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L'impact religieux et socio-économique de l'épiscopat de monseigneur Paul Etoga sur le développement de la mission catholique de Nlong de 1995 a 1987

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par Joseph Hervé NGAH EKANI
Université Yaounde I - DIPES II 2007
  

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A. Les visites de Monseigneur Paul Etoga à Nlong

La première visite du prélat entant qu'évêque intervient le 8 Décembre 195559 pour dire sa première messe. Les préparatifs pour recevoir l'évêque à Nlong ont commencé avant son sacre à l'hippodrome de Yaoundé. Le Père Dietrich avait d'ailleurs sensibilisé les élèves de l'école primaire catholique St. Pierre et Paul de Nlong à propos de cet évènement. Il avait demandé à chaque élève d'apporter 400 FCFA pour confectionner les t-shirt à l'effigie de Monseigneur Paul Etoga60. Tous les élèves vont s'exécuter avec enthousiasme. A leur grande surprise, ces derniers ont reçu des sous-vêtements t-shirt sans

58 Au rang des détracteurs de Mgr Paul Etoga figurent Monseigneur René Graffin et Monseigneur Jean Zoa. Ce dernier s'était opposé à la construction d'un petit séminaire dans le diocèse de Mbalmayo. Cf AAY, Réflexion sur la lettre et le rapport de Rigobert Owono à Mgr. Etoga, le 22 juin 1973.

59 Nleb Bekristen, Bimensuel, N° 227 du 20 Janvier 1956, p. 1.

60 Entretien avec Joseph Ebodé.

manche. Cela entraîna un mécontentement général. Certains élèves du cours moyen I et du cours moyen II sont allés au presbytère pour demander au Père Dietrich de leur rembourser leur argent61. Ce dernier rétorqua en qualifiant Monseigneur Paul Etoga de « pauvre évêque noir ». Puis, il refusa de leur rembourser. Un des élèves le frappa à la tête avec un bâton62. Scandale ! Le père fut rapidement conduit au dispensaire.

Lorsque Monseigneur Paul Etoga commence son homélie devant une foule grandiose, il déclare qu'il est content de l'accueil et mécontent aussi à cause de l'incident survenu quelques jours avant son arrivée. Pouvait-il réagir autrement ? Quelques années plus tard, le Père Dietrich fut affecté à la mission catholique d' Oveng.

Le prélat continua à venir à Nlong pour assumer ses fonctions d'évêque auxiliaire en confirmant les enfants à la mission. En 1958, il confirma plus de 30 enfants63. A chacune de ses visites, il allait à la rencontre des Frères du sacré coeur pour entendre leurs confessions. Parfois, assister à des retraites. Pour le frère Jean Marie64, c'est ce que le prélat devait faire et il le faisait avec enthousiasme. En 1976 alors qu'il était évêque du diocèse de Mbalmayo, il est venu assister à la première messe de Monseigneur Athanase Balla à Nlong65.

Les populations de Nlong gardent de Monseigneur Paul Etoga l'image d'un homme simple qui allait de maisons en maisons pour écouter tout le monde.

B. Les messages adressés aux populations de Nlong

Dans sa pastorale, Monseigneur Vogt a souvent prôné une évangélisation douce et pacifique. Il faut, disait-il, évangéliser « en bon pasteur et non en gendarme ». Une telle option passait aussi par une application souple des textes

61 Entretien avec Gabriel Tsanga.

62 Entretien avec Marc Ekani.

63Entretien avec Joseph Ebodé.

64 Frère Jean Marie, 75 ans, Frère de la congrégation du sacré coeur, Nlong le 6 Décembre 2007.

65 Mgr. Athanase Balla, 84 ans, Prélat originaire de Nlong. Ancien évêque du diocèse de Bafia, Yaoundé le 15 Novembre 2007.

canoniques. Monseigneur Graffin, ancien aumônier militaire n'a pas réussi à se départir de l'esprit carré d'un homme en tenue. Monseigneur Paul Etoga quant à lui se caractérisait par la rigueur mais aussi par la tolérance dans la mise en application des textes. Le contenu des messages adressés aux populations de Nlong par le prélat tournait autour des thèmes tels que le mariage, la dot, l'eucharistie, la pratique de l'agriculture, etc.

1. Le mariage et la dot

L'un des points les plus préoccupants pour Mgr. Paul Etoga est l'interdiction absolue de la polygamie. Pour Mgr. Vogt, la polygamie était un véritable fléau social qu'il fallait combattre66. Ceci n'était pas facile pour Monseigneur Paul Etoga car pour le Beti, la polygamie est un mariage qui donne naissance à un grand village. Le Beti est traditionnellement polygame ; il lui faut beaucoup d'enfants. Ainsi, avoir des héritiers, de la nourriture en quantité suffisante, du prestige, une main d'oeuvre assurée, constituent pour le Beti les principaux motifs de la polygamie67. Si par malheur, la première femme avec laquelle une personne s'était religieusement mariée était stérile, cette personne pouvait prendre une autre femme dans l'espoir d'avoir des enfants. Dans ce cas, le mari n'avait plus droit aux sacrements de l'église. Le prélat était strict là- dessus. La femme mariée à l'église dans ce cas n'était pas excommuniée68.

