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L'histoire à  l'heure du multimédia. Les enjeux du web- documentaire historique

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par Joffrey LAVIGNE
Université Paris IV- Sorbonne - Master 1 mention information et communication 2012
  

Disponible en mode multipage

UNIVERSITÉ DE PARIS IV - SORBONNE

CELSA

École des hautes études en sciences de l'information et de la communication

MASTER 1ère année

Mention : Information et Communication
Spécialité : Communication et Médias

« L'HISTOIRE Á L'HEURE DU MULTIMEDIA : LES ENJEUX DU WEB-DOCUMENTAIRE

HISTORIQUE »

Préparé sous la direction du Professeur Véronique RICHARD

Lavigne Joffrey

Promotion : 2011-2012

Option : Communication et Médias

Soutenu le :

Note du mémoire :

Mention :

Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement et respectueusement Madame Jacqueline Chervin, tutrice de ce travail de recherche, ainsi que l'ensemble des personnes qui ont eu la patience de participer aux enquêtes d'observation. Je remercie tout particulièrement Mrs Pierre Olivier François et François Le Gall qui ont l'amabilité de répondre à différentes questions au cours des entretiens menés dans le cadre de notre travail.

2.2- La traçabilité de la lecture et de l'écriture : comment le web documentaire se donne à voir au

Table des matières

Introduction 4

Partie 1 - Les enjeux et les promesses du web-documentaire historique 13

1.1- Histoire et formes du web-documentaire historique : au coeur de l'imaginaire de l'innovation.

13

1.1.1- Emergence et évolution du web-documentaire historique 13

1.1.2- Le web-documentaire, nouveau paradis de la création médiatique ? 16

1.1.3- Y a-t-il une forme canonique du web-documentaire historique ? 17

1.1.3.1- Le corpus de web-documentaires historiques : la typologie 18

1.1.3.2- L'étude de cas : les fresques hypermédia de l'Ina .21

1.2- Délinéariser le récit ou la volonté d'impacter le discours traditionnel du documentaire

historique 22

1.2.1- Une volonté de rupture partagée par tous les professionnels ? 23

1.2.2- Une rupture exigée par les logiques intrinsèques d'internet 24

1.2.3.1- Le signe passeur : à l'origine de la déconstruction de la lecture 25

1.2.3.2- La polyphonie énonciative inhérente aux logiques internet est utilisée comme un

moyen de multiplier les entrées possibles dans le texte 25
1.2.3.3- La question de l'intermédialité : le web-documentaire historique en est il une

conséquence ou un précurseur ? 26
1.2.3- Comment est matérialisée cette déconstruction de la narration? La question du rapport

entre le texte et l'image 27

1.2.3.1- Le pouvoir et le rôle de l'image et du texte dans notre civilisation 27

1.2.3.2- Peut on parler de nouveau rapport de force entre texte et image au sein du web-

documentaire historique ? 28

1.2.3.3- En quoi ces modifications impactent la construction d'un récepteur type ? 29

1.3- L'expérience interactive du webdoc ou la promesse de penser l'usage 30

1.3.1- Le web documentaire et la théorie de l'oeuvre ouverte d'Umberto Eco 30

1.3.1.1- Un champ des possibilités ouvert 31

1.3.1.2- Le web-documentaire et l'improbabilité 31

1.3.2- La fin de l'opposition lecteur passif - lecteur actif ? 32

1.3.2.1- La dualité actif-passif dans les médias 32

1.3.2.2- Penser l'interactivité c'est aussi penser l'usage : la figure de l'interacteur 33

1.3.2.3- Le webdoc historique s'inscrit-il dans une réelle démarche interactive ? 34

1.2.3- Quelle est la nature de cette interactivité ? 35

1.2.3.1- L'interactivité du geste : la pensée du clic 35

1.2.3.3- L'interactivité intellectuelle 36

Partie 2- Le webdoc historique bouleverse t-il nos pratiques médiatiques ? 37

2.1- La place de l'internaute au sein du dispositif 38

2.1.1- La manipulation des web documentaires : l'internaute doit prendre place 38

2.1.2- L'appropriation du web documentaire par les internautes 40

2.1.3- Enonciation éditoriale dans le web doc : quel rôle est amené à jouer l'internaute ? 41

2.1.4- Quelles sont les stratégies de lecture des internautes ? 43

lecteur dans l'optique de définir ce dernier 45

2.2.1- L'importance des balises et repères : l'internaute est sur un sentier balisé plus ou moins

directif. 46

2.2.2- La mise en transparence, en visibilité des moyens de production du savoir 47

2.2.3- la traçabilité du parcours de l'internaute et de son action sur la page web 48

2.3- L'internaute est pensé et valorisé comme un explorateur : résponsabilité cognitive 49

2.3.1- Le web-documentaire historique et l'écrit en strates 49

2.3.2- L'imaginaire du voyage : explorateur technique et explorateur du sens 50

2.3.3- Une exploration vers l'inconnu ? 51

Partie 3- Le web-documentaire historique : quel impact sur la mémoire collective et sur la

transmission du savoir ? 53

3.1- Le web-documentaire historique, un média du souvenir 53

3.1.1- L'histoire dans la société et dans les médias : l'objectif, c'est l'avenir. 53

3.1.2- L'apologie de l'évènementiel et de la commémoration dans les médias 54

3.1.3- Le rôle de l'image dans l'élaboration du souvenir 55

3.1.4- Le web documentaire et la mémoire individuelle, quel impact direct ? 57

3.2- Le web-documentaire peut il nous enseigner l'Histoire ? 58

3.2.1- Les attributs d'un média : quel tâche incombe au web-documentaire historique ? 58

3.2.2- Quelle place pour le web-documentaire dans la classification ? 59

3.2.3- La structure même d'un webdoc historique stimule t-elle l'apprentissage ? 60

3.3- La valorisation de l'expérience humaine et du témoignage permet une incarnation plus forte

de l'évènement 62
3.3.1- Retour à la parole alors que l'écriture recule : la parole construit l'évènement, le texte

l'accompagne 62

3.3.2- L'importance de la rencontre 63

3.3.3-Peut on oublier cependant la figure de l'historien ou du professeur ? L'analyse est elle

déterminante dans la constitution d'une mémoire collective ? 63

3.3.4- Le web-documentaire est-il au coeur d'une expérience collective ? 64

Conclusion 67

Bibliographie 68

Annexes 70

Résumé du mémoire 138

Les mots clé du mémoire 139

Introduction

« Récente ou plus ancienne, l'Histoire dans le documentaire bénéficie d'un traitement spécifique ; le "document" permettant de faire oeuvre de mémoire, constituant une des matières premières les plus répandues du genre. » C'est en ces termes que Nicolas Bole, dans un article1 extrait de son blog, explicite le rapport particulier qui se joue entre l'Histoire et le documentaire. Il poursuit sa remarque en avançant que c'est « naturellement » que le web-documentaire s'est « saisi de cette thématique » soit, en l'occurrence, l'Histoire. Avant d'approfondir, il semble nécessaire de préciser que nous opterons au cours de ce développement pour l'orthographe "web-documentaire". Il s'agit d'un néologisme qui associe un "médium" - le web - et un genre cinématographique - le documentaire -. Une telle précision, en apparence futile, est nécessaire tant l'orthographe du terme diffère selon les sources. Ces divergences orthographiques sont signifiantes à plus d'un titre. Elles révèlent notamment la profonde confusion, autour de ce genre médiatique, qui règne tant chez les internautes que parmi les professionnels de l'audiovisuel incapables de s'accorder sur une définition. L'absence de consensus se traduit ainsi par une certaine liberté quant à la nomenclature adoptée. Au-delà de ces considération linguistique, le manque de définition précise et consensuelle dont souffre le genre web-documentaire impacte également notre travail de recherche. En effet, le choix du corpus repose en partie sur cette définition. Néanmoins, ce brouillard sémantique est aussi une richesse et un enjeu essentiel dans l'optique de l'analyse que nous mènerons. D'autant plus qu'une telle confusion est relativement normale voire prévisible. Le web-documentaire est un dispositif médiatique qui, semble t-il, a émergé à l'aube des années 2000. Nombreux sont les professionnels incapables de mettre le doigt sur le moment où le web-documentaire a vu le jour. D'autres, tels que François Le Gall2, considèrent que le genre est né par étapes successives :

« Il y a pour moi 3 moments-clés dans la naissance du genre "web-documentaire" :

1. les premiers pas de Brian Storm aux USA avec des productions documentaires commandées et produites pour le web (mais non interactives). C'était en 2002/2003 de mémoire, c'est la naissance de MediaStorm.

2. les 1ères expérimentations d'Upian avec La Cité des Mortes puis Thanatorama : des oeuvres multimédias à part entières, avec une vraie narration documentaire.

3. Voyage au bout du charbon qui a propulsé le genre en Une du Monde et donc touché pour la première fois une audience grand public, tout en introduisant la dimension ludique

1 BOLE, Nicolas, « L'actu du webdocu et des narrations web #11 : le traitement de l'histoire dans le webdoc » Publié le 09 avril 2012 dans le blog documentaire. http://cinemadocumentaire.wordpress.com/2012/04/09/lactu-du-webdocu-11-du-traitement-de-lhistoire/

2 LE GALL, François, producteur nouveaux médias au sein de la société Caméra Talk Productions. Entretien réalisé au mois de mars 2012.

(histoire dont vous êtes le héros) »

De quelques avis qu'ils soient, l'ensemble des professionnels s'accordent à dire qu'il s'agit d'un genre innovant. « Innovation : Toujours dangereuse »3. Dès le XIX ème siècle l'on se méfiait, selon le dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert, de ce que l'on qualifiait d'innovant. Néanmoins, avant de se hâter de parler de péril, nous nous devons d'interroger le web-documentaire à la lumière du terme ''innovation''. En quoi ce genre médiatique est réellement innovant ? Cette question sera au coeur de notre réflexion puisque nous focaliserons notre travail de recherche sur l'impact de ce genre médiatique sur les formes narratives du documentaire, sur les pratiques sociales des individus devant un documentaire et notamment sur le rapport au savoir et la transmission de se savoir. Si le web-documentaire se révèle être une innovation réelle et eficiente dans le champ médiatique, alors il est nécessaire d'analyser et de saisir les enjeux sociaux et médiatiques que cette innovation entraîne. Le philosophe et historien de l'art Pierre Francastel a développé tout au long de ses ouvrages une théorie qui place l'oeuvre d'art dans la société pensée comme un paradigme. Selon lui, toute oeuvre artistique pouvait, de manière légitime, se prévaloir d'une « fonction sociale ». Nous pensons que cette pensée peut s'ouvrir aux médias. Or dans l'optique d'une recherche sur les rapports entre le web-documentaire et la transmission du savoir, la notion de « fonction sociale » est primordiale. Dès 1995, Jean-Noe l Dibie met en exergue les mutations des pratiques sociales que vont générer les nouveaux médias. Qu'il s'agisse du monde du travail ou du rapport aux connaissances, l'ère du multimédia va bouleverser les comportements et les habitudes des consommateurs de médias. L'extrait de l'article publié dans la revue Communication et langages, Jean-Noe l Dibie explicite son hypothèse quant à l'impact des nouveaux médias sur le rapport à la connaissance des individus.

« Si traditionnellement les télécommunications étaient un moyen de communication bilatéral interactif et la télévision un moyen de communication passif et collectif, tout laisse croire qu'il va rapidement en être différemment. L'ère du ''multimédia'', que je préfère appeler pluri-média, par opposition aux monomédias que sont le livre, la presse, la télévision, les support préenregistrés (cassettes, CD-ROM, CDI), devrait profondément modifier les habitudes d'acquisition des connaissances.

De passif, le ''téléspectateur'' va devenir actif ; déjà, il doit choisir entre plusieurs programmes et demain, ce sera entre plusieurs dizaines, si ce n'est centaines, d'offres d'images animées. »4

Sans souscrire à l'ensemble du propos cité ci-dessus, il n'en reste pas moins que l'auteur a le mérite d'aborder la question des conséquences sociales des mutations médiatiques actuelles dès le milieu des années 1990. L'actuel travail de recherche vise précisément à mesurer et analyser l'ampleur des modifications - si modifications il y a - qu'un exemple de dispositif multimédia a engendré sur l'acquisition d'un savoir.

Avant de poursuivre cette introduction, nous pensons le moment opportun d'émettre une réserve quant à la profonde ambition de ce travail de recherche. Les propos de François Le Gall nous serviront de point d'appui à cette réserve. Lorsqu'il évoque la troisième étape primordiale du développement et de l'émergence du web-documentaire, il cite le programme ''Voyage au bout du

3 FLAUBERT, Gustave, Dictionnaire des idées reçues, Edition du Boucher, pdf : http://www.leboucher.com/pdf/flaubert/b_fla_di.pdf

4 DIBIE, Jean-Noël, « L'impact des nouveaux médias » in Communication et langage, N°103, 1995, p.110-112

charbon" qui a été « propulsé en Une du Monde et donc a touché pour la première fois une audience grand public »5. Nous pouvons nous demander, à juste titre, si parler d'audience grand public est justifié dans ce cas. Certes ce web-documentaire sur l'exploitation minière en Chine a eu un impact médiatique relativement important au regard des autres productions médiatiques du même genre. Néanmoins le web-documentaire de Samuel Bollendorff et d'Abel Ségrétin reste une exception d'audience. Dans un entretien, le producteur du web-documentaire, Arnaud Dressen, livre quelques chiffres concernant la diffusion :

« Voyage au bout du charbon [a atteint]plus de 200.000 visites grâce à un phénomène de longue traine. Mais le plus marquant, c'est la durée de visionnage qui s'est située au-dessus des 10 minutes, ce qui constitue un excellent résultat pour nous, surtout si l'on considère que les internautes sont encore peu habitués à consulter ce type de programme sur internet.6 »

Ces résultats marquent une véritable réussite de ce web-documentaire. Néanmoins, peu de production médiatique pluri-média peuvent se targuer d'un tel succès. Par ailleurs, ce dernier reste à nuancer au regard des audiences télévisées (d'autant plus que les programmes télévisés ont une durée de vie plus courte que les web-documentaires, bien que cela évolue avec les dispositifs de replay). Loin de nous l'idée de dénigrer le succès de web-documentaire, nous souhaitons simplement souligner le fait qu'un tel genre médiatique est encore discret - pour ne pas employer le terme anonyme. Les enquêtes d'observation réalisées davantage auprès d'une population issue de la génération dite « y » démontrent que beaucoup d'individus ignorent encore l'existence ou la réalité du web-documentaire et notamment du web-documentaire historique. Il est donc nécessaire d'éviter de tomber dans le piège de la pensée de l'évidence, du fait d'une forte implication dans le travail de recherche. Cette honnêteté intellectuelle est d'autant plus cruciale que nous souhaitons développer une réflexion qui se focalise en partie sur les pratiques sociales impliquées par l'expérience pluri-média.

L'axe innovation - fonction sociale est donc bien celui autour duquel s'articule la problématique de ce travail de recherche. Cette base de réflexion et ce choix de sujet s'explique en grande partie par une profonde croyance en la mission d'éducation et de démocratisation de l'accès à la connaissance qu'incarnent les médias. Cette croyance s'inscrit par ailleurs dans l'idéal porté par John Reith, directeur général de la BBC entre 1927 et 1936, qui consiste à voir dans les médias une triple fonction : éduquer, informer, distraire. Qu'en est il aujourd'hui ? Quel rôle le web-documentaire peut il être amené à jouer dans cette optique de transmission des connaissances ?

