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Enjeux et jeux pétroliers en Afrique: étude de l'offensive pétrolière chinoise dans le Golfe de Guinée

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par Severin Tchetchoua Tchokonte
Université de Yaoundé 2 - Master 2 science politique 2008
  

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Paragraphe 2 : un péril pour la paix ?

Loin d'assurer le développement de l'Afrique, le partenariat stratégique sino-africain soulève également des interrogations légitimes sur l'avenir de la paix et de la sécurité. Le soutien militaire inconditionnel de Pékin à des régimes politiques décriés, la vente incontrôlée d'armes par les firmes chinoises et les tentatives d'une implication militaire directe de Pékin dans la sécurisation de ses investissements pétroliers sont autant de sujets préoccupants (Mbaye Cisse ; 2007 : 25). La détermination de la Chine à accéder par tous les moyens aux ressources pétrolières africaines la conduit souvent à opter pour des choix en contradiction totale avec les idéaux de paix pourtant prônés par sa politique africaine. En effet, sur un plan purement formel, la Chine prétend vouloir  "appuyer les efforts actifs de l'UA et des autres organisations régionales africaines ainsi que des pays concernés pour régler les conflits locaux et leur fournir une assistance dans la mesure du possible. Pousser énergétiquement le conseil de sécurité des Nations-Unies à suivre de près les conflits régionaux africains et apporter son assistance au règlement de ces conflits. Continuer à soutenir l'action de l'ONU pour le maintien de la paix en Afrique et à y prendre part" (Chomtang Fonkou ; 2007 : 132-133). Seulement, au-delà de ces initiatives louables, dans la quête de ses intérêts pétroliers en Afrique, la Chine ne se soucie guère de son influence sur la paix et la stabilité. L'importance des investissements consentis par la Chine à travers plusieurs pays africains, notamment dans le secteur pétrolier, pourrait se traduire concrètement sur le plan de la sécurité par un engagement plus marqué de Pékin (Mbaye Cisse ; 2007 : 20). L'attitude de Pékin au Tchad (A), en Angola(B), et au Soudan(C) est assez illustrative de cette réalité.

A- Pékin et l'instrumentalisation de la rébellion tchadienne

Au Tchad, nouveau pays pétrolier convoité par Pékin malgré ses relations diplomatiques avec Taiwan, la crise institutionnelle progressive a connu son paroxysme en 2006 avec la crise au Darfour et les offensives répétées des mouvements rebelles. La montée des mouvements d'opposition armée s'est traduite par de nombreuses attaques visant à renverser le pouvoir du Président Idriss Deby. En janvier 2006, l'un des chefs de file de l'opposition a été reçu à Pékin, alimentant les soupçons d'une aide chinoise à son combat (Mbaye Cisse ; 2007 : 21). Ndjamena n'hésite plus à dénoncer l'aide militaire chinoise accordée au Rassemblement pour la Démocratie et la Liberté de Mahamat Nour, depuis les dernières attaques de novembre et décembre 2006. La Chine est accusée d'être de connivence avec le Soudan pour accélérer la chute du Président Idriss Deby et procéder à une nouvelle redistribution des cartes pétrolières (Mbaye Cisse ; 2007 : 21).

Très intéressée par les potentialités pétrolières Tchadiennes, la Chine est prête à déstabiliser le régime du président Deby ou du moins à le faire chanter, espérant elle aussi participer à l'exploitation du pétrole du pays. En effet, un tronçon d'oléoduc Tchad-Soudan permettrait de rediriger les flux tchadiens vers la Mer rouge (à destination de la Chine via Port-Soudan) et non plus vers l'Atlantique (via Kribi au Cameroun)44(*). Aussi, en jouant la carte du soutien à la rébellion, la Chine espère-t-elle suffisamment inquiéter le gouvernement tchadien et l'amener à lui concéder une part dans l'exploitation de son pétrole. La crainte qu'inspire la Chine au gouvernement tchadien s'est d'ailleurs confirmée par le renouement des relations diplomatiques entre les deux pays, le 6 aout 2006, ceci après 9 années de rupture (Bergevin : 2006). Pour se faire une place sur le marché pétrolier tchadien, Pékin utilise le spectre de l'instabilité politique.

