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Approche comparative de la conception des droits de l'homme dans la philosophe africaine et dans la philosophie politique contemporaine en occident

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par Julien Rajaoson
Sciences Po Grenoble - Master 2008
  

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II°) La Politique et la Métaphysique : les universaux comme source de pouvoir ?

Affranchi de tout rapport à l'Etre, l'utilisation du savoir scientifique et technologique est synonyme de soumission au savoir, car celui-ci a une emprise sur le réel et sur nous même218(*). D'après Heidegger, en prenant ses distances face à la pensée de l'Etre219(*), l'individu a perdu ce qui fait l'être-humain et s'interdit par ailleurs de concevoir l'Homme. Les expertises sur lesquelles nous avons coutume de nous rabattre lorsqu'un problème surgit, que ce soit dans les Etats du Nord ou du Sud, constituent une production de savoirs basés sur l'Etant220(*). De plus, elles compriment notre temporalité en s'attardant à décortiquer rigoureusement : un fait social particulier, un événement, un personnage historique, des mécanismes économiques ou institutionnels. Cette appréhension technique de la réalité est une manière de disposer de l'Etant, elle concerne également la philosophie politique contemporaine en Occident qui a opéré un « tournant pragmatique » en délaissant la métaphysique et donc la question de l'Etre avec sa tendance à l'universel. Il y a donc deux formes de pensée en jeu dans cette étape de la réflexion, l'une calculante221(*), et l'autre méditante222(*). Par la pensée calculante, on recherche comment, à l'échelle de l'individu ou d'un gouvernement, il est possible de faire plus et mieux, en peu de temps. Ce qui fait défaut à l'individu dans son rapport à l'époque contemporaine n'est pas la puissance qu'il a à sa disposition, mais un souci de maîtrise effective sur les choses qui lui sont extérieures ; idem pour les Etats nationaux qui tentent d'avoir une prise effective sur le cours de l'histoire contemporaine et à venir. Regardons brièvement la manière dont les capitales économiques d'Afrique223(*) s'insèrent dans la mondialisation : que ce soit par les villes portuaires pour Douala, par l'essor industriel pour Cotonou ou tout simplement par la tertiarisation qui a eu lieue à Johannesburg224(*).

Si nous devions donner des exemples concrets de cette pensée calculante à l'échelle individuelle et de l'ascendant que nous lui accordons spontanément de par notre système de valeur, prenons l'exemple des performances du chercheur en science et celles du cadre supérieur en commerce. Leurs apports matériels à la société civile est visible sur le plan empirique, tandis que des résultats d'ordre spirituels tels que le bien-être dû à la pensée méditante sera considéré comme futile faute d'expérimentation. Or, l'action individuelle peut-elle se concevoir uniquement sous la logique de la rentabilité pour être conforme aux exigences de l'époque contemporaine ? En quoi cette finalité pratique répond-elle aux problématiques relatives à la conception de l'Homme ?

Cette pensée calculante exige que l'on sacrifie une part importante de notre propre nature225(*), dans la mesure où elle fait perdre le sens de la modération et de la tempérance. Que faisons-nous pour rester en forme et accroître nos performances ? Nous consommons à cet effet, des drogues, du tabac, de l'alcool ainsi que des boissons énergisantes. On peut déjà raisonnablement affirmer que cette pensée nous exhorte à ignorer des règles de diététique nécessaires pour notre santé226(*), afin de répondre à la logique concurrentielle instituée. De plus, dans notre mode de vie actuel nous sommes constamment sollicités de sorte que l'on ne puisse pas méditer227(*). Les seuls moments éventuels où nous pouvons nous retrouver face à soi, se situent dans l'intimité de notre sphère privée, où l'acte de méditation peut-être mis en concurrence avec un autre rapport à l'Etre, celui de la transcendance révélée228(*) à laquelle l'individu se trouve également en position de soumission symbolique. Par contre, la sérénité au sens où l'entend Heidegger est un mode d'être, une tranquillité spirituelle et ontologique distinct de la sphère morale, du cognitif et du fait religieux ; elle désigne un mode de recueillement en lien avec le transcendant : « La transcendance est premièrement la relation qui, partant de l'étant et grimpant jusqu'à l'être, est relation entre les deux. Mais la transcendance est en même temps la relation qui conduit de l'étant changeant à un étant calme. Transcendance signifie enfin, conformément à l'usage du titre  excellence, ce plus haut étant lui-même, qui est alors nommé également Dieu, d'où résulte une étrange confusion avec la première signification »229(*).