Une telle interrogation nous guide vers d'autres sentiers et en particulier celui du paradoxe sur lequel se fondent le dispositif du web-documentaire et l'imaginaire qu'il suscite. Le paradoxe en question réside en la tension entre les promesses ou les discours autour de ce genre médiatique et la réalité du dispositif du web-documentaire. Nous avons aborder précédemment la question de l'innovation à laquelle le web-documentaire est intimement lié. Néanmoins, en quoi ce dispositif médiatique est innovant ? L'innovation de ce dispositif ne réside ni dans le média lui même, puisqu'il s'agit avant toute chose d'un site internet, ni dans la nature du contenu. En effet, il y a une

5 LE GALL, François, Entretien réalisé au cours du mois de mars 2012.

6 BOLE, Nicolas, « Webdocu : entretien avec Arnaud Dressen (Honkytonk), publié le 25 janvier 2012. http://cinemadocumentaire.wordpress.com/2012/01/25/webdocu-entretien-avec-arnaud-dressen-honkytonk/

mobilisation de contenus de nature diverse certes, mais en aucun cas innovants. Certains professionnels parlent même d'hybridité. Concevoir le web-documentaire comme un objet hybride est une idée rejetée par Jürgen E. Müller dans un article publié dans la revue Métamorphoses. Selon cet auteur, le terme "hybride", trop souvent utilisé, court le risque d'être dilué d'autant plus que Jürgen E. Müller dénonce un concept un peu « statique »7. Il préfère utiliser le terme d'intermédialité qu'il présente comme un concept-clef des études culturelles et littéraires. Bien que lui même reconnaisse que « les médias audiovisuels et digitaux avec leurs interactions complexes sont négligés »8 dans l'utilisation de ce concept, il estime que ce dernier est doté d'un véritable potentiel pour aborder la « matérialité des médias, et, en même temps, les interactions entre ces matérialités »9. Afin de poser les bases d'une réflexion sur les liens entre intermédialité et web-documentaire - que nous aborderons de manière plus précise dans le développement -, nous citerons la définition proposée par ce même auteur en 2000 dans l'un de ses ouvrages :

Selon cette définition, l'intermédialité se fonde sur le « fait qu'un média recèle en soi des structures et des possibilités d'un ou plusieurs autres médias et qu'il intègre à son propre contexte des questions, des concepts et des principes qui se sont développés au cours de l'histoire sociale et technologique des médias et de l'art figuratif occidental. »

Le web-documentaire s'inscrit dans cette lignée. Il pousse d'ailleurs cette logique au-delà de ses limites en proposant parfois une richesse de contenus et logiques médiatiques au sein de son dispositif. Bien qu'il utilise des formes médiatiques préexistantes, ce qui nous a amené à penser l'intermédialité, le dispositif web-documentaire est appréhendé comme une source intarissable de création, d'imagination et d'innovation. Cette promesse d'innovation réside dans la définition d'un nouveau contrat de lecture avec l'internaute vis-à-vis du genre documentaire et dans la volonté de construire un nouveau rapport à la connaissance. En cela repose notre première hypothèse qui consiste à penser que les professionnels de l'audiovisuel proposent, par le biais du web-documentaire, une expérience médiatique inédite fondée sur une remise en cause des formes de narration traditionnelles mais que cette promesse est confronté à deux contraintes majeures. D'une part, nous pensons que c'est précisément sur l'absence de clarté et d'un consensus autour de la définition et de la forme même du web-documentaire que repose la force créative de ce dispositif et donc de la promesse d'une expérience sensorielle et intellectuelle nouvelle. Au cours des analyses de discours de professionnels notamment, nous avons pris conscience du réel danger qui pèse sur ce dispositif médiatique. Certes le danger est relatif puisqu'il s'agit d'une période d'expérimentations. Néanmoins, certains journalistes et producteurs estiment que la logique du développement du web-documentaire ne doit ni ne peut se construire sur une démarche d'innovation perpétuelle et obligée. D'autre part, les facettes majeures de cette promesse d'innovation s'inscrivent dans un contexte média-socio-économique qui est à la fois propice à la création de web-documentaire mais aussi source d'obstacles et dificultés parfois délétères.

7 JÜRGEN E. Müller, « Vers l'intermédialité. Histoires, positions et options d'un axe de pertinence », in la revue Médiamorphoses.

8 Ibid

9 Ibid

De toute évidence, le caractère innovant du web-documentaire ne peut être discuté qu'à l'aune des pratiques médiatiques réelles qu'il implique. Notre deuxième hypothèse se construit autour de l'idée que le web-documentaire modifie la posture même de l'individu consommateur de média ainsi que ses pratiques. Il est évident qu'au regard de la grande hétérogénéité qui domine l'ensemble des créations de web-documentaire, les pratiques et postures induites par ces derniers sont également marquées du sceau de la diversité. Néanmoins, nous supposons que les promesses éditoriales du web-documentaire qui s'incarnent dans le dispositif technique ont un impact - dont les conséquences varient selon l'individu - sur les pratiques médiatiques traditionnelles alors même qu'il s'agit de formes médiatiques anciennes (le texte, la vidéo, la bande audio, l'animation etc) qui sont mobilisées au coeur de ces dispositifs. Le web-documentaire redessine t-il les contours des différentes figures de la réception ? Telle est l'interrogation qui anime notre deuxième hypothèse.

C'est dans le prolongement de l'hypothèse précédente que nait la dernière. La troisième hypothèse s'inscrit dans l'idéal mentionné plus en amont de l'introduction. Dès les premières lignes de cette introduction, nous avons cité un article extrait du blog de Nicolas Bole à propos des relations entre l'Histoire et le documentaire. Le travail de recherche que nous menons s'intéresse précisément à la relation entre Histoire, web-documentaire et la mémoire sociale. C'est à travers une discipline des sciences humaines et sociales qui s'est forgée au XIX ème siècle et qui possède ses caractéristiques propres, que nous avons décidé d'aborder les enjeux qui lient les médias et le savoir. Au-delà de cette relation intime, ce qui suscite notre intérêt réside dans le lien qui se tisse entre un média et la mémoire. Cela permet de traiter la fonction sociale d'un média et notamment celle du web-documentaire dans une logique temporelle précise, celle du temps long. Une nouvelle fois, dans un souci d'honnêteté intellectuelle, il nous semble nécessaire de préciser que vérifier une telle hypothèse présente quelques dificultés. Tout d'abord, il nous est impossible de mener une enquête d'observation sur un temps sufisamment long pour obtenir des résultats significatifs. Par ailleurs, le média en question est récent et sa relative faible audience ne permettrait pas non plus de dresser des constats scientifiques valables. Enfin, une telle hypothèse a trait à des phénomènes et concepts dont l'utilisation reste délicate ni sans risque de fourvoiement. Néanmoins, nous ne pouvons ignorer une telle dimension du web-documentaire puisqu'il s'agit du coeur même de notre réflexion initiale. Impactant les pratiques médiatiques - selon la deuxième hypothèse -, le web-documentaire permet de repenser le genre même du documentaire historique et par conséquent l'accès au savoir et la construction d'une mémoire collective. Nous tenterons dès lors de vérifier une telle hypothèse en menant une réflexion étayée majoritairement par des concepts et des analyses. La dernière hypothèse nous mènera vers des sentiers divers de la question de la transmission du savoir historique.

La discussion qui va s'ouvrir pour penser, étayer et vérifier nos hypothèses se fondera en partie sur un corpus large et divers. L'objet d'étude majeur est bien entendu le web-documentaire. C'est d'ailleurs à partir de l'intérêt porté à ce format médiatique inédit que notre réflexion s'est forgée. L'analyse sémiotique de ces objets médiatiques constituera donc un pilier essentiel de notre corpus. Quant est il de sa légitimité ? En sciences sociales, et tout particulièrement en sciences de l'information de l a communication (SIC), il existe une certaine difficulté à construire

scientifiquement un objet d'étude du fait de la revendication d'interdisciplinité. J-B Perret aborde cette question dans un article intitulé V a-t-il des objets plus communicationnels que d'autres ? Cet article est l'occasion pour l'auteur de s'intéresser à la fondation et le développement des sciences de la communication. Dans cette optique, il pense notamment la relation entre la théorie et les objets d'études concrets. « Une discipline est une manière spécifique d'interroger un certain domaine d'objets concrets. »10. Il afirme même que « c'est le point de vue qui crée l'objet ». Ainsi une réalité devient objet d'étude à partir du moment où l'on adopte un regard critique et un angle d'analyse particulier. C'est de la sorte qu'il faut envisager notre démarche d'étude. Le web-documentaire est un objet médiatique concret et complexe. Nous avons choisi d'aborder cet objet d'un point de vue bien spécifique puisqu'il s'agit de saisir les enjeux de la relation entre le web-documentaire et la transmission du savoir. Le point de vue adopté est donc purement social. Les enjeux économiques, par exemple, ne seront pas traités car ils ne sont d'aucune utilité dans le cadre de notre analyse. Adopter un point de vue particulier sur un objet permet également de soulever les questions essentielles et ainsi de tracer un sillage dans lequel peut s'inscrit et se développe notre réflexion. C'est cette même réflexion qui permet d'afiner le corpus de web-documentaires. Par souci de simplification et de clarté, nous avons créé la dénomination « web-documentaire historique ». Or cette catégorie n'existe pas ou du moins les web-documentaires ne sont pas répertoriés par genre sur les sites qui les hébergent. Qu'il s'agisse du site d'Arte, du Monde ou de France 5, nous ne pouvons que dresser le même constat. Cela s'explique en partie par une relative faible quantité de contenus de ce type. Face à cette absence de catégorie, il est donc compliqué de distinguer le web-documentaire qualifié d'historique du web-documentaire dit de société. Néanmoins, la différenciation se fait relativement facilement lorsque l'on se trouve sur la page qui référence les divers web-documentaires. En effet, les différents éléments graphiques (images de présentation des webdocs) et sémantiques (les légendes et les titres qui accompagnent ces images) ainsi que notre culture médiatique permettent de distinguer les types de web-documentaires. Cette distinction se fonde sur des critères acquis et hérités du documentaire télévisé. Face à la diversité des web-documentaires et la dificulté de définir la nature et les formes de ce genre médiatique, nous devons toutefois précisé que notre corpus de web-documentaire se constitue de webdocs qui ont pour sujet principal un événement, un personnage ou une période historique. La présence d'images d'archive ni l'intervention d'historiens ne sont pas des critère essentiels pour intégrer le web-documentaire au sein du corpus. L'intérêt majeur de ce corpus réside dans la diversité des manières d'aborder l'histoire et le récit historique. Néanmoins, le choix de ne pas utiliser d'images d'archive est peu fréquent dans les web-documentaires historiques. Les images d'archive sont associées à l'existence même du documentaire historique. Isabelle Veyrat-Masson, spécialiste des rapports entre l'Histoire et les médias, souligne que l'image d'archive est indissociable du documentaire historique. Selon elle, les premiers documentaires historiques sont nés de montages d'archives11. L'essence même du film documentaire réside dans le montage. Nous pouvons citer à ce titre citer la série de films

10 PERRET, Jean-Baptiste, Y a-t-il des objets plus communicationnels que d'autres ? Dans Hermes n°38, CNRS Editions, 2004

11 VEYRET-MASSON, Isabelle, Télévison et histoire la confusion des genres - Docudramas, docufictions et fictions du réel, Editions De Boeck, 2008

réalisés par Dziga Vertov accompagné de la monteuse Yelizoveta Svilova sous le règne de Nicolas II. Il s'agit de brides d'actualités venues des quatre coins de l'empire russe. Jay Leyda parle d'un « tableau de milles facettes de la vie soviétique, captée par le regard pénétrant du Ciné-Oeil »12 Nous pouvons retrouver cette caractéristique au coeur des web-documentaires historiques qui sont en réalité une manière particulière d'agencer des contenus de différentes natures venus d'horizons divers. Jay Leyda afirme également que les documentaires historiques datent des années 1920 et notamment sous l'impulsion de La Chute des Romanov (1927) de Esther Choud qui fut la première à réaliser un film historique à partir de films tournés par d'autres.

La présence d'un point de vue d'auteur est donc une autre caractéristique essentielle pour définir le documentaire historique et par la même occasion, le web-documentaire historique. Ce point de vue peut être discret ou afirmé mais doit animer tout web-documentaire historique qui constitue le corpus. Enfin, tout web-documentaire doit être une page internet indépendante et possédant une logique propre de navigation. Il faut prendre garde de ne pas confondre à ce propos, ce que l'on appelle, entre autres dénominations, "dossier" qui s'apparentent davantage à des articles complétés par un contenu vidéo, audio ou graphique. C'est le cas par exemple du dossier préparer par la radio France Inter13 qui apparaît dans de nombreux articles - notamment sur les blogs dédiés aux nouveaux médias - comme un web-documentaire. Dans cette optique, Didier Mauro distingue le documentaire du reportage : « le documentaire relève du champ artistique (et cinématographique) alors que news, reportages et magazines procèdent du champ journalistique. [...] Les films documentaires sont considérés comme des oeuvres destinées à perdurer ou à témoigner d'une époque, tandis que les programmes audiovisuels journalistiques sont essentiellement constitués d'une information jetable sans objectif de pérennité. »14 Il définit ainsi le documentaire selon un double axe : celui de la production journalistique et celui de la pérennité du contenu. Or le web-documentaire est pour le moment accaparé, en grande partie, par les journalistes qui y voient un espace de liberté. Par ailleurs, les sites web-documentaires sont confrontés aux problématiques de pérennité technique notamment celle des liens passeur. Nous constatons ainsi que la frontière entre web-reportage et web-documentaire est poreuse voire inexistante. D'autant plus que les site hébergeur ne distinguent pas les web-documentaires de société des web-documentaires historiques qui se rapprocheraient davantage de l'idéal du documentaire prôné par Mauro.

Aux web-documentaires s'ajoutent d'autres contenus qui composent le corpus. Nous accorderons une attention toute particulière aux enquêtes d'observation réalisées tout au long de la période de recherche. Dix personnes ont été mises en situation face au même web-documentaire intitulé La Nuit Oubliée15 créé par Olivier Lambert et Thomas Salva. Chaque entretien s'est réalise selon un processus similaire composé de trois étapes. Tout d'abord, un premier questionnaire permettait

12 LEYDA, Jay, Compilation Films from propaganda to dram, New-York : Hilland Wang, 1964, p.192

13 http://www.franceinter.fr/dossier-algerie-1954-1962-la-derniere-guerre-d-appeles

14 MAURO D., Le Documentaire, cinéma et télévision, Paris, éditions Dixit, 350p., 2003 (réédition : mars 2005).[http www.dixit.fr]

15 http://www.lemonde.fr/societe/visuel/2011/10/17/la-nuit-oubliee_1587567_3224.html

d'établir le profil de l'individu ainsi que certaines représentations et intuitions concernant le web-documentaire. Cet entretien est suivi d'une mise en situation libre. Tout individu pouvait interrompre la navigation dès qu'il le souhaitait. Les aptitudes médiatiques, les attitudes (remarques, hésitations, etc) , les postures corporelles ainsi que la navigation sont analysées au cours de cette étape. Puis, l'enquête s'achève avec un nouvel entretien dont l'objectif est de recueillir les impressions immédiates de l'individu ainsi que de l'interroger sur ces choix et son comportement face au dispositif médiatique. Les résultats de ces enquêtes d'observation permettent d'étayer ou d'infirmer nos hypothèses. Par ailleurs, les discussions et les observations nous engagent parfois vers d'autres pistes de réflexion et de recherche. En effet, cette approche sémio-pragmatique permet d'analyser dans le contexte réel de communication et ainsi de saisir des enjeux ou questionnements qui complètent le travail de recherche.

Parallèlement à ces enquêtes, des entretiens auprès de professionnels on été réalisés. Deux professionnels du web-documentaire nous ont donc livré leur analyse, leurs intuitions et leur expérience au cours d'entretiens guidés. Ces données enrichissent notre analyse et ouvrent la voie à d'autres interrogations. Les entretiens s'inscrivent dans un corpus plus large de discours de professionnels. En effet, nous avons cherché et sélectionné divers articles et interviews (format papier et format vidéo) ou encore compte-rendus de conférence et débat qui sont autant de discours à analyser. Ces analyses de discours participent d'une volonté de saisir les enjeux et les imaginaires qui découlent de la création de web-documentaires. Les points de vue des professionnels nous informent également sur les promesses implicites et explicites du web-documentaire. Ces éléments sont essentiels dans l'optique de définir un récepteur "type" construit à travers les pratiques médiatiques anticipées par les instances énonciatives du web-documentaire.

Concernant l'analyse de discours, nous tenterons de dresser un corpus significatif et perspicace de commentaires d'internaute. Qu'ils s'agissent des commentaires de certains web-documentaires historiques ou d'articles ayant trait au web-documentaire, ces discours d'internaute sont également utiles dans le cadre de notre travail de recherche. Les aspects quantitatif et qualitatif seront considérés afin de mesurer l'impact social ainsi que de saisir les imaginaires et les enjeux du web-documentaire historique. Nous sommes conscients que le résultats de ces analyses sont quelque peu biaisés par distincts facteurs. D'une part, la majorité des commentaires restent sans intérêt puisqu'ils oscillent entre la polémique acerbe et l'éloge. Par ailleurs, seuls quelques sites qui hébergent des web-documentaires permettent le commentaire. Et lorsque ce dernier est permis, cela est soumis à certaines conditions qui limitent à des personnes qui ne désirent pas s'inscrire sur le site.

Un vaste et divers ensemble de travaux universitaire et ouvrages complètent le corpus de ce travail de recherche. L'intérêt du web-documentaire réside dans sa riche complexité. Il a certes suscité l'intérêt des professionnels, mais peu d'universitaires ont traité le web-documentaire en tant qu'objet d'étude au point que peu ou pas d'ouvrages sont disponibles sur le sujet. Face à ce que l'on peut oser qualifier de désert théorique, notre travail de recherche peut jouir d'une relative liberté. Relative, en effet, puisque la question du rapport entre transmission du savoir et les médias a été l'objet de

nombreux articles et ouvrages. On peut citer à titre d'exemple l'article de Sophie Moirand16 sur les formes discursives et la diffusion du savoir dans les médias. Dans ce cas, l'originalité de notre étude se situe au niveau de l'objet d'analyse. Le web-documentaire, à l'aune de la transmission du savoir et de la constitution de la mémoire collective, est un objet théorique inédit. Par ailleurs, il l'est également en soi. Ce dernier constat nous permet de mener une réflexion fondée sur des théories et des concepts de diverses disciplines pour comprendre le web-documentaire historique. A travers ces ouvrages théoriques, nous pouvons adopter un regard multidimensionnel pour saisir dans sa complexité le web-documentaire. J-B Perret souligne l'importance de ce regard multidimensionnel. Dans cette optique, il distingue « trois dimensions dont toute recherche en communication cherche à élucider les rapports : celui de la circulation du sens, celui des acteurs et des pratiques sociales, celui des techniques. » Les SIC portent une attention toute particulière aux relations qui tissent ces trois pôles. Les web-documentaires historiques sont le lieu privilégié où se tissent les relations entre ces trois pôles. La construction et la circulation du ou des sens sont essentiels dans les procès de création et de lecture du web-documentaire. Par ailleurs, la dimension technique ainsi que la dimension sociale s'articulent afin précisément de contribuer à faire jaillir le ou les sens. Ce sont ces rapports de force qui constituent l'un de nos principaux axes de réflexion sur les web-documentaires historiques. Ces trois dimensions sont appréhendées à travers notamment l'intégration à notre travail de recherche, de concepts et théories d'horizons distincts.