Le prélat s'opposait au mariage entre les Mvog Nama et les Mvog Ndobo69 car ces derniers descendaient d'un ancêtre commun. Après deux années de retraite de la femme dans le sixa de Nlong disait-il le mariage devait être célébré. Le prélat disait également que : « la cohabitation est indispensable aux époux »70 . Ils devaient vivre ensemble pour s'entraider mutuellement et

66 ANY, APA 1 0560/A Culte catholique ÀIncident divers À Père du Saint Esprit.

67 W. Mvogo, «La mission de l'Eglise catholique au Cameroun en général et chez les Beti en particulier de 1890 à 1961», Thèse de doctorat de 3e cycle en Théologie catholique, Université de la propagande, 1979, p. 62.

68 Entretien avec l'Abbé Théodore Léandre Nzié

69 Etoga, p. 6.

70AD M, Anonyme, Réflexion sur la vie chrétienne, mémoire pastorale de Monseigneur Paul Etoga, Mbalmayo, 1955, p. 12.

spirituellement. Il abordait dans le même sens en affirmant qu'une mauvaise habitude s'était introduite dans le mariage. Par exemple, le mari travaillait à Yaoundé et l'épouse restait à Nlong. Cette séparation disait-il était un grand danger pour la vie conjugale. Il continuait en disant que : « Si Adam avait été avec Eve au jardin, le démon, n'aurait pas détruit cette dernière »71.

Monseigneur Paul Etoga n'était pas contre la dot. Mais celle-ci devait être juste un symbole d'alliance, un symbole d'amour et non un marchandage entre deux familles72. Il exigeait par exemple que la dot ne puisse être qu'un symbole. Pour lui, c'était une mesure médiane qui conciliait les coutumes des populations et les prescriptions de l'Eglise. C'était une solution sage qui devait amener vers l'abandon progressif de la dot. Nous voyons en cette attitude de l'évêque, la tolérance dans l'application des textes canoniques. Car il tenait compte des moeurs des populations de Nlong. Ceci créa entre les chrétiens et lui une atmosphère de confiance et de compréhension. Cette attitude l'amena également à éviter la résistance des populations à la pratique des sacrements et à une conversion massive au catholicisme.

L11l 'eucharistie

Monseigneur Paul Etoga disait aux populations de Nlong qu'on devait toujours se confesser avant de recevoir l'eucharistie73. Pour la première communion, le prélat exigeait que seul le prêtre lui-même fasse l'examen d'admission aux postulants. La réception de l'eucharistie devait être précédée et suivie des prières intenses et d'une grande concentration. Il recommandait aux chrétiens de Nlong la pratique des retraites. Pour lui, « La pratique des retraites est un grand secours pour la vie chrétienne pour les populations de Nlong d'autant qu'il y avait une congrégation des frères sur place»74. Il s'agit ici des

71 ADM, Réflexion sur la vie chrétienne, p.12.

72 Voir annexe N° III.

73 Sacrement qui pour l'Eglise catholique transforme réellement et substantiellement le pain et le vin en corps et sang de Jésus Christ

74 ADM, Réflexion sur la vie chrétienne, p. 22

retraites spirituelles (interruptions momentanées des affaires habituelles pour se recueillir en présence de Dieu et exprimer sa conscience afin de l'orienter vers Dieu pour la purification de l'âme). Il disait que les retraites devraient se faire avant de recevoir tout sacrement : mariage confirmation, première communion, ordination, etc.

3. Les cultures de rente

Monseigneur Paul Etoga n'a pas négligé l'aspect économique. Il demandait aux populations de Nlong de pratiquer une agriculture mixte, intégrant les cultures de rente et les cultures de consommation75. Il leur demandait de planter le café et le cacao. A titre d'exemple, il avait acquis une plantation de café à Mbalmayo afin d'accroître les ressources du diocèse76.

Aux différents messages adressés aux populations de Nlong, il apparaît que Monseigneur Paul Etoga était très attaché aux enseignements et aux exigences de l'Eglise catholique. Cet attachement se faisait ressentir au niveau de la pratique des différents sacrements de l'Eglise.