Le temps que l'individu se réapproprie en entrant en relation avec cette forme première de la transcendance, est un temps qu'il aura acquis pour la reconstruction de soi et cette temporalité ne doit pas être gérée sur le mode de la pensée calculante230(*).

A°) Le projet colonial en question

Les coups de semonce les plus notables à l'encontre de l'oeuvre de R. P. Tempels sont venus des deux autres courants antagonistes : la philosophie critique et l'afrocentrisme. F. Eboussi-boulaga a affirmé que « Celle-ci se présente comme une plaidoirie ou une apologétique ; son arme est la rhétorique qui vise la vraisemblance. Son but est en effet de persuader, de faire appel à la bienveillance de celui qui est encore le maître pour se faire connaître de lui »231(*). Le problème de la Philosophie Bantoue c'est qu'elle exprime une pensée émise par l'homme blanc sur l'homme noir, devant servir à affiner l'entreprise coloniale ; bien qu'elle eût le mérite de trouver au prix de beaucoup de maladresses et de contre-sens, un système ontologique chez les bantous, la rigueur intellectuelle de l'ouvrage porte préjudice à la réflexion profonde de l'auteur232(*). « En fait il s'agit d'un ouvrage d'ethnologie à prétention philosophique ou, plus simplement, si on nous permet ce néologisme, d'un ouvrage d'ethnophilosophie »233(*). Mais comme l'a indiqué Elungu « De tous les reproches pertinents qu'Eboussi-Boulaga fait à Tempels et, à travers lui, à tous les philosophes de sa suite, le plus important, qui résume les autres, me paraît être celui d'avoir cru à un système ontologique préexistant aux Bantous et à leurs sociétés. Il ressort, écrit-il, de cette discussion sur la méthode et l'objet que Tempels a voulu expliquer au donné ontologique, une explication de type causale qui remonte aux principes pour rendre compte du devenir et de la contingence. Malheureusement, il a fait du principe une substance capable de rendre en même temps compte de la diversité des attitudes et des comportements, au lieu de recourir à une typologie ou à des modèles structuraux. Ce faisant, Tempels a fait appel à une chose, à une substance comme principe d'explication générale. (...) Face à cette idole, à cette chose, à ce système de pensée-choses imaginairement constitué, la pensée rationnelle non seulement est intrinsèque, mais s'estompe et s'abîme »234(*). Tout en en étant imprégné elle même, la philosophie Bantoue a permis de faire voler en éclat des préjugés colonialistes sur l'homme noir ainsi que les thèses sur la mentalité primitive énoncées par Lévy-Bruhl et son école.

* 218 R. Placide Tempels, op. Cit, p. 68 : « Connaissance et sagesse sont des forces vitales suivant leurs conceptions. Déjà nous avons signalé que la véritable connaissance, la vraie sagesse consiste à comprendre la nature et l'action des forces autres, que telle est pour eux la vraie connaissance : intelligence métaphysique des forces, ou des êtres. ». En ce sens, l'ontologie de Heidegger et celle de la philosophie africaine se rejoignent, pour le moins concernant leurs visions respectives de la technique. 

