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La République tchèque : analyse de son "retour à l'Europe"


par Audrey Arnoult
Université Lyon 2 - Master 2 en Sciences de l'Information et de la Communication 2007
  

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2. La question des Sudètes74(*) : une « reformulation » de l'identité

La question des Sudètes est un problème majeur qui a traversé l'histoire des pays tchèques au XXème siècle. Aujourd'hui encore, elle suscite des débats réactivés notamment au moment de l'intégration de la République tchèque dans l'UE. Nous utiliserons principalement des articles écrits par Anne Bazin, spécialiste de la question des relations germano-tchèques, afin de comprendre le rapport qu'entretiennent ces deux nations et comment son influence sur l'intégration européenne. Avec la création de la Tchécoslovaquie, Tchèques et Allemands coexistent à nouveau sur un même territoire mais dans une configuration différente de celle de l'Empire des Habsbourg dans la mesure où les Tchèques sont désormais majoritaires. La cohabitation est plutôt pacifique, même si certains allemands n'acceptent pas leur situation et souhaitent être rattachés à l'Allemagne. La signature des Accords de Munich en septembre 1938 marque un premier tournant dans les relations entre les deux communautés. La région des Sudètes est alors rattachée au Reich ce qui implique l'expulsion des Tchèques vivant sur ce territoire. Une période de l'histoire commune entre Tchèques et Allemands s'achève (cf. Annexe n°5). A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la Tchécoslovaquie retrouve ses frontières de 1938, y compris le territoire des Sudètes. Par un décret, le Président Bene décide l'expulsion de tous les Allemands de Tchécoslovaquie75(*) privant ainsi les Tchèques de « ce miroir allemand qui a servi à modeler une pensée et une image propre, une opposition et une réaction »76(*).

Pendant la Guerre Froide, les relations entre les deux pays sont réduites mais en 1989, la question allemande apparaît à nouveau sur la scène politique. La réunification allemande et la mise en place d'un régime démocratique en Tchécoslovaquie créent un contexte favorable à une normalisation des relations entre les deux pays. Malgré une reprise rapide des échanges économiques, les contentieux politiques ressurgissent et gênent les relations entre les deux pays. Dès la fin 1989, un lobby radical défendant les intérêts politiques des Sudètes en Allemagne ne cesse de présenter des revendications au gouvernement tchécoslovaque77(*). Si au cours des années 1990, plusieurs traités bilatéraux sont signés dans l'espoir d'une réconciliation entre les deux pays, le processus de normalisation est relativement lent. Le 21 janvier 1997, une étape symbolique est franchie dans le rapprochement entre les deux pays, avec la signature d'une déclaration commune. Tchèques et Allemands y reconnaissent leurs torts respectifs dans les événements survenus entre 1938 et 1945 et promettent de mettre fin aux revendications politiques et juridiques portant sur les questions du passé78(*). Néanmoins, la portée de cette déclaration, plusieurs fois remise en cause79(*), doit être relativisée.

La question des Sudètes, officiellement close depuis la signature de la déclaration commune en 1997, a eu un impact considérable sur les relations germano-tchèques au cours du XXème siècle. Elle doit être replacée dans le cadre plus large de l'intégration européenne. Malgré les avancées aux niveaux politique et juridique, il existe un décalage entre l'opinion publique et les dirigeants politiques, ceux-ci étant prêts à pardonner contrairement à la population tchèque80(*). Ce décalage est intéressant dans la mesure où il signifie que les Tchèques conservent une certaine représentation de l'Allemagne. Dans leur imaginaire, ce pays est associé à l' « Autre », à l'Ennemi. Cette représentation peut peser dans la façon dont ils appréhendent l'entrée dans l'UE, celle-ci impliquant une nouvelle cohabitation entre les deux communautés. De plus, certains partis politiques tchèques, comme l'ODS, instrumentalisent cette question et dénoncent les dangers d'une dérive germanique de l'Union. C'est pourquoi, il sera intéressant dans notre analyse de prêter attention à la figure de l'Allemagne dans les discours médiatiques.

* 74 Le terme « Sudètes » est apparu dans les années 20 pour désigner les Allemands vivant dans les régions frontalières de Bohême, Moravie et Silésie. Il a ensuite été généralisé à tous les Allemands vivant en Tchécoslovaquie.

* 75 Au total, ce sont presque 2,5 millions d'Allemands qui quittent le territoire tchécoslovaque car ils étaient considérés aux yeux des dirigeants politiques tchèques comme coupables d'avoir soutenu l'Allemagne nazie.

* 76 MARES, [1992], p. 74

* 77 Parmi ces revendications, nous trouvons le droit au retour qui permettrait aux Allemands expulsés de revenir sur le territoire tchèque, l'indemnisation des victimes des expulsions, la restitution des biens qui ont été confisqués suite aux décrets Benes en 1945 et l'abrogation des décrets Benes.

* 78 BAZIN, Anne, « Tchèques et Allemands sur la voie d'une difficile réconciliation », Relations internationales et stratégiques, n°26, été 1997, p. 162-163

* 79 En 1999, le Parlement européen a demandé au gouvernement tchèque d'abroger les décrets Benes à l'initiative de la CSU ; en 2002, la question prend une dimension européenne puisque l'Autriche, la Hongrie et l'Allemagne se demandent si les décrets Benes peuvent être un obstacle juridique à l'entrée de la République tchèque dans l'UE dans BAZIN, Anne, « Allemagne-République tchèque : les résurgences du passé », Le Courrier des pays de l'Est, n°1049, mai-juin 2005, p. 50.

* 80 En 1989, V. Havel, président de la République tchèque présente ses excuses à l'Allemagne en condamnant l'expulsion des Allemands de Tchécoslovaquie dans l'après guerre, un geste que n'a pas compris la population tchèque.

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