Ainsi le fruit de ce travail de recherche s'articulera autour de trois axes fondamentaux qui recoupent nos trois hypothèses qui sont au coeur de la discussion. Nous nous permettons de rappeler que la première partie de ce mémoire est dédiée aux promesses éditoriales et imaginaires sur lesquels se fonde le web-documentaire historique. Nous nous attacherons ensuite à traiter la question des pratiques socio-médiatiques induisent par le dispositif cité précédemment. Enfin, nous discuterons l'hypothèse selon laquelle le web-documentaire historique peut modifier notre rapport au savoir et à l'apprentissage de ce dernier.

16 MOIRAND, Sophie, Formes discursives et diffusion du savoir dans les médias, in la revue Hermes N°21, CNRS Edition, 1997 : http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/15040/HERMES_1997_21_33.pdf;jsessionid=E344066708 AF6C3D0078D54009886DD9?sequence=1

Partie 1 - Les enjeux et les promesses du web-documentaire historique

Tel que nous venons de le préciser au coeur de notre introduction, l'apparition du web-documentaire historique dans le paysage de l'audiovisuel français peut s'apparenter à une étape majeure dans l'évolution de la consommation des médias et du documentaire en particulier. Nous employons le conditionnel car rien, aujourd'hui, ne nous permet d'affirmer que ce genre médiatique s'impose suffisamment dans nos pratiques médiatiques pour être considéré comme un genre essentiel du paysage médiatique. Ce sont les chiffres qui parlent et qui nous incitent donc à une certaine prudence. Mais au-delà de cette nécessaire prudence, ce qui nous importe réside dans les discours, les promesses, les critiques qui gravitent autour du web-documentaire et en particulier du web-documentaire historique. Ce sont au fond de ces points de vue - de professionnels et de consommateur des médias - que nous recherchons les fondements d'une définition de ce genre médiatique et du contrat de lecture qu'il implique. En effet, il nous semble primordial d'aborder la question de la définition du web-documentaire historique et celle des promesses éditoriales qui surgissent à la fois dans les discours de professionnels et à travers le dispositif lui-même. Cette partie sera donc l'occasion de traiter notre hypothèse selon laquelle le web-documentaire historique propose une expérience médiatique inédite mais pas nécessairement révolutionnaire.

1.1- Histoire et formes du web-documentaire historique : au coeur de l'imaginaire de l'innovation.

Appréhender le web-documentaire historique, c'est également analyser et comprendre l'histoire et les enjeux de la création de ce genre médiatique. Nous aurons ainsi l'occasion d'aborder trois thématiques centrales qui lient innovation et l'évolution du web-documentaire. D'une part nous pourrons traiter l'imaginaire de la création pure envisagée comme un espace d'imagination et de liberté. Cet imaginaire est présent dans les discours des différents professionnels. D'autre part, la question du flou sémantique qui règne autour du web-documentaire. Enfin, nous saisirons l'opportunité d'analyser les dispositifs médiatiques que sont les web-documentaires historiques afin d'en saisir les différentes formes et d'établir des distinctions et des similitudes.

La première observation que l'on peut dresser, à défaut d'être brillante, a le mérite de poser les bases

1.1.1- Émergence et évolution du web-documentaire historique.

de la réflexion. Le web-documentaire est un des genres médiatiques les plus récents du paysage audiovisuel. A titre de comparaison, nous pouvons mentionner les webséries dont la parenté avec le web-documentaire ne peut être niée. C'est en 2003 que la diffusion et par conséquent la création de ce genre médiatique se démocratise et prend une nouvelle ampleur. Nous évoquons cette date car il s'agit de l'année où la chaîne WSN - WebSerie Network - spécialisée dans la diffusion de webséries est créée17. Au même moment, beaucoup de professionnels estiment que le web-documentaire a véritablement émergé avec des créations tels que Thanatorama18 (diffusé en 2007) et Voyage au bout du charbon19 (diffusé en 2009) qui ont repoussé les limites de la création. Bien que l'émergence de ce genre médiatique ait eu lieu dès le début de la décennie 2000, il semblerait qu'un certain retard existe dans les processus de diffusion et démocratisation pour le web-documentaire. Par ailleurs, nous tenons à préciser que les deux dispositifs cités précédemment ne sont pas des web-documentaires historiques. Ces derniers sont dans le sillage des premières créations mais, peu d'entre eux semble avoir marqué de leur sceau le genre web-documentaire.

Une seconde observation consisterait à souligner le flou sémantique qui entoure le web-documentaire. Souvent dénoncé comme un mot-valise, le terme "web-documentaire" souffre à la fois d'une manque de légitimité et de stabilité. Certains parlent de Richmédia d'autres de transmédia ou encore de multi et pluri média. Les dénominations sont multiples et nourrissent la confusion. Quelle place tient donc le web-documentaire historique au sein du paysage audiovisuel ? Dans un article intitulé L'expérience immersive du web-documentaire20, Samuel Gantier et Laura Bolka mènent une réflexion sur le web-documentaire et proposent une définition que l'on peut citer :

« Le web-documentaire est un film interactif qui mélange des photographies, vidéos,

sons, textes, cadres et éléments graphiques associés aux potentialités du web participatif. Format éditorial hybride, le web-documentaire propose un récit interactif dans un "storytelling" que le lecteur oriente et dont la scénarisation fragmente la lecture. Cet objet plurimédia ne possède pas encore de forme esthétique, ni de type de récit ou de modèle économique complètement stabilisé. [...] Le web-documentaire est un objet qui cristallise la mutation structurelle de l'industrie audiovisuelle et du journalisme. »

Une telle définition incarne cette dificulté à déterminer les caractéristiques du web-documentaire. Les auteurs emploient des termes à la fois proches et distincts qui ne permettent pas une stabilité sémantique. Néanmoins, d'une part, cette définition met en évidence des caractéristiques du web-documentaire que nous analyserons plus en aval. D'autre part, elle permet de constater à quel point le web-documentaire historique s'inscrit dans la logique contemporaine des médias. Elle confirme que le web-documentaire est un objet médiatique neuf, source de confusion mais surtout d'intérêt de par sa nouveauté et les potentiels qu'il présente.

17 Source Wikipédia, [Disponible en ligne : http://fr.wikipedia.org/wiki/Websérie#Historique]

18 Web-documentaire sur le monde funéraire réalisé par Julien Guintard, Ana Maria Jesus et Vincent Baillais, Grand Prix du Web Flash Festival 2007 [disponible en ligne : http://www.thanatorama.com/]

19 Web-documentaire sur une mine de charbon au coeur d'une province chinoise, réalisé par le photographe Samuel Bollendorff et Abel Ségrétin et produit par Honkytonk Films [Disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/visuel/2008/11/17/voyage-au-bout-du-charbon_1118477_3216.html]

20 GANTIER, Samuel et BOLKA, Laura, « L'expérience immersive du web-documentaire : études de cas et pistes de réflexions » dans Les Cahiers du journalisme, N°22/23, Automne 2011

Avant de poursuivre et d'aborder le deuxième point de notre analyse, il semble nécessaire de préciser le contexte médiatique globale dans lequel s'inscrivent et ont évolué ces productions dites innovantes. Quelle place est accordée aux web-documentaire et webdocs historiques dans un système médiatique où la concurrence ne cesse de s'accentuer ? Dès l'année 2008, les professionnels du documentaire saisissent les conséquences majeures d'une évolution des politiques de diffusion et de co-production menées par les grandes chaînes de la télévision française. Lors des Etats généraux du documentaire qui se sont tenus à Lussas, en 2008 donc, un chiffre, celui de 11%, a retenu l'attention. Il s'agissait du pourcentage de films documentaires parmi l'ensemble des documentaires (870 selon la source de Patrick Benquet) soumis à la sélection du jury du festival. Dans un article21 consacré à ce constat, Patrick Benquet souligne la « dérive » qui s'annonce depuis quelques années déjà : « la télévision ne s'intéresse plus qu'aux documentaires qui acceptent le formatage qu'elle impose sous prétexte d'audimat ». Cela signifie que la télévision refuse de financer ou, dans une moindre mesure, limite les financements à des projets qui ne permettraient pas de réaliser de bons résultats en terme d'audience. Certains exemples, tels que les documentaires historiques récents Apocalypse22 ou Adieu Camarades23, témoignent de la volonté des les chaines de télévision de produire et diffuser moins de documentaires mais des productions de grande ampleur afin d'améliorer la rentabilité et d'optimiser l'audience sur tous les supports médiatiques possibles. Ces politiques de production et de soutien aux documentaires s'inscrit donc dans une stratégie contemporaine qualifiée de cross-média.

Tel est le contexte dans lequel s'inscrit la création de web-documentaires historiques. Un contexte à la fois morose pour des projets à faible budget mais à la fois prometteur car les entreprises médiatiques, notamment Arte et France Télévision ou LeMonde, investissent de plus en plus dans le web-documentaire. Il s'agit d'un pari sur l'avenir soutenu cependant par la Scam ou le CNC qui encouragent l'innovation numérique. Ce dernier a par exemple mis en place, dès 2001,un dispositif de financement spécifié dans le « développement, la production et la diffusion d'oeuvres novatrices ou expérimentales dans le domaine de la création artistique multimédia et numérique. »24 (Dicréam)

Par ailleurs, dans un article publiée sur le site 6mois.fr, Guillaume Blanchot, directeur de l'audiovisuel et de la création numérique au CNC, affirmait que « longtemps, nos partenaires, producteurs, diffuseurs, ne voyaient pas internet comme un outil de créativité. Notre objectif est de pousser les gens de l'audiovisuel à aller vers de nouveaux modes de narration et à renouveler la création. »25 Une telle évolution des politiques de soutien à la production - bien qu'elle reste encore timide - est à rapprocher d'une autre évolution qu'a connue le documentaire historique. A ce titre

21 BENQUET, Patrick, « La télévision aime-t-elle encore le documentaire ? La preuve par Lussas », publié dans Médiapart le 1er septembre 2008, [disponible en ligne : http://blogs.mediapart.fr/edition/article/010908/la-television-aime-t-elle-encore-le-documentaire-la-preuve-par-lussas]

22 Série télévisée historique en 6 épisodes de 52 minutes, diffusée sur France 2 et réalisée par Isabelle Clarke et Daniel Costelle. [Disponible en ligne: http://programmes.france2.fr/apocalypse-hitler/]

23 Série télévisée historique, diffusée sur Arte et réalisée par Andreï Nekrasov [Disponible en ligne: http://www.arte.tv/fr/4314104.html]

24 http://www.cnc.fr/web/fr/dispositif-pour-la-creation-artistique-multimedia-dicream

25 MAUGER, Léna, « Le webdocumentaire, laboratoire sous perfusion » dans la revue 6 Mois, le XX ème siècle en image, publiée le 20 avril 2012 [Disponible en ligne : http://www.6mois.fr/Le-webdocumentaire-laboratoire]

l'article intitulé Le documentaire historique au péril du "docufiction" 26de François Garçon est extrêmement significatif puisqu'il souligne que les grands diffuseurs se sont rapidement ralliés au docufiction historique après les succès d'audience de certains programmes tels que Dernier Jour de Pompéi diffusé sur France 2. Il parle même d'une « coupure épistémologique dans l'évolution du documentaire historique » en précisant que nous entrons dans « l'ère du doc de création ». Et cette évolution est motivée par la volonté de rajeunir l'audience. A ce propos, François Garçon cite deux professionnels. D'une part, Thierry Garrel, directeur de l'unité documentaire d'Arte : « On est enfin sorti des résumés et des cours d'école primaire »27D'autre part, Sophie Dacbert, ancienne directrice de la rédaction de l'hebdomadaire Le Film français, qui a avancé - le 27 juin 2003- que le docufiction « confère au documentaire une teinte plus jeune, plus moderne, plus ludique. Il permet d'élargir le public du documentaire, de le rajeunir en apportant la notion de plaisir avec de savants cocktails de fiction et de reconstitution.» Cet article et ces dernières citations datent du début de la précédente décennie mais ce sont des discours qui sont désormais d'actualité avec l'émergence du web-documentaire historique. François Garçon pense que le docufiction « marque surtout une régression scientifique par rapport à ce qu'il nous avait été donné de voir sur le petit écran » du fait de l'impératif de divertissement. Il y a donc deux écoles, deux pensées et donc deux discours qui s'opposent sur la question du docufiction. Il s'agit de la même opposition que l'on retrouve dans les discours sur le web-documentaire historique et dans les commentaires des usagers. Ce parallèle témoigne en partie que le web-documentaire représente une certaine évolution du documentaire historique. Une évolution qui fait génère des discours et des imaginaires particuliers.

1.1.2- Le web-documentaire, nouveau paradis de la création médiatique ?

Nous venons d'employer le terme instabilité pour caractériser la situation sémantique du web-documentaire historique. Or nous pensons que, dans certains cas, instabilité rime avec liberté. En l'occurrence, c'est cette liberté qui attire les journalistiques et les professionnels de l'audiovisuel dans le champ du web-documentaire. Boris Razon, chargé du pôle numérique de France Télévision, expliquait dans un entretien publié sur le blog documentaire, expliqu'« il n'existe pas encore de formes établies mais uniquement des formes en construction»28 pour le web-documentaire. Chacun veut apporter sa pierre à l'édifice. Tout un imaginaire de la nouveauté, de l'innovation et par conséquent de la création pure se forge autour du web-documentaire. A titre d'exemple, nous pouvons citer un commentaire de Gerald Holubowicz à la suite d'un article de Pierre-Emmanuel Weck29. En parlant du web-documentaire, il s'exprime en ces termes : « C'est une passion dévorante qui depuis m'entraine sur des chemins que je n'aurai imaginé explorer. J'ai réellement le sentiment

26 GARÇON, François, « Le documentaire historique au péril du ''docufiction" », dans la revue Vingtième Siècle, N°88, 2005, Edition : Presses de Sciences Po

27 Citation extraite d'une interview de Thierry Garrel publiée dans Télérama datant du 25 mars 2005

28 Entretien réalisé par BOLE, Nicolas publié le 16 juillet 2012 [Disponible en ligne : http://cinemadocumentaire.wordpress.com/2012/07/16/boris-razon-la-production-web-chez-france-tv-3/]

29 http://www.weck.info/2012/04/12/web-doc-web-toc/

d'étendre ma palette d'outils. » Cette double métaphore de l'exploration et du peintre ou de l'ouvrier symbolise l'imaginaire de la création que le web-documentaire véhicule. La liberté est au coeur de cet imaginaire. A la lecture de certaines interviews, l'on pourrait presque penser que le web-documentaire est une sorte de parangon du grand reportage du temps d'Eugène Mannoni ou de Robert Guillain. Olivier Lambert, dans un entretien30 avec Nicolas Bole, tient des propos qui étayent notre impression : « J'ai toujours été traumatisé, ou en tout cas déçu, de voir que les journalistes s'ennuyaient dans les rédactions, qu'ils devenaient rapidement aigris par rapport à leur profession et à leurs propres objectifs. Je ne voulais pas devenir comme eux. Je voulais monter des projets personnels pour m'épanouir. » Au-delà de la simple liberté, Olivier Lambert parle d'épanouissement personnel. C'est en cela que l'on peut parler de paradis de la création. Dès lors, on ne peut nier la puissance de cet imaginaire qui suscite tant de convoitise et qui revalorise la profession journalistique. Comme toute terre promise, le web-documentaire souffre aujourd'hui d'un attrait tel que certains professionnels se plaignent de la profusion de productions médiocres voire indigestes. Interrogé sur les évolutions récentes qu'a connues le web-documentaire, François Le Gall nous a signifié que concernant l'offre, il y a « plus d'acteurs mais moins de web natifs (journalistes et photographes notamment) ; ce qui génère plus d'histoires mais paradoxalement, moins d'originalité et de créativité dans la narration interactive. En se "démocratisant"(on en est encore loin), le genre s'est appauvri, l'aspect documentaire a été phagocyté par le genre journalistique. »31 Tel est donc le risque qu'encourt le genre. Toutefois nous pouvons nous demander si ce phénomène n'est pas justement propre à l'innovation et à la nouveauté. Cette profusion serait ainsi le témoin de l'émergence d'un genre médiatique inédit. Par ailleurs, une telle « démocratisation » - tel que le dit F. Le Gall - inscrit le web-documentaire ( et notamment le webdoc historique) dans une certaine légitimité qui se traduit à travers la création de certains prix32 distinctifs voire de festivals consacrés aux web-documentaires. L'imaginaire de la création pure contribue ainsi à l'institutionnalisation du web-documentaire. Mais cette dernière est elle vraiment possible ou nécessaire ? Une analyse des différents formes de web-documentaires historiques nous permettra de présenter un élément de réponse.

