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Problématique des valeurs culturelles lega face à  la modernité. mythe ou réalité. cas de l'idego de 1996 à  2020


par SABUKAKA DEROSE SABUNI
ISP- Kalima - Graduat 2020
  

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2.2. POUR LE DEUIL ET LES RITES DE DEUIL

Tout homme est mortel. Le Mulega- peuple de l'Est de la RDC définit bien cette fatalité à travers un dicton traduit en français « personne ne vivra éternellement sur la terre ». Toutefois que la mort intervient, tout naturellement elle ne laisse pas indifférents les membres de la communauté dont faisait partie le défunt. Elle suscite sans nul doute la douleur, la souffrance ou l'angoisse chez les proches et les survivants. C'est la confirmation de l'origine du deuil, du latin « dol » signifiant souffrance, affliction. Comme Millet36(*) en fait état, le deuil se manifeste à la fois par les signes extérieurs de la souffrance ressentie, consacrés par l'usage (port de vêtements, normes de comportement), les pratiques et les rites accompagnant le décès (conduite de deuil) et la perte elle-même (deuil d'un membre de famille). Ngo NyembWisman37(*) écrit que les deuils sont des lieux d'expressions diverses, de rapports sociaux, de logiques de milieux et de représentations dont les deux moteurs sont les croyances et les pratiques locales séculaires. Le sens attribué au deuil décrit moins l'événementlui-même (dont le mot approprié est mort, décès, disparition ou perte) que la relation entre cette perte et une personne subissant le deuil, relation menant parfois à un véritable statut (être en deuil). Dans cette perspective, il est recommandable de lire notamment HanusBacque38(*) pour les termes utilisés en circonstance de deuil : grief au sens de tristesse douloureuse, mouning au sens de deuil social et Bereavment au sens de situation objective de deuil.

Il est vrai que l'organisation ou le déroulement du deuil varie selon les coutumes et les culturesdes peuples, comme le reconnait Ngo NyembWisman lorsqu'il écrit que les rites funéraires ne sont ni identiques, ni homogènes d'une société à l'autre et, d'autre part Millet qui souligne que l'état de deuil impose un comportement, des actes, des pratiques et rites selon des normes de la société et/ou du microcosme familial. Le Mulega, du reste comme tous les autres peuples, sont émus par le deuil. Ceci s'observe, se traduit ou s'exprime dans la symbolique, la sémiotique et les discours. Et, malgré le mixage culturel consécutif à la cohabitation et au voisinage avec les autres peuples ainsi que la modernité qui n'ont pas épargné l'édulcoration de la culture lega en matière de la mort et du deuil, il reste encore des éléments faisant la différence des rites de deuil et de mort chez les Lega.

Par rapport à la symbolique lega de la mort, la société lega fonde sa croyance cosmogonique sur une synergie des relations et des forces entre des êtres immortels, qui vivent dans un monde immatériel, invisible, et des êtres mortels, vivant dans un monde matériel, visible. Elle la fonde aussi sur une croyance que lega, chef de file du peuple Lega vivant dans le monde visible, vit pourtant à califourchon entre les deux mondes. Selon des récits mythiques Lega sur l'origine de la mort, la mort est un phénomène qui se vit comme un destin humain fixé par « Kalaga ou Kenkonga » en français « Dieu ». Ce dernier est, dans la cosmogonie Lega, reconnu comme la source de la vie et de la mort. Dans le monde invisible où vit Kalaga vivent également les esprits, donc des esprits divinisés, de dimension tribale. Ce sont de grands esprits et ils sont comme tels à cause de leur valeur historico-sociale. Ils continuent à être en relation avec leurs familles.