B- Le soutien de la Chine au régime de Luanda : une menace pour la paix ?

Après un peu plus de deux décennies de guerre civile, les  "blessures" à peine pansées, l'Angola risque de retomber dans un cycle infernal de violence. En effet, le soutien de la Chine au régime de Luanda, considéré par l'opposition comme une sorte de bouclier, sur lequel s'appuie le gouvernement pour commettre plusieurs exactions, risque de précipiter à nouveau le pays dans une instabilité endémique. Mbaye Cisse  (2007 : 21) affirme à cet effet : "En Angola, pays à peine sorti d'une longue guerre civile en 1997,  la Chine s'est engagée dans une vaste opération de charme qui inquiète les observateurs. (...) Elle est accusée par l'opposition politique de financer la campagne électorale du parti au pouvoir, le MPLA. Sans préjuger de l'avenir des prochaines élections, initialement prévues à l'autonome 2006 mais encore repoussées en 2008- 2009, il n'est pas exclu que ce pays en reconstruction ne retombe dans les démons de la violence du fait de la capacité de la classe dirigeante à se soustraire aux critiques et à l'arbitrage de la communauté internationale grâce à la manne chinoise".

C'est dire que le soutien de la Chine au régime angolais pourrait amener les dirigeants à davantage fermer le jeu démocratique, hypothéquant ainsi toute chance d'alternance au pouvoir. De ce fait, l'opposition pourrait aboutir à la conclusion selon laquelle, la prise des armes reste et demeure le seul moyen d'accéder au pouvoir. Aussi, risque-t-elle de se transformer en rébellion armée, plongeant à nouveau le pays dans un cycle de violence infernale. Selon Fogue Tedom (2008 ; 144) : "Dans la problématique des conflits politiques africains (...), le mauvais fonctionnement de l'Etat et des institutions politiques en Afrique Noire est en cause. C'est l'incapacité de l'Etat à assurer la cohésion nationale et à créer les conditions d'un débat politique contradictoire, susceptible d'éviter que la violence ne demeure le seul moyen d'expression qui fasse réagir les autorités politiques, qui génère l'insécurité politique".

Le soutien de la Chine aux régimes africains (angolais en l'occurrence) conforte les dirigeants dans leur immobilisme politique, les amène, du fait de leur déficit de légitimité politique, à recourir à l'intimidation et à la répression politique pour étouffer toute velléité contestataire et soumettre leurs adversaires. Seulement, l'inconvénient de cette dérive autoritaire est que, paradoxalement, la terreur et la peur qu'elle répand, loin de susciter l'adhésion, renforcent plutôt la défiance et persuadent les adversaires politiques du pouvoir en place que, seul le recours aux armes peut conduire à l'alternance (FOGUE TEDOM ; 2008 : 144). Ainsi, aussi longtemps que les dictateurs africains exerceront une oppression sur l'opposition politique ou syndicale, ceci avec la bénédiction de leurs partenaires extérieures, la crainte et la soumission recherchée risqueraient bien de se transformer en défiance.

C- Le véto chinois et la perpétuation des exactions du régime soudanais au Darfour

Le soudan constitue aujourd'hui un véritable sujet de discorde entre pékin et la communauté internationale. En 2004, face au conseil de sécurité qui menace Khartoum de sanctions sur sa production pétrolière, la Chine brandit une menace de véto et s'abstient, en septembre, de voter l'embargo sur les armes. Malgré les accusations portées par le gouvernement américain en l'encontre du régime soudanais sur le déplacement de milliers de civils des zones pétrolières, la Chine opte pour la protection d'un pays, fournisseur de 7% de ses importations de brut (Pinel, Fabienne ; 2006 : 1). En avril 2005, elle s'est abstenue au cours de la saisie de la Cour Pénale Internationale (CPI) visant à traduire en justice les responsables soudanais supposés impliqués dans des crimes de guerre au Darfour. Aujourd'hui, le Soudan s'oppose toujours au déploiement de troupes onusiennes sur son sol, avec le soutien discret de Pékin (Mbaye Cisse ; 2007 : 15). Cette attitude pour le moins irresponsable de la Chine, au regard du rôle de grande puissance qu'elle entend jouer au cours de ce 21e siècle, conforte le gouvernement soudanais et constitue pour ce dernier une sorte de " parapluie " face aux différentes critiques de la communauté internationale en général et aux sanctions du conseil de sécurité de l'ONU en particulier.

