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L'héritage leibnizien dans la cosmologie d'A.N. Whitehead

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par Siham EL Fettahi
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master de Philosophie 2011
  

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1.3.2 Atomisation et individuation du réel (monades et entités actuelles)

Whitehead comme Leibniz atomise le réel, la vérité métaphysique ultime est atomique.

« En fait, le monde contemporain est divisé et atomique, puisqu'il est une multiplicité d'entités actuelles définies. Ces entités actuelles contemporaines sont divisées les unes par rapport aux autres et ne sont pas elle-même divisibles en d'autres entités actuelles. »43(*)

L'atomisation de la réalité en des unités indivisibles et immatérielles est posée par Leibniz en réaction à la doctrine matérialiste qu'il considère contradictoire dans ses tréfonds. Effectivement, la matière étant par essence divisible à l'infini, elle s'évanouit et il n'est plus possible de poser légitimement une unité première et ultime dans la nature.

Whitehead adhère à ce point de vue : « Mais quoiqu'il en soit, nous nous trouvons confrontés à la question de savoir s'il existe ou non des organismes primaires, unités dernières au-delà desquelles l'analyse ne peut aller. Il semble fort improbable qu'il puisse y avoir une régression infinie dans la nature (...) Nous devons partir de l'événement comme unité ultime du phénomène naturel. »44(*)

Ces unités premières et ultimes qui constituent l'univers, Leibniz les nommes « monades » et Whitehead « entités actuelles ». Elles représentent les seules choses réelles qui composent le monde. Pour Leibniz, ce sont les substances « concrètes » et réelles de l'univers. Pour Whitehead, ce sont « les choses dernières dont le monde est constitué. Il n'est pas possible de trouver au-delà des entités actuelles quoique ce soit de plus réel qu'elles. »45(*). Ces atomes de la nature ont une identité propre, ils différent tous les uns des autres si bien que l'on ne peut trouver dans la nature, une monade ou une entité actuelle identique à une autre. C'est le principe des indiscernables inventé par Leibniz ; deux individus diffèrent non seulement numériquement mais aussi par leur contenu c'est à dire de manière intrinsèque. Whitehead adhère à ce point de vue.

Maintenant, venons-en à leurs descriptions précises. Nous avons vu que la monade de Leibniz est un atome de la nature c'est-à-dire une substance simple, première, ultime, indivisible, qui « entre dans les composés », elle est immatérielle car « ni étendue, ni figure, ni divisibilité possible »46(*), elle a une identité individuelle. La monade est hors du temps et de l'espace, elle ne périt pas, elle existe par fulguration : « Ainsi, on peut dire que les monades ne sauraient commencer, ni finir, que tout d'un coup, c'est-à-dire qu'elles ne sauraient commencer que par création et finir par annihilation ; au lieu que ce qui est composé commence ou finit par parties. »47(*)

C'est là, une différence avec les entités actuelles de Whitehead qui, elles, périssent. Les entités actuelles sont des unités individuelles, des événements atomiques, « des gouttes d'expériences », si bien que Whitehead lui-même déclare dans Aventure d'idées : « le terme « monade » exprime aussi cette unité essentielle »48(*). Cela dit, ces événements atomiques chez Whitehead s'inscrivent à l'inverse de Leibniz dans le temps et l'espace, ce sont des « époques cosmiques », ils sont invisibles car infiniment petits dans l'espace et quasi-instantanés dans le temps et chaque événement (un événement est un nexus : une agglomération d'entités actuelles) a une quantité de temps et d'espace qui lui est propre. De plus, Les entités actuelles ne sont pas des monades crées par Dieu qui apparaissent par fulguration et sont annihilées, les entités actuelles s'auto-créent, elles ont une durée de vie, elles périssent et finissent par former des datas, des données pour la satisfaction d'autres entités actuelles, on peut dire qu'elles sont en quelque sorte recyclées et c'est cela qui va leur conférer une certaine immortalité mais toute différente de celle des monades de Leibniz.

Toutefois, ces entités actuelles restent des occasions ou unités d'expériences de type monadique.

Les monades de Leibniz sont closes, c'est-à-dire « sans portes ni fenêtres » par lesquelles une autre puissent entrer et la modifier (il n y a pas de relations externes): « Les monades n'ont point de fenêtres, par lesquelles quelque chose y puisse entrer ou sortir »49(*) le changement ou l'activité de la monade se fait de manière interne. Ce caractère monadique existe dans les entités actuelles de Whitehead qui sont des créatures en devenir, en processus qui se développent par une aventure intérieure du devenir mais cette aventure interne se fait par la sélection dans les autres entités, de datas qui offrent la possibilité à l'entité en question de se configurer, il y a donc relation externe directe. Les entités actuelles s'apparentent donc à des créatures monadiques.

* 43 P. 131, P.R, Whitehead (cf bibliographie)

* 44 P.128, La science et le monde moderne, Whitehead (cf bibliographie)

* 45 P.68, P.R, Whitehead (cf bibliographie)

* 46 Citations £ 1 et 3 Monadologie (cf bibliographie)

* 47 £6 Monadologie (cf bibliographie)

* 48 P.232, Aventure d'idées, Whitehead (cf bibliographie)

* 49 £7 Monadologie (cf bibliographie)

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