Ensuite dans le monde invisible se trouvent aussi les esprits claniques. Chaque clan a son esprit protecteur. Il s'agit des ancêtres de clans ou leurs fondateurs. Ils sont invoqués pour les besoins de chaque clan. Enfin, viennent les Mizimu. Il s'agit d'un ensemble des mânes des ancêtres de famille auréolés par Kenkonga : ils le sont en raison forcement des biens dominants qu'ils ont réalisés pendant leur séjour dans le monde visible. C'est dans cette perspective que les esprits, les Mizimu ne sont pas neutres. De temps à autre, ils viennent dans leurs familles humaines et partagent leurs repas, quoique de façon symbolique. Ils sont au courant des événements familiaux et y prennent intérêt. Lorsqu'ils apparaissent, en général aux personnes âgées, ils sont reconnus par leurs noms comme tel ; ils s'informent des affaires de la famille et parfois même avertissent un danger imminent ou réprimandent ceux qui n'ont pas obéi à leurs instructions. Ce sont eux les gardiens de la tradition, de l'éthique, de la coutumeet des activités familiales. Toute faute commise dans l'un de ces domaines est en fin de compte une faute commise contre les ancêtres qui, en cette qualité, agissent comme la police invisible de la famille et de la communauté. En revanche, les morts qui ont passé leur vie dans le monde visible à faire du mal sont déchus par Kalaga lorsqu'ils passent dans le monde invisible, se contentant de nuire aux humains dans le monde visible. Ces deux cas, celui d'élévation au rang d'ancêtres auréolés ou d'ancêtres déchus, laissent apparaitre au grand jour que, dans le monde invisible, les morts récoltent ce qu'ils ont semé comme bien ou mal pendant leur séjour terrestre. Les hommes vivent dans le monde visible et sont condamnés à mourir et personne ne peut y échapper. La mort est en tout cas la seule voie possible pour passer du monde visible au monde invisible. C'est ainsi que lorsque quelqu'un meurt, pour le Mulega c'est une continuité de la vie dans l'au-delà, car en mourant, seul le corps périt et disparait.

Les concepts de deuil et rite, quoiqu'apparemment familiers, ne signifient pas forcement et exactement ce que le commun des mortels en sait. Albert de Surgy39(*) rapporte : « le mot de deuil désigne aussi bien le douloureux désarroide celui qui vient de perdre un des ses proches que, de façon plus objective, l'ensemble des mesures par lesquelles la société en prend acte et dirige l'expression ». Pour Millet, le deuil n'est que la réaction des hommes devant la disparition d'un être cher ou d'un membre du groupe. Au regard de ces définitions, le deuil se présente à la fois comme un phénomène social, psychologique ou un état d'esprit et un événement social. Toutefois, la définition de Bourgeois40(*) semble plus précise. Pour lui, le « deuil désigne tout à la fois la perte d'un parent, d'un proche, d'un être cher et la tristesse profonde causée par ce malheur, ainsi que du temps de deuil, ses manifestations extérieures et ses rituels, et le processus psychologique évolutif consécutif ou au travail du deuil ».

Cette définition donne une idée sur les différentes manifestations du deuil. En fait, trois conditions s'imposent avant de parler véritablement du deuil. Primo, nous sommes en deuil, chaque fois qu'un parent proche disparait et les réactions qui s'en suivent en fonction des normes ou traditions sociales, devant cette perte. Secundo, « nous portons le deuil », dès l'instant que la perte de l'êtreprécieux est manifestée à travers quelques signes distinctifs diversifiés qui ont la particularité de se distinguer d'un groupe à un autre, voir d'un cadre culturel à un autre. Il peut s'agir d'un changement vestimentaire et stylistique catégorique (pour du noir, coiffure spéciale par exemple), du saupoudrage du visage et de la charpente corporelle, du silence imposé, d'une retraite momentanée. Tertio, « nous faisons le deuil » dès que nous reconnaissons le décès et décidons de mettre en oeuvre un ensemble des moyens matériels et symboliques nécessaires pour faciliter la rupture afin de retrouver le goûtde vivre.

