WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Impacts des conflits liés à  la mobilité pastorale sur le développement et la gouvernance dans la province du Mayo-Kebbi ouest (Tchad)


par Souleymane ALI SALEH
Université de Dschang - Master en Science Politique, spécialité Gouvernance Locale, Décentralisation et Développement  2020
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

CONCLUSION DU CHAPITRE II

À l'issu de ce chapitre, nous pouvons conclure que la mauvaise gouvernance affecte très négativement les conflits liés à la mobilité pastorale au point d'être un élément aggravateur de ceux-ci. Cette mauvaise gouvernance dans la gestion des conflits à la mobilité pastorale se manifeste par la non-maitrise des acteurs en présence par les autorités administratives, civiles et militaires, la corruption, les fortes amendes lors de règlement des litiges et en fin par la pluralité des instruments juridiques de la gestion de ces conflits. C'est sont ces facteurs qui vouent à l'échec les efforts du gouvernement à travers leurs représentants qui sont les gouverneurs, les préfets et les sous-préfets qui essayent bien que mal à restaurer un climat de paix et de quiétude pour les populations. La plupart des gouverneurs nommés dans la province ont pour priorité de leur feuille de route la sécurité des personnes et de leurs biens. Pour mettre terme aux impacts négatifs des conflits liés à la mobilité pastorale dans la province qui prennent des nouvelles ampleurs depuis 2014 et instaurer une paix civile durable entre les communautés, il faut penser à des mesures profondes d'atténuation de ces impacts.

71

CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE

Au terme de cette partie, il apparait que les conflits liés à la mobilité pastorale ont d'innombrables impacts, négatifs pour la plupart dans la province du Mayo-Kebbi Ouest. Ces conflits impactent grandement et d'une manière négative le développement et la gouvernance de ladite province. En parlant des impacts économiques de ces conflits, on peut retenir la destruction de l'environnement et plus particulièrement des champs en ce qui concerne l'agriculture. En ce qui concerne l'élevage, on peut retenir les crimes et cruautés sur les animaux de la part des agriculteurs et la détérioration des termes d'échange entre les agriculteurs et les éleveurs qui sont les bases de l'économie de la province. On peut y ajouter les impacts sociaux tels que la mise en mal de la sécurité des personnes et de leurs biens et la désorganisation sociale des pasteurs. S'agissant des impacts de la mauvaise gouvernance, le moins qu'on puisse dire est que les conflits liés à la mobilité pastorale sont maintenues et alimentés par les autorités administratives, civiles et militaires. La corruption, les fortes amendes lors de règlement des litiges et la pluralité des instruments juridiques sont les canaux par lesquels ces conflits sont maintenus et alimentés. On y voit un manque de volonté de la part du gouvernement d'appuyer les initiatives ayant pour but de diminuer ces conflits. Tous ces impacts ont maintenu et continuent de maintenir la province dans un marasme économique. Pour finir avec ces conflits et propulser un développement économique à l'attente des populations, il faut aller à la base et proposer des mesures d'atténuation originales prenant en compte les aspirations des populations. Alors, quels seraient ces mesures ? C'est la question qui nous conduira à analyser dans la seconde partie de notre mémoire les mesures d'atténuation des conflits liés à la mobilité pastorale dans la province du Mayo-Kebbi Ouest.

SECONDE PARTIE :

LES MESURES D'ATTÉNUATION DES

IMPACTS DES CONFLITS LIÉS À LA

MOBILITÉ PASTORALE

72

73

Les conflits à la mobilité pastorale au Tchad ne datent pas d'aujourd'hui, ils ont existé avant même que le Tchad n'accède à l'indépendance. C'est dans le souci de les atténuer que le Premier Ministre d'alors Ngarta Tombalbaye avait promulgué la loi n° 4 du 31 octobre 1959 portant réglementation du nomadisme et de la transhumance en République du Tchad. Ils ont été évoqués lors de la Conférence Nationale de 1993 et des deux Forums Nationaux Inclusifs respectivement en 2018 et 2020 pour que le gouvernement prenne des mesures pour les diminuer mais ces conflits existent et continuent d'endeuiller des familles jusqu'à présent. Dans cette seconde partie de notre thème nous essayerons de proposer des mesures concrètes pour atténuer les impacts économiques, environnementaux, sociaux et sécuritaires de ces conflits dans la province du Mayo-Kebbi Ouest. Ces mesures seront d'abord au niveau de l'Etat central (Chapitre III) et en suite dans la perspective de la décentralisation c'est-à-dire dans les Collectivités Autonomes (Chapitre IV).

LES MESURES D'ATTÉNUATION DES

IMPACTS DES CONFLITS LIÉS À LA

MOBILITÉ PASTORALE AU NIVEAU DE

L'ÉTAT

CHAPITRE III :

74

75

Garantir la sécurité aux personnes vivant sur son territoire et protéger leurs biens est une mission régalienne de l'Etat. La notion de sécurité des personnes et des biens se trouve incontestablement depuis quelques temps sous les feux de l'actualité, quand l'on songe par exemple aux textes adoptés dans ce domaine ces dernières années ou à l'ordonnance relative à l'état d'urgence à l'est du pays qui ont amené le gouvernement à faire référence à la « gravité des atteintes à la sécurité publique.» Ce discours a pris une ampleur exceptionnelle avec les dernières attaques des rebelles du FACT (Front pour l'Alternance et la Concorde au Tchad). Toutefois, cette notion n'a rien de nouveau contrairement à celle de la sécurité juridique par exemple.108 Face à la montée en puissance du phénomène des conflits liés à la mobilité pastorale, l'Etat doit prendre des mesures pour faire face à ces derniers. Pour y arriver, l'Etat peut dans un premier temps soutenir une gestion consensuelle et décentralisée de l'espace agropastoral et des conflits (Section 1) et dans un second temps, compte tenu de la multitude d'acteurs qui interviennent dans l'application des textes dans le monde rural, déterminer le champ d'intervention exact de ces derniers (Section 2).

