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Le traitement médiatique de l'anorexie mentale, entre presse d'information générale et presse magazine de santé

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par Audrey Arnoult
 - Institut d'Etudes Politiques de Lyon 2006
  

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Le comportement de Catherine était connu des autorités ecclésiastiques et elle fut convoquée à Florence pour se justifier devant une commission de l'Eglise. Elle convainquit les représentants de l'Eglise que son comportement était juste. Néanmoins, le pape décida de lui attribuer un nouveau confesseur, Raymond de Capoue dont la mission consistait, comme pour les précédents, à la surveiller.

Toujours sujette aux accusations de ses ennemis, Catherine se remit à manger pendant un temps. R. de Capoue souhaitait faire cesser les rumeurs d'éventuelles possessions démoniaques mais il n'était pas complètement convaincu non plus de l'élection divine de Catherine. Cependant, il lui conseilla d'ignorer ses ennemis et d'abandonner son mode d'alimentation. Finalement, grâce à sa conviction, elle réussit peu à peu à convaincre les gens qu'elle n'était pas possédée par le démon. Elle fut canonisée en1461 et reconnue Docteur de l'Eglise en 1970 par Paul VI.

Peu de temps après la mort de Catherine, R. de Capoue rédigea la biographie de la jeune femme. Le livre fut rapidement publié et eut un très grand succès : de plus en plus de jeunes filles suivaient l'exemple de Catherine de Sienne ce qui conduit R. Bell a parler d' « un exemple désormais classique d'expression religieuse féminine »68(*). Face à cet engouement, les hommes d'Eglise furent de plus en plus suspicieux et mirent en oeuvre des réformes afin de limiter ce type de comportement, l'une des raisons du déclin de l'anorexie sainte dont l'apogée est datée aux environs de 1500.

c) Le déclin de l'anorexie sainte

A travers l'anorexie sainte, la femme était valorisée : par sa volonté, elle s'unissait, se dévouait à Dieu endurant toutes les souffrances qu'il lui enjoignait de subir. Avec la Réforme, l'hypothèse d'une possession démoniaque resurgit ; les femmes anorexiques sont alors considérées comme folles, possédées ou hérétiques. Le nombre de comportements anorexiques baisse et les cas d'anorexie sainte rapportés deviennent rares.

Le refus des autorités religieuses de reconnaître le comportement de ces femmes comme de l'anorexie sainte, c'est-à-dire comme un moyen d'accéder à la sainteté, ouvre une brèche. Si Dieu n'est plus une explication plausible, le diable ne peut pas non plus être invoqué pour justifier des conduites de toutes ces femmes, relativement nombreuses. C'est la maladie qui va être avancée comme facteur explicatif mais, cela ne signifie pas pour autant que le comportement de ces femmes sorte du champ religieux. Cependant, ce recours à la maladie annonce en quelque sorte ce qui se jouera au XIXème siècle : l'entrée de l'anorexie dans le champ médical. A partir du XVIIème siècle, le chemin vers la sainteté est progressivement modifié : « les femmes attirées par des carrières de sainte ne furent plus intéressées par les mortifications et elles se tournèrent vers la charité, l'enseignement et les soins incessants, afin de pouvoir s'exprimer »69(*). La sainteté n'a progressivement plus aucun rapport avec l'anorexie qui glisse lentement d'un statut religieux vers un statut médical. Il faudra deux siècles pour que ce changement soit définitif.

* 68 Idem, p. 244.

* 69 BELL, [1994]. p. 252.

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