C'est ce moment déterminant de la vie de l'individu appelé le jargon psychanalytique, et même anthropologique, « le travail de deuil »41(*).En effet, comme le plus souvent le deuil appelle à l'observance de certains rites, il est alors important de savoir également ce que c'est qu'un rite.Le rite (du latin ritus) est un terme qui, dans son acception originelle, signifie : forme légale, usage, habitude, coutume, moeurs, manière, usage sacré, formes religieuses, etc.

Il renvoie aussi à ritualis, adjectif et substantif masculin que l'on peut traduire par : qui concerne les rites et les rituels. Mais, en fait, pour avoir une idée exacte de l'action rituelle, il est nécessaire de se référer à l'anthropologie qui, plus que toute autre discipline des sciences humaines, s'est intéressée davantage au rite, au profane et/ou au sacré, ponctuant la vie de l'individu depuis la naissance jusqu'à la mort et même au-delà42(*).Thomas pense que « le rite invente la mise en scène qui déplace le centre de gravité des funérailles de la personne du mort et des deuilleurs affligés vers la collectivité rassemblée. L'attention est peu à peu détournée de la mort réelle, inacceptable dans sa dimension individuelle et affective, pour se hisser au plan symbolique où la mort annonce un surplus de vie qui va renforcer la cohésion du groupe ».

Pour le Mulega ordinaire, le rituel varie selon qu'il s'agit d'un homme marié, d'une femme mariée, d'un adulte célibataire ou d'un enfant. Pour toutes ces catégories, les rites s'étalent de l'annonce, la toilette du cadavre, l'enterrement, la levée de deuil, la purification et les indemnisations.

La mort comme un fait naturel à tout être humain. Dans la culture lega, toute mort aune cause, soit la sorcellerie qui s'explique par les accidents occasionnés, modification morphologique de membres ou longue maladie, l'imprudence des membres. Ce qui revient à dire que pendant la grossesse, le vagabondage sexuel est interdit entre la femme et son époux et certain aliments pour la protection de la femme et de l'enfant durant l'accouchement, une fois les règles sont violées, si la mort intervient un groupement familial sera inquiété.

Plusieurs cas de morts se présentent chez les Balega, à chaque cas convient sa manière de traitement lors d'indemnisation. En général, ce sont les oncles maternels qui sont bénéficiaires de l'indemnisation à l'occasion du décès de leur neveu. La remise des biens matériels et symboliques, est, en grande partie systématiquement prévus par la tradition Lega. Un éventail des cas se présente. Parmi ces cas on cite :

· Cas du décès situé entre la naissance jusqu'à l'apparition des dents (Kalenge), la coutume lega avait pris des dispositions suivantes :

- Pas de pleur

- L'indemnisation est nulle

- L'enterrement de la dépouille mortelle se fait par les sages-femmes

- Toutes les cérémonies de deuil ne sont pas obligatoires, d'autres cas de même espèce s'ajoutent et rentrent dans la catégorie des décès non indemnisables. Il s'agit :

- D'un albinos, militaire mort en guerre, épileptique,....

· Du premier mort survenu au sein de la famille, il peut être l'aîné, le premier né ou le puiné. Dans ce cas, la valeur de biens prévus pour l'indemnisation se donne en partie. Ce genre du traitement chez lesBalega est souvent comme cas exceptionnel ou particulier.

· Pour le cas général, c'est-à-dire qui respecte toutes les dispositions établies par la coutume lega, cas concernant les hommes et femmes adultes et valides, dotées de toutes les qualités physiques et mentales, la tradition et les rites funéraires lega ont prévu des étapes à suivre de l'annonce à l'enterrement de la dépouille mortelle jusqu'à l'étape des indemnisations.

· L'indemnisation d'une femme mariée : le bénéficier en titre principal est le groupement familial du père de la défunte, les autres membres attachés au cadavre sont des bénéficiaires secondaires.

D'après les informations en notre possession, la cérémonie d'indemnisation de cadavre se fait en deux grandes étapes que les balega intitulent MIBULOBULO (première partie) et IDEGO (la seconde partie). Cette dernière est plus spécifique et coûteuse que la première.

