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L'héritage leibnizien dans la cosmologie d'A.N. Whitehead

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par Siham EL Fettahi
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master de Philosophie 2011
  

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2.3.2 Critique du contrôle déterministe divin et défense du self-creative ou self-process des entités individuelles: la reconquête de la liberté par Whitehead

Le Dieu de Whitehead, privé de la toute puissance, est ramené au statut de compagnon de la création. Il n'est pas l'empereur sage de Leibniz qui décide de tout, puisque beaucoup de faits échappent à son contrôle. Effectivement, Whitehead a affaiblit le Dieu du christianisme et l'a rendu plus proche de sa création, il a transféré une partie des pouvoirs divins aux créatures puisque les créatures sont autonomes, indépendantes et ont la capacité de s'auto-crée. En effet, les entités actuelles sont causa sui,  self-creative, c'est-à-dire qu'elles s'autodéterminent, chaque entité actuelle est guidé par son subjective aim, et pour atteindre le but qu'elle s'est assigné, l'entité actuelle par la préhension va décider d'inclure ou rejeter les datas (préhension positive et préhension négative) :

«  Etre causa sui signifie que le procès de concrescence tire de lui-même la décision concernant l'habillage qualitatif des impressions. C'est lui qui en dernière instance répond de la décision qui admet à l'efficience tout désir de sentir. La liberté propre de l'univers se constitue en se déployant comme cause de soi. »84(*)

Son développement est le résultat de sa détermination interne, l'entité actuelle est libre de tout contrôle externe. Dieu est là uniquement pour proposer les possibilités, il n'impose rien. Il offre aux entités les potentialités et ce sont les entités qui au final prennent l'initiative de les sélectionner ou non.

Dieu n'a pas le pouvoir de contraindre une entité actuelle de choisir telle ou telle option. En cela le concept de création divine acquiert un sens nouveau, Dieu persuade, tente de convaincre la création mais il n'impose rien. La liberté imprègne l'univers.

« Chaque acte créateur représente l'univers en tant qu'il s'incarne lui-même comme unique et il n'y a rien au dessus de lui qui viendrait imposer une condition finale. »85(*)

De plus, Dieu pour Whitehead ne peut pas prévoir le modèle vers lequel le monde va tendre. L'indétermination du monde et l'introduction de Dieu au sein de l'espace-temps limite la science divine. Whitehead se distingue de Leibniz. Cela dit, il le rejoint sur le principe d'harmonie, le monde tend vers l'harmonie mais cette dernière résulte de l'auto détermination des entités qui coopèrent entre elles afin de permettre l'émergence de l'harmonie globale. Ce n'est pas Dieu qui fait entrer à l'existence le monde qu'il considère le meilleur et le plus harmonieux.

De ce fait, la doctrine de la liberté chez Leibniz diffère de celle de Whitehead. Si le Dieu de Leibniz comme celui de Whitehead ne contraint pas ses créatures mais les guide (inclination à agir selon le principe de raison suffisante) il impose tout de même un cadre dans lequel les créatures évoluent, c'est lui qui décide de faire entrer dans l'existence, le monde qui contient les créatures et leur environnement, ce ne sont pas les créatures qui construisent le monde dans lequel ces dernières et Dieu évoluent comme c'est le cas chez Whitehead. Le Dieu de Leibniz élit parmi les mondes possibles, celui qui va entrer dans l'existence c'est-à-dire le meilleur, chez Whitehead, Dieu offre aux entités les potentialités et c'est elles qui décident avec Dieu de choisir les potentialités qui conviennent. De plus, le Dieu de Leibniz maîtrise davantage sa création. L'omniscience lui permet de prévoir les événements sans que cela ne contreviennent à la liberté humaine.

Effectivement, étant donné que Dieu est omniscient, dès qu'il produit le monde, il peut prévoir tout les événements futurs car il connait les liens causes à effets. Le monde pour Dieu est comme un livre qu'il suffit d'ouvrir et feuilleter afin d'apprendre si César finira par vaincre la Gaule, s'il franchira le Rubicon ou comment il finira ses jours, trahit par son protégé Brutus. Cela dit la prescience divine n'a pas d'influence sur le cours des choses, prédire, c'est connaitre la suite de causes et effets mais ce n'est pas changer le cours des choses, la prédiction n'a pas la capacité de bouleverser les liens causes à effets. Dès lors, Dieu peut prédire de manière certaine que tel événement arrivera avec certitude sans pour autant que l'événement en question lorsqu'il a lieu soit nécessaire absolument.

Dieu sait que César franchira le Rubicon, cela dit cette science n'a aucune influence sur le fait que César décide de franchir le Rubicon car César peut très bien ne pas franchir le Rubicon (franchir le Rubicon n'est pas une nécessité absolue, son contraire n'implique pas de contradiction) mais il va le franchir pour telle raison (nécessité ex-hypotesi = événement qui peut être autre mais qui a lieu pour une raison) et c'est pour cela que Dieu sait de manière certaine que le 11 Janvier 49 avant J-C. César franchit le Rubicon.

Néanmoins, si la préscience n'influence pas le cours des choses, il faut que le lien cause à effet soit déterminé, délimité clairement pour que Dieu puisse connaitre ce qui arrive. Et si c'est le cas, alors comment concilier la détermination avec la liberté humaine ? Admettons que Marie voyage dans un train et qu'au moment où le train entre en gare, elle remarque qu'un voyageur pressé de descendre ne s'aperçoit pas que son portefeuille a glissé de la poche de son manteau, Marie se trouve face à la possibilité de se taire et récupérer le portefeuille une fois seule ou à celle d'interpeller le voyageur et lui tendre l'objet trouvé. Dès lors, si Marie est libre de choisir telle ou telle option, comment Dieu serait capable de connaître son choix ? Et bien, la liberté pour Leibniz ne consiste pas en l'indifférence d'équilibre, face à deux alternatives, nous sommes enclin à choisir l'une plutôt que l'autre même si strico sensu, il est possible d'aller contre notre inclination naturelle. Le sage peut très bien porter un faux témoignage qui entrainerait la condamnation d'un innocent mais le sage est incliné à ne pas agir de la sorte et donc il ne portera pas de faux témoignage de manière certaine.

La liberté d'indifférence n'a pas de sens pour Leibniz, il reprend le célèbre exemple de l'âne de Buridan pour montrer l'absurdité de cette position, l'âne affamé et assoiffée faute de pouvoir choisir entre le seau d'eau et la brassée de paille qui se trouvent à égale distance de lui, finit par mourir de faim. Dès lors, face à l'équilibre, il est nécessaire qu'il existe une raison qui incline vers l'une des alternatives. Marie pour certaines raisons est encline à choisir une des deux options mais elle est libre de ne pas suivre son inclination, il faut donc que l'inclination réussisse pour qu'il y ait détermination. Mais si afin que Dieu connaisse le choix de Marie, il faille que la détermination réussisse alors cela signifierait que Dieu peut se tromper dans ses prédictions. Or, ce n'est pas le cas car Dieu sait si Marie conserve ou rend le portefeuille sans erreur car cette action est antérieure pour Dieu, il connait non seulement ce qui la détermine mais aussi la décision finale de Marie.

* 84 P.167, P.R., (cf bibliographie)

* 85 P.391, Ibidem

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