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Les conditions d'accès à  l'emploi des jeunes diplômés bac plus deux et plus des zones urbaines sensibles de l'agglomération nantaise

( Télécharger le fichier original )
par Jean-Baptiste DROUET
UFR de Sociologie de Nantes - DESS 2005
  

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3. Les difficultés de l'identification des jeunes diplômés et les premiers constats sur l'accessibilité différentielle à l'emploi.

2.3.1. La méthode d'identification :

L'identification s'est faite à partir des listes fournies par les établissements en charge des formations initiales, sous condition que l'accessibilité aux données soit fournie par les administrations concernées et l'Education Nationale en particulier, le rectorat, mais aussi des associations comme « Un parrain, un emploi », « Challenge emploi » ou encore « la Mission Locale de l'antenne Campus ».

Ceci a permis d'obtenir les listes des personnes qui, sur les « filières cibles », ont obtenu leurs diplômes pour les années 2002 et 2003. Dans un premier temps la principale information à obtenir était le nom et l'adresse des jeunes diplômés qui permettait par conséquent de produire une première approche statistique (traitement de données par tris à plat et par tris croisés) dont le tableau ci-dessous fait le récapitulatif des éléments à disposition.

Analyse sur chaque filière diplômante

Critères statistitiques

Jeunes ayant obtenus leur diplôme

Lieu de résidence

Jeunes originaires des Zus

Jeunes issus d'autres

quartiers, d'autres villles

Sexe

Jeunes garçons

Jeunes Filles

Origine (identification pragmatique à partir du nom)

Jeunes issus de

l'immigration

Autres jeunes français non issus de l'immigration

Cette analyse statistique par filière devait être, dans la mesure du possible, comparée sur les mêmes critères à l'analyse produite par les établissements du profil de leur population globale d'élèves et d'étudiants la même année. On pouvait ainsi mieux interpréter l'analyse statistique initiale par une telle mise en regard, ne serait ce que pour pouvoir ainsi identifier ce qui relève plus d'un effet de la proximité territoriale ou d'un effet d'une réputation plus large de l'établissement dans son aire de recrutement des jeunes en formation diplômante14.

2.3.2. L'échantillon et l'objectif des entretiens :

A partir de cette base de données, l'échantillon devait être établit selon les critères suivants :

1. Une vingtaine de jeunes pour chaque filière retenue

2. Un équilibre à préserver selon nos trois critères de base (origine ZUS ou non, sexe, jeunes issus ou non de l'immigration)

L'enquête visait plus spécifiquement des jeunes issus de deux grands quartiers nantais à l'intérieur desquels on peut trouver des sites de la géographie prioritaire. Saint Donatien-Malakoff et le quartier des Dervallières-Contrie.

14 Voir l'entretien avec Monsieur Le Grand, coordinateur au Lycée Albert CAMUS à Bellevue. P 54

Il s'agissait ensuite d'établir un repérage des numéros de téléphone et d'obtenir des informations qui pouvaient être communiquées tant par les établissements de formation, des associations, ou des dispositifs d'aide à l'emploi comme la mission locale.

L'enquête auprès des jeunes s'est faite sous la forme d'entretiens en face à face qui duraient une heure en moyenne. L'entretien prenait appui principalement sur les registres suivants :

1. Les motivations des jeunes à l'égard de leur formation et leurs perceptions et représentations des atouts que celle-ci représente à leurs yeux

2. L'expérience antérieure au regard de l'emploi

3. Les motivations (existence ou non d'un projet professionnel) et moyens mobilisés à la recherche d'un emploi en privilégiant un regard sur les démarches concrètes réalisées (CV, petites annonces, mobilisation de réseaux personnels, contact direct aux entreprises, relation au service public de l'emploi,...)

4. Les stratégies utilisées pour y arriver (ex : stratégie ciblée sur des emplois déterminés ou stratégie tout azimut ; stratégie ciblée sur un marché de l'emploi local ou étendu à une géographie plus large...)

5. Les ressources mobilisées dans l'environnement proche pour accompagner cette démarche (hébergement, soutien moral et financier...)

6. Les risques perçus de leur identité et de leur environnement quant au handicap renforcé ou non d'un possible accès à l'emploi

7. Les difficultés rencontrées dans la relation au service public de l'emploi dans la démarche d'accompagnement, si tant est que cette relation ait existé (connaissance, relation et sollicitation de la mission locale, des équipes de terrain travaillant sur l'insertion, des conseillers ANPE...)

8. La nature des difficultés rencontrées dans l'abord et la relation aux entreprises dans divers registres qui se situent entre les représentations initiales sur l'entreprise et la confrontation à sa réalité (le premier contact, la présentation de soi, le discours sur la valeur travail, sur les motivations à l'emploi et le projet personnel, la tenue vestimentaire, le rapport que l'on entend tenir à l'égard de la règle, de la hiérarchie, du temps de présence et du rythme de travail...)

9. Les signes identifiés d'éventuelles marques de discrimination au-delà d'une perception et représentation plus générale des risques de discrimination que leur origine résidentielle, leur sexe ou leurs origines familiales font peser dans la posture qui est la leur à l'égard de l'emploi.

10. Les ruses et stratégies mises en oeuvre pour contourner ces risques de discrimination.

L'entretien doit ainsi permettre d'identifier à partir de leurs perceptions et représentations les principaux risques auxquels doivent faire face les jeunes sur la question des discriminations.

L'ensemble de ces perceptions et représentations nous donnera à voir les facteurs qui pourront apparaître discriminants dans l'analyse ainsi proposée par les jeunes eux-mêmes des risques qu'ils encourent en terme de discrimination.

Sur la base de ces entretiens qualitatifs et des écarts significatifs dans les trajectoires, les discours et les expériences vécues de recherche et d'accès à l'emploi, on pourra identifier les facteurs premiers ou seconds des phénomènes observés. Ainsi si la question territoriale apparaît essentielle, en quoi celle-ci est-elle effectivement déterminante, voir prédominante et en soi porteuse de germes discriminatoires ? Ou alors contrairement aux hypothèses de la commande, la discrimination relèverait plutôt d'autres critères, mais des critères que le territoire surdéterminerait ? Ou encore, la discrimination ne trouverait pas son essence à partir de facteurs simples, mais plutôt d'un processus plus complexe d'interaction entre le territoire et les dispositifs d'accès au marché de l'emploi.

Ces résultats permettront de caractériser les processus repérés à l'échelle locale et pourront ainsi mettre en exergue leur nature et les effets induits sur les publics tels que par exemple :

La « discrimination intégrée » par les publics eux-mêmes qui peut générer des attitudes et une posture personnelle ou collective contribuant aux freins systématiques à l'accès à l'emploi (ex : rapport tendu dans les relations préalables aux entreprises par peur d'exclusion arbitraire).

La « discrimination induite» par certains employeurs qui useraient de nombreux artifices pour la mettre en oeuvre et formeraient ainsi des barrières qui, bien que peu lisibles, constitueraient des freins réels à un possible accès au marché du travail pour certains publics.

La « discrimination inconsciente et partagée» qui peut être portée par l'ensemble du système d'acteurs (public, environnement proche, services publics, intermédiaires et entreprises) sur la base d'une « culture partagée » mais inconsciente du handicap projeté sur certains publics.

L'objectif est de déboucher in fine sur la construction d'une typologie qui cherche à mettre en évidence la nature des processus à l'oeuvre en terme de discrimination et la place des acteurs du système dans ces processus. Cette typologie doit permettre de mettre en exergue tout autant les points forts et les points faibles du système d'acteurs qui cherche aujourd'hui à agir sur ces phénomènes.

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