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La MONUSCO dans le résolution des conflits: entre contestation locale et légitimation global


par Bernard POPO-E-POPO
Université Paris 8 Vincennes Saint Denis - Master 2 2020
  

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1. Régime de contestation et gouvernance locale

Depuis plus de dix ans, la résistance contre la Mission des Nations-Unies pour la stabilisation de la République démocratique du Congo a pris de proportions variables. En effet, les contestations à l'égard de la Mission s'inscrivent dans un contexte local marqué par l'instabilité politique et l'incertitude sociale. La pérennité des violences depuis le début des années 1990 à l'Est du pays, traduisent la routinisation du phénomène des mobilisations contestataire parfois marqué d'extrême violences et même militarisés. Les multiples recompositions politiques, notamment le changement de régime, accords de paix, disparation et réapparition des groupes armés, vagues d'intégration des belligérants dans l'armées nationales ou régulière n'ont fait que nourrir l'incertitude. D'ailleurs cette situation a fait l'objet d'une attention particulière de la part des chercheurs. Si certains s'attarder sur l'interprétation mobilisant les théories économiques des conflits et la notion d'États faillis56. D'autres sont

55 Pierre Englebert, Denis Tull, Contestation, négociation et résidence : L'État congolais au quotidien, Karthala / « Politique africaine », 2013/1 N° 129, pages 5 à 22.

56 Cette interprétation est développée par les chercheurs comme Timothy Raeymaekers, Ken Menkhaus, Koen Vlassenroot, « States and Nonstate Regulation in African Protracted Crises : Governance without Governance »,

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attentifs aux contextes locaux dans lesquels ces mobilisations interviennent en mettant l'accent sur les antagonismes intercommunautaires relatif à la question foncière que j'aborderai dans la deuxième partie, et aux enjeux de pouvoir qui y sont inséparables57. Ces études avancent l'argument de la marginalisation sociale et économique d'une frange considérable de la jeunesse. Du coup, l'engagement au sein des structures combattantes pourrait traduire une volonté de contester l'ordre sociale et de renégocier la place occupée à son sein58. Il y a également des chercheurs qui mettent parallèlement en lumière le rôle des accords de paix et des processus erratique d'intégration des ex-belligérant qui en découlent dans la reproduction de ces mobilisation59. D'autres enfin, s'intéressent à l'architecture sociale sous-jacente aux groupes armés tout en soulignant la diversité de leurs réseaux dans ces mobilisations violentes60. Dans une récente étude, à la différence des autres chercheurs, Mehdi Belaid s'intéresse plutôt aux trajectoires des acteurs de violence en se basant sur la sociologie des mobilisations militantes61. Toutes ces études permettent de comprendre le paysage socio-politique dans lequel les contestations contre la Monusco s'enracinent.

Ce cadre socio-politique permet de saisir l'essentiel du politique congolais marqué par sa complexité. Le cycle de violence sans arrêt dans les provinces du Kivu, la violation continue des droits de l'homme, l'échec de la réforme du secteur sécuritaire, les intimidations et les répressions étatiques, ajouté à cela l'effritement du processus de démocratisations, sont des signes qui rappelle la persistance de la crise. Ce malaise sociétal occasionne la contestation susceptible de générer de la violence.

Le régime de contestation trouve son point d'irréversibilité lors des guerres de 19961997 et de 1998-2002, même si on se demander comme estiment Pierre Engelebert et Denis Tull, « si cette périodisation et cette césure entre les deux guerres ne devrait pas être abandonnée pour parler d'un conflit unique »62. La violence insurrectionnelle en 2012 à l'initiative du groupe Mouvement du 23 mars (M23) qui est l'émanation de l'ancien CNDP rappelle les formes

Afrika Focus, 21 (2), 2008, p. 7-22 ; Roland Marchal, Christine Messiant, « De l'avidité des rebelles. L'analyse économique de la guerre civile selon Paul Collier », Critique internationale, 16, 2002, p. 58-69.

57 Pour ce courant de pensée, on peut citer Séverine Autesserre, The trouble with the Congo: Local violence and the Failure of International Peacebuilding, Cambridge, Cambridge University, 2010.

58 Cfr. K. Vlassenroot, « Négocier et contester l'ordre public dans l'Est de la RDC », Politique africaine, 111, 2008, p.44-68.

59 Cfr. Maria Eriksonn Baaz, Judith Verweijen, « The Volatility of a Half-Cooked Bouillabaisses: Rebel-Military Integration and Conflict Dynamics in the Eastern DRC», African Affairs, 112 (449), 2013, p. 563-582.

