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Analyse des déterminants de l'adoption des technologies de conservation des eaux et des sols au Burkina Faso

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par Janvier Kini
Université de Ouagadougou - DEA 2007
  

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2.5. Etudes empiriques sur les facteurs déterminants de l'adoption des CES

Des études empiriques sur l'adoption des technologies de gestion des ressources environnementales en général et des technologies de conservation des eaux et des sols en particulier ont été menées par plusieurs auteurs. De ces études, plusieurs facteurs sensés influencés l'adoption de ces technologies ont été répertoriés.

Knox et Meinzen-Dick (1999) montrent qu'au moins six facteurs1 influencent le choix technologique des producteurs agricoles. En effet, selon eux, la détention des droits de propriété est un facteur déterminant de l'adoption d'une technologie visant à améliorer la productivité agricole. Les droits de propriété sont perçus non seulement comme étant l'appropriation des ressources conformément aux lois du pays, mais aussi une variété de droits issus du droit coutumier et des usages locaux (Knox et Meinzen-Dick, 1999). Ces droits

1 Il s'agit de la détention des droits de propriété, l'action collective, l'information, les risques environnementaux et commerciaux, la richesse, le crédit, la main d'oeuvre et les autres facteurs.

doivent prendre en compte des éléments tels que l'exclusion, la durée, la garantie. En effet, l'exclusion permet à ceux qui disposent de droits d'exclure les autres de l'utilisation d'une ressource particulière. De même, la durée permettra au détenteur de droits de récolter les fruits de son investissement et ce pour un horizon temporel suffisamment lointain. Enfin, les droits de propriétés doivent être garantis par des institutions compétentes capables de les faire appliquer en faveur d'un individu. Southgate et al (1990) estiment que les droits de propriété constituent un élément fondamental dans la motivation des agriculteurs à investir dans la conservation des ressources naturelles. Ils montrent que l'absence de ces droits décourage la conservation de l'environnement. Enfin, Barbier (1990) montre que la détention des droits de propriété influençait de façon significative la décision des agriculteurs indonésiens à investir dans le contrôle des sols perdus et en dégradation.

Knox et Meinzen-Dick (1999) soulignent également que l'action collective est aussi un facteur qui intervient lorsque l'on veut aborder la question du choix de technologie. L'action collective englobe les investissements conjoints destinés à l'achat, la construction et l'entretien des infrastructures locales et des équipements. L'action collective concerne aussi l'élaboration et la mise en oeuvre des règles d'exploitation d'une ressource et l'établissement de mécanismes de partage de l'information. En parlant d'information, ces deux auteurs pensent que l'adoption d'une technologie agricole passe par l'accès des exploitants à l'information sur la technologie et sur les avantages que ces exploitants pourraient en retirer. Ceci montre que l'action collective est en relation avec le facteur « information » en ce sens que l'action collective et la formation de réseaux entre les membres d'une communauté peuvent faciliter leur accès à l'information. Aussi, la diffusion des technologies et de l'information est liée aux droits de propriété.

L'adoption de technologie agricole est aussi soumise à l'influence des risques environnementaux et commerciaux. En effet, comme l'ont montré Knox et Meinzen-Dick (1999), les exploitants à faibles revenus sont peu motivés à prendre des risques et hésitent souvent à adopter de nouvelles technologies parce qu'ils ont besoin d'un revenu et des circuits de commercialisation stables. Kebede (1993) s'accorde avec cette notion de risque comme facteur influençant l'adoption de technologies agricoles. Ainsi, les réactions des paysans au développement des stratégies sont, en partie, expliquées en termes de comportement de prise de risques. Il ajoute que dans leur sélection des méthodes alternatives de réduction du risque, les ménages exhibent des degrés variés de comportements de prise de risques. Il aboutit au fait que le comportement averse face au risque des producteurs réduit la probabilité d'adoption des nouvelles technologies dans les régions d'étude en Ethiopie. De même, Ortiz

