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Les conditions d'accès à  l'emploi des jeunes diplômés bac plus deux et plus des zones urbaines sensibles de l'agglomération nantaise

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par Jean-Baptiste DROUET
UFR de Sociologie de Nantes - DESS 2005
  

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3.2.6. La question de la discrimination :

Des éléments objectifs à travers les discours

Abdel: « Sinon, je vais peut être passer des concours dans la fonction publique. A oui, aussi j'ai postulé pour un poste dans une boîte de transport, près de l'aéroport...là le gars, c'était le patron...il a été direct avec moi...il m'a dit pour bosser dans les bureaux, y a pas de problèmes...mais par rapport aux contacts avec la clientèle, je veux pas trop, il m'a dit...c'est pas pour être méchant, mais avec les clients, c'est pas facile...parce que je suis d'origine arabe, alors...mais c'est son choix, au moins, il a été honnête, il voulait me voir pour me dire ça en face, pas par courrier ».

27 Les éléments culturels. :S.BEAUD, « 80 % au Bac... »P 113

Saadia (fille, issue immigration, Hors ZUS) : « Les entretiens où ça été négatif, pour le nom, je sais pas...mais pour certains entretiens, ça a joué...j'y allait en tant que personne. A l'ANPE, j'ai fait une formation `ACCOMPLIR', j'ai eu un conseillé qui m'aidait à rédiger le CV et les lettres de motivation. Je postulais à des offres de l'ANPE, ou sur Ouest Job...le bilan du conseillé, c'est qu'il avait rempli sa mission. Mon bilan, c'est que mon nom est un frein à ma recherche d'emploi, mais on ne me l'a pas fait ressentir ».

Selon le CEREQ, près d'un jeune sur huit se déclare avoir été victime de la discrimination à l'embauche durant son parcours d'insertion. Pour les hommes, la discrimination paraît plus souvent liée à leur origine culturelle.

La discrimination et la question du quartier, l'incidence du groupe de pairs.

Abdel : « J'ai toujours vécu à La Bottière, mes amis...beaucoup j'étais à la maternelle avec eux. C'est surtout des gens d'origine étrangère...et au BTS, on parlait de ça...de l'embauche. Par rapport à la discrimination, pour certains, ça n'existe pas...c'est parce que...ce sont ceux qui sont français...ils disent que nous voyons le mal partout...mais bon, chacun sa position. Ce qui est pas mal, c'est un pays comme l'Angleterre, là on regarde vraiment les compétences, en France, c'est chaud, en Angleterre, on joue pas sur les provenances ».

Karim : « J'ai toujours habité à la Boissière. Dans mon quartier, il y a énormément de gens qui ont fait le même diplôme, et qui ne trouvent pas...ça ne vient pas que de moi. Il y a aussi la conjoncture, le chômage, et ajouté à ça...le secteur géographique, la discrimination. Plus le manque d'expérience. Il y a de la discrimination positive, c'est que la discrimination existe. La filière, je l'ai choisie parce qu'il y a des offres, le Commerce, c'est large, y a quand même beaucoup d'offres. Mais c'est le manque d'expérience aussi. La discrimination plus la conjoncture. On est tombé au mauvais moment. Le problème pour les jeunes, il est général, et si on descend, si on segmente, c'est encore plus difficile pour ceux qui sont issus de l'immigration ou qui habitent en quartier. C'est plus la discrimination que le quartier, par exemple tu peux être `français de souche'... (j'aime pas trop cette expression) et être dans un quartier ; la personne, elle trouvera peut être plus facilement. Pour le quartier, tous ceux qui habitent un quartier, ils veulent partir, tout le monde veut partir, on veut tous un environnement plus agréable, un meilleur cadre de vie, mais là aussi, il y a la discrimination au logement. Moi aussi, j'aimerais partir ».

La question du quartier par rapport à la discrimination ne joue pas réellement, il s'agit davantage de la
question du milieu populaire et de résider dans un environnement où le taux de chômage est important,

les ressources économiques faibles, avec des conditions de vie matérielles dégradées et des profils psychologiques fragiles28.

La distinction entre les filles et les garçons : combativité et victimisation, contournement ou « faire avec »

Abdel : « Sur le CV, j'inscris pas le quartier. Déjà, ils regardent le nom et après, ils regardent le quartier. Mais c'est d'abord le nom...moi mon nom, ça va encore, mais c'est mon prénom. Par contre, je mets toujours une photo. Alors ils regardent le nom et après la photo ».