60 Jason Strearns, « Repenser la crise au Kivu : mobilisation armée et logique du gouvernement de transition », Politique africaine, 129, 2013, p. 23-48.

61 Mehdi Belaid, « Les mobilisations armées à l'Est de la République démocratique du Congo : Dynamique sociales d'une pratique ordinaire », Critique internationale, 2019/1 N°82, p. 31-49.

62 Pierre Englebert & Denis Tull, « Contestation, négociation et résistance : L'État congolais au quotidien », Politique africaine, 2013/1 N°129, p. 5-22.

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de contestations violentes. Pendant ce temps, la Monusco s'est avérée incapable de jouer un rôle autre que marginal63. Dans l'entre-temps, on recense un nombre important de groupes armés, milices ou alliés du gouvernement qui contestaient le pouvoir en place et demandaient l'accès à l'emploi public, la reconnaissance de droits fonciers, l'accès aux minerais et leur trafic, les défenses de communauté locales et l'hostilité aux étrangers. Ces mouvements contestataires et parfois insurrectionnels naissent, grandissent, se divisent, disparaissent pour enfin du compte réapparaitre sous d'autres formes.

Dans cette perspective, Jason Stearns illustre la logique interne de l'usage de la contestation violente parmi les groupes armés. Il montre par exemple que la décision d'appartenir à ces mouvements violents tels que le CNDP, le mouvement hutu Pareco ou la milice Maï-Maï Raia Mutomboki, n'est pas simplement le résultat de grief locaux ou de la fameuse « malédiction des ressources »64. Cette violence est plus largement en rapport avec la capacité de mobilisation sociale de ces groupes. Pour comprendre une telle mobilisation, il est nécessaire de saisir la manière dont ces groupes s'insèrent dans la société, que ce soit par des réseaux sociaux, par opportunisme, ou par alliance avec divers politiciens. Il s'agit ici d'une conception de la violence imposée aux sociétés locales par les combattants eux-mêmes. En revanche, Pierre Englebert et Denis Tull conceptualisent la logique locale de la violence et sa participation à une panoplie plus large de types de rapports sociaux65. Dans un contexte politique toujours contesté, le fait de pouvoir mobiliser des acteurs armés semble présenter un atout. Cette violence est aussi un moyen de communication et de négociation pour rééquilibrer les rapports de force dans les configurations politiques. Ce qui permet aux contestataires, écrit Waal, de s'intégrer dans le systèmes politique en dehors duquel les opportunités sociales et économiques sont rares66. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on peut dire que l'Est du pays n'a pas le monopole de la contestation mais une réalité nationale. Malgré l'intervention des forces onusiennes, la République démocratique du Congo n'a pas été pacifiée au sens propre du terme après les élections de 2006. Des violences et confrontations ont eu lieu dans diverses provinces de la république, notamment au Bas-Congo en 2007-2008, le grand Équateur en 2009, au Katanga il y a de la violence presque chaque année, dans le grand Bandundu en 2010,

63 Ibid.

64 Ibid.

65 Pierre Englebert & Denis Tull, « Contestation, négociation et résistance : L'État congolais au quotidien », Op. Cit. p. 13.

66 A. de Waal, « Mission without End? Peacekeeping in the Africa Political Marketplace», International Affairs, Vol. 85, n° 1, Janvier 2009, p. 99-113.

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à Kinshasa en 2011, dans le grand Kasaï en 2017-2018 et tout récemment à Beni jusqu'à nos jours.

Bien au-delà de la violence, la contestation fait également le quotidien de la classe politique congolaise. Les élections de 2006 ont été marquée par des grandes contestations. Celles de 2011 ont été également contestées et hautement controversée. En 2018, la République démocratique du Congo a connu aussi un moment électoral avec des résultats extrêmement contestés. Comme on peut le remarquer, la République démocratique du Congo sort régulièrement de chaque période électorale sous le choc, difficile jusqu'alors de réparer les déchirures sociales et la pénurie de la confiance engendrée dans différents scrutins.

Au regard de ce qui précède, il reste donc à s'interroger sur les vraies causes de ces contestations qui sont quasi permanentes. Sont-elles la résultante de l'instabilité l'insécurités grandissante ou de dynamiques historiques de plus long terme ? Sont-elles dans la continuité des logiques et pratiques politiques sur lesquelles repose l'État congolais à travers les mécanismes de négociation ?

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