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L'héritage leibnizien dans la cosmologie d'A.N. Whitehead

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par Siham EL Fettahi
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master de Philosophie 2011
  

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2.2 Ouverture et réalisme spatio-temporelle

 2.2.1 L'espace

L'univers de Whitehead est ouvert et infini, il s'inscrit dans l'espace. Mais à vrai dire, comment Whitehead définit l'espace ?

L'élément concret de l'espace, c'est le volume, c'est-à-dire un ensemble, une région dans lesquels les entités s'incluent les unes, les autres. Ce volume d'espace a une réalité, c'est ce qui permet à la fois de limiter les choses et de les rassembler. L'idée de réceptacle platonicien a beaucoup influencé Whitehead qui considère que le monde est ce réceptacle d'espace-temps, ce milieu dans lequel les choses évoluent. L'espace a une réalité, une consistance mais il est relation, il est donc insensé de considérer qu'un événement est localisé à tel ou tel endroit en un moment précis, un objet est dans tout son voisinage, il est par rapport à son voisin. Par exemple, l'atome occupe un volume d'espace mais le fait qu'il soit dynamique, c'est à dire sans cesse en mouvement, en agitation fait qu'il n'est pas localisable à tel endroit, il l'est seulement par rapport à l'autre atome qui l'avoisine. Whitehead adopte donc une vision relativiste de l'espace, l'influence d'Einstein y est pour beaucoup.

« J'adopterai toujours la conception relativiste, la première raison est que celle-ci semble mieux s'accorder avec la thèse philosophique générale de la relativité que présuppose la philosophie de l'organisme. »70(*)

Les événements s'inscrivent dans des volumes spatiaux mais la localisation de l'événement est relative. Whitehead défend donc une position réaliste et relativiste, l'espace est une réalité, ce n'est pas une illusion de notre esprit.

Leibniz, à l'inverse considère l'espace comme une abstraction, une idéalisation qui n'a pas de réalité concrète, l'espace a le même statut que les nombres, il n'existe que comme possibilité contenue dans l'entendement divin.

« On dit que l'espace ne dépend point de la situation des corps. Je réponds qu'il est vray qu'il ne dépend point d'une telle ou telle situation des corps ; mais il est cet ordre qui fait que les corps sont situables, et par lequel ils ont une situation entre eux en existant semblable, comme le temps est cet ordre par rapport à leur position successive. Mais s'il n'y avoit point de créatures, l'espace et le temps ne seraient que dans les idées de Dieu. »71(*)

L'espace est un phénomène, c'est la perception par la monade-esprit d'un rapport, d'un ordre entre les existants. L'espace n'existe pas en soi, il n'existe que pour les créatures. L'espace est défini comme cette relation que perçoit la monade âme entre les coexistents. L'espace est donc une relation et un rapport ordonné entre des objets. Il n'est pas absolu mais relatif.

« Pour moy, j'ay marqué plus d'une fois que je tenois l'espace pour quelquechose de purement relatif, comme le temps ; pour un ordre de coexistences, comme le temps est un ordre de successions. Car l'espace marque en termes de possibilités un ordre des choses qui existe en même temps, en tant qu'elles existent ensemble sans entrer dans leurs manières d'exister particulières et lors qu'on voit plusieurs choses ensembles, on s'aperçoit de cet ordre des choses entre elles. » 72(*)

Whitehead rejoint Leibniz sur le relativisme et s'oppose à la vision newtonienne d'un espace-temps absolu. Leibniz considère que l'espace désigné comme une réalité est une erreur philosophique due à la mathématisation du monde :

« Ce sont des imaginations des philosophes à notions incomplètes, qui se font de l'espace une réalité absolue. Les simples mathématiciens qui ne s'occupent que de jeux de l'imagination, sont capables de se forger de telles notions, mais elles sont détruites par des raisons supérieures. »73(*)

C'est exactement la même critique que fait Whitehead lorsqu'il parle de « concrétisation mal placée ». Les abstractions de l'esprit sont prises pour la réalité. Mais alors que Leibniz est cohérent et va jusqu'au bout en considérant l'espace comme une imagination de l'esprit, Whitehead l'est beaucoup moins en faisant de l'espace-temps une exception qui échappe à la règle de la concrétisation mal placée. Or, comment peut-il légitimement rejeter le substantialisme et la localisation simple qu'il considère comme des concepts mathématiques idéaux et soutenir dans le même temps que l'abstraction espace-temps a une réalité ? Whitehead manque de cohérence.

Leibniz est plus rigoureux et cohérent mais ses conclusions mènent vers une conception qui rapporte tout ce qui est dans la réalité à la pensée du sujet. Whitehead reste attaché à l'idée que ce qui existe est bel est bien réel indépendamment de l'esprit du sujet et c'est pour cela qu'il fait de l'espace une réalité dans laquelle s'inscrivent ses entités actuelles.

* 70 P.137, P.R, Whitehead (cf bibliographie)

* 71 P.83, Correspondance Leibniz-Clarke, VII, 2 juin 1716 quatrième écrit de Leibniz (cf réf bibliographie)

* 72 P.53, Correspondance Leibniz-Clarke, 25 février 1716, 3ème écrit de Leibniz (cf bibliographie)

* 73 P.122, Ibidem, IXbis MI-août 1716, 5ème écrit de Leibniz (cf bibliographie)

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