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L'héritage leibnizien dans la cosmologie d'A.N. Whitehead

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par Siham EL Fettahi
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master de Philosophie 2011
  

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1.4 Conclusion générale

Nous espérons avoir réussi à démontrer dans cette première partie pour quelles raisons Whitehead est parmi ses contemporains, le philosophe qui se rapproche le plus de Leibniz. Il partage avec le philosophe allemand, des visées intellectuelles similaires (mathématique, métaphysique, esthétique) et poursuit certains projets entrepris par Leibniz (formalisme logique, entreprise de conciliation de la religion avec la science). Il réhabilite le dynamisme leibnizien et reprend les grands thèmes de la monadologie (mentalisme, individuation du réel, perception, perspective, appétition) pour les insérer dans sa philosophie organique au point que certains commentateurs affirment que Whitehead nous expose une monadologie sans monades.

Cela dit, il existe des points de rupture entre les deux systèmes métaphysiques. Ce sera l'objet de notre seconde partie. Nous allons voir que Whitehead ne se contente pas de plagier Leibniz, il le réactualise, il se le réapproprie pour mieux affirmer ses propres positions et convictions philosophiques.

2. WHITEHEAD ACTUALISE ET SE REAPPROPRIE LEIBNIZ

Pour Whitehead, le sujet est dans le monde, ce n'est pas le monde qui est contenu dans le sujet (c'est-à-dire dans l'homme ou la monade leibnizienne). Or, Leibniz renferme le monde dans le sujet-monade, la description de la conséquence du solipsisme « je suis mon monde » (Wittgenstein, aphorisme 5.63) correspond à la doctrine monadologique de Leibniz, ce dernier affirme que si tout l'univers extérieur au sujet était détruit, il continuerait à exister en lui. Mais pour autant, la doctrine leibnizienne n'est pas solipsiste puisque les monades communiquent entre elles, effectivement, le réel est constitué d'une pluralité de monades qui interagissent entre elles, il n'est pas question de l'existence d'une monade unique à partir de laquelle se déploierait le monde. Leibniz avance uniquement à titre d'hypothèse, l'idée de la persistance de l'existence du monde dans une monade unique si le monde extérieur était détruit mais ce n'est pas le cas, ce scénario est évoqué uniquement pour illustrer l'autonomie et l'indépendance des monades. Cela dit, Leibniz isole les monades, elles sont dans le monde mais elles n'ont pas besoin de l'extérieur pour exister et se développer. Whitehead s'oppose à cette doctrine, il ouvre la monade pour lui faire rencontrer le monde extérieur de manière directe, effectivement, il la rend dépendante de l'extérieur. Les entités actuelles sont ces créatures monadiques en connexion avec leurs semblables, elles s'ouvrent aux autres, elles ne sont plus closes et le monde c'est cela, une somme d'inter-connexions. Ce revirement whiteheadien est influencé par la logique contemporaine. La logique contemporaine rejette la notion de substance, il n y a pas d'entités substantielles closes, tout n'est qu'interconnexions, liens, c'est un monde néo-pythagoricien et non un monde aristotélicien.

Les idées postmodernes intégrées par Whitehead contribuent également à le distancier de Leibniz : 1) L'ouverture spatiale, avec Cues, Bruno et Copernic transforme l'univers clos des grecs en un univers désormais ouvert et infini. 2) L'ouverture temporelle avec Spencer, Wallace et Darwin conduit l'humanité à se trouver confrontée à la profondeur infinie du temps, son passé comme son futur évoluent et devient imprévisible. 3) L'ouverture conscientielle, avec Maxwell, Myers et Freud ouvre la nature à la conscience.65(*)Ainsi, la cosmologie de Whitehead en intégrant l'ouverture spatiale et temporelle va peindre un univers géométriquement ouvert, en concrescence, qui s'accroît dans le temps, c'est à dire qui évolue et avance vers sa futurisation, c'est un monde avec un passé et un futur, un monde qui tend vers l'avenir de manière imprévisible, c'est un univers historique, inscrit dans le temps et l'espace. Cet univers se démarque de l'univers leibnizien, préformé qui se déploie, s'épanouit de manière déterminée. Dieu va donc jouer un rôle différent pour Whitehead et Leibniz. Whitehead intègre Dieu dans le monde et donc dans l'espace et le temps, c'est un Dieu immanent, tandis que Leibniz décrit un Dieu transcendant, Maître en son royaume. On s'aperçoit que Whitehead ne se contente donc pas de reprendre Leibniz, il l'actualise, se le réapproprie pour former une cosmologie qui repose sur ses propres convictions philosophiques.

* 65 P.168-169 de l'article de Michel Weber, individu et société selon Whitehead (cf bibliographie).

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