1.1.3- Y a-t-il une forme canonique du web-documentaire historique ?

Peut on institutionnaliser le web-documentaire historique ? La question ne fait pas encore l'objet d'un débat. Pourtant, elle revêt un intérêt primordial. Nous pensons qu'une analyse des différentes formes de web-documentaires historiques peut nous permettre d'engager ce débat. C'est dans cette optique que nous avons dressé une typologie selon un corpus de web-documentaires historiques. Nous avons également réalisé une étude de cas comparative puisque nous avons porté notre

30 BOLE, Nicolas, Entretien avec T. Salva et O. Lambert publié le 06 février 2012 sur le blog documentaire [ http://cinemadocumentaire.wordpress.com/2012/02/06/webdocu-entretien-avec-o-lambert-et-t-salva/]Visionné le mardi 14 février 2012.

31 Annexe 14

attention vers des formes médiatiques semblables à celle du web-documentaire. Cette double démarche vise à infirmer ou confirmer deux hypothèses qui guident cette première partie. D'une part, celle qui consiste à penser l'existence d'une extrême variété et hétérogénéité de la création de web-documentaires. D'autre part, nous souhaitons mettre en évidence la spécificité de ce genre médiatique par rapport à d'autres formes proposées par certaines instances médiatiques.

1.1.3.1- Le corpus de web-documentaires historiques : la typologie

Dix web-documentaires historiques composent notre corpus. Nous avons tenté de nourrir ce corpus d'objets d'étude venant d'horizons divers et variés. Ainsi, les sites du Monde, d'Arte, de France Inter et de Politis seront représentés dans ce corpus. Cela signifie que les quatre genres majeurs des médias (télévision, internet natif, radio, presse papier) seront représentés. Bien qu'il soit compliqué de parvenir à une telle représentation - du fait des écarts d'investissement des médias en question dans la production de web-documentaire historique - elle nous semble nécessaire. En effet, les web-documentaires sont des créations auxquelles différents coeurs de métier collaborent. Chacun y apporte ainsi une culture propre à son métier (journalisme, designer, réalisateur, photographe ...) et cela se traduit à travers le web-documentaire. Notre typologie se fonde sur quatre critères qui recoupent les caractéristiques essentielles du web-documentaire. Cela nous permettra de constater si certains web-documentaires historiques correspondent à un exemple type fantasmé qui trouve sa source dans les divers imaginaires liés au web-documentaire. Par ailleurs, une telle démarche nous amène à penser le lien entre d'une part l'organisation des différents contenus au sein du web-documentaire historique et d'autre part le type de narration qui est proposée. En effet, c'est également sur ce terrain - celui de la narration - que les professionnels des médias s'aventurent lorsqu'ils abordent la question du web-documentaire.

Le premier critère de cette typologie concerne l'interactivité des contenus. L'intérêt est ici de classifier les web-documentaires du corpus selon la manière dont les contenus sont organisés et également selon la diversité de ces contenus. Nous portons notre attention sur les transitions possibles, les différentes possibilités de rencontrer ces contenus. Un deuxième critère traite l'aspect quantitatif du contenu tout en prenant en compte ce que nous avons appelé "la poétique du caché". Ce principe est motivée par un constat intéressant. Alors que certains documentaires donnent à voir l'ensemble de leurs contenus, d'autres tentent, de par un jeu subtil de mise en visibilité du caché, d'attirer l'attention du lecteur. L'internaute est appelé à découvrir, à dévoiler le contenu. Cela joue sur la sensation d'infini qui est essentielle dans la consultation de web-documentaire historique. La situation d'énonciation sera l'objet de notre troisième critère. Comment se construit la figure de l'auteur au sein du web-documentaire ? Nous avons précisé en introduction que tout web-documentaire possédait un point de vue d'auteur. Néanmoins, la figure de l'auteur s'exprime t-elle ? Enfin, notre dernier critère aborde les différents types de narration proposés. Ces derniers impactent directement le parcours de lecture de l'internaute.

S'il fallait dresser un constat d'ordre général, ce qui résonne en nous comme une évidence est l'hétérogénéité des créations de web-documentaire. Nous avons parler de mot-valise pour connoter le terme "web-documentaire". Cette typologie qui nait de l'analyse sémiotique des web-documentaires historiques, permet de constater que ce terme recoupe des réalités, des pratiques et des intentions distinctes distinctes. On peut dissocier par exemple deux web-documentaires qui traitent le même sujet : La nuit oubliée et 17.10.61. Ces deux créations sont à la fois très proches, de par le sujet et par la mise en évidence de témoignages mais très éloignés. Ils diffèrent sur de nombreux points cruciaux du web-documentaire historique : le mode de narration, l'afirmation ou non de la figure du narrateur et l'organisation des contenus. On ne peut faire fi de ces différences.

Un autre constat nous amène à penser le web-documentaire historique type. En effet, lorsque l'on recoupe les différentes caractéristiques de la typologie, l'on peut dresser une liste de trois web-documentaires qui présentent des similitudes au point de faire partie du même type dans chacun des trois premiers critères. Ce sont 17.10.61, Les combattants de l'ombre et Adieu camarades. Ces trois web-documentaires ne traitent pas le même sujet mais quant à l'organisation du contenu, aux aspects quantitatif et qualitatif des documents proposés, et au mode de narration, les similitudes sont réelles. Seul le type de narration constitue un point de différenciation puisque, selon notre typologie, Les combattants de l'ombre adopte un type indéterministe de narration alors que les deux autres proposent une narration incitative tabulaire. De cette première analyse, découle une hypothèse. Ces rapprochements nous amènent à penser les caractéristiques du web-documentaire historique canonique. Lorsque l'on s'intéresse aux différents types auxquels se rattachent les web-documentaires cités précédemment, une évidence semble s'imposer. Ces types recoupent en partie les imaginaires qui gravitent autour de la création de web-documentaires. Ce sont des documentaires qui proposent un contenu fortement axé sur le texte et la vidéo sans pourtant négliger d'autres types de documents. Ce contenu s'inscrit dans un réseau propice à l'interactivité entre ces différents documents. Par ailleurs ce sont des web-documentaires qui proposent une logique de la profusion, de l'exhaustivité suggérée tout en maniant une certaine poétique du caché qui permet d'agir sur la curiosité de l'internaute. Ainsi, il semble que ces créations pensent davantage les pratiques et l'usage du documentaire. Enfin, ces web-documentaires proposent chacun un narrateur dissimulé derrière le dispositif technique. Les balises parsemées dans le web-documentaire sont nombreuses pour permettre à l'internaute de se repérer à sa guise au sein de la création. Toutefois elles sont assez subtiles pour éviter d'imposer un parcours de lecture et par conséquent de limiter la liberté de l'internaute. Ces trois éléments majeurs trouvent leur écho dans les discours des professionnels et particuliers : l'imaginaire de l'exploration, l'exhaustivité, l'interactivité et la liberté.

Sans parler de modèle, ces trois web-documentaires ainsi que les autres nous permettent de mettre en exergue certaines logiques évidentes. Lorsque les créateurs de web-documentaire historique s'attachent à organiser le contenu selon une structure interactive afin de dresser des passerelles entre les documents, la poétique du caché est nécessaire et utile. En effet, l'internaute doit traverser cette structure en strates, doit dévoiler les contenus. Cela est réalisé dans l'optique de placer l'internaute dans une logique exploratoire. Cette démarche fait écho à des web-documentaires qui ont connu un succès critique tels que Prison Valley et Voyage au bout du charbon. Par la même occasion, une

32 Annexe 1

33 Annexe 3

telle démarche créative oblige à baliser le web-documentaire. Ce balisage est de différentes natures. Soit l'auteur (ou la figure de l'auteur) prend en charge le récit et guide l'internaute de manière plus ou moins explicite. C'est le cas du web-documentaire La nuit oubliée où la numérotation des chapitres génère un certain ordre de lecture. D'autant plus qu'à chaque ouverture de chapitre, l'auteur intervient pour expliciter sa démarche par le biais d'une bulle de bande dessinée32.

Extrait de la page d'accueil du webdoc historique ''La nuit oubliée"

Soit le guide glisse des indices sur le parcours de l'internaute. Ces indices sont autant d'appels à la lecture, à l'exploration mais la diversité de ces indices permettent de proposer un choix au lecteur.

Nous avons également eu l'occasion d'observer que la diversité des contenus proposés n'est pas un critère décisif dans la construction d'un web-documentaire "idéal". Le web-documentaire Indépendances Chacha illustre cette observation. Il s'agit d'un des web-documentaires historiques les plus riches en terme de contenus. Cette diversité est telle qu'elle est matérialisée à travers divers symboles33 qui sur-sémiotisent cette profusion de contenus. Pourtant, la lecture du web-documentaire est une lecture de surface. L'internaute ne s'engage pas en profondeur. Cette lecture de type incitative linéaire s'explique en partie par l'absence d'une structure interactive des contenus, une poétique du caché inexistante, et par un effacement complet de l'auteur.

Nous pouvons dresser un troisième constat suite à cette typologie. Le type de narration est très peu conditionné par les autres critères de la typologie. Toutefois, nous pouvons tisser un lien de cause à effet entre différents critères. Nous pensons que la faible (voire l'absence de diversité) de contenus et d'interactivité entre ces contenus, conjuguée à un effacement complet de l'auteur mènent à un type de narration aléatoire. Ni la structure ni la figure de l'auteur ne sont en mesure d'incarner le rôle de guide de l'internaute. Les web-documentaires Berlin 1989, souvenirs d'un monde d'hier et Les halles de Paris en sont la parfaite illustration. L'internaute est confronté à une création qui lui laisse une liberté si grande que seul l'aléatoire et la subjectivité guident son choix.

Malgré cette typologie, définir un modèle du web-documentaire historique s'apparente à une tâche complexe et peut être même impossible. Dès lors, nous proposons de porter notre attention sur des productions médiatiques proches des web-documentaires historiques mais qui ne jouissent pas de cette dénomination. Y a t-il en quelque sorte un contre modèle aux web-documentaires historiques ? C'est ce que nous cherchons à éclairer à travers l'étude de cas des fresques hypermédia de l'Ina.

34 Annexe 25

1.1.3.2- L'étude de cas : les fresques hypermédia de l'Ina

Les fresques hypermédia sont publiées sur le site de l'Institut National de l'Audiovisuel dans la rubrique "dossiers". Réalisées par les équipes de l'Ina, ce sont des fresques qui abordent différentes thématiques dont celles du festival de Cannes et des discours du général De Gaulle. Nous avons choisi ces thèmes pour analyser deux fresques. L'analyse sémiotique34 de ces deux fresques s'est construite autour de trois phases. Tout d'abord, nous avons mené un travail de recherche sur la "médiathèque" de chacune des deux fresques. Puis ce sont les "parcours" que nous avons observés. Enfin, nous avons porté notre attention sur les contenus des deux fresques.

De cette analyse nous avons pu tiré quelques conclusions qui permettent de délimiter les frontières du web-documentaire historique. Suite à l'observation de ces deux fresques, il nous semble que les créateurs de ces fresques construisent un destinataire quelque peu différent. Au coeur de ces fresques multimédia, les possibilités de recherche de contenus sont multiples et visibles. Dans certains web-documentaires historiques, cette possibilité existe notamment par le biais de la barre de recherche. Mais cela reste rare. Les fresques hypermédia de l'Ina se construisent autour de cette possibilité. Cela se traduit par différents dispositifs techniques tels que la mise en visibilité de l'arborescence de chaque rubrique. Ainsi l'internaute est amené à effectuer une recherche plus ou moins précise. Qu'il sache ou, au contraire, qu'il ignore ce qu'il souhaite visionner, il devra effectuer une action de recherche. Cette situation peut se retrouver dans un web-documentaire où l'internaute est délaissé par l'auteur. Il s'agirait dès lors d'un danger puisque l'internaute aurait tendance à quitter la pager du web-documentaire. Au contraire, les fresques de l'Ina semblent incorporer la logique de recherche. Ce sont deux manières distinctes de construire un lecteur. D'une part, le web-documentaire valorise les qualités intuitives des internautes pour leur permettre d'explorer les contenus. D'autre part, les fresques de l'Ina confèrent au lecteur la possibilité de trouver rapidement le contenu qu'il recherche ou celui qui correspond à ses centres d'intérêt.

Ces deux modèles s'incarnent dans une construction spatiale différente. Alors que les web-documentaires historiques proposent des sites qui bousculent les repères graphiques et ergonomiques des pages web traditionnelles, les fresques de l'Ina se situent dans le sillage de ces dernières. Ces fresques présentent l'ensemble des caractéristiques d'un site classique : une home-page, une barre de recherche, une barre d'accès aux rubriques, une lecture verticale de la page avec un défilement vers le bas, le coeur de la page composé de différentes rubriques etc. Bien que les web-documentaires historiques soient des sites internet, il y a la volonté de structurer et d'organiser le contenu de manière différente afin de proposer une expérience nouvelle. Dans le cas des fresques multimédia, il n'y a pas renouvellement de l'expérience médiatique de l'internaute.

Néanmoins, les fresques sont organisées selon une structure en strates qui permet de démultiplier les portes d'accès aux contenus. Cette multiplication des points de contact (notamment par le biais des parcours et de la médiathèque) est une caractéristique des web-documentaires. Au regard de l'ensemble des productions web-documentaires qui composent notre corpus, l'on peut dès lors rapprocher les fresques multimédia des webdocs historiques si l'on tient uniquement de la

C'est une des grandes promesses formulées par les professionnels du web-documentaire :

précédente observation. Toutefois, il est nécessaire de souligner que l'interactivité des contenus est plus importante au sein de ces fresques que dans certains web-documentaires.

Nous pouvons établir une autre similitude avec les web-documentaires historiques. Ces fresques reflètent à travers cette « médiathèque » la matérialité du contenu. Les analogies avec des lieux réels et naturalisés ne sont ni anodines ni arbitraires. Le terme « médiathèque » revêt un double sens. Ce terme renvoie d'abord à la définition même de ce qu'est une médiathèque à savoir un lieu où sont entreposés des documents de nature diverse que l'on peut consulter. Par ailleurs, une médiathèque est également un lieu que l'on traverse et que l'on parcourt. Ce terme évoque une double dimension : pratique ou fonctionnelle et imaginaire. Ce jeu qui s'instaure ici entre le monde supposé virtuel d'internet et le monde réel trouve écho dans le web documentaire qui mobilise des repères et des imaginaires semblables. L'internaute est appelé à plonger, traverser, s'immerger dans l'histoire et notamment dans le temps et les lieux. La contextualisation des archives historiques qui est en jeu dans ces fresques de l'Ina, se fait en partie par le biais des cartes et des frises chronologiques. Cet enjeu et cet imaginaire sont essentiels lorsque l'on pense le web-documentaire historique.

Malgré ces similitudes, les fresques multimédia peuvent être comparées au modèle des manuels scolaires. Or les web-documentaires historiques n'aspirent en aucun cas à ressembler à ce modèle. Nous émettons cette hypothèse pour trois raisons principales. Les outils de spatialisation et de temporalité sont extrêmement prégnants dans les fresques multimédia. Cela témoigne d'une démarche didactique afirmée. Puis, la prédominance du texte au coeur des fresques multimédia est telle qu'elle met en péril les autres médias. Les textes de la plupart des vidéos est retranscrit sur la droite de ces vidéos. L'internaute peut dès lors connaître le contenu de la vidéo sans lancer la lecture. Il peut même agir sur cette vidéo (avancer ou reculer) par le biais du texte retranscrit. Enfin, les absences de témoignage et de point de vue d'auteur font de ces fresques de l'Ina des sites internet désincarnés.

Par le biais de cet étude de cas, nous avons donc mis en évidence les principaux points d'achoppement entre les webdocs historiques et ces fresques. Ainsi, au regard des similitudes et des différences avec les fresque de l'Ina, nous ne pouvons pas remettre en question les caractéristiques propres au web-documentaire historique.

Le web-documentaire historique remplit en partie ses promesses de rupture à l'égard des autres formes médiatiques. Néanmoins, la rupture n'est pas que sémantique et formelle. Il s'agit également d'une rupture anthropologique puisqu'elle affecte nos modes de lecture.

1.2- Délinéariser le récit ou la volonté d'impacter le discours traditionnel du documentaire historique

délinéariser le récit. Pour être plus précis, il s'agit surtout de proposer des narrations innovantes. Par conséquent les auteurs souhaitent s'affranchir des contraintes et des codes de la narration documentaire classique.

1.2.1- Une volonté de rupture partagée par tous les professionnels ?

Le temps est venu des « formes narratives simples y compris sur Arte et France 5 ». Ces propos sont ceux de Xavier Carniaux, producteur, dans une interview donné dans le numéro de Télérama du 23 mars 2005. Il parle notamment des documentaires historiques. De tels propos constituent un paradoxe au moment où émergent les web-documentaires qui veulent bousculer et renouveler les formes narratives.

