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Les conditions d'accès à  l'emploi des jeunes diplômés bac plus deux et plus des zones urbaines sensibles de l'agglomération nantaise

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par Jean-Baptiste DROUET
UFR de Sociologie de Nantes - DESS 2005
  

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Troisième partie : L'enquête qualitative au près des acteurs des dispositifs publics et des jeunes diplômés

3.1. Les entretiens auprès des dispositifs publics

Les entretiens menés au près des dispositifs publics ont trois objectifs : Connaître le fonctionnement du dispositif.

Obtenir leur aide pour pouvoir rentrer en contact avec les jeunes diplômés.

Connaître leur point de vue quant à la situation des jeunes diplômés résidants en ZUS et leur rapport au marché du travail.

3.1.1. L'association « un parrain, un emploi » :

Extrait d'entretien avec Catherine BARBIER (C B) de l'Association « Un parrain, un emploi ».

L'idée de l'association a émergé en 1994, à partir du concept « Un jeune, un parrain, un emploi », idée de JB Bouyer. C'était une initiative de la « Jeune Chambre Economique de Nantes » (volonté de s'investir dans des projets sociaux). À la base, c'était un projet national qui a été repris par l'ensemble des « Jeunes Chambres » dans chaque département.

À Nantes, la première opération de parrainage ne concernait que les Bacs+2 et s'adressait à une cinquantaine de jeunes, il s'agissait de proposer une attention nouvelle à un public qu'on n'aidait pas.

JB Bouyer avait fait une demande de subvention en 1994 auprès de l'ANPE qui a été acceptée en 1996 (deux ans après).

L'association a donc été crée en 1996, avec pour principal partenaire l'ANPE. Elle travaille sur l'ensemble des départements de Loire-Atlantique, et ne s'adresse plus seulement aux diplômés Bacs+2, mais à l'ensemble des diplômés post Bac, de 20 à 30 ans.

Les autres partenaires sont aujourd'hui quelques antennes de missions locales (mission locale du Campus) et de Saint-Nazaire, CAP Emploi, Tourmaline...

L'ANPE est prestataire depuis 2002. L'association organise des réunions d'informations, un correspondant pour l'association est chargé d'organiser la réunion au près des jeunes préalablement sélectionnés. Les réunions s'organisent autour de groupe allant de 20 à 30 jeunes.

Les jeunes sont sélectionnés sur plusieurs critères :
Ils doivent avoir moins de trente ans.

Ils doivent avoir le Bac minimum.

Ils doivent être inscrits à l'ANPE depuis au moins 6 mois (L'association est relativement stricte sur cette condition, malgré une marche de main d'oeuvre puisque le « cas par cas reste très important »).

Ils ne doivent avoir aucune expérience professionnelle dans leur secteur de recherche car il s'agit avant tout de leur faire découvrir le monde du travail et de les aider à faire valoir leurs qualifications et leur diplôme.

Une fois que la personne est rentrée sur le marché du travail, il n'y a plus de suivi, sauf si la personne le désire, ce qui est rare ; « l'objectif est atteint ».

La durée du parrainage s'étend en général sur trois quatre mois pour la plupart des jeunes ; il ne peut pas dépasser les six mois. Si la personne n'est pas rentrée sur le marché du travail au bout de ces six mois, « c'est qu'il existe de réelles difficultés, et qu'elles se prolongent ». Ces personnes qui n'accèdent pas à l'emploi par le parrainage représentent environ 30 % de l'ensemble des parrainés, « il s'agit aussi pour un grand nombre d'entre eux d'un manque de motivation ».

70 % des parrainés accèdent au marché du travail, soit en CDI, en CDD, ou en formation. Concernant les jeunes résidants en quartier, 60 % accèdent à l'emploi et à la formation.

« Le parrainage doit être utile, les 6 mois d'inscription à l'ANPE permettent au jeune de valider un certain nombre de choses seul, il ne s'agit pas de faire de l'assistanat, on n'intervient pas à sa place ».