Depuis le début de la crise du Darfour, la junte soudanaise est passée maîtresse dans l'art d'éviter les sanctions, ce qui lui a permis de continuer de procéder aux exactions en toute impunité, avec le soutien, d'un allié de poids, la Chine. Le président Omar el-Béchir s'est opposé au déploiement des troupes onusiennes (17 000 militaires et 3 000 policiers) en remplacement des soldats de l'Union africaine. La Chine, qui n'a pas voté la résolution s'est aussi opposée à l'adoption de toute sanction contre le régime soudanais. Au détriment d'une action commune internationale dans le cadre du règlement d'un conflit, Pékin a plutôt privilégié ses intérêts avec Khartoum (Samson Didier ; 2006). Quand bien même le président chinois Hu Jin tao demande à son homologue soudanais de trouver "une solution correcte au Darfour et de continuer à améliorer la situation humanitaire", on comprend que ce n'est qu'une clause de style, visant uniquement à apaiser le courroux de la communauté internationale.

Pire encore, par une fourniture régulière d'armes à l'armée soudanaise et à sa milice armée, les jenjawids, pékin contribue à entretenir cette violence infernale sur les populations civiles du Darfour. En effet, la Chine est le principal fournisseur d'armes du soudan. "Selon certaines sources, parmi les avions de chasse chinois vendus au Soudan depuis les années 90 figurent plus de 40 Shenyang J-6 et J-7, et plus récemment des chasseurs supersoniques F-7, version améliorée du MiG-21 Fishbed russe. La Chine aurait fourni 50 hélicoptères Z-6 au Soudan en 1996. En 2001, la société chinoise Harbin Dongan Engine aurait signé un contrat de réparation d'hélicoptères Mi-8 pour le Soudan .L'Iran aurait financé en partie l'achat par le Soudan de 21 avions de chasse J-6 et de deux avions-cargo Y-8 D, une version de l'Antonov An-12 fabriquée sous licence en Chine,..." (Bergevin ; 2006 ; 7).

Seulement, ce soutien sans faille de la Chine au régime soudanais contribue à perpétrer les massacres au Darfour. Aujourd'hui, la Chine participe indirectement à la continuation de ce que la communauté internationale qualifie désormais de génocide. En fournissant du matériel militaire, une aide économique considérable, surtout en empêchant à l'ONU de déployer ses forces de maintien de la paix au Darfour, pékin contribue à la perpétuation des massacres constatés au Darfour. Tout en espérant que la Chine n'utilisera pas cette fois encore son droit de véto pour empêcher l'exécution du mandat d'arrêt international délivré le 04 mars 2009 par la cours pénale internationale contre le président Béchir et deux de ses acolytes pour crime de guerre et crime contre l'humanité45(*).

S'il est vrai que cette attitude pour le moins irresponsable de la Chine en Afrique lui vaut de nombreuses critiques de la part de l'ensemble de la communauté internationale, nous ne devons aucunement oublier le fait qu'en réalité la Chine n'innove pas. Les puissances occidentales avant elle ont, et continuent d'ailleurs à faire pareil chaque fois que leurs intérêts stratégiques l'exigent.

* 44 Avec les tentatives de séduction chinoises en cours à l'encontre du régime camerounais, une telle réalisation

pourrait même créer un axe Kribi-Port-Soudan et relier les réserves pétrolières du Golfe de Guinée à la Mer rouge

au profit de la Chine et au détriment des Occidentaux.

* 45 www.Euronews.net, 04/03/2009.

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