Il s'agit d'une des promesses centrales du web-documentaire. « Le webdoc en permettant de mettre en liaison les différentes sources, démultiplie les manières de raconter l'histoire et de comparer les différentes mémoires. »35 Le journaliste Pierre-Olivier François est un exemple de professionnels qui estiment que le web-documentaire est un moyen d'ouvrir de nouvelles possibilités à la narration. Cette promesse est l'occasion de se distinguer du documentaire télévisé et par la même occasion de rompre avec l'idée répandue selon laquelle le web-documentaire est un contenu télévisé diffusé sur le média internet. La plupart des personnes interrogées lors des entretiens individuels le pensent. Se démarquer du récit documentaire traditionnel est ainsi un moyen de se légitimer. Ce modèle linéaire de la narration est toutefois remis en question depuis longtemps et surtout dans d'autres domaines, notamment le domaine littéraire. Dans son ouvrage, Temps et Récit36, Paul Ricoeur souhaite « élargir la notion de mise en intrigue ». Il prône l'évolution des systèmes de narration dans la littérature. P. Ricoeur estime que l'avènement du roman et la « fin de l'art de raconter » ne signifient pas la fin de la mise en intrigue. Au contraire, il ne faut pas réduire l'intrigue au simple fil de l'histoire. Ricoeur affirme même que l'éclatement du récit signifie de nouvelles formes de clôture des oeuvres. L'auteur peut jouer avec le lecteur tout comme le web-documentaire compose avec l'internaute. Paul Ricoeur nous invite ainsi à « croire que de nouvelles formes narratives, que nous ne savons pas encore nommer, sont déjà en train de naître, qui attesteront que la fonction narrative peut se métamorphoser, mais non pas mourir. »

L'évolution des formes narratives n'est donc pas le signe d'une décadence créative mais bien celui d'un renouvellement. Néanmoins, ce qui nous semble intéressant, dans le cas des webdocs, est le rôle joué par le média internet dans cette évolution. Les différents genres de la télévision (série, fiction, documentaire, reportage, etc) sont venus à internet. Néanmoins les formes et les attentes liées à ce média incitent à modifier certaines logiques de la création dont celles de la narration

« La linéarité se dit d'une série d'éléments qui se suivent dans un ordre tangible ou préétabli. Ce concept s'oppose à celui de tabularité, qui désigne la possibilité pour le

35 Annexe 13

36 RICOEUR, Paul, Temps et Récit, Paris, Seuil, 1983

lecteur d'accéder à des données visuelles dans l'ordre qu'il choisit, [... J dans un ordre

décidé par le sujet. »37

Les propos de C. Vandendorpe nous éclairent quant à la distinction entre linéarité et tabularité. Si la promesse du webdoc est d'être en rupture avec le modèle linéaire de la narration, que peut-il proposer ? Rompre avec le modèle linéaire signifie également rompre avec les notions d'autorité et de contrainte propres au documentaire télévisée classique. Vandendorpe explique que l'écrit nous a permis « d'échapper à la linéarité, car l'oeil peut embrasser la page d'un seul regard, tout comme il peut se poser successivement sur divers points, choisir chaque fois en fonction de critères différents. »38 Il oppose l'écrit à la parole qui est l'incarnation même des notions d'autorité et de linéarité. L'invention du Codex - apparu au Ier siècle avant J-C à Rome - marque une rupture profonde dans notre civilisation. L'introduction de la notion de page « fait entrer le texte dans l'ordre de la tabularité ». Cette évolution est à rapprocher de celle que connait actuellement le documentaire avec l'émergence de nouvelles créations sur internet. Vandendorpe estime qu'à partir de l'invention du Codex, une logique spatiale succède à celle du discours. Le rapport au texte se transforme tout comme celui au documentaire aujourd'hui. L'avènement du Codex oblige aussi la mise en place, dans l'organisation du livre, « de divers repères conçus pour aider le lecteur à s'orienter plus facilement dans la masse textuelle, à en faire une lecture plus commode et plus eficace, indexée sur l'ordre du visuel. »39 Nous pouvons dresser le même constat avec le web-documentaire. Une véritable mosaïque se construit permettant au lecteur de naviguer à sa guise. La tabularité permet la co-présence de divers éléments qui se déploient dans un espace semblable. Cette co-présence est propre au média internet et en particulier au web-documentaire dont une caractéristique est de démultiplier les espaces à l'infini.

Cette volonté n'est pourtant pas partagée par tous les professionnels du web-documentaire. Certains estiment qu'il y a fourvoiement lorsque l'on cherche à trop complexifier le récit. Il faut souligner ainsi l'importance de discours contraires qui avancent que la simplicité et la linéarité sont pour le moment les meilleurs gages de réussite du web-documentaire.

1.2.2- Une rupture exigée par les logiques intrinsèques d'internet

Tel que nous venons de le préciser, cette promesse de délinéariser le récit s'inscrit dans les logiques mêmes du média internet. Nous pensons que trois logiques majeures sont au coeur de notre problématique.

1.2.3.1- Le signe passeur : à l'origine de la déconstruction de la lecture

37 VANDENDORPE, Christian, Du papyrus à l'hypertexte, Essai sur les mutations du texte et de la lecture, Paris, La Découverte, 1999.

38 Ibid

39 Ibid

Nous empruntons le terme "signe passeur" aux universitaires Yves Jeanneret et Jean Devallon qui apparaît dans l'un de leurs articles intitulé La fausse évidence du lien hypertexte40. C'est moins le terme en soi que la démarche intellectuelle des deux auteurs qui fait l'objet de notre intérêt. Cette dénomination permet de penser les réseaux internet en terme d'espaces et également en terme de pratiques. Ces deux notions sont essentielles dans notre travail de recherche puisque la déconstruction des formes narratives classiques du documentaire implique de penser la narration dans une dimension spatiale. La tabularité intègre cette notion de spatialité propre à internet et au signe passeur.

Lorsque l'on parle de rupture de la linéarité, il faut aborder la question de la fracture du texte. Internet fragmente, éparpille les contenus. C'est cette logique qui est à l'oeuvre dans le web-documentaire historique par le biais du signe passeur. Alexandre Saemmer, dans un article publié dans un numéro de Communication & Langage, développe l'idée selon laquelle le signe passeur constitue en lui même « un élément de césure voire de fracture. 41» Cette fracture est d'autant plus signifiante qu'il s'agit d'un documentaire historique, genre au sein duquel se côtoient des contenus de nature variée. La logique tabulaire d'internet nécessite de penser l'organisation de ces différents documents au coeur du web-documentaire historique. Ainsi la promesse éditoriale se construit autour de cette nécessité.

1.2.3.2- La polyphonie énonciative inhérente aux logiques internet est utilisée comme un moyen de multiplier les entrées possibles dans le texte

« Le web-documentaire traverse plusieurs mondes et plusieurs disciplines qui, autrefois, ne se recoupaient pas forcément. »42 Ce sont les propos de Stéphane Druais au moment de passer la parole à l'un des invités d'une rencontre organisée sur le thème du web-documentaire. Le web-documentaire a la particularité de mobiliser des métiers et des savoirs divers autour d'un même projet. Cette polyphonie énonciative se transcrit au sein même du dispositif web-documentaire historique. Emmanuel Souchier parle lui d'énonciation « collective »43 et développe l'idée que chaque corps de métier qui intervient dans l'élaboration, la production et la circulation du texte laisse une « empreinte » sur ce dernier. Ces empreintes sont celles de culture, de pratique et de logiques diverses qui nourrissent le web-documentaire. Une démultiplication des auteurs conduit à une multiplicité d'approches d'un même sujet. C'est en partie la raison qui explique que certains web-documentaires possèdent une variété de possibilité d'accès à un même contenu. Ces différentes possibilités permettent d'élaborer une plus grande variété de parcours de lecture et ainsi s'éloigner de la linéarité de la narration.

40 JEANNERET Yves et DAVALLON Jean, La fausse évidence du lien hypertexte, dans Communication & Langages N°140

41 SAEMMER, Alexandre, Le texte résiste-t-il à l'hypermédia ? dans DESEILLIGNY Oriane et CLEMENT Jean (Dir), Communication et Langage 155 : L'écriture au risque du réseau. Armand Collin, 2008

42 Vidéo de la rencontre organisée par la Scam le 20 janvier 2010 et animée par Stéphane Druais, visionnée le 17 mai 2012 [Disponible en ligne : http://www.dailymotion.com/video/xc0dia_doc-on-web_creation]

43 SOUCHIER, Emmanuel, Formes et pouvoir de l'énonciation éditoriale, dans SOUCHIER Emmanuel (dir.) Communication & Langage N°154, L'énonciation éditoriale en question, Armand CollIn, 2007

Ce constat est corroboré par les professionnels des web-documentaires. Dans un article, Samuel Gantien et Laura Bolka soulignent que le webdoc est un format hybride qui « met en relation différents corps professionnels qui nourrissent un rapport particulier à l'image. Chaque champs professionnel appréhende le webdoc en fonction de sa culture de l'image, d'une pratique intériorisée de l'image.44 » Cela va dès lors « conditionner les codes narratifs et esthétiques » du web-documentaire. La polyphonie énonciative propre au média internet impacte ainsi également la forme narrative du web-documentaire.

1.2.3.3- La question de l'intermédialité : le web-documentaire historique en est il une conséquence ou un précurseur ?

La déconstruction des formes narratives traditionnelles est impliquée par une troisième caractéristique du web : celle de l'intermédialité. Afirmer que le web-documentaire constitue un média à part entière serait certainement une erreur d'observation puisqu'il s'agit essentiellement d'un programme. Néanmoins, à l'image du média internet, le web-documentaire est un programme englobant plusieurs médias de manière simultanée. Du fait de sa richesse, l'internaute peut imaginer que des web-documentaires historiques tels que Les combattants de l'ombre, Berlin 1989 ou encore 17.10.61 sont des médias à part entière qui diffusent différents contenus sur tel ou tel sujet précis. C'est en cela que trouve son sens l'utilisation du concept de Jürgen E. Müller. Dans un article publié dans la revue Médiamorphoses, l'auteur définit son concept d'intermédialité :

« À cette époque, la notion d'intermédialité se fondait sur le « fait qu'un média recèle en soi des structures et des possibilités d'un ou de plusieurs autres médias et qu'il intègre à son propre contexte des questions, des concepts et des principes qui se sont développés au cours de l'histoire sociale et technologique des médias et de l'art figuratif occidental45 ». La recherche en intermédialité devait donc tenir compte des « relations médiatiques variables et des fonctions (historiques) de ces relations46 ». Les principaux domaines envisagés étaient :

a) les processus intermédiatiques dans certaines productions médiatiques ;

b) les interactions entre différents dispositifs ;

c) une réécriture intermédiatique de l'histoire des médias».47

Si nous prenons le temps de citer cet extrait de l'ouvrage de Jürgen E. Müller, c'est car cet auteur pense les médias en tant que processus. Tout dispositif médiatique s'inscrit dans une multiplicité de contextes qui impriment leur trace dans ce dispositif. Le web-documentaire est en quelque sorte un modèle d'intermédialité. Objet du média internet, il incorpore toutes les dimensions de l'intermédialité. Le web-documentaire valide en quelque sorte la théorie de McLuhan selon laquelle le contenu d'un nouveau média est constitué des anciens médias. D'autant plus que, dans certains

44 GANTIER, Samuel et BOLKA, Laura, L'expérience immersive du webdocumentaire : études de cas et pistes de réflexion, dans Les Cahiers du journalisme n°22/23, Automne 2011

45 Jürgen E. Müller, L'intermédialité, une nouvelle approche interdisciplinaire ; perspectives théoriques et pratiques à l'exemple de la vision de la télévision, in Cinéma 10, n°2-3, printemps 2000, p. 105-134

46 Ibid

47 Jürgen E. Müller, Vers l'intermédialité Histoires, positions et options d'un axe de pertinence, dans Médiamorphoses n°99

48 COTTE, Dominique et DESPRES-LONNET, Marie, Les nouvelles formes éditoriales en ligne, in SOUCHIER, Emmanuel (dir), Communication et langage n°154, L'énonciation éditoriale en question, Paris, Armand Collin, 2007

cas, cette intermédialité est matérialisée au sein même du dispositif. Elle est matérialisée par des symboles, des habitudes ou usages médiatiques (anticipés par les auteurs) et des pratiques que mobilisent le dispositif du webdoc historique. Cette intermédialité s'incarne certes dans la variété des contenus mais également dans les repères mobilisés sur le média internet mais inspirés des médias précédents. Dominique Cotte et Marie Desprès-Lonnet parlent de « marque éditoriale »48 Les web-documentaires historiques utilisent ces marques éditoriales notamment celles de nombreux supports papiers tels que le journal ou le manuel scolaire.

Cette intermédialité portée par le média internet et le web-documentaire historique permet de s'affranchir de la logique de flux propre à la radio ou à la télévision. Ainsi la lecture des web-documentaires peut être pensée et construite selon des logiques qui s'éloignent ou qui rompent avec la linéarité.

1.2.3- Comment est matérialisée cette déconstruction de la narration? La question du rapport entre le texte et l'image.

Le web-documentaire historique redéfinit-il le rapport entre les deux piliers de la narration, à savoir le texte et l'image ? Il s'agit là d'une question sensible. Toute narration se construit à travers ce rapport. Toute narration se matérialise à travers ce rapport. Ainsi nous interrogeons l'impact de la volonté de déconstruire la narration sur ce rapport texte-image. Cette question est essentielle également dans le cadre d'une réflexion sur la transmission du savoir que nous aborderons dans une ultime partie.

1.2.3.1- Le pouvoir et le rôle de l'image et du texte dans notre civilisation

Depuis l'avènement du christianisme, l'écriture revêt un caractère sacré dans notre culture occidental. L'écriture se situe, en effet, aux confluents du divin et de la vérité. Malgré les influences égyptiennes - les hiéroglyphes étaient considérés comme sacrés - sur notre civilisation, ni les Grecs (Platon voyait dans le livre un danger pour la tradition orale qui est une extension de la mémoire de l'homme) ni les Romains n'ont magnifié l'écrit. Le changement radical est donc apparu avec le christianisme. Si on poursuit ce lien avec le champ religieux, nous pouvons en déduire l'importance de l'image dans sa dimension didactique. Les frises des Panathénées qui ornent le Parthénon et les représentations iconiques dans les édifices religieux catholiques sont autant d'exemples qui témoignent du pouvoir et de la force expressive de l'image.

Ce socle religieux est peut être le fondement de ce rapport de force qui existe entre l'image et le texte écrit. Dans l'imaginaire collectif, l'image est l'outil par excellence de la manipulation, de la

séduction - au sens où Gilles Lipovestsky l'emploie dans son ouvrage L'ère du vide. Cet imaginaire est d'autant plus prégnant et fort aujourd'hui puisque le visuel est au coeur de notre société. Christan Vandendorpe parle même de « montée du visuel »49puisqu'il est nécessaire de retenir l'attention « incertaine et hautement volubile » de l'individu. Il faut le séduire avant de l'embarquer. Au contraire, le texte écrit, du fait de sa relation privilégiée au sacré, jouit d'une toute autre représentation. Le texte est notamment associé à la connaissance et au savoir alors que l'image se rapproche davantage de l'émotion, des sens humains. Il a une valeur de contextualisation de par son caractère univoque. Au cours de l'entretien mené auprès de Pierre-Olivier François, le journaliste afirme que « le texte reste essentiel car il apporte infiniment plus de contextualisation, de mise en perspective, d'information. Des choses qu'on peut pas raconter avec l'image ».

Par ailleurs, il semble essentiel de préciser que la promesse du webdoc historique de faire revivre ou redécouvrir l'évènement impacte ce rapport entre l'image et le texte. Dans cette optique, l'image contribue à ancrer l'individu dans un certain imaginaire. Le texte n'a pas cette fonction d'ancrage symbolique que l'image permet.

Ainsi, sous fond religieux et social, se construit un rapport particulier entre l'image et le texte. Ils incarnent chacun un rôle particulier dans l'ensemble des domaines de notre société et en particulier dans la narration. La déconstruction de la narration de type linéaire engage t-elle un rapport de force inédit entre ces deux piliers de la communication humaine ?

1.2.3.2- Peut on parler de nouveau rapport de force entre texte et image au sein du web-documentaire historique ?

Tel que nous venons de le constater, les rapports entre texte et image ont toujours alimenté les débats et notamment en littérature. Chacun sait que Flaubert dans ses Correspondances se plaignait de l'envahissement des illustrations. Il entretenait ainsi un rapport conflictuel à l'image à l'inverse d'autres auteurs comme Michel Butor et Charles Baudelaire qui ont contribué à tisser le lien entre le texte et l'image.