En somme, monseigneur Paul Etoga était un pasteur au sens plein du terme qui s'occupait des âmes et qui cherchait surtout à transformer les mentalités. Il était à la disposition de tous. Sa simplicité était appréciée et toutes les familles de Nlong le citaient en exemple. Les biens matériels n'avaient pas de signification pour lui. Ce qui l'intéressait, c'était l'homme dans ses relations avec Dieu. C'est d'ailleurs cette qualité qui lui a permis de résister « aux attaques » de monseigneur René Graffin d'une part, et d'autre part aux difficultés rencontrées à Mbalmayo. Les relations ambiguës que Monseigneur Paul Etoga entretenait avec monseigneur René Graffin et Mgr Jean Zoa ont certainement influencé l'évolution de la mission catholique de N long de 1955 à 1987.

75 Entretien avec Gabriel Tsanga.

76 Etoga p. 36.

CHAPITRE IV. L'IMPACT RELIGIEUX DE L'EPISCOPAT DE MONSEIGNEUR PAUL ETOGA SUR LE DEVELOPPEMENT DE LA MISSION CATHOLIQUE DE

NLONG

Durant l'épiscopat de monseigneur Paul Etoga, la vie religieuse de la mission catholique de Nlong a été bouleversée1. Cela s'est fait ressentir sur les plans évangélique et vocationel. Cette dynamique était le fruit des messages que le prélat adressait aux populations de Nlong d'une part, et d'autre part aux relations qu'il entretenait avec Mgr. René Graffin et Mgr. Jean Zoa.

I. SUR LE PLAN EVANGELIQUE

L'évangélisation est une des dimensions essentielles de la mission chrétienne. Cette dernière puise son fondement dans les Saintes Ecritures2. D'après David Bosch :

L'évangélisation est la proclamation du salut en christ à tous ceux qui ne croient pas en lui ; elle les appelle à la repentance et à la conversion, elle annonce le pardon des péchés, elle les invite à devenir des membres vivants de la communauté terrestre du Christ et à essayer de vivre au service des autres par la puissance du Saint Esprit3.

Avec le sacre de Mgr. Paul Etoga comme le tout premier évêque camerounais, les populations de Nlong s'approprièrent de plus en plus le message d'évangélisation. Cela se faisait remarquer par l'augmentation du nombre des sacrements et par la redynamisation des confréries.

1Entretien avec le Frère Jean Marie.

2 « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » Cf. Mathieu 28 : 19.

3 D. Bosch, Dynamique de la mission chrétienne, Paris, Karthala, 1995, p. 23.

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L'annonce de l'évangile par les missionnaires avait pour but d'attirer la sympathie des populations de N long afin de les convertir au catholicisme4. Avec le sacre de Monseigneur Paul Etoga comme évêque, il devenait clair pour les populations de Nlong que le véritable Dieu est celui dont la nature et l'essence avaient été révélées dans la Bible. L'Eglise catholique devenait ainsi l'unique « dispensaire » de la grâce divine, sans elle, il n'y avait point de salut. Et Jésus Christ était l'unique sauveur de l'humanité.

Pour mieux toucher cette sympathie, le clergé de la mission catholique de Nlong s'intéressa de plus en plus à la vie quotidienne des populations en leur demandant d'abandonner certaines pratiques jugées incompatibles avec les vertus chrétiennes. Les populations de Nlong réagirent favorablement à ces préceptes de l'Eglise. La majorité d'entre eux renonça à pratiquer les rites traditionnels5 (esani, esié, tsoo, so, etc,) et la polygamie. C'est ainsi qu'entre 1955 et 1961, le nombre de catholiques est passé respectivement de 5860 à 6900. A partir de 1961, ce nombre alla en diminuant et atteindre 2000 en 19876. Cela s'explique par le fait que la paroisse de Nlong concéda plusieurs de ses villages7à de nouvelles paroisses créées dans le but de rapprocher l'Eglise des populations.

Certaines couches sociales à l'exemple des personnes atteintes de lèpre et d'autres maladies revirent l'espoir de se voir intégrer à nouveau dans la société car, les enseignements des missionnaires sur l'égalité et la fraternité leur donnaient confiance et espoir.

4 Entretien avec Théodore Léandre Nzie.

5 Entretien avec Gabriel Tsanga.

6 AMCN, Rapport annuel de la Mission Catholique de Nlong 1986/1987.

7 Nlong est passé de 32 villages en 1955 à 12 villages en 1987.

Il est important de noter que si le clergé de Nlong a amené les populations à s'approprier l'évangile, c'est grâce aussi au concours des laïcs engagés comme les catéchistes. Ces derniers ont apporté la bonne nouvelle aux confins des villages. L'annonce de l'évangile occupait une place importante dans l'expansion du christianisme comme le montrent J.P. Messina et J.V. Slageren : « Le développement de l'agriculture, de la médecine, de l'enseignement général et théologique fut encouragé mais à condition qu'il serve au témoignage de l'évangile dans le pays » 8

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