Les diplômés ont en général un niveau de diplôme élevé, concernant l'âge, c'est assez aléatoire, 1 personne sur 2 à plus de 26 ans.

En 2004, l'association avait parrainé 22 jeunes habitant en quartier.

Extraits de la discussion

C B : « Je pense que c'est important de s'intéresser au DESS, Bac+5, ils sont relativement nombreux, se sont pour la plupart des jeunes réellement motivés pour rentrer sur la vie active et qui ont préparé un véritable projet professionnel, ce n'est pas toujours le cas pour des jeunes issus du BTS, qui habitent en quartier. Le niveau des Bac+5 est élevé dans les quartiers, c'est important de voir qu'il y une population jeune qui va au-delà du Bac+5, même par rapport au quartier, à la famille15.

Concernant la discrimination, elle peut être liée à l'aspect culturel ou ethnique. Beaucoup de jeunes
me disent qu'ils ont ressenti la discrimination et qu'ils sont victimes de la discrimination. Il faut aussi

15 Voir les difficultés méthodologiques et l'évolution de l'enquête. P35

faire attention à ne pas les stigmatiser, c'est aujourd'hui difficile pour beaucoup de jeunes qu'ils soient en quartier ou pas, issus de l'immigration ou non, les jeunes diplômés sont victimes de la conjoncture économique et beaucoup se découragent. Les entreprises deviennent sélectives car il y a matière à sélectionner.

Je ne suis pas sûr que le quartier joue, il n'y a pas vraiment de discrimination de la part des entreprises au niveau du quartier, par contre ceux qui sont issus de l'immigration paient certainement plus le prix.

Pour certains jeunes, il y a des difficultés liées aux attitudes et à l'héritage culturel ; ça ne correspond pas. J'ai un jeune, ça ne va pas pendant l'entretien d'embauche. Il ne se comporte pas de la bonne façon.

L'action parrainage ne séduit pas dans les quartiers, il y a des difficultés à toucher les jeunes. De plus, les structures dans les quartiers ne sont pas « partie prenante ». « Pour ces jeunes, l'entreprise paraît inaccessible.

Le but du parrainage, c'est de donner l'idée qu'il existe quelque chose de concret, mais la plupart des structures : aide à l'emploi, assos de quartier, mission locale...ne sont pas coopérantes.

Beaucoup de jeunes de quartier n'ont pas de motivation, ils utilisent l'argument des Assedic, et pensent que ça ne sert pas à grand chose de travailler puisqu'ils ont les Assedic. On a parrainé certains jeunes qui se sont évaporés dans la nature au bout de quelque temps, ils ne donnent plus signe de vie, ne voient plus leur parrain. L'année 2003 n'a pas été brillante au niveau des suivis.

Pour l'asso, on a environ 180 jeunes par an, l'objectif est de s'occuper de 40 jeunes en quartier, mais réellement, on en a à peu près 20 ».

Parmi les jeunes dont on s'occupe qui habitent en quartier, 60 % sont issus de l'immigration.

Je ne crois pas que ces jeunes soient stigmatisés du fait du quartier, il faut faire attention aux représentations qu'on se fait de ces jeunes par ce qu'ils habitent un quartier.

Il faut vraiment voir les situations personnelles, au cas par cas, j'ai eu un jeune diplômé d'origine étrangère qui ne maîtrisait pas bien la langue, et ça n'allait pas au niveau de son comportement, il n'arrivait pas à se concentrer, il y avait un problème de comportement.

J'ai aussi eu une jeune femme mexicaine, qui avait une maîtrise LEA, de nationalité étrangère avec un patronyme étranger, mais elle était sur motivée, elle a connu la discrimination. Et elle a trouvé un bon travail, pour elle, ce qui serait un plus dans la recherche d'emploi, ce serait des structures qui s'occupent des jeunes des quartiers et de l'immigration, des dispositifs qui soient vigilants.

