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L'héritage leibnizien dans la cosmologie d'A.N. Whitehead

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par Siham EL Fettahi
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master de Philosophie 2011
  

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2.1 Fin de l'isolation des monades : l'ouverture et la rencontre avec l'extérieur

2.1.1 Désubstantialisation du monde

La monadologie de Leibniz repose sur la notion de substance. La substance, c'est cette réalité sous-jacente qui supporte les qualités, c'est la base, ce qui ne dépend que de soi pour exister, c'est la chose elle-même. L'étymologie du mot substance est composée du terme stancia, l'être et sub, en dessous ; la substantia c'est la chose en soi, qui est sous l'être. Aristote est celui qui fonde ce concept de substance, l'ousia , c'est ce substrat, ce support qui contient les modes et qualités d'une chose. La substance, c'est donc ce qui persiste malgré le changement et reçoit les attributs. Leibniz considérera le sujet-monade comme cette substance qui ne dépend que de soi ou du concourt de Dieu pour exister. Effectivement, la monadologie de Leibniz repose sur le concept grammatical logique de sujet-prédicat. Le sujet c'est la substance et le prédicat, l'attribut. Dès lors, tout ce qui existe est une substance individuelle, un sujet qui se définit par ses prédicats. Le sujet contient en lui tout ses prédicats si bien que si l'on a une connaissance parfaite du sujet alors on peut déduire tout ses prédicats. Leibniz dans l'article 8 du Discours Métaphysique donne l'exemple de Dieu qui à partir de la notion individuelle ou hecceïté d'Alexandre le Grand est capable de reconnaître tous ses prédicats et de prédire à priori tout ce qui lui arrivera. Ceci est possible grâce à la notion de complétude du sujet, c'est-à-dire qu'il contient en lui d'un seul bloc tout ses prédicats : praedicatum inest subjecto.

Dès lors, puisque tous les prédicats sont enveloppés dans ma notion, il s'ensuit que tout âme, substance ou sujet est un monde à part qui contient tout l'univers et ne dépend du concours de rien d'autre hormis de celui de Dieu. Le monde est constitué d'univers clos sans relations directes et pour les accorder, on fait alors appel à Dieu et à l'harmonie préétablie.

Whitehead critique cela, il reproche à Leibniz, de faire intervenir le Deus ex machina pour régler le problème de l'interaction. De plus, Whitehead trouve illégitime de faire une exception pour Dieu alors que les monades sont sans portes ni fenêtres, si les relations externes sont impossibles alors pourquoi permettre à Dieu d'agir sur les monades.

Whitehead considère que c'est le concept de substance qui mène vers de telles incohérences. Whitehead s'oppose à ce concept de substance devenu désuet puisque la logique moderne a remplacé la logique aristotélicienne de l'inclusion par celle des relations. L'opposition binaire sujet-prédicat, hérité d'Aristote est une erreur métaphysique selon Whitehead. Le monde ne se divise pas en substances et qualités. C'est le langage et la simplification qui a produit cette division artificielle. On a reporté la structure grammaticale sujet-prédicat sur la description et l'observation du monde. Exemple : à partir de l'observation « Pierre mange », on en a déduit qu'il existait une entité Pierre, sujet du changement auquel on pouvait attribuer plusieurs qualités qui dépendaient de lui mais dont lui ne dépend pas d'elles. Or, cette conception simplifie le réel, la réalité est bien plus complexe et riche. Cette manière commode de penser pose une entité fixe, permanente, qui demeure or Whitehead s'oppose à l'idée que nous persistons, il considère que nous sommes par intermittences, il n'y a pas d'identité statique, nous changeons sans cesse. La substance a endigué les puissantes manifestations du changement ignorant le passage de la nature. Selon Whitehead, c'est la notion de substance qui a mené vers la considération d'une matière inerte et fixe. Elle fut certes féconde mais aujourd'hui, elle atteint ses limites. La physique moderne ne parle plus de matière mais d'énergie, de flux. Whitehead préconise de remplacer le concept de substance par celui de forme, de relation, de durée et de variation. Clotilde Maupin dans son article Le procès de l'expérience dans la philosophie de Whitehead, il y a un monde sans nous66(*), déclare que « En somme, il s'agit toujours de rendre raison d'une réalité tout ourdie de permanence et traversée de changement ».

Ainsi avec la désubstantialisation qu'opère Whitehead, « la pierre grise » n'est plus cette substance doté de « griséité » mais la « pierre grise » est un événement qui survient dans l'espace-temps. C'est cette société de molécules séparées en agitation violente. Mais ce n'est pas que cela, c'est aussi bien d'autres choses, cela dépend du contexte spatio-temporel. Comme l'explique J. L. Gautero67(*), Whitehead est contre l'idée que l'herbe n'est pas verte et qu'elle est le rassemblement d'une multitude d'atomes incolores. Pour Whitehead « L'herbe est verte et elle est une société d'atomes incolores « (et sans doute est-elle bien d'autres choses encore : ce qu'elle est pour un moucheron qui s'y pose, ce qu'elle est pour la terre dans laquelle elle s'enracine, etc.). On a pu définir assez justement la philosophie de Whitehead comme un empirisme spéculatif [li]. On pourrait tout aussi bien la définir comme un réalisme pluraliste. »68(*) Whitehead en désubstantialisant le monde s'éloigne de Leibniz.

Le monde pour le philosophe anglais est fait d'événements connectés et interdépendants, un monde néo-pythagoricien plutôt qu'aristotélicien. Il faut donc ouvrir la monade et l'intégrer dans le monde. Cette conception rompt avec la vision traditionnelle des substances closes qui renferment le monde.

* 66 Cf réf. Bibliographie

* 67 Article La substance de Whitehead, J.L. Gautero (cf réf. Bibliographie)

* 68 Ibidem

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