(1980), montre que la réticence des paysans à adopter les innovations n'est pas due à un comportement irrationnel, mais à leur désire de maximiser leur sécurité en minimisant leur risque. En relation avec les droits de propriété, Knox et Meinzen-Dick (1999) soulignent que l'action collective et les droits de propriété peuvent influer sur la capacité à gérer le risque. Quant à Feder et al (1981), ils distinguent deux sortes de risques. Les risques liés aux prix ou à l'instabilité de la pluviométrie qui affectent la confiance des paysans dans le court terme. Et les risques liés à l'insécurité de la détention des terres ainsi que le risque d'appropriation du capital qui affectent la confiance dans le long terme. Clay et al (1998) montrent qu'un grand risque conduit les paysans à baisser l'investissement dans la conservation des sols pour ceux qui sont averses au risque.

La richesse est aussi perçue comme un facteur déterminant de l'adoption de nouvelle technologie. Knox et Meinzen-Dick (1999) utilisent le terme de richesse pour désigner la possession d'actifs du ménage. Ces auteurs informent que le revenu est étroitement lié au pouvoir et aux droits de propriété sur les ressources naturelles, ce qui affecte l'adoption des technologies agricoles. Ainsi, au Pakistan, les exploitants qui possèdent plus de terre sont plus riches et plus motivés à installer des puits, et donc à maîtriser l'eau souterraine accroissant davantage leur revenu déjà élevé. En plus, Knox et Meinzen-Dick (1999) ajoutent que les individus mieux dotés1 attacheront une valeur accrue à aux bénéfices à moyen et long terme que l'investissement technologique est susceptible de leur procurer. Clay et al (1998) font une distinction entre le revenu hors ferme et le revenu provenant de la ferme. Le revenu hors ferme est un facteur déterminant qui affecte l'investissement des paysans dans la conservation des eaux et des sols, en accroissant la capacité des ménages à adopter l'intensification basée sur le capital. De même, le revenu extra ferme est perçu comme une importante source de liquidité dans une situation de sous-développement des marchés de crédit, et est important pour les ménages pour payer les matériels, les animaux, le travail et tout ce qui est nécessaire à une intensification durable (Clay et al, 1998).

Knox et Meinzen-Dick (1999) ajoutent que l'action collective, considérée comme un dispositif de répartition du risque, peut diminuer les craintes d'insécurité liées au besoin de survie, ce qui réduit la crainte de perte future et atténue les obstacles à l'adoption technologique. De plus, ils mentionnent que l'action collective permet de rééquilibrer la distribution des gains provenant de l'exploitation d'une ressource en facilitant l'adoption des technologies plus avancées qui exigent de gros investissements.

1 Cette dotation est relative à l'ensemble des droits de l'individu et à la sécurité de ces droits, ajoutés à la valeur de ses biens, à son revenu et à sa sécurité alimentaire

Le crédit est également vu par Knox et Meinzen-Dick (1999) comme un facteur déterminant de l'incitation des paysans à adopter les technologies de conservation des eaux et des sols. En effet, le crédit, pour eux, peut être un moyen pour les pauvres d'investir. A ce propos, il est souvent argumenté que les exploitants doivent posséder un titre foncier comme garantie de crédit et leur donnerait accès à des services financiers reconnus. Cependant, dans de nombreuses régions rurales, les institutions financières sont rares et en particulier celles qui accordent des prêts agricoles considérés comme hautement risqués. Feder et al (1985) reconnaissent que le crédit est un facteur déterminant de l'adoption de technologie. Ils montrent que l'une des contraintes majeures à la rapide adoption des innovations est le manque de crédit destiné aux producteurs agricoles.

L'adoption de technologie de conservation des eaux et des sols est aussi déterminée par la disponibilité de la main d'oeuvre dans le ménage. En effet, chaque technique de conservation des eaux et des sols exige une certaine quantité de main-d'oeuvre nécessaire pour être efficace. Cependant, comme le relèvent Knox et Meinzen-Dick (1999), les difficultés qui résultent des demandes de main-d'oeuvre sont les obstacles à l'adoption technologiques notamment si ces technologies entraînent des périodes de pointes saisonnières qui chevauchent d'autres activités agricoles. Face à ces difficultés, les auteurs pensent que l'action collective peut constituer le moyen de surmonter le manque de main-d'oeuvre au sein des ménages, dont le niveau d'épargne et d'argent disponible est faible. Et cela peut faciliter l'emploi en plus grand nombre de technologies à main-d'oeuvre intensive.

