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L'héritage leibnizien dans la cosmologie d'A.N. Whitehead

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par Siham EL Fettahi
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master de Philosophie 2011
  

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1.3.4 Préhension et perception

Nous avons vu que Leibniz considère que le monde est composé de monades et Whitehead d'entités actuelles auxquelles s'ajoutent les objets éternels. Leibniz envisage le monde comme le résultat du développement interne des monades qui en s'accordant se transforment et font ainsi avancer l'univers. Whitehead estime que le monde est un univers en essai fait de deux types de relation, relations objets éternels à événements et relation événements à événements. Nous allons donc examiner l'activité de ces êtres psychiques que sont les monades et les entités actuelles.

Les relations événements à événements se font par ce que Whitehead nomme «les préhensions ». Effectivement, les entités actuelles sont douées de « préhensions » c'est-à-dire de saisies, de captures, de sentirs, de feelings.

« J'emploierai donc le mot « préhension » dans le sens d'appréhension non cognitive, c'est-à-dire une appréhension qui peut être ou non de type cognitive. »53(*)

L'activité des entités actuelles est une activité préhensive, c'est-à-dire une activité sélective. Les entités s'actualisent en se configurant, elles prennent chez les autres entités ce dont elles ont besoin pour croître et se réaliser. Il y a deux types de préhensions :

- Les préhensions positives : les entités conservent les données (data) des autres entités en les insérant dans leur configuration.

- Les préhensions négatives : les entités rejettent les datas dont elles n'ont pas besoin.

Les entités actuelles effectuent de véritables trajectoires historiques, par les préhensions positives, elles conservent le passé et par le rejet et le tri qu'elles effectuent via les préhensions négatives, les entités font l'avenir. Dès lors, les entités par ce mécanisme de préhension font émerger l'unité à partir de la multiplicité. C'est ainsi que les entités actuelles se développent dans un milieu actif et réactif, la vie est lien, un enrichissement mutuel entre une diversité d'événements, d'occasions d'expériences. L'expression de P. Forget54(*) illustre bien cette idée : le monde est un bourdonnement, un bruissement du jeu des puissances. C'est une combinatoire infinie d'être en acte.

Whitehead explique que le mécanisme de préhension dépend de trois facteurs :

« Une préhension implique donc trois facteurs : l'occasion d'expérience dont la préhension constitue une partie de l'activité ; le datum dont la convenance [relevance] provoque la naissance de cette préhension : ce datum est l'objet préhendé ; enfin ; la forme subjective, qui est la tonalité affective déterminant l'efficacité de cette préhension dans cette occasion d'expérience. »55(*)

Pour qu'il y ait préhension, il faut un sujet, l'entité actuelle ; le datum, c'est l'objet préhendé et sa forme subjective c'est-à-dire comment le sujet appréhende son objet.

Dès lors, la philosophie organique est un empirisme logique puisque tout est occasion d'expérience. Le sujet logique, le « je » est un sentir, une entité vivante qui s'auto-produit. Plus qu'un sujet, c'est un superject : « le terme de sujet a été retenu, car en ce sens il est familier et philosophique. Mais il est trompeur. Le terme de « superject » conviendrait mieux. »56(*).

L'entité est à la fois cause et produit de son devenir. Le sujet est l'auteur du processus, le superject est la nouvelle unité synthétique qui émerge du processus.

« De cette façon, une entité actuelle satisfait à la notion spinoziste de substance : elle est causa sui. »57(*).

Whitehead avec le mécanisme de préhension se fait héritier de Leibniz. Il remplace le concept leibnizien de perception par la préhension, il le libère de sa connotation de représentation des choses pour ne garder que l'idée de l'unification dans la pluralité et utilise le terme feeling, sentir dans un sens plus large que Leibniz.

« Il [Leibniz] emploie les termes « perception » et « aperception » pour désigner les manières, inférieurs et supérieurs, dont chaque monade peut en prendre une autre en considération, autrement dit pour désigner les modes de mise en présence. Mais ces termes sont trop étroitement apparentés à la notion de conscience qui, dans ma doctrine, n'accompagne pas nécessairement l'expérience. De plus, ils sont inextricablement liés à la notion de perception représentative, que je rejette. (...)Prenant modèle sur Leibniz, j'utilise donc le terme « préhension » pour désigner la manière générale dont une occasion d'expérience peut inclure, comme partie de sa propre essence, une autre entité d'un autre type. Ce terme ne suggère ni conscience, ni perception représentative. »58(*)

Effectivement, chez Leibniz, la perception, c'est la capacité que possède une monade de se représenter à l'intérieur d'elle-même les choses externes, comme un miroir, un reflet de l'extérieur.

La dynamique du monde repose sur l'agencement des perceptions de chaque monade, puisque tout est perception du même univers, quand une perception change, les autres sont affectées intérieurement par leurs propres lois et par ce changement, elles s'accordent (nous développerons dans la suite du mémoire l'harmonie préétablie et les mécanismes monadologiques.). On s'aperçoit que ce caractère représentatif n'existe pas chez Whitehead, il reprend seulement dans la notion de perception, l'idée de capture, de saisie des autres créatures monadiques et l'enrichissement interne mutuel.

* 53 P.89, La science et le monde moderne de Whitehead (cf bibliographie)

* 54 Article De l'acte à la puissance axiologique, un libre aperçu de la philosophie de Whitehead, P. Forget (cf bibliographie)

* 55 P.231 Aventure d'idées, Whitehead (cf bibliographie)

* 56 P.357 P.R, Whitehead (cf bibliographie)

* 57 P.358, P.R, Whitehead (cf bibliographie)

* 58 P.302-303, Aventure d'idées, Whitehead (cf bibliographie)

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