Karim : « Sur mon CV, je mets mon nom et ma photo. Avec tous les entretiens que j'ai passé...en prenant du recul, je pense qu'on peut être victime de ça. Je cherchais dans le commercial, puis dans le secteur bancaire, et la Vente-Distribution ; au début je ciblais...puis je me suis rendu compte que c'était saturé...j'ai essayé d'élargir pour optimiser me chances ».

La discrimination raciale est davantage évoquée pour les personnes issues d'une ZUS (pour ceux qui sont issus de l'immigration). Mais là encore les discours diffèrent quand à la façon d'aborder la discrimination, certains essaient de la contourner en mettant en place des stratégies, d'autres ont largement pris conscience des principes discriminatoires et tentent de construire leur personnalité et leur parcours professionnel en renversant d'une certaine manière la situation.

Les filles issues de l'immigration maghrébine qui ont accéder à un niveau de diplôme dans le supérieur (Bac+5), insistent sur le fait que le parcours universitaire leur a permis de rompre avec un environnement, et de découvrir un univers qui leur était totalement étranger. Les études sont alors un moyen d'émancipation. Elles se détachent des valeurs familiales, et au-delà de la logique du quartier.

Malika: « Quand j'ai connu mes amis à la Fac, je me suis un peu éloignée de la famille et du quartier...il y avait un décalage, je voyais moins mes amis du quartier...il y a avait un écart significatif. La troisième phase, j'ai voulu revenir, maintenant, j'ai repris contact avec des copines...je me retrouve dans des soirées complètement différentes...je suis à l'aise avec moi même...sur le plan identitaire. Je ne renie plus mes origines. Avant, j'osais pas dire que j'habitais Bellevue, la cage d'escaliers était très crade...et puis j'avais l'image d'une copine qui était au lycée Guist'Hau. C'était une période superficielle, la génération ado. En fait, j'ai amorcé ma trajectoire sur trois routes, l'identité, la trajectoire scolaire et la trajectoire professionnelle...J'ai pu avancer, et plus j'avançais...les études...c'était la route centrale pour moi. Quand on vit dans un quartier où c'est pas facile...il y a une richesse...il y a des choses positives et il y a des moments difficiles. Et il ne faut pas oublier, ce sont d'abord les gens du quartier qui subissent les difficultés. La déchéance, je me disais, je veux pas finir comme ça...et je veux pas que l'un de mes frères finisse comme ça...je me disais, j'ai

28 Voir les entretiens au près de la Mission Locale et de « Challenge Emploi ». P. 49, 53, 54.

intérêt à avoir un taf. Ca m'a permis d'être moins chochotte, ça a construit une personnalité. Il faut s'imposer, trouver des modes de communication ».

Il y a un lien entre le parcours scolaire, la rupture avec le quartier et la famille, et par la suite la construction du projet professionnel, et la perception de la discrimination.

Les garçons issus de l'immigration résidants en ZUS sont peu nombreux à avoir un niveau de diplôme supérieur au Bac+2. Ils sont plus centrés sur le quartier et se posent davantage comme victime de la discrimination.

L'entretien montrait les difficultés d'accès à l'emploi lié à la conjoncture. Elle a un bon CV, de nombreux stages, dont certains à l'étranger. Elle fait preuve d'une réelle motivation et d'une grande ambition. Par rapport à son nom de famille, elle pense que ça a pu jouer, mais elle n'insiste pas sur le fait qu'elle ait des origines arabes, ou sur son nom. Elle ne veut pas se porter comme victime, au contraire. C'est une jeune femme, avec des origines arabes, mais elle veut faire preuve de combativité quand à sa recherche d'emploi. Cela est peut être due à son éducation, et à son milieu social : classe moyenne sup, établissements de centre ville, a toujours vécu hors quartier, elle est autonome, prend la décision de faire un emprunt...Même si il y a eu des périodes de découragement quand à sa recherche, elle ne cherche pas les réponses par rapport à son identité, elle remet au contraire sa personnalité en question, ses démarches, cherche de nouvelles stratégies...

Les pays étrangers européens vus comme une solution face à la discrimination pour les garçons issus de l'immigration.