* 219 Martin Heidegger, traduction André Préau, Question III, « Sérénité », éd. Gallimard p. 12-14 : « Le manque croissant de pensée repose ainsi sur un processus qui atteint le plus vif de l'homme contemporain : l'homme d'aujourd'hui est en fuite devant la pensée. Cette fuite devant la pensée est le fondement du manque de pensée. Mais il appartient à cette fuite devant la pensée que l'homme ne veut ni la voir ni la reconnaître. L'homme contemporain contestera au contraire toute idée d'une fuite devant la pensée. Il affirmera, et il aura raison, qu'à aucune époque on n'a autant planifié, on n'a poussé si loin la recherche, on a si passionnément expérimenté aujourd'hui. C'est vrai. Cette profusion de sagacité et de réflexions est d'une grande utilité. Une telle pensée demeure indispensable. Mais il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une pensée d'un genre particulier. »

* 220 Donc c'est une production de savoirs sur ce qu'il y a de plus particulier.

* 221 Martin Heidegger, Question III, op. Cit, p. 12-14 : « Ce qu'elle a de particulier est que lorsque nous planifions, cherchons, menons nos entreprises, nous comptons avec des circonstances données. Nous les prenons en compte dans le calcul qui vise un but déterminé. Nous escomptons des résultats déterminés. Ces comptes, ce calcul, caractérisent toute pensée planificatrice et toute recherche. Une telle pensée reste alors un calcul, même si elle n'utilise pas de chiffres ni de machine à calculer, ni ne met oeuvre de puissants moyens de calcul. (...) Elle calcul des possibles toujours nouveaux, toujours plus prometteurs et en même temps plus économiques. La pensée calculante nous presse d'une opportunité à une autre. La pensée calculante ne se tient jamais tranquille, elle ne prend pas le temps de réfléchir, de méditer. La pensée calculante n'est pas une pensée qui réfléchit, elle n'est pas une pensée qui médite le sens présent de tout ce qui est. »

* 222 Ibid. « C'est de cette méditation que nous voulons parler lorsque nous disons que l'homme contemporain est en fuite devant la pensée. Mais, nous objecte-t-on, la méditation pure et simple plane très au dessus de la réalité. Elle a perdu contact avec le sol. Elle n'est pas adaptée à la gestion des affaires courantes. Elle n'apporte rien pour les réalisations pratiques. Et on ajoute que la méditation pure, la réflexion endurante, serait trop « élevée » pour l'entendement commun. Il y a là quelque chose de vrai, c'est que la pensée méditante exige parfois un niveau élevé d'effort. Elle demande qu'on apprenne et s'exerce très longuement. Elle a besoin plus que tout autre artisanat qu'on y mette beaucoup de soin. Elle doit aussi savoir attendre, comme le paysan, que le blé lève et vienne à maturité. Par ailleurs, chacun peut emprunter les voies de la méditation à sa propre manière et dans ses propres limites. Pourquoi ? Parce que l'homme est l'être-pensant, c'est-à-dire méditant. »

* 223 Capitales économiques entendues comme milieu d'affaires ou pôles financiers.

* 224 Toutes ces villes observent une stratégie élaborée en fonction des exigences de la mondialisation en faisant bonne usage des ressources régionales qui peuvent intéresser le marché mondial. Loin de remettre en cause l'utilité de cette intégration économique, la réflexion a pour but de mettre en lumière que cette nécessité ne doit pas prévaloir sur « le principe de vie » ou sur l'amélioration des « formes de vie ».

* 225 Molefi Kete Asante, op. Cit, p. 143 où rejoignant la pensée de Heidegger le professeur Asante écrit : « La science, en Occident, a fait place à une solide implantation de la technique. Alors que la science se révèle comme la discipline mentale, il n'en est pas de même pour la technique. Il ne nous reste plus qu'à croire que la technique est la source de tout ce que l'Occident entreprend, qu'il y a ni âme, ni sentiment, ni émotion, seulement la technique. Il s'agit d'une politique de manipulation d'objets et de substances qui nie l'importance de l'homme ». Il est troublant que ces deux philosophies s'accordent indistinctement sur la critique de la technique en dépit de leurs divergences fondamentales sur la place de l'Homme.