Enfin, Knox et Meinzen-Dick (1999) pensent que certaines lois, règles communautaires, normes et idées sont à mesure d'influencer le choix de technologies. Ainsi, au Mexique, l'adoption de pratiques de conservation des labours est en partie due aux politiques agricoles de l'Etat, notamment la loi interdisant le brûlage des résidus de récoltes.

A côté de ces facteurs ci-dessus présentés, d'autres facteurs importants ont un poids dans la motivation des producteurs à adopter les technologies de conservation des eaux et des sols. Ainsi, Sanders et al (1990), dans le cas du Plateau Central du Burkina, montrent que le profit potentiel que les producteurs peuvent retirer de l'adoption des techniques de conservation des eaux et des sols était un facteur déterminant. De même, Ouédraogo (2005) mesure la profitabilité des nouvelles technologies et montre que celle-ci détermine la décision des producteurs du Plateau central d'adopter ces techniques de conservation des eaux et des sols. Kebede (1993) et Zoungrana (2004) quant à eux répertorient un certain nombre de facteurs dont le prix des inputs et de l'output, la taille du ménage, l'expérience, la superficie emblavée, le niveau d'éducation et surtout les connaissances traditionnelles. Le prix des

inputs concerne le prix d'acquisition de l'ensemble des éléments incorporés dans la production. Le prix de l'output est le prix de vente du produit issu de l'exploitation. Kebede (1993) insiste sur l'importance du rôle des connaissances traditionnelles sur l'adoption des technologies agricoles. En effet, celles-ci combinées à l'expérience ont un impact, non pas seulement positif, mais également plus grand que celui de beaucoup de variables économiques et sociales sur les décisions d'adoption de technologies.

Dadi et al (2004) introduisent la notion de durée dans l'analyse de l'adoption des technologies en Ethiopie. Le temps est scindé en deux parties dont le temps-variant et le temps-invariant. Selon eux, ces deux notion du temps ont un impact sur la rapide adoption des fertilisants et des herbicides par les petits fermiers dans les hautes montagnes éthiopiennes. Le temps dont il est question ici est le temps mis par les fermiers avant d'adopter de nouvelles technologies.

En somme, une panoplie de facteurs détermine l'adoption des technologies de gestion des ressources naturelles en général et de la conservation des eaux et des sols en particulier. De la théorie de l'adoption aux cas pratiques, on peut regrouper tous ces facteurs en plusieurs classes à savoir les facteurs économiques, sociaux, psychologiques, institutionnels et techniques comme l'ont montré Jamison et Lau (1982).

Dans la présente étude l'accent sera mis sur l'ensemble de ces facteurs et en particulier sur le risque environnemental. En effet, le problème majeur auquel sont confrontés les producteurs est le risque pluviométrique. Dans ce sens, l'enjeu de ce facteur nécessite qu'on lui accorde une importance assez particulière dans l'analyse. De même, l'on aura recours aux facteurs psychologiques selon la théorie de la diffusion innovation de Rogers et de Davis. Ainsi, les facteurs suivants semblent être les plus déterminants de l'adoption des technologies de conservation des eaux et des sols au dans le Plateau Central du Burkina Faso. Il s'agit des facteurs économiques tels l'accès au crédit, le revenu du ménage, le coût d'adoption de la technologie, le coût d'entretien, les rendements escomptés de l'adoption, la superficie emblavée, le coût des intrants, le prix du produit, l'information. Les facteurs environnementaux concernent le risque environnemental alors que les facteurs psychologiques sont la perception de l'utilité de la technologie et la perception de la facilité d'utilisation de la technologie. Enfin, le niveau d'éducation, la taille du ménage, l'adoption des fertilisants, des pesticides et des semences améliorées.

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"Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée"   François de la Rochefoucauld