A la Géraudière, on a fait une réunion à la maison de quartier pour présenter le parrainage aux jeunes diplômés, les jeunes avaient un discours facile, « on est victimes de...la discrimination. Ma

collègue qui est d'origine maghrébine, son discours passait mieux, elle arrivait plus à leur expliquer, mais moi, je représentais l'institution. Et il y a un barrage avec l'institution, même l'association parrainage, ça ne passe pas trop.

Même dans les locaux de l'ANPE, on est dans les structures du quartier, il y a un effet de groupe, c'est la loi du plus fort, celui qui a le plus d'influence s'approprie le groupe. J'ai fait une réunion comme ça, c'était n'importe quoi. Certains influencent tous les autres.

Pour un entretien, c'est plus intéressant de les faire venir car dans le quartier, ça peut être l'enfer. Les acteurs sociaux sont laxistes, ils laissent faire, les jeunes ne sont pas respectueux de la personne qui vient présenter. Ils sont assez méfiants.

C'est mieux de faire un entretien en face à face, pour vous, en dehors du quartier, au café par exemple.

Sur la liste des parrainés, la plupart sont mobiles, ils sont près à quitter le quartier, même partir à l'autre bout du pays. Ceux qui veulent rester dans le quartier n'ont pas envie, de toute façon, de se faire parrainer, et parmi ceux-là, certains ne sont même plus inscrits à l'ANPE.

La famille, c'est vrai que ça peut être important. J'ai eu une jeune femme super motivée, avec des diplômes. Puis un jour, elle était injoignable, son parrain n'avait plus de nouvelles d'elle. En fait ; ses parents lui interdisaient à moitié de sortir, quand je l'avais au téléphone, elle parlait tout bas. Elle m'a dit que ses parents lui avaient demandé qui était ce monsieur, ce parrain. Ils ne voulaient plus qu'elle le voit. Ses parents étaient musulmans, il devait y avoir un problème de génération l'idée du parrainage qu'ils ne comprenaient pas et un problème culturel. Maintenant, j'ai appris qu'elle travaillait chez Mc Do, c'est dommage.

Il y a aussi les jeunes qui ont du mal à se projeter, un projet sur six mois, c'est difficile à tenir.

En fait, dans les quartiers, la demande de parrainage n'existe pas vraiment, il faut démarcher pour se faire connaître.

Pour le suivi et par rapport à vos entretiens, se sera plutôt des jeunes qui sont sortis du parrainage il n'y a pas longtemps. Certains ne travaillent pas forcément dans la région.

L'adresse que l'on a du jeune, c'est au moment de l'entrée dans le parrainage.

Il ressort de cet entretien des choses très intéressantes. Il faut bien sûr prendre du recul par rapport au discours de Catherine qui à un regard de l'intérieur sur le fonctionnement de son association. Cela dit, ses observations quant aux interventions dans les maisons de quartier, la façon dont elle fait une distinction entre des BTS en quartier et des BTS hors quartier et aussi entre les niveaux de diplômes BTS et DESS,...toutes ces remarques peuvent et doivent être mis en lien avec le travail des hypothèses.

La discussion avec Catherine m'a permis dans un premier temps de mettre l'accent sur un point important qui était déjà soulevé dans le travail d'entretiens : la question du cas par cas, et l'effort à réaliser pour ne pas faire de généralités sur les jeunes diplômés des quartiers. Effectivement, il semble que les situations soient multiples, dues à des trajectoires personnelles, des histoires de vie différentes, des façons de concevoir le monde du travail et son devenir professionnel qui sont parfois totalement à l'opposer.

Ce qui reste très important, et la question qui se pose ici, et d'ailleurs pour l'étude en tant que telle ; c'est de savoir si il existe des similitudes dans les comportements, les discours, les actions des jeunes diplômés et leur mode de vie (la famille, le quartier, les amis...)

