches, sur le terrain, face à la population meurtrie et violée son témoignage vidéo n'a pas servi. Endesa a pu finir en toute légalité la construction du barrage hydraulique, avec l'approbation de la CONADI et du président de la République pour le transfert de terres.

Nous l'avons vu, qu'il s'agisse des nouvelles technologies de l'information et de la communication ou bien de moyens plus classiques comme la musique ou le cinéma, les messages à caractère informatifs ne cessent de se multiplier dans un unique but : sensibiliser l'opinion publique à l'histoire et au devenir du peuple mapuche. Une nouvelle tendance s'annonce donc en ce début de millénaire : prendre pour partie l'opinion des citoyens en un mot, la susciter la responsabilité de la société civile.

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CHAPITRE 2- Une nouvelle visibilité sur la scène politique
internationale

Section 1- Les membres de la société civile au premier plan : l'exemple de la FIDH

L'émergence des ONG sur la scène publique est un phénomène central de l'évolution des relations internationales ces dernières années. L'universitaire espagnol Antonio Castillo à travers son étude Les ONG comme source d'information des moyens de communication tente de relier ce phénomène à celui de l'omniprésence des médias dans le monde.

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L'auteur démontre que ces organisations interviennent dans la stratégie communicative des moyens de communication pour se servir d'eux et pouvoir s'autofinancer et ainsi survivre. En effet, les ONG ne cherchent pas être subventionnées par les gouvernements et visent donc d'autres sources de financement.

En essayant de se connaître à travers les médias pour être visible dans l'espace public, les ONG finissent par investir les médias en offrant des informations inédites émanant parfois d'experts.

Depuis plus d'une décennie, de nombreuses ONG occupent cet espace public international en vue de lutter pour la reconnaissance des droits indigènes et plus particulièrement des Mapuches. Elles incarnent un véritable contre-pouvoir politique grâce aux différentes lettres ouvertes qu'elles adressent aux dirigeants des Etats. C'est le cas de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme que nous allons évoquer, la plus ancienne organisation internationale de défense des droits de l'homme, établie en France où elle est reconnue d'utilité publique.

§1- Qu'est ce que la FIDH ?

La Fédération Internationale des Droits de l'Homme a vu le jour en 1922 où elle coordonne les actions de quelques dizaines de ligues de défense des droits de l'homme. Aujourd'hui, la FIDH fédère 141 ligues réparties dans 100 Etats. Elle s'appuie sur la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. La vocation première de cette organisation non gouvernementale est la défense de tous les droits humains, les droits civils et politiques étroitement liés aux droits économiques, sociaux et culturels. Toutes ces ligues tentent d'agir dans leurs pays respectifs pour lutter contre les violations des libertés et des droits fondamentaux.

La première des fonctions de la FIDH est l'information. Grâce à la diffusion de communiqués de presse, l'envoi de lettres, de rapports et de newsletter, la FIDH dénonce les violations des droits de l'homme et alerte ainsi l'opinion publique et les pouvoirs politiques. Grâce aux ligues nationales et aux partenaires locaux, elle multiplie les actions de communication : sensibilisation auprès des médias, lobbying, appels urgents, recours devant les juridictions ...

Des missions d'observation ou d'enquête sont ensuite dépêchées le plus souvent à la demande des ligues nationales ou des familles de victimes. En apportant une notoriété internationale et une expertise, la FIDH estime qu'elle favorise l'action menée par les relais nationaux et régionaux en plus de sensibiliser les opinions nationales et internationales. Puis elle publie la conclusion des observations sur le terrain à un nombre très important des sujets : les Etats en jeu, les médias, les organisations internationales, les ONG et les abonnés.

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§2- Sensibilisation de l'opinion publique et lobbying

L'intensif lobbying mené par la FIDH auprès des médias revêt des formes particulières afin que ces organes transmettent en aval les messages au grand public. Il s'agit de communiqués de presse, de « lettres ouvertes »148 mais aussi des conférences de presse liées à l'actualité immédiate où lors de la publication de certains rapports.

Enfin, la communication des diverses missions menées par la FIDH est effective sur le site de l'ONG ( www.fidh.org) et grâce à la Lettre de la FIDH qui est une publication papier bimestrielle présentant les actions, les enquêtes et les conclusions des missions.

148 Voir annexe.

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L'ONG centrale aide également les ligues et les différents échelons de soutien national à utiliser les leviers politiques existant pour réaliser un lobbying efficace notamment auprès de l'ONU et de l'Union Européenne. La FIDH sert ainsi de relais en transmettant de nombreuses plaintes et de rapports émanant des représentants de son réseau. En ce sens, la FIDH intervient plus ou moins directement dans l'élaboration de normes internationales et l'amélioration des mécanismes internationaux de protection des droits de l'homme. La FIDH contribue donc à une plus grande protection des victimes et une large mobilisation de la communauté internationale (Conseil de sécurité et Assemblée générale des Nations Unies, Commission des Droits de l'Homme des NU etc.).

§3- Actions concrètes au Chili

L'action de la FIDH au Chili s'est déroulée dans un premier temps à l'occasion de la construction de la centrale hydroélectrique Ralco, plus précisément sur les répercutions d'un tel projet sur le peuple mapuche-pehuenche. Une mission d'observation menée en 1997 s'est prolongée par une mission d'enquête internationale sur le terrain du 21 avril au 1er mai 2002.

Il s'agissait d'analyser la situation des Droits de l'Homme dans les communautés mapuches touchées de plein fouet par l'exploitation forestière et le projet Ralco. La mission, codirigée par Nicole du Roy, journaliste française, et Paulina Palacios, avocate équatorienne, a eu pour objet l'observation et l'étude des droits humains en fonction d'un « critère de globalité », puisqu'il existe une relation directe entre les conditions requises pour la bonne application des droits économiques, sociaux et culturels, des droits et libertés individuels et les processus d'organisation mis en place par les communautés mapuches.

A ce titre, les deux spécialistes en mission ont entrepris un travail d'investigation auprès des représentants mapuches de la région mais aussi des prisonniers politiques, des autorités étatiques régionales et nationales.

Cependant, la FIDH souligne que la situation des droits humains des Mapuches reste préoccupante à cause des conséquences de l'exploitation forestière dans les régions VIII,

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IX et X du Chili mais aussi à cause la progression de la construction de la centrale en question et des dégradations écologiques qui en découlent.

Au mois de novembre dernier, la FIDH a fait publier le cinquième rapport périodique du Chili conjointement avec la Corporación por la Promoción y la Defensa de los Derechos del Pueblo (la CODEPU). La publication été adressée au Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies. Cette synthèse concerne l'avancée et les limites du respect des principaux droits de l'homme. Les sujets abordés sont donc la dépénalisation de l'avortement, la lutte contre la torture, le régime pénitencier, l'application de la loi anti-terroriste, la répartition des terres pour les communautés mapuches...

Ce rapport s'inscrit dans le cadre de l'examen par le Comité des Nations Unies de l'application par le Chili du Pacte relatif aux droits civils et politiques (PRDCP). Les organisateurs de la FIDH espèrent que les recommandations et les conclusions rédigées dans le rapport serviront de bases d'analyse et de décision pour le Comité des Nations Unies. En ce sens, l'ONG entend jouer un poids croissant sur la scène internationale.

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