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La République tchèque : analyse de son "retour à l'Europe"

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par Audrey Arnoult
Université Lyon 2 - Master 2 en Sciences de l'Information et de la Communication 2007
  

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2. Le rôle des Éveilleurs dans l'éveil de la conscience nationale tchèque

Le terme « Éveilleurs» est employé pour désigner les intellectuels qui ont participé à l'éveil de la conscience nationale et contribué à renforcer la culture tchèque relativement appauvrie à la fin du XVIIIème siècle. Les idées et les théories qu'ils ont émises au XIXème siècle sur la question de l'identité tchèque constituent le socle de la pensée politique tchèque. Afin de comprendre le regard que portent les dirigeants politiques du XXème et XXIème siècles sur leur pays et sur la place de leur nation en Europe, il convient d'évoquer les idées diffusées par cette intelligentsia.

a) Une élite populaire

Bruno Drwêski souligne que « l'identité tchèque a des origines sociales particulières »49(*). Contrairement à la Pologne ou à la Hongrie, ce n'est pas la noblesse tchèque qui est à l'origine de l'éveil de la conscience nationale, mais une intelligentsia issue des couches populaires. En effet, la plupart des Éveilleurs étaient des fils d'artisans ou de paysans qui ont donc « eu une mission spéciale puisqu'ils ont tenu dans cette société la place d'une bourgeoisie et de classe moyenne qui n'existait pas »50(*). Ils se sont sentis investis d'un rôle particulier et le fait qu'ils soient peu nombreux a contribué à renforcer leur sentiment de responsabilité envers la nation. Cette précision permet de comprendre le statut dont jouissent encore aujourd'hui les intellectuels tchèques dans la société et notamment dans la vie politique.

b) Joseph Jungmann et Frantiek Palacký : deux figures importantes dans l'histoire de la nation tchèque

Le philologue Joseph Jungmann (1773-1847) est l'un des éveilleurs les plus connus. Fils d'un tailleur, il exerce comme enseignant en province avant de devenir professeur à Prague. Il définit l'identité nationale par la pratique linguistique : « la langue, la nation, la patrie, sont la même chose »51(*). Il y a donc deux nations en Bohême : la nation allemande et la nation tchèque. Il est également connu pour son dictionnaire tchèque-allemand qui marque l'accession de la langue tchèque au rang des langues « nobles ». Les différents intellectuels qui ont contribué à l'élaboration de cet ouvrage ont créé une terminologie tchèque pour diverses disciplines scientifiques.

Le second éveilleur à l'oeuvre considérable est Frantiek Palacký (1798-1876). Fils d'instituteur, il fait ses études dans une école évangélique puis devient éditeur dans la Société royale des sciences tchèques. A. Mares le qualifie de « théoricien du réveil national »52(*) puisqu'il est à l'origine, en 1827, de la première revue scientifique tchèque. En outre, il fonde en janvier 1831 la Matica ceska, une association dont le but est de publier des livres en langue tchèque donc de préserver la littérature nationale. F. Palacký est également connu pour son ouvrage intitulé Histoire des Tchèques de Bohême et de Moravie. Même si sa conception de l'histoire tchèque n'est pas toujours très juste, cet ouvrage revêt une importance considérable car il constitue la première tentative historiographique en langue tchèque. Selon lui, l'histoire du peuple tchèque est celle d'un conflit avec la nation allemande, un conflit qui opposerait des Tchèques par nature démocrates à des Allemands barbares53(*). Nous voyons donc la place que revêt la figure de l'Autre, l'ennemi, dans l'histoire d'une nation. La réalité est plus nuancée mais dans le contexte du XIXème siècle, F. Palacký a réussi à imposer une certaine vision du peuple tchèque qui a marqué durablement les esprits.

* 49 DRWÊSKI, Bruno, « Les identités sociales » dans Delapierriere, Maria ; Lory, Bernard et Mares, Antoine (dir), [2005], p. 267

* 50 MICHEL, [1995], p. 154

* 51 JUNGMANN, Joseph cité par Mares, Antoine, Histoire des pays tchèques et slovaque, Paris, Editions Perrin, 2005, p. 250

* 52 MARES, [2005], p. 252

* 53 Extrait de l'ouvrage de F. Palacký, cité par MICHEL, [1995], p. 72 : « Le principal contenu et le courant fondamental de l'histoire des Tchèques et des Moraves est, comme nous l'avons déjà souligné, les relations et les querelles du monde slave avec le monde romain et allemand, et comme le monde romain n'avait pas de rapport direct avec les Tchèques mais seulement par l'intermédiaire des Allemands, on peut dire aussi que l'histoire tchèque est fondée essentiellement sur le conflit avec l'Allemagne ».

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