Néanmoins, il ne faut pas oublier que chaque élément sert tout à tour l'autre et notamment dans le processus de contextualisation que nécessite la compréhension. L'hypermédia facilite cette rétroaction car il modifie le vieil ordre de la lisibilité. Dans le webdoc, le texte n'est plus central. La pulsion scopique prend le pas sur notre réflexe qui consiste à lire les textes que nous croisons du regard. Il s'agit d'une rupture forte par rapport au documentaire classique où le texte constitue le fil conducteur de la narration. Dans le documentaire historique télévisé, le téléspectateur est soumis à un flux perpétuel de commentaires et d'explications. Le web-documentaire historique propose des pauses voire des ruptures de ce flux. Pourtant, ce n'est pas la quantité de texte qui est en jeu dans ce cas. Nous pouvons même souligner le paradoxe exposé par Pierre-Olivier François qui a collaboré

49 VANDENDORPE, Christian, Du papyrus à l'hypertexte Op. Cit.

au webdoc Adieu Camarade. Cette oeuvre a aussi fait l'objet d'un documentaire télévisé.

« Dans Adieu Camarade : la quantité de texte est plus importante dans le webdoc (400 pages de script) que le doc classique. C'est malgré tout l'image qui est la plus prégnante. Arte a pas mal insisté sur la contextualisation du texte. On est pas obligé de lire le texte pour comprendre alors que c'est différent pour un doc classique où le texte (celui du narrateur) est vraiment important pour saisir le sens ».

On saisit ainsi la différence fondamentale entre le webdoc et le documentaire historique télévisé lorsque l'on s'intéresse à ce rapport texte-image.

Cette modification du rapport de force s'explique en partie par la volonté de préserver voire susciter les émotions à travers le web-documentaire historique. Dans son ouvrage Du papyrus à l'hypertexte, Vandendorpe souligne que bien que l'écrit ait permis d'échapper aux contraintes de l'écoute, il y a une perte des dimensions intimes : « Si toute voix est signature, le texte au contraire peut se faire parfaitement neutre et dépouillé de toute référence à la personne qui l'a porté et conçu »50. L'image et notamment les témoignages vidéos et les photographies re-incarnent le documentaire historique. Ils redonnent une voix au web-documentaire historique. Ainsi le texte perd cette fonction et incarne "seulement" un rôle de contextualisation. Nous pouvons même avancer l'idée selon laquelle seul le texte permet ce silence et consistut cette pause dans le flux d'image. Il serait un relai des différentes images qui composent le webdoc.

1.2.3.3- En quoi ces modifications impactent la construction d'un récepteur type ?

Cette juxtaposition d'éléments visuels et textuels modifie ainsi l'économie du texte et incite l'internaute à développer une pensée associative. Le web-documentaire historique prend alors le pari de faire cohabiter plusieurs activités cognitives simultanément. Alexandre Saemmer parle de « mise en concurrence 51» du fait de cette mobilisation de diverses activités cognitives. Du fait même de la modification du rapport entre le textuel et le visuel, c'est une pensée nouvelle du récepteur qui est en jeu. Ainsi se construit une sorte de réciprocité car d'une part la déconstruction de la linéarité - voulue pour l'internaute - s'incarne à travers ce rapport inédit texte-image et d'autre part ce nouveau rapport développe une nouvelle représentation de l'internaute.

Cette nouvelle représentation découle du fait que l'internaute est confronté à un rapport différent au texte. Dans le web-documentaire, le lecteur doit s'adapter en permanence car la fonction du texte est mouvante. Roland Barthes, dans un article intitulé Rhétorique de l'image52, dresse une liste des différentes fonctions du texte. Il différencie notamment la fonction d'ancrage et celle de relais qui selon lui est beaucoup plus rare. Au coeur des web-documentaires historiques, ces différentes fonctions se côtoient en permanence. Le texte peut avoir valeur d'identification ou d'interprétation afin d'empêcher les « sens connotés de proliférer53 ». Le texte a également une fonction

50 VANDENDORPE, Christian, Du papyrus à l'hypertexte, op. cit

51 SAEMMER, Alexandre, Le texte résiste-t-il à l'hypermédia ? dans DESEILLIGNY Oriane et CLEMENT Jean (Dir), Communication et Langage 155 : L'écriture au risque du réseau. Armand Collin, 2008

52 BARTHES, Rolland, Rhétorique de l'image, in Communications, A, 1964, pp. 40-51 [Disponible en ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/comm_0588-8018_1964_num_4_1_1027]

53 Ibid

d'élucidation, essentielle dans le web-documentaire pour que l'internaute progresse dans le dispositif. Ce sont ces différentes fonctions du texte qui construisent une figure particulière du lecteur du web-documentaire historique. Il y a une remise en question perpétuelle de ce rapport entre le texte, l'image et le lecteur. Cette remise en question fait de l'internaute un lecteur à la fois attentif et actif qui est en mesure de procéder à des choix et donc à suivre un parcours plutôt qu'un autre. Nous tenons à préciser que ces remarques valent uniquement par rapport à certains web-documentaires historiques et en particulier ceux qui s'apparentent à un webdoc "idéal".

En plaçant la déconstruction de la narration au coeur des enjeux du web-documentaire historique, les créateurs proposent un contrat de lecture qui redéfinit le récepteur. Cette déconstruction du récit doit être cependant compensée par l'action et la pensée du récepteur. En cela réside la promesse d'interactivité que l'on retrouve dans de nombreux discours. Néanmoins quelles sont les formes et les conséquences de cette interactivité promise ?

1.3- L'expérience interactive du webdoc ou la promesse de penser l'usage

Nous abordons à présent la promesse d'interactivité revendiquée dans certains discours de professionnels. Cette promesse est parfois même inscrite en toutes lettres au sein des dispositifs médiatiques. Une telle promesse traduit la volonté de véritablement repenser l'usager et l'usage d'un média. Cette volonté s'inscrit dans un contexte social et médiatique qui favorise une telle démarche. A dessein de réaliser cette promesse, le webdoc historique confère davantage de libertés au lecteur que ce que propose un documentaire télévisé. C'est à travers la théorie de l'oeuvre ouverte d'Umberto Eco que nous analyserons ce nouveau rapport à la liberté qui permet de penser l'interactivité et par conséquent un usage inédit des médias.

1.3.1- Le web documentaire et la théorie de l'oeuvre ouverte d'Umberto Eco

Dans son oeuvre L'oeuvre ouverte, Umberto Eco développe l'idée que des oeuvres, littéraires ou musicales, tissent un rapport au récepteur inédit. Une plus grande liberté jaillit de ce rapport. Une liberté par rapport à l'information et une liberté par rapport au dispositif. Nous pensons que c'est dans cette optique que s'inscrivent les rapports entre l'internaute et le web documentaire. Le webdoc historique est le signe d'une ouverture qui entre en rupture avec le format documentaire télévisé qui s'aligne davantage sur un modèle de lecture close. Avec le web documentaire, les limites spatiales et temporelles sont repoussées et cela génère ainsi un rapport inédit entre l'individu et le dispositif technique.

1.3.1.1- Un champ des possibilités ouvert

Avec la théorie d'Umberto Eco, c'est la multiplicité qui prime. Il place la liberté au coeur de la démarche créative. Toutefois, il s'agit de la liberté du lecteur. Selon l'auteur italien l'oeuvre doit être un « champ de possibilités, une invitation à choisir »54 Cette invitation à choisir doit être pensé dès le processus créatif. Ce sont des oeuvres qui « demandent à être repensées et revécues ». Dès lors, nous rapprochons le web-documentaire historique de cet idéal d'une oeuvre ouverte. Dans l'article Regards croisés sur le 17 octobre 1961, Nicolas Bole affirmait que « la forme même du récit web permet à une même historie de se laisser regarder par le bout de différentes lorgnettes. »55 Dans ce cas précis, N. Bole parle de deux récits webdoc qui traitent d'un même sujet. Néanmoins cette métaphore des lorgnettes peut s'appliquer au même web-documentaire historique. C'est le fond de la pensée d'Umberto Eco qui affirme qu'une oeuvre « est valable justement dans la mesure où elle peut être envisagée selon des perspectives multiples, où elle manifeste une grande variété d'aspects et de résonances sans jamais cesser d'être elle-même »56.C'est à travers cette théorie littéraire que l'on décèle le principe même de la création de web-documentaire. La réception est pensée et intégrée à la création. Dès lors le lecteur a à sa disposition un éventail de possibilités qui sont toutefois pensées donc contrôlées ou déterminées par l'auteur. Cette démarche implique une stratégie de création particulière puisque l'auteur doit chercher le mouvement afin d'« inciter le spectateur à se déplacer continuellement pour voir l'oeuvre sous des aspects toujours nouveaux, comme un objet en perpétuelle transformation ».

1.3.1.2- Le web-documentaire et l'improbabilité

Suivant le fil de sa pensée, Umberto Eco livre une réflexion sur le concept d'information selon Norbet Wiener qui estime que « l'information est la mesure d'un ordre ». Cette notion d'ordre et celle d'organisation sont essentielles dans le cadre de notre travail de recherche sur le web-documentaire. Comment organiser cette liberté ? Comment la rendre tangible au sein d'une oeuvre et d'un webdoc historique. C'est à ce moment qu'intervient le concept d'improbabilité.

« Cette théorie considère précisément les messages comme des systèmes organisés, régis par des lois fixes de probabilité, mais dans lesquels peut s'introduire, sous forme de perturbation venant de l'extérieur ou d'atténuation du texte même, un pourcentage de désordre, donc d'usure de la communication et d'augmentation de l'entropie »57.

Penser l'internaute comme une perturbation nécessaire de l'ordre initial du web-documentaire est extrêmement intéressant. Cela l'est d'autant plus que l'auteur tisse un lien entre l'information et cet

54 ECO, Umberto, L'oeuvre ouverte, Paris, Points du Seuil, 1965

55 BOLE, Nicolas, Regards croisés sur le 17 octobre 1961, publié le 1er décembre 2010 dans Le blog documentaire [Disponible en ligne : http://cinemadocumentaire.wordpress.com/2011/12/01/webdoc-focus-1-regards-croises-sur-le-17-octobre-1961/]

56 ECO, Umberto, L'oeuvre ouverte, op cit.

57 Ibid

élément perturbateur. En tant que source ou confirmation d'une non-probabilité pensée et réalisée, l'internaute crée de l'information et ainsi participe de la création de l'oeuvre et de son sens. C'est en activant le potentiel de désordre que le lecteur génère une information. Umberto Eco paraphrase Wiener pour expliquer que toute information doit proposer quelque chose de substantiellement différent de ce que l'on connaît déjà. Or c'est peut être dans la manière de dire et de faire qu'une information supplémentaire, donc utile, naît. L'auteur italien utilise un auteur de l'antiquité à titre d'exemple. Selon lui, dans le poème de Pétrarque, « seule l'originalité de l'organisation, son caractère inattendu, para rapport au système de probabilités établi, la désorganisation qu'elle entraîne dans ce système, déterminent un taux maximum d'information »58. Eco pense ainsi, sans le mentionner, le principe même de l'interactivité revendiqué par les professionnels du web-documentaire.

1.3.2- La fin de l'opposition lecteur passif - lecteur actif ?

L'ouverture des possibles prôné par Umberto Eco traduit cette volonté de rompre avec la figure traditionnelle du lecteur : celle de l'individu passif. Cette réalité du champ littéraire est valable également dans les médias. A titre d'exemple, certains observateurs tels que Cécilia Di Quinzo59 font du genre "roman dont vous êtes le héros" l'ancêtre du web-documentaire. Cette dernière cite même l'oeuvre de Julio Cortazar.

1.3.2.1- La dualité actif-passif dans les médias

Si nous devions établir une passerelle avec la philosophie sur cette question de la passivité, nous pourrions paraphraser Simone de Beauvoir qui dans le premier tome de son ouvrage Le Deuxième sexe, critique le terme employé par Aristote qui définit la femme comme un réceptacle. Cette opposition actif-passif est l'une des nombreuses dualités qui structurent la pensée et les comportements de notre civilisation. S'affranchir de certaines de ces oppositions se révèle être une tâche compliquée.

C'est pourtant ce à quoi aspirent les auteurs de web-documentaire. Dans un entretien diffusée à la radio canadienne, David Dufresnes, co-auteur du webdoc Prison Valley, s'exprimait en ces termes : « on va entrer avec l'internaute ». Cette remarque fait en quelque sorte écho à la théorie de l'oeuvre ouverte et propose une vision nouvelle du consommateur de documentaire. Vandendorpe estime que ce rapport dialogale entre le lecteur et l'auteur - qui existe depuis le XVII ème siècle avec Diderot notamment - est une composante de l'interactivité mais qu'elle ne sufit pas. Il faut en outre que le dialogue soit « intégré à un ensemble textuel ou médiatique susceptible de modifications

58 Ibid

59 DI QUINZIO, Cécilia, Marelle, l'ancêtre du webdocumentaire, publié le 11 janvier 2012 sur le site www.journalismes-info [Disponible en ligne : http://www.journalismes.info/Marelle-l-ancetre-du-webdocumentaire_a3699.html]

significatives en fonction des réponses du lecteur. »60 Toutefois, Vandendorpe précise que cette notion de dialogue est bouleversée par l'émergence des nouveaux médias tels qu'internet. Selon lui, l'interactivité ne passe plus obligatoirement par le dialogue. Un mouvement de « déverbalisation » s'effectue et rendu possible par une modification radicale du point de vue de la narration. Le lecteur est moins un voyeur, un témoin ou un participant au dialogue que le véritable acteur principal qui met en mouvement le dispositif. Cette interactivité propre à internet et aux web-documentaires génèrerait selon lui un « pseudo-texte » :

« Nous ne sommes plus en présence d'un texte au sens traditionnel du terme. Pourtant il serait dificile d'afirmer qu'il n'y a pas de lecture, car l'usager interprète activement des signes, décode des configurations, fait des choix en fonction des indices et produit du sens en mettant en relation des données avec un contexte d'accueil »61.

Le web-documentaire historique établit ainsi une nouvelle logique dialogale entre le lecteur et l'auteur qui rompt avec la dualité actif-passif que l'on peut retrouver, à un autre niveau, dans le monde scolaire. Nous établissons un tel rapport puisque dans ce cas s'inscrit aussi dans une démarche de transmission des savoirs. Néanmoins cette rupture s'effectue surtout par rapport au genre documentaire télévisé. En effet, la dualité passif-actif est pensée depuis la recherche sociologique sur les "mass media". A partir de ces travaux de recherche une autre figure du sujet récepteur voit le jour. Il s'agit de celle d'un individu sans intention faisant partie d'une masse indifférenciée qui ne fait que subir les médias et leurs contenus. Le web-documentaire s'oppose à cette conception du fait même de sa volonté d'individualiser la réception. Cette individualisation passe notamment par l'interactivité et la démultiplication des parcours de lecture.

1.3.2.2- Penser l'interactivité c'est aussi penser l'usage : la figure de l'interacteur.

A travers cette nouvelle relation dialogale se construit une figure différente du lecteur. Au delà de la rupture avec la représentation d'un lecteur passif, il y a une véritable métamorphose de la figure du récepteur. Ce changement radical est porté par le média internet qui prône et permet l'interactivité. Dans l'article Les médias informatisés comme organisation des pratiques de savoir, les auteurs montrent que la nature même du média internet implique de l'interactivité puisque le média se fonde sur les liens passeurs : « l'écriture des sites et des logiciels sollicite le clic comme le lieu d'une recherche et d'une surprise, garante de l'interactivité des sites »62

L'émergence des web-documentaires marque un tournant dans les relations entre le spectateur et les auteur. La nécessité d'anticiper les pratiques n'a jamais été aussi forte avec le web-documentaire. Cette capacité d'anticipation des usages est essentielle voire indispensable. A ce titre, les auteurs de l'ouvrage collectif Lire, écrire, récrire empruntent à Harris le concept de « contexte programmatique »63. Pour qu'un site ait du sens, il faut qu'il soit compris et interprété par

60 VANDENDORPE, Christian, Du papyrus à l'hypertexte, op cit.

61 Ibid

62 JEANNERET, Yves, DAVALLON, Jean et TARDY, Cécile, Les médias informatisés comme organisation des pratiques de savoir, publication de l'université d'Avignon, 2007 [Disponible en ligne : http://www.isko-france.asso.fr/pdf/isko2007/Actes%20ISKO%20FR%202007%20p%20169-184.pdf]

63 LE MAREC, Joëlle, JEANNERET, Yves et SOUCHIER, Emmanuel, Lire, écrire, récrire Objets, signes et pratiques

l'utilisateur. Les auteurs de ces sites et en l'occurrence des webdocs historiques doivent penser cette interprétation afin de la rendre actualisable et possible. De cette anticipation des usages découle une figure particulière de l'internaute.

Catherine Guéneau propose le terme d' « interacteur »64. Elle estime que l'émergence des médias informatisés a conduit à un bouleversement des frontières et a généré une posture nouvelle « liée à une forme de communication (ou de réception) interactive »65 Cathérine Guéneau estime que cette figure est construite à rebours de la notion de passivité qui est stigmatisée. Elle craint que l'interactivité apparaisse seulement comme un « remède ». Elle utilise même la métaphore de la détention pour désigner ces nouvelles pratiques interactives : « De manière évidente, le spectateur vient d'être condamné à une manipulation sélective obligatoire qui le ferait basculer vers une nouvelle sphère : celle de l'interacteur. »66 Cette condamnation soulève des interrogations quant à la réalité du processus d'interactivité. Plaçant la liberté au coeur de sa démarche, l'interactivité n'est elle qu'illusoire si l'internaute est « condamné » ?