Abdel : « L'année prochaine, je vais aller travailler à l'étranger, en Espagne, à Barcelone ; pour être commercial, la bas...c'est plus facile. Je connais des amis qui sont arabes ou noirs et qui travaillent la bas, c'est plus facile. J'ai plein d'amis qui sont parti la bas...on regarde plus les compétences ». « J'ai toujours vécu à La Bottière, mes amis...beaucoup j'étais à la maternelle avec eux. C'est surtout des gens d'origine étrangère...et au BTS, on parlait de ça...de l'embauche. Par rapport à la discrimination, pour certains, ça n'existe pas...c'est parce que...ce sont ceux qui sont français...ils disent que nous voyons le mal partout...mais bon, chacun sa position. Ce qui est pas mal, c'est un pays comme l'Angleterre, là on regarde vraiment les compétences, en France, c'est chaud, en Angleterre, on joue pas sur les provenances. Ca fait que j'ai cherché du travail pendant sept mois.... A la Bottière, c'est des amis de longue date...mais même si je pars, je garderais contact, c'est pas une rupture, il y a le téléphone. En Espagne, il y a moins de discrimination, on ne regarde pas les origines ou la provenance. C'est sur, on a des handicaps...et tout ce qui se passe ailleurs, on nous le reproche...ce qui se passe dans le monde. Déjà quand j'étais petit, les adultes, ils me disaient de retourner dans mon pays. Mais là, depuis le 11 septembre, ça s'est renforcé...et puis, faut regarder les dernières élections...pour moi, ça changera pas...y a pas de solution, et c'est partout, pas que pour le

travail...les Boîtes de nuit...partout, et les jeunes aussi. Nos parents, dès qu'ils sont arrivés, ils étaient victimes du racisme, mais c'était encore caché. Maintenant, ça devient normal d'être racistes, et la télé, ça légitime le racisme ».

Karim : « Y a plein de gens qui ont les compétences, mais y a de la discrimination, j'ai beaucoup d'amis qui sont issus de l'immigration, ils ont des faciès maghrébins ou africains...c'est ça...y a beaucoup de cas comme ça. Le manque d'expérience, parfois, c'est un faux prétexte. On me l'a déjà dit en entretien...à Auchan, pour un poste de manager opérationnel, on m'a demandé si le fait de venir d'un autre pays, ça pouvais poser un problème...je sais plus trop comment ils me l'ont demandé...ou pour moi, quel problème j'avais rencontré en étant issu de l'immigration maghrébine. J'ai d'autres copains qui ont eu les mêmes réflexions...pour être commercial...'vous avez un faciès qui risque de jouer sur les résultats'. Ma mère voulait que je fasse une année de plus. Mon frère, il a arrêté en BEP ; il s'est mis à son compte. Même moi, parfois j'y pense, me mettre à mon compte, monter mon entreprise dans les services. Ou sinon, l'autre issue, ce serait de partir à l'étranger, l'international...soit être indépendant, soit s'aventurer à l'étranger...dans des pays qui regardent plus les compétences...l'Angleterre ou le Canada...il y a beaucoup de Pakistanais là-bas par exemple ».

La discrimination et la logique de distinction sociale

-Manifestement acquise

-Affronter dans de bonnes conditions
subjectives la discrimination

1

 

1

-Adhésion au « modèle français
d'intégration »

-1.Intégration -2.Discrimination

85

-Discrimination -Intégration

-Savoir faire avec
-Combatif
-Stratégies

2

2

1/ On tente d'adopter un « modèle d'intégration » pour affronter les logiques de discrimination ou pour les rencontrer le moins possible. On essaye alors de « mettre à distance (le quartier, la famille), logique de « désethnicisation », mécanisme d'éloignement et de distinction, volonté de quitter le quartier et la cellule familiale, s'armer socialement pour affronter une discrimination.

2/ On utilise la logique de la discrimination en faisant face. On tente de s'intégrer soit en acceptant la discrimination (« on fait avec »), soit par la construction de soi (en luttant contre la discrimination). S'il y a un échec, le mécanisme excuse, justifie. Réaffirmation de l'origine ethnique, faire face aux discriminations perçues dans les Institutions, construction de soi dans les rapports conflictuels avec les autres (entreprises) et les institutions, la personne essaye de résister, met en place des résistances, se mobilise.

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