SECTION 1 : SOUTENIR UNE GESTION CONSENSUELLE ET DÉCENTRALISÉE DE L'ESPACE AGROPASTORAL ET DES CONFLITS

Dans la gestion des conflits liés à la mobilité pastorale, l'Etat est responsable de tout et de rien. Autrement dit, il est présent dans toutes les phases de règlement de ces conflits mais apporte rarement satisfaction aux parties lésées. L'Etat doit transférer certaines compétences aux Collectivités Autonomes pour aller un peu plus loin dans le processus de décentralisation enclenché. Pour prévenir et mieux gérer les conflits liés à la mobilité pastorale, l'Etat doit accompagner un zonage de l'espace (Paragraphe I) dont la compétence reviendrait aux Collectivités Autonomes avec une forte participation de la population et privilégier une gestion consensuelle de ces conflits (Paragraphe II) qui peut être facilité par les chefs traditionnels et coutumiers.

108 JACQUINOT (Nathalie), Le juge administratif et la sécurité des personnes et des biens, in : Qu'en est-il de la sécurité des personnes et des biens ? Mutations des Normes Juridiques n° 7, Presses de l'Université de Toulouse 1 Capitole, 2008, p. 92.

76

PARAGRAPHE I : LE ZONAGE DE L'ESPACE

L'Etat tchadien doit faire du zonage un principe majeur de la gestion de l'espace pour mieux prévenir les conflits liés à la mobilité pastorale. Le zonage est une technique qui permettra de lutter très efficacement contre les conflits agriculteurs et éleveurs, mais malheureusement l'Etat ne fait rien dans ce sens. Les chefs de canton, les chefs de village et les chefs de terre essayent bien que mal à zoner leurs territoires de compétence respectives pour lutter contre ces conflits. Avant de voir la nécessité d'impliquer les populations dans le zonage, (B) nous mettrons un accent particulier sur la consistance du zonage (A).

A. Consistance du zonage

Le zonage dont il sera question dans le cadre des conflits liés à la mobilité pastorale consiste à découper la terre en portions exclusivement affectées soit à l'élevage soit à l'agriculture. Il reste une stratégie importante à la fois pour la sécurisation des activités pastorales et agricoles et pour la prévention des conflits entre les agriculteurs et les éleveurs. Dans de nombreux pays en Afrique109 où les deux activités sont les principaux maillons de l'économie, l'approche de zonage s'est avérée un passage obligé dans la recherche d'un consensus autour du partage de l'espace, bien que les facettes et les degrés de réussite sont différentes. Nous proposons une approche différente de celle du Burkina Faso qui a objectif de sédentariser les pasteurs en créant des zones spécifiques à l'élevage à l'exemple celle de Doubégué. Convaincu des avantages de la mobilité pour les animaux au Tchad et compte tenu des aléas climatiques, le zonage que nous proposons a pour objectif de lutter contre les conflits en déterminant des zones spécifiques à l'élevage et à l'agriculture pendant la saison pluvieuse. Ces secteurs doivent cohabiter et être complémentaires mais la séparation de l'agriculture et de l'élevage n'est pas une solution viable.110

Dans une perspective strictement pastorale, l'utilité du zonage se manifeste notamment en saison des pluies, pendant le cycle végétatif des cultures pluviales. L'existence des espaces complètement libres d'implantation de champs est une condition nécessaire pour assurer une alimentation rationnelle, libre de tout stress, et pour ainsi atteindre les paramètres zootechniques souhaités. En même temps, l'existence de ces espaces garantit que le bétail

109 La République Centrafricaine est l'un des premiers pays en Afrique à adopter le système de zonage avant qu'elle n'accède à l'indépendance.

110 ELODIE (Robert), Les zones pastorales comme solutions aux conflits agriculteurs/pasteurs au Burkina Faso : l'exemple de la zone pastorale de la Boubégué, Dynamiques des campagnes tropicales Cahiers d'Outre-Mer, n° 249, Janvier-Mars 2010, pp. 50-51.

77

reste, pendant cette période, à l'écart des zones de cultures, pouvant ainsi permettre à celles-ci de finir leur cycle sans perturbations en termes de dégâts par le bétail.

En saison sèche, le problème se pose un peu différemment. Les animaux sont attirés aussi par les zones agricoles du fait des réserves pastorales dans les bas-fonds, de l'accès aux points d'eau permanents, le pâturage post-récolte des champs etc. Dans la région du Mayo-Kebbi Ouest, c'est sont les cultures de contre-saisons, autrement dit la culture pluriannuelle du sorgho et du manioc qui s'oppose à l'ouverture des zones agricoles aux troupeaux pendant la saison sèche mais avec une réelle implication des populations, cette difficulté peut facilement être surmontée.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit"   Aristote