1.3.2.3- Le webdoc historique s'inscrit-il dans une réelle démarche interactive ?

Dans son article, Catherine Guéneau pose la question de l'existence d'un interacteur réel notamment dans les films interactifs. L'internaute aurait seulement l'illusion d'une interactivité. Cette simulation d'interactivité repose sur une conception particulière de ce concept : elle repose sur le mouvement, l'activité physique de l'internaute. C'est cette pensée du clic qui nourrit l'imaginaire de l'interactivité. « Comment peut on afirmer que le seul fait de cliquer sur une partie de l'image puisse rendre la participation effective ? » s'interroge C. Guéneau après visionnage d'un film interactif.

Nombreux sont les professionnels du web-documentaire qui se méfient de cette notion d'interactivité. Au cours d'un entretien vidéo publié sur le site webdocu.fr, Fredéric Kreder - producteur à Advocate-Interactive - affirme que le « spectateur reste spectateur pendant la majorité du contenu ». L'intervention de l'internaute est requise lorsqu'il faut changer le contenu. A ce moment, « il va falloir l'amener de façon assez subtile mais en même temps assez visible. On ne peut pas l'obliger mais on doit l'inciter. » Lors des entretiens d'observation menés auprès de personnes visionnant le webdoc historique La nuit oubliée, nous avons constaté que les différents individus adoptent deux postures différentes : l'une relâchée - les mains n'ont plus aucun contact avec l'ordinateur - lorsqu'ils regardent le contenu vidéo et l'autre plus active physiquement - les mains posés sur le clavier ou la souris et le corps avancé - lorsqu'il s'agit de changer de contenu.

Ces discours et ces observations sont surprenantes du fait que le terme "interactivité" soit partagé par l'ensemble des diffuseurs et producteurs de web-documentaires historiques. Si la notion de webdoc est discutée, celle d'interactivité semble faire consensus. Dès lors, nous pouvons interroger la nature de cette interactivité promise.

des médias informatisés, Paris, Bibliothèque publique d'information, 2003

64 GUENEAU, Catherine, Du spectateur à l'interacteur?, dans Communication & Langage n°145, Armand Collin; septembre 2005 [Disponible en ligne : http://www.mediascreationrecherche.com/spectateur.pdf]

65 Ibid

66 Ibid

1.2.3- Quelle est la nature de cette interactivité ? 1.2.3.1- L'interactivité du geste : la pensée du clic

Nous avons mentionné cette interactivité du geste fondée sur la pensée du clic. Le web-documentaire est envisagé comme un espace au coeur duquel l'internaute peut se mouvoir à sa guise. Ce déplacement s'effectue par le biais de l'action qui consiste à cliquer des éléments. Dès lors il y a une véritable mise en scène des possibilités d'interaction. Cette mise en scène se matérialise selon différents procédés. Nous pouvons en distinguer cinq principaux : les couleurs, le changement d'état d'un signe lorsque le curseur passe sur ce signe, les flèches, le mouvement des images et ce que

nous avons nommé "l'appel au clic"Dans le webdoc Adieu Camarades, l'appel au clic est explicite67.Par le biais de cet appel au clic

s'instaure un dialogue entre l'internaute et l'auteur. L'auteur se manifeste et incite l'individu à entrer de le web-documentaire. Au coeur du web-documentaire, d'autres éléments prennent le relais. Dans le cas de Adieu Camarades, un système de couleurs attire l'attention de l'internaute sur la frise chronologique68. Ce type de dispositif repose sur la curiosité de l'internaute ainsi que sur sa culture du web. Tout élément n'est pas nécessairement cliquable. Ce sont certains codes qui dirigent le regard de l'internaute. Le web-documentaire historique a la particularité de générer des codes qui lui sont propres. En effet, la frise chronologique et la carte sont deux supports récurrents des web-documentaires historiques. Ces supports sont généralement cliquables et permettent d'accéder à d'autres contenus ou pages. Le web-documentaire 17.10.61 offre un exemple d'une carte interactive69 qui permet d'accéder aux différents récits en fonction des lieux cliqués. Tout comme la frise chronologique, la carte devient un élément naturellement cliquable. Aux dimensions didactique et esthétique se surimpose une dimension technique. Le web-documentaire naturalise cette dimension. Il en va de même pour les flèches. Ces dernières sont un élément essentiel du balisage du web-documentaire. Elles sont dotés d'une triple fonction : établir un contact voire un dialogue avec l'internaute, générer une sensation de profondeur ou d'étendu du webdoc et dynamiser la lecture. Nous pouvons parler d'un dialogue ou d'un contact avec l'internaute car chaque flèche70 représente une promesse, faite au lecteur, de découvrir d'autres éléments et d'autres contenus. C'est seulement l'action de l'internaute qui va activer cette promesse. Cela nous amène à faire un lien avec la notion d'entéléchie pensée par Aristote. La distinction entre puissance et acte permet d'illustrer le processus en cours dans un webdoc. Tout est possibilité, potentialité, puissance. Seul l'internaute active. Bien que ce processus soit identique pour la littérature, le web-documentaire matérialise et permet de visualiser ce passage entre puissance et acte. Enfin, les images sont l'ultime élément sur lequel repose la pensée du clic. Dans le cas du webdoc Berlin 1989, souvenirs d'un monde d'hier, la mise en scène particulière se construit sur un mouvement perpétuel71 des contenus vidéos. Ce

67 Annexe 4

68 Annexe 5

69 Annexe 8

70 Annexe 7

71 Annexe 6

mouvement se réalise sur un axe perpendiculaire à l'écran. Ces mouvements continuels d'apparition-disparition font que l'internaute a l'impression que les images se dirigent vers lui. Ce sont donc autant d'appels au clic, à l'action. D'autant plus que lorsque l'individu glisse le curseur sur ces images, le flux interrompt. Ainsi chaque lecteur a un certain pouvoir sur ce mouvement et par conséquent sur le dispositif.

Les cinq dispositifs cités ci-dessus sont les éléments les plus récurrents qui permettent de comprendre cette pensée du clic. Ils engagent l'internaute dans une démarche interactive fondée sur l'action puisque chaque geste de l'internaute aura une conséquence sur le dispositif et sur le parcours de lecture. Toutefois, l'interactivité n'existe que si l'internaute a conscience que son action peut engendrer une modification. La dificulté réside ainsi dans le fait d'expliciter de manière subtile la démarche. D'autres formes d'interactivité sont à l'oeuvre dans le web-documentaire historique.

1.2.3.3- L'interactivité intellectuelle

Le web-documentaire historique est une succession de contenus et de silence. Dans un article72 consacré au web-documentaire, Thomas Constant livre l'idée selon laquelle la figure du journaliste est vidée de sa substance pour que l'internaute comble. L'internaute doit ainsi pallier à un manque du fait de la délinéarisation du récit. Il a à sa disposition certains outils que nous venons de citer. Dans le cas du web-documentaire historique, une autre dimension de l'interactivité est à l'oeuvre : l'intellect. Ce type de production mécanique nécessite une pensée associative. Devant la quantité et la diversité des contenus proposés, l'internaute n'a d'autres choix que de développer une pensée associative. Certains web-documentaires inscrivent ce mode de pensée au sein même du dispositif. Le webdoc Les combattants de l'ombre met en évidence cette pensée en proposant une carte73 des contenus. Ce dispositif est une sorte de carte mentale de la pensée associative. Chaque contenu est classé selon les thématiques ou selon les pays et les contenus ayant été visionnés sont signalés. L'association des documents est ainsi matérialisée.

Nous estimons que la pensée associative fait partie de la démarche interactive car sans elle le web-documentaire historique ne peut être visionné. La dimension technique (la pensée du clic) ne peut à elle seule sufire à mobiliser l'internaute. En cela réside une autre différence vis à vis du documentaire historique télévisé où le récit linéaire ne stimule pas de pensée associative ou du moins la stimule dans une moindre mesure.

A travers l'analyse de discours, nous avons décelé trois promesses majeures sur lesquelles reposent la création et la production de web-documentaires historiques. Ainsi, ce triple constat nous a amené à penser notre objet d'étude, à savoir le web-documentaire historique, par le prisme de ces promesses. Notre hypothèse avançait que les web-documentaires et en particulier ceux qui ont trait

72 CONSTANT, Thomas, Web-documentaire, jouer au petit journaliste, [Disponible en ligne : http://webdocu.fr/web-documentaire/2012/01/16/webdocumentaire-jouer-au-petit-journaliste/]

73 Annexe 9

à l'histoire proposent un contrat de lecture inédit. Malgré les nuances que nous avons souligné, nous pouvons affirmé que le web-documentaire repense en partie l'usage du documentaire et du média en général. D'une part, il y a une véritable volonté de proposer une nouvelle approche du documentaire historique par le biais de la déconstruction des formes narratives et de l'interactivité. Ensuite, nous soulignons l'intention de repenser les structures narratives du documentaire. Enfin, et cela est liée aux deux précédent constats, le web-documentaire est un dispositif médiatique qui implique des pratiques médiatiques inédites.

Nous émettons l'idée qu'il s'agit essentiellement de promesses et d'imaginaires qui découlent de la création de web-documentaires. Ces promesses s'incarnent dans des dispositifs concrets tels que les web-documentaires qui composent le corpus. Toutefois, nous préciserons que la réalisation de ces promesses n'est pas complète. Ce constat découle de l'observation, dont nous avons fait état, des divers web-documentaires historiques. Une telle réalité s'explique en partie que ce genre médiatique est en phase d'expérimentation. Nous ajouterons que bien que ces promesses ne soient pas entièrement réalisées, il n'en reste pas moins que les pratiques médiatiques subissent des modifications profondes. La réalité et la nature de ces bouleversement des pratiques médiatiques induites par le web-documentaire vont être l'enjeu de la deuxième partie de ce travail de recherche.

Partie 2- Le webdoc historique bouleverse t-il nos pratiques médiatiques ?

« Vivre le Web est en tant que tel une expérience hypermoderne qui oblige à un remaniement considérable de tous nos repères »74.

L'introduction a été l'occasion de préciser que notre travail de recherche nous conduirait à analyser l'impacte du webdoc historique sur notre société. Cette dimension sociale essentielle mène notre réflexion sur le terrain des pratiques et comportements médiatiques induits par le web-documentaire historique. Nous avons longuement déterminé en quoi ce genre médiatique est novateur dans le paysage audiovisuel. Désormais, il nous importe de comprendre les implications sociales de cette expérience hypermoderne. Afin de ne pas se fourvoyer en proposant un discours éthéré sur les pratiques médiatiques, nous avons décidé de mener dix entretiens observatoires.

2.1- La place de l'internaute au sein du dispositif

Cette première partie vise à saisir la manière dont l'internaute aborde le dispositif médiatique particulier qu'est le web-documentaire historique. Nous souhaitons mettre en évidence son rôle, ses pratiques et ses stratégies élaborées face au web-documentaire historique. Notre réflexion et observation seront fondées sur des textes théoriques mais aussi sur les résultats des enquêtes d'observation menées sur deux webdocs, à savoir La nuit oubliée et 17.10.61.

2.1.1- La manipulation des web documentaires : l'internaute doit prendre place

Tout dispositif médiatique donne lieu à une manipulation de quelque sorte qu'il soit. Le web-documentaire historique n'échappe point à cette règle. Au contraire, il en fait l'essence même de sa démarche. Nous avons expliqué, plus en amont, l'importance de l'action de l'internaute sans laquelle le webdoc ne peut s'animer. La manipulation est indispensable d'autant plus qu'elle est continuellement nécessaire. Cette situation confère à l'individu une place fondamental au coeur du dispositif. D'autant plus que cette place est fortement valorisée du fait de la liberté qui lui est accordée. C. Vandendorpe montre que l'invention de l'écriture libère l'individu de la triple contrainte imposée par la situation d'écoute :

- l'auditeur n'a pas la possibilité de déterminer le moment de la communication

74 L'outre-lecture, manipuler, (s')approprier, interpréter le Web, Paris, Bibliothèque publique d'information/Centre Pompidou, 2003, p.16

- il ne maîtrise pas le débit et se retrouve ainsi prisonnier du rythme choisi par le contenu

- il n'a pas la possibilité de retourner en arrière : le fil est irrémédiablement linéaire.

Cette observation qu'il propose dans la première partie de son ouvrage75 peut être utilisée dans le cas du web-documentaire historique par rapport au documentaire télévisée. Paradoxalement, le webdoc historique délivre l'internaute de certaines contraintes mais l'oblige à le manipuler, à agir sur le dispositif.

Les résultats des différentes enquêtes d'observation étayent ce constat. Le web-documentaire est d'abord un objet que l'on manipule et qu'il faut apprendre à manipuler. Certains individus préfèrent avoir une vision globale du dispositif avant de pénétrer dans le webdoc. C'est la cas de Laura qui, à tâtons, vérifie les zones cliquables du webdoc 17.10.61. D'autres internautes font l'apprentissage du web-documentaire en passant par différents échecs dans le parcours de lecture. Ils n'ont pas essayé de saisir la logique du dispositif avant de se lancer dans la lecture. Nous pouvons citer, à titre d'exemple, le parcours de lecture d'Anne-Marie qui s'est perdue dans la plateforme Dailymotion. Par ailleurs, les commentaires publiés à propos des webdocs historiques révèlent également la prégnance de la dimension technique du web-documentaire. Alain G. a publié sur le site du monde le commentaire suivant à propos du webdoc Berlin 1989, souvenirs d'un monde d'hier :

« Merci d'avoir mis ces moyens techniques en oeuvre sur ce sujet qui me passionne. De plus, j'ai l'impression d'avoir accédé à l'information telle qu'elle sera dans le futur. Je ne sais pas si vous l'avez déjà proposé sur d'autres sujets, mais moi je découvre et je dis bravo! »

De tels commentaires mettent en exergue l'importance de cette dimension technique du web-documentaire. Dans un article publié dans la revue Hermès, Dominique Cotte insiste à plusieurs reprises sur cette dimension des sites internet. Selon lui, le média informatisé est doté d'une « double nature »76 . Il est « à la fois support communicationnel (symbolique) et artefact technique ». Il y a une véritable volonté, dans son approche, de rendre à ces dispositifs médiatiques leur « épaisseur technique ». Dominique Cotte rappelle également que « tout dispositif de communication contemporain s'articule sur (au moins) deux niveaux : une partie visible, offerte sur des dispositifs de lecture fortement technicisés (les écrans) et une partie invisible formée de dispositifs de programmation, d'organisation et de transfert. »77 Il avance ces postulats afin de déterminer des lignes directrices qui permettent d'envisager ces objets médiatiques selon la triple dimension sémiotique, technologique et anthropologique. C'est dans cette démarche que s'inscrit notre travail. Le web-documentaire historique rend tangible cette dimension technique essentielle à la manipulation du dispositif.

Dans le premier chapitre de l'ouvrage collectif L'outre lecture, les auteurs parlent même de la « dimension "technologique" de la cognition »78. Ils développent l'hypothèse selon laquelle la manipulation est inséparable de la production de sens. « On pourrait même dire qu'il [le site

75 VANDENDORPE, Christian, Du papyrus à l'hypertexte, op cit.

76 COTTE, Dominique, Ecrits des réseaux, écrits en strates Sens, technique, logique, dans la revue Hermès n°39, 2004

77 Ibid

78 L'outre lecture, Manipuler, (s')approprier, interpréter le web, op cit.

internet] ne délivre d'information qu'à condition d'être manipulé »79. Les espaces d'action et de compréhension ne font donc qu'un au sein d'un web-documentaire historique. La manipulation génère de l'information ou mène vers elle : « le travail sur le sens s'appuie sur la manipulation de signes écrits et d'objets graphiques qui n'indiquent pas seulement mais qui contribuent aux métamorphoses matérielles de l'écran »80. La production et l'enregistrement de sens ne peuvent donc être pensés sans cette manipulation dont la nécessité n'est donc plus à démontrer.

Toutefois les individus n'incarnent pas perpétuellement le même rôle au sein de ce dispositif. La manipulation est une posture qu'il adopte alternativement. En effet, les différentes enquêtes d'observation nous indiquent que plusieurs postures existent au cours du même visionnage. Samuel Gantier pense que l'individu est « en tension permanente entre deux postures spectatorielles qu'il occupe alternativement »81 L'une permet au lecteur de s'identifier aux enjeux du récit. L'internaute est alors « immergé dans la diégèse » et baigne dans le flux du contenu. L'autre consiste en une posture externe où l'internaute est « invité à cliquer sur l'interface afin de choisir les différents chemins narratifs »82. L'observation de Célia illustre cette alternance de posture. D'autant plus que cette dernière s'incarne dans des positions du corps spécifiques : le corps détaché de l'outil informatique ou les mains posés sur l'outil et le corps avancé. La manipulation n'est donc pas la seule posture de l'internaute au sein du dispositif. Sa place est donc double : à la fois acteur et spectateur.

