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Le manga en france: s'affranchir du modèle japonais et innover


par Maxime Gendron
IUT Bordeaux Montaigne - DUT métiers du livre spécialité éditeur 2020
  

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Introduction

En plus de trente ans, la production de manga en France a considérablement évolué. D'abord timide dans les années 90, le manga a explosé à partir de 2005 et a continué son expansion tant dans les catalogues des éditeurs que dans les parts de vente.

Le secteur du manga s'est tellement développé qu'il constitue aujourd'hui l'un des trois piliers de la bande dessinée avec la jeunesse et le roman graphique. Chaque année depuis 2016, le secteur établit un nouveau record de vente avec une augmentation d'environ 10 %. Bref, le manga en France se porte bien!

Lorsqu'il est arrivé dans l'hexagone, l'essentiel du travail éditorial consistait à trouver un manga figurant dans le top des ventes au Japon (c'est-à-dire un hit ou un blockbuster), le traduire puis le commercialiser. Cette technique permettait de minimiser les risques financiers puisqu'un hit japonais s'est bien souvent traduit par un succès en France, à quelques exceptions près1. De plus, la concurrence était encore relativement limitée, les quelques acteurs arrivaient ainsi à se partager le haut du panier de la production japonaise. Toutefois, cette concurrence s'est rapidement développée et les hits n'ont plus suffi à répondre à la demande des lecteurs. Les éditeurs se sont donc peu à peu intéressés à des middle-sellers2 afin d'étendre leur catalogue. Désormais, la demande s'est tellement accrue que les enchères peuvent atteindre des prix démesurés même pour des séries au potentiel de vente limité. Seuls les éditeurs les plus importants peuvent continuer de suivre la cadence et espérer obtenir une licence en mettant en jeu des sommes de plus en plus conséquentes. D'autant que l'augmentation de la demande les pousse à traduire de plus en vite et donc à réduire leur recul. Les premières séries importées en France existaient depuis plusieurs années pour certaines. Cette durée servait de caution pour les éditeurs, leur permettant de planifier les actions à mener pour la promotion, à quantifier le premier tirage, et à se faire une première idée de la durée de la série. Aujourd'hui, la traduction est de plus en plus rapprochée de la publication japonaise afin de répondre à la demande et

1. Doraemon de Fujiko Fujio et Kochikame de Osamu Akimoto sont deux mangas très ancrés dans le quotidien japonais et n'ont ainsi jamais trouvé leur public en France malgré leur succès au Japon.

2. Les middle-sellers sont des titres qui génèrent moins de ventes que les hits, le terme se traduit par « ventes moyennes ».

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essayer de limiter les pertes dues au scantrad3. Ce manque de recul augmente les risques encourus par les éditeurs, même une série prometteuse peut se stopper suite à une baisse de la popularité au Japon ou peut tout simplement compter moins de tome qu'espéré, réduisant ainsi les profits escomptés.

Certes, les chiffres prouvent que le marché se porte bien mais pour combien de temps ? Aucun des éditeurs n'est à l'abri d'un échec critique. Les risques encourus étant de plus en plus grands, le premier échec pourrait être le dernier, notamment pour les petites structures, puisque si les dépenses effectuées pour l'achat d'une licence ne sont pas rentabilisées, le manque à gagner peut-être fatal. Les éditeurs ne peuvent donc plus se contenter du schéma actuel qui montre déjà des signes d'essoufflement face à des consommateurs plus nombreux mais aussi plus difficiles à séduire. Les nouveaux entrants doivent innover s'ils espèrent se faire une place sur le marché. Quant à ceux déjà existants, ils doivent se renouveler pour assurer leur pérennité et se distinguer de leurs homologues.

Depuis quelques années, différentes alternatives voient le jour, la principale étant la création originale. Le terme désigne différents types de productions, toutes à l'initiative des éditeurs français, pour le marché français. Il ne s'agit donc plus d'achat de licence mais de création et d'édition. On y trouve par exemple le manga français car la multiplication des talents locaux permet d'avoir une offre crédible. Le procédé permet également un contrôle bien plus grand contrairement à l'achat de licences plus contraignant notamment à cause des nombreux échanges nécessaires avec les ayants droits japonais. Les mangas du monde (ni asiatique, ni français) figurent aussi parmi les nouveaux moyens d'élargir son offre. L'une des dernières innovations est l'oeuvre hybride, mélange d'au moins deux des trois grands styles de BD (franco-belge, comics et manga) et qui semble s'adresser aux lecteurs d'une nouvelle manière. Innover et élargir son offre sont donc des enjeux de plus en plus incontournables sur le marché du manga. Au cours des pages de ce mémoire, nous nous attacherons à découvrir pourquoi et comment le marché français du manga commence à évoluer vers une identité qui lui est propre.

3. Le terme désigne la publication illégale de mangas sur internet, parfois même avant la sortie officiel d'un chapitre ou d'un tome.

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Tout d'abord, nous allons revenir brièvement sur les origines du manga au Japon, son développement et son arrivée en France afin de mieux comprendre la situation actuelle. Ensuite, nous dresserons un état des lieux du marché. Nous commencerons par l'évo-lution du marché de la BD et celui du manga, celle de la production, ainsi que le phénomène générationnel qui s'opère avec les consommateurs. Par la suite, nous apprécierons la place du manga sur le marché du livre en le comparant à son rôle au Japon avant de nous intéresser aux acteurs du marché puis à la potentielle menace de surproduction qui plane sur le secteur. L'objectif est de dresser une analyse quantitative et qualitative la plus complète possible afin d'avoir une vision globale du marché. Enfin, nous nous concentrerons sur les différents moyens utilisés par les éditeurs pour s'affranchir du modèle japonais et innover. Nous débuterons par les créations originales en commençant par une analyse du manga français et sa place de plus en plus importante dans la production. Nous détaillerons ensuite les autres types de créations originales, puis nous nous pencherons sur l'émergence d'oeuvres hybrides. Pour terminer nous nous intéressons au développement de modèles économiques déjà existants, que ce soit l'achat de licences non-asiatiques, c'est-à dire les mangas du monde, mais aussi la place de la lecture numérique, ses enjeux, son rôle pour le manga et son potentiel pour développer les offres de demain.

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"Un démenti, si pauvre qu'il soit, rassure les sots et déroute les incrédules"   Talleyrand