Concernant les entretiens à mener, Catherine me fait part de ses craintes quant à mener des entretiens au près des jeunes diplômés BTS dans les quartiers.

Par rapport au stage, nous avions fait l'hypothèse qu'un grand nombre de Bac+2 seraient enthousiastes de parler de leur trajectoire, de leur devenir professionnel et peut être de leurs difficultés d'accès au marché du travail. Pour Catherine, il ne faut pas croire que c'est parce qu'on a à faire à des jeunes diplômés que cela fasse tomber les barrières, qu'elles soient sociales ou institutionnelles.

La condition de diplômés Bac+2 ne suffirait pas à assurer une confiance en soi, à mettre en place une trajectoire qui serait hors quartier, hors des amis du quartier, et davantage une construction pour soi, plus personnelle. Au contraire, lors des réunions dans les quartiers, ces jeunes diplômés BTS ont tendance à maintenir un discours commun sur le monde de l'entreprise et du travail, ils forment avant tout un groupe dans le quartier. La plupart vont adopter le discours de celui qui parle le plus. Il s'agit avant tout de faire lien, de faire exister le groupe face à des personnes vues avant tout comme les représentants de l'institution.

Ce qui pose question, c'est cette mise en relation : jeune diplômé et jeune de quartier. Face au groupe à l'intérieur du quartier, le jeune diplômé doit tenir un type de discours qui est celui qui sera accepté par le plus grand nombre, et qui en général, comme le dit Catherine, est un discours qui met à distance l'entreprise et le monde du travail.

Cette tendance ne serait plus la même si on s'intéresse à des niveaux de diplômes plus élevés, les Bac+5 DESS. Ces personnes ont davantage fabriqué leur projet professionnel, ils ont une réelle motivation, et une trajectoire d'études universitaires. Ce qui est très important car cela signifie qu'ils ont déjà appris à travailler seuls, à se « débrouiller » dans le monde de l'Université.

Les diplômés DESS dans les quartiers sont aussi davantage des filles. L'accès au DESS est aussi un moyen pour ces filles de mettre la famille à distance, de quitter un peu le quartier, et pourquoi pas un moyen de s'émanciper.

Concernant les parrainés, Catherine insiste sur le fait que ceux qui ont une réelle motivation sont largement près à quitter le quartier pour travailler n'importe où en France.

Ce qui ressort de cet entretien, c'est qu'il existe bien une corrélation entre le quartier et les discours sur le monde professionnel, et de surcroît, les démarches mises en place, les postures adoptées dans la recherche de travail.

L'attachement au quartier et le discours de groupe peut se voir de deux façons. Les jeunes se replient sur eux parce qu'ils ne parviennent pas à trouver du travail, le fait de rester dans le quartier et de partager le même discours est une manière de créer du lien, de tenir une posture solide, un moyen de se rassurer et de dénoncer de façon collective les institutions, et le monde des entreprises. L'échec face à leur devenir professionnel aurait pour conséquence le repli sur le quartier et le renforcement du groupe de pairs.

A l'inverse, on peut penser que ces postures et ses comportements ne favorisent pas la recherche d'un emploi. Ces jeunes diplômés se mettraient d'office en retrait en refusant le parrainage. Ce qui compte avant tout, c'est le groupe d'amis et la vie dans le quartier.

Est ce l'échec professionnel qui accentue l'ancrage dans le quartier ou est ce que l'attachement au quartier créer des situations d'échec ?

Ces jeunes diplômés BTS que l'association essaie de convaincre par le biais des réunions d'observations dans les quartiers fonctionnent de façon collective, et sont davantage des garçons.

A l'inverse, une jeune femme titulaire d'un DESS, ne connaît pas le même attachement au quartier. Selon Catherine, beaucoup de jeunes femmes titulaires d'un DESS sont mobiles et recherchent une certaine indépendance.

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