* 226 Ces boissons énergisantes excessivement riches en caféines ou en produits excitant de différentes sortes, sont de plus en plus consommés chez les cadres, les étudiants, les sportifs chez lesquels la consommation est monnaie courante. L'absorption de ce genre de substances, malgré les normes sanitaires en vigueurs, restent néfastes pour l'organisme (effets secondaires non-désirés : problèmes cardiaques, problèmes de concentration, d'insomnies). En général, les Ministère de la Santé ne manquent pas de le préciser sur l'emballage. Un rapport très intéressant aborde le sujet dans ce site http://www.univers-sante.ucl.ac.be/agir/alcool/annexe_reaction_juin_06.pdf , ils mettent l'accent sur les étudiants mais ils élargissent parfois le propos afin de démontrer que c'est fait social plus général.

* 227 Martin Heidegger, Questions III, op. Cit, p. 15-16 : « (...) A chaque heure de chaque jour ils sont captivés par la télévision et la radio. A chaque semaine son film, qui les transporte dans un monde qui n'en est pas un, un théâtre d'apparences souvent banales. Partout un magazine est à portée de main. Tout ce qui permet aux moyens techniques modernes de l'information de sans cesse interpeller, assaillir et tracasser l'être humain, tout cela est devenu aujourd'hui beaucoup plus proche de lui que le champ autour de sa ferme, (...) Plus encore : la perte de l'enracinement n'est pas seulement causée par des circonstances et évènements extérieurs, et elle ne repose pas seulement sur la négligence et le mode de vie superficiel des hommes. »

* 228 Raymond Boudon, Philippe Besnard, Mohamed Cherkaoui, Bernard-Pierre Lécuyer, op. Cit, p. 199 dans la définition de la Religion où weber évoque le christianisme : « (...) La modernité qu'il a contribué à créer élimine sa présence de la sphère publique, le cantonnant au privé, où il entre en concurrence avec l'art, les loisirs, la famille, etc. (...) »

* 229 Martin Heidegger, Questions I, op. Cit, p. 215

* 230 Martin Heidegger, Questions III, op. Cit. p. 22-23 : « (...) Nous pouvons utiliser les objets techniques et en même temps dans cet usage instrumental conserver envers eux notre liberté, de manière à ce que nous soyons à chaque fois dans le lâcher-prise. Nous pouvons faire usage des objets techniques comme on doit en faire usage. Mais nous pouvons ce faisant laisser ces objets reposer en eux-mêmes comme quelque chose qui ne nous concerne pas dans notre intériorité et notre authenticité. Nous pouvons dire oui à l'inévitable utilisation des objets techniques et nous pouvons en même temps leur dire non, dans la mesure où nous leur interdisons de nous accaparer et ainsi de fausser notre essence, de la troubler et de finalement la dévaster. (...) Mais si nous disons de cette manière à la fois oui et non aux objets techniques, ne rendons-nous pas notre relation au monde technique ambiguë et incertaine ? Tout au contraire. Notre relation au monde technique en devient merveilleusement simple et paisible. Nous introduisons les objets techniques dans notre monde quotidien et en même temps nous les laissons dehors, c'est-à-dire que nous les laissons reposer en eux-mêmes en tant que choses, qui ne sont rien d'absolu, mais dépendent elles-mêmes d'un niveau plus élevé. Je voudrais appeler d'un mot ancien cette position de oui et de non simultanés au monde technique : la sérénité envers les choses. »

* 231 F. Eboussi-Boulaga, La crise du Muntu. Authenticité africaine et philosophie, coll. Présence africaine, 25 bis, rue des Ecoles Paris 5ème, 62 rue Carnot, Dakar, p. 7 de la Préface.

* 232 R. Placide Tempels s'excuse plusieurs fois durant le développement de la réflexion à cause de ses terminologies, des champs lexicaux utilisés afin de rendre compte de la Philosophie Bantoue.

* 233 Paulin J. Hountoundji sur, La philosophie africaine, éd. François Maspero, 1, place Paul-Painlevé, Paris 5ème arrondissement, parution en janvier 1977, p. 14 dans I. Archéologie : l'ethnophilosophie occidentale.

* 234 Elungu P. E. A, op cit, p. 117

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"Ceux qui rêvent de jour ont conscience de bien des choses qui échappent à ceux qui rêvent de nuit"   Edgar Allan Poe