DU RITE DE DEUIL APPELE  « MIBULOBULO »

Le Mibulobulo est la ration ou la pitance à offrir à tous ceux qui considéraient le défunt comme leur neveu ou proche. Un adage lega traduit bien cette pratique funéraire : « zamisongazikuliagabaringi banzela», Parce que, selon Véronique MatemngoTonle43(*), la mort d'un individu suscite, chez ses proches, prioritairement ceux qui lui sont liés par la filiation, la collatéralité et l'affinité, un ensemble de cérémonies. Désigné par le terme deuil, cet ensemble de cérémonies se manifeste de façons diverses selon les cultures. Si en occident, le deuil tend à être comme un fait privé, en Afrique au sud du Sahara, il est perçu comme une entreprise collective mobilisant de nombreux individus en vue de sa réalisation.En plus des membres de la parenté, le deuil rassemble d'autres individus prévenus et disponibles, tels les voisins du lieu de résidencedu défunt comme ceux du lieu de l'enterrement, des membres des diverses associations auxquelles il adhérait, ses amis.

Le Mibulobulo est donc, selon SumailiDunia44(*), un repas d'adieu et de deuil. Il faut dire que le Mulega ne considère pas ce qui est servi à la fin des allocutions comme repas en raison, notamment, du fait que cette nourriture est un repas de deuil. Elle est prise non pas dans une circonstance heureuse, mais plutôt malheureuse. Toutefois, cette nourriture était servie traditionnellement en nature. Cette pitance alimentaire, assure, pensait-on, le bon voyage du défunt dans l'au-delà et permet de réconforter les différents liens entre les survivants. Au cours de ce repas, en particulier, et de toutes les cérémonies, en général, ce sont les gendres du clan éprouvé qui constituent la colonne vertébrale du service de protocole. De manière générale, les gens sont protocolairement rangés selon l'ordre de préséance suivant : les neveux(Bangubangu), les parentèles à blague (batani), les veilleurs, les gendres et les voisins (bilongo) et les autres citoyens. Le Mibulobulo est, en substance, constitué de l'ibangansinda, du mbembe, d'une chèvre, d'une corbeille d'arachides, d'un panier de paddy ou de farine de manioc, d'une bouteille d'huile, d'un paquet de sel, un régime de banane (mutengowigoma). Cette pitance se donne sans délai notamment après les trois jours de deuil.

* 36 P. Millet, « Le deuil », Université de Franche-Comté, Québec, 2006, p.14

* 37 M-C Ngo NyembWisman, les rites funéraires dans la tribu Bassa au Cameroun: entre tradition et modernité, Université Catholique de Louvain La Neuve, Faculté des sciences économiques et politiques, unité de sciences politiques et sociales (sd)

* 38 M. Hanus et M-F Bacque, cités par Millet, Ed Laroche, Paris, 1998

* 39Albert de Surgy(1989) cité par C-A Angoué, « le retrait de deuil : déconstruction du système de don et contre-don dans les patrilignages du Nord et Nord-est du Gabon, in Annales de l'Université Omar Bongo, n°11, 2005, p. 266

* 40 M. L Bourgeois, Le deuil, clinique et pathologie, Paris, PUF, 1996 ;

* 41 L-V. Thomas, Rites de mort, Paris, Fayard, 1985, p.71

* 42L-V. Thomas, La mort africaine, Paris, Payot, 1982, p. 248

* 43Véronique MatemngoTonle, Gestion des conflits dans le deuil au prisme des négociations, transactions sociales et compromis : le cas du deuil d'un roturier chez les Bamileké de l'Ouest du Cameroun, Thèse doctorale, Sociologie et Ethnologie, Université de Strasbourg, 2017.

* 44SumailiDunia, la mort et le deuil chez les bavira,  in Etudes africaines, n° 212, 2015, p. 24

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"Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années"   Corneille