2.1.2- L'appropriation du web documentaire par les internautes

Au delà de la manipulation du dispositif, le lecteur, pour prendre réellement sa place, doit s'approprier le webdoc historique. C'est donc cette démarche d'appropriation qui est l'objet de notre réflexion. Cette appropriation est commandée par la logique du choix. L'internaute est toujours soumis à un choix qui conditionne sa lecture et ainsi son appropriation du document. La dimension temporelle est fondamentale pour penser la démarche d'appropriation. Les liens passeur qui structurent le webdoc historique mènent l'internaute vers le monde de l'urgence. Se développe chez les personnes interrogées une certaine crainte de ne pas tout voir, de ne pas tout comprendre. Au sein du web-documentaire se côtoient le temps court et le temps long. Le premier se réfère aux différents liens passeur qui incitent à changer de page ou de contenu et qui inscrivent ainsi l'internaute dans une logique de zapping. Il s'agit d'ailleurs d'un temps marqué par la discontinuité. Le second est matérialisée par les différents signes du paratexte. La plupart des vidéos des webdocs sont accompagnées d'une frise horizontale qui indique la durée de la vidéo et le temps qui passe. Ce temps continu est souvent long puisque ce sont des témoignages ou des images d'archive qui ne sont pas coupées au montage. L'appropriation du webdoc historique est gênée par cette dimension temporelle.

Toutefois elle est possible et dépend du dispositif. S'approprier le web-documentaire historique,

79 Ibid

80 Ibid

81 GANTIER, Samuel, BOLKA, Laura, L'expérience immersive du webdocumentaire, op cit.

82 Ibid

c'est également accepter sa propre liberté d'action et la délinéarisation du texte. Il existe une véritable tension, une sorte d'équilibre fragile entre l'internaute et le dispositif. A titre d'exemple, chaque web-documentaire propose différents choix de format de lecture (plein écran ou dans la page). Certains proposent même d'éviter la vidéo d'introduction. Chaque choix consiste ainsi en une appropriation du webdoc. Dans l'ouvrage L'outre lecture, les auteurs traitent la question de la délinéarisation :

« Il s'agit d'une acceptation de la délinéarisation des références, de la perte de prescription des énoncés, de la fin des autorités de toutes sortes et donc de celles qui produisent le texte, remplacées, pense-t-on par l'autopublication, l'hypertextualité et l'autoréférence individualisée. »83

L'internaute s'autonomise, construit son propre parcours. Ainsi l'appropriation est plus efficace. Toute appropriation passe par l'agir de l'internaute. Cet agir est indispensable84. Néanmoins toute appropriation requiert une capacité d'adaptation. Cela est d'autant plus essentiel que l'ensemble des personnes observées ne savaient pas ce que signifier le web-documentaire et ce à quoi cela consistait. Il s'agissait pour ces individus d'une forme médiatique inédite. D'un point de vue général, le webdoc nécessite cette capacité d'adaptation du fait de la diversité de ses formes et de ses narrations. Lorsque nous avons interrogé les individus observés sur l'idée qu'ils se font du webdoc, cela nous a permis de déterminer quelques horizons d'attente. Or le média internet déconstruit systématiquement ces horizons d'attente. Seule Anne-Marie a proposé une définition intuitive qui se rapproche de ce qu'est le web-documentaire :

« Ça permet d'aller sur plusieurs documents différents. On peut en voir davantage et les choisir. Il y a peut être plus d'informations et on peut s'orienter vers autre chose, aller plus loin dans la recherche. 85»

Les autres individus interrogés ont imaginé le web-documentaire historique comme une retranscription d'un documentaire télévisé sur internet. Certains pensent même que le web-documentaire est une forme de catch-up tv. C'est le cas par exemple d'Alice :

« C'est un documentaire que tu peux trouver sur internet. Ils sont publiés à la télévision et qui sont retransmis sur internet. Il y en a beaucoup plus qu'à la télé. Tu peux avoir accès à ce que tu veux : tu peux regarder n'importe quoi n'importe quand. Tu peux regarder le temps que tu veux. »86

Lorsque les individus sont confrontés aux web-documentaires, l'appropriation est donc biaisée par cette représentation du web-documentaire. La plupart des personnes interrogées ont conscience de cela puisqu'ils sont capables de mentionner des différences profondes par rapport au documentaire télévisé. Les commentaires positifs ou négatifs témoignent d'une véritable prise de position par rapport au genre. Les remarques des individus sont également l'indice qui nous informe que leur lecture s'est déroulée selon des codes propres à celui du documentaire télévisé. Emilie met en avant le problème d'une « lecture trop saccadée »87 alors qu'Hélène insiste sur l'aspect « ludique »88 du

83 L'outre lecture, op cit.

84 Annexe 28

85 Annexe 19

86 Annexe 17

87 Annexe 22

88 Annexe 18

web-documentaire. Le processus d'appropriation se réalise à travers le modèle du documentaire télévisé puisque ce sont les codes et les repères de ce dernier qui sont mobilisés au cours de le lecture des webdocs. Nous tenons à préciser que les individus n'utilisent pas seulement les codes du documentaire télévisé. L'usage des repères du média internet est essentiel également. Jean-Louis Weissberg résume bien, dans son article Figures de la lectature en quoi consiste l'appropriation :

« L'activité d'appropriation du document majore donc la dimension interventionniste [de l'internaute] puisqu'il faut à la fois l'interpréter, le mettre en scène et créer les conditions favorables de son auto-animation. Celui-ci sera alors perçu et reçu selon le niveau de compétences du destinataire qui en percevra plus ou moins la richesse selon les programmes qu'il pourra mobiliser. »89

2.1.3- Enonciation éditoriale dans le web doc : quel rôle est amené à jouer l'internaute ?

Lorsque l'internaute s'est approprié véritablement le web-documentaire, une relation à trois s'instaure ou s'est déjà instauré. C'est alors que l'internaute s'inscrit dans une situation énonciatrice complexe. Cette complexité nait de cet effacement de la figure du journaliste et de celle de l'historien dans de nombreux web-documentaires historiques. L'internaute est plongé au coeur d'une triple relation composée de l'entité énonciatrice (le ou les auteurs du web-documentaire qui se manifeste(nt) de différentes manières), le contenu (photographies, cartes, témoignages, textes, rapports, bandes audio etc) et l'internaute unique. Nous précisons le terme "unique" car il est rare, contrairement à la télévision) que plusieurs individus visionnent le même webdoc sur le même écran. Le web-documentaire implique une lecture très individualisée. Dès lors, quelle relation s'établit entre ces trois entités ? Comment l'histoire se raconte et se donne à raconter?

Tout d'abord, nous tenons à souligner que deux figures essentielles du documentaire historique tendent à disparaître avec le web-documentaire historique. D'une part la figure du journaliste s'est métamorphosée en une sorte de dispositif intelligent qui parle à travers des symboles, des injonctions, des liens. La figure du guide apparaît au détriment de celle du journaliste. D'autre part, celle de l'historien tend à disparaître. Quelques webdocs tels que celui sur François Duprat ou 17.10.61 mettent encore en scène la figure de l'historien. Toutefois il se font rares. La figure du témoin a pris largement le dessus sur cette figure qui incarne l'autorité du spécialiste. La situation d'énonciation (si on prend pour repère le documentaire télévisé) en est profondément modifiée. C'est notamment le rôle du récepteur qui est est modifié. Il est désormais celui qui choisi la situation d'énonciation. Dominique Maingueneau, pour éclaircir la distinction pensée par Benveniste90, différencie « embrayage » et « désembrayage ». « On appelle embrayage l'ensemble des opérations par lesquelles un énoncé s'ancre dans sa situation d'énonciation, et embrayeurs les éléments qui

89 WEISSBERG, Jean-Louis, Figures de la lectature, le document média comme acteur dans SOUCHIER E. et JEANNERET Y. (dir), Communication & langage n°140 Fonction éditoriale et internet, Paris, Armand Collin, 2001

90 Distinction entre systèmes d'énonciation distincts mais complémentaires : celui du discours et celui de l'histoire.

91 MEUNIER, Jean-Pierre et PERAYA, Daniel, Introduction aux théories de la communication, Boeck Supérieur, 2004

dans l'énoncé marquent cet embrayage »91. Parmi ces embrayeurs figurent notamment les déictiques temporels et spatiaux. Dans le webdocs historique, ces déictiques sont autant de possibilités accordées à l'internaute de choisir une situation d'énonciation particulière. C'est en cela qu'il existe une mutation profonde de la situation d'énonciation. Les éléments de celle-ci, avec le webdoc, participent de l'élaboration d'autres situations d'énonciation.

L'autre modification réside dans les différentes formes de discours qui cohabitent dans le web-documentaire historique. Les témoignages, les rapports (archive), les vidéos d'archive (actualité de l'époque), les injonctions, les témoignages de spécialistes etc constituent autant de types de discours qui engagent une situation d'énonciation différente. Au cours d'un documentaire historique, ces types de discours s'inscrivent dans une logique conduite par un énonciateur matérialisée souvent par une voix off. Le principe de délinéarisation propre au web-documentaire mène à un éparpillement de ces formes de discours. Ainsi la position de l'internaute est modifiée en permanence. Afin d'illustrer cette idée par un exemple, nous utiliserons la distinction, énoncée par Oswald Ducrot, entre allocutaire et auditeur. Le premier désigne celui à qui est destiné un énoncé alors que le second désigne simplement la ou les personnes ayant pu entendre le discours. Néanmoins, dans ce dernier cas, le locuteur peut ou ne peut pas savoir que l'auditeur peut entendre.

Le web-documentaire complexifie encore cette distinction . Certaines archives (tels que les rapports) sont des documents dont les auteurs n'ont pas eu l'intention qu'il y ait d'auditeurs alors que les témoignages vidéo sont des contenus qui impliquent la présence d'auditeurs. Le cas du webdoc Adieu Camarades est à ce titre très intéressant. Les cartes postales (qui n'impliquent pas d'auditeurs) sont pensées dans une situation énonciative nouvelle puisque ce sont les témoins qui les lisent et les commentent. L'imbrication des discours est extrêmement riche et contraint l'internaute à repenser continuellement sa position dans le schéma énonciatif.

Enfin, l'internaute est soumis à une autre nécessité d'adaptation. Le web-documentaire est un dispositif médiatique qui vise à plonger l'internaute dans un monde, un univers particulier. De ce point de vue là, il aspire aux mêmes effets qu'un jeu vidéo. Cette volonté d'immerger l'internaute au sein d'une ou plusieurs histoires est toutefois entravée par certains éléments qui rompent la relation

Schéma de la rupture diégétique

entre l'internaute et la diégèse.

Il sufit d'une adresse au spectateur (première relation) pour que la position de celui-ci soit modifiée. De spectateur, il passe énonciateur en relation avec une instance d'énonciation qui s'adresse directement à lui. Dès lors il y a rupture de la diégèse. Tant qu'il n'y a pas d'adresse au spectateur, ce dernier reste immergé au sein du monde de la diégèse. Il s'agit d'un fragile équilibre que le web-documentaire historique ne peut réellement dominer. D'autant plus que l'action même de l'internaute risque de le faire sortir de la diégèse. Il faut alors intégrer cette action au monde du web-documentaire même. C'est sur le modèle des jeux vidéos qu'il est nécessaire de s'aligner. Le webdoc Voyage au bout du charbon a appliqué cette démarche qu'aucune production historique n'a encore suivi.

Le webdoc historique est donc riche d'une grande diversité de situations d'énonciation. Dès lors, nous pouvons interroger les stratégies de lecture des internautes.

2.1.4- Quelles sont les stratégies de lecture des internautes ?

Peut on définir un lecteur de web-documentaire historique en fonction de sa stratégie de lecture ? Il n'est pas aisé de répondre à cette interrogation. Nous avons toutefois constaté, au cours des différents entretiens, que les stratégies de lecture correspondaient à certaines figures de l'internaute. Parfois le terme "stratégie" est peu significatif tant certaines personnes ne semblent pas dominer véritablement leur parcours.

Nous avons mené les entretiens en proposant aux individus soit le webdoc La nuit oubliée soit les deux créations dédiées au même sujet La nuit oubliée et 17.10.61. Nous tenons à préciser que nous avons travaillé sur ces productions car chaque interface implique des stratégies particulières. Selon les auteurs de l'Outre lecture, « ces stratégies sont capitales parce qu'elles leur permettent de synthétiser rétrospectivement l'espace qu'ils construisent et à titre prospectif, de se doter de véritables règles d'action, auxquelles ils tiennent d'ailleurs beaucoup »92.

Notre analyse des différents entretiens et observations nous ont conduit à dresser trois stratégies types. Le modèle furtif constitue un des modèles les plus répandues (si l'on se fie aux statistiques selon lesquelles le temps moyen de lecture d'un webdoc est de 10 minutes). Il s'agit d'une stratégie de la prospection. Parmi les personnes observées, Emilie, Hélène, Célia et Laura adoptent cette stratégie. Elles recherchent quelque chose qui pourrait justifier de prolonger leur lecture. Au bout d'un certain temps et d'un certain degré d'observation, elles abandonnent la lecture. Cette stratégie se fonde sur l'aspect émotionnel ou esthétique de la lecture. Le parcours est moins conditionné par le désir de connaître que par la volonté de découvrir un document, une vidéo qui plait. En terme de navigation, cette stratégie se traduit par une faible lecture de vidéos. Au contraire, les individus prennent acte du paratexte pour s'informer du sujet, de la durée des vidéos etc pour choisir de poursuivre ou d'arrêter la lecture. Quelques différences sont toutefois à signaler. Alors que Célia ne

92 L'outre lecture, op.cit.

s'attarde guère sur les différents contenus, Emilie tente davantage de trouver un intérêt à sa lecture. Cela s'incarne notamment à travers des retours en arrière.

Le deuxième modèle peut être qualifié d'extensif. Cela consiste à prolonger la lecture dans une démarche de découverte ou dévoilement de l'ensemble des documents et vidéos. Anne-Marie et Vincent s'inscrivent dans cette démarche. Il y a une volonté de tout lire, de tout comprendre. La stratégie de lecture d'Anne-Marie incarne ce modèle poussé à son paroxysme. Un tel modèle se construit notamment sur les codes du documentaire classique et en particulier celui de la linéarité. La stratégie adoptée est également impliquée par la structure du web-documentaire. Les individus observés font confiance à cette structure. Ils ne tentent pas de la dominer contrairement au modèle précédent. Le deuxième modèle implique un pacte entre le dispositif et l'internaute qui se laisse en quelque sorte porté. Néanmoins, la volonté de l'internaute permet de sortir parfois de cette relation. A titre d'exemple, les vidéos d'archive ont été avancé voire interrompues lorsque Vincent estimait qu'elles étaient trop longues.

Un troisième modèle se distingue : le modèle sélectif. Il consiste en une lecture spécialisée des contenus à caractère scientifique. Les internautes qui adoptent cette stratégie, tels que Nicolas et Alice, n'imaginent pas une lecture d'un documentaire historique sans contextualisation. Il existe un réel besoin d'être en prise avec l'Histoire avant d'entendre les témoignages. Ces individus ont besoin d'une garantie scientifique et d'une contextualisation pour éprouver un intérêt pour le web-documentaire. Un rapport particulier au savoir explique une telle stratégie. Nous pouvons parler même d'un désir de savoir dogmatique. Du point de vue de la navigation, cette stratégie se traduit

par une prise d'information très précoce. « La vidéo d'introduction est importante car au moins on voit que y a un truc qui nous intéresse donc ça nous incite à chercher ensuite » confie Alice. Ces internautes ont donc soit conscience soit l'intuition de l'existence d'un contenu purement historique. Le contenu par excellence, dans l'imaginaire collectif, étant l'archive. La mise en chapitre du documentaire permet à ces individus d'accéder rapidement à ce type de contenu. Il y a ainsi un processus de sélection. Toutefois, contrairement au premier modèle, cette sélection s'opère selon des critères antérieurs à la lecture.

Ces trois stratégies illustrent ainsi les différentes positions adoptées par les personnes observées. Elles reflètent également - parfois - des figures de la réception médiatique du savoir.

Jean-Jacques Boutaud et Eliseo Veron mettent d'ailleurs en évidence cinq figures de la réception médiatique. Il s'agit de cinq figures93 construites par rapport à des programmes de vulgarisation. Ces figures sont remises en question avec l'apparition le web-documentaire historique. Les internautes ne se retrouvent plus dans une situation conflictuelle entre les indices d'une vulgarisation du savoir

93 Le bénéficiaire (le « non-savoir sans complexe), le bénéficiaire perturbé (celui qui a besoin d'une garantie scientifique), l'exclu (fondé sur le principe de la prophétie autoréalisante d'isolement culturel), le spectateur en retrait (il a conscience de la distinction nette entre travail de vulgarisation et le savoir scientifique) et le bénéficiaire en retrait (acceptation d'une position inférieure dans le lien pédagogique de la vulgarisation)

et le dogme scientifique. En effet, ce sont les stratégies de lecture qui définissent la forme du savoir consommé. Un internaute peut parfaitement prendre note de l'ensemble de la bibliographie puis lire les ouvrages et mener un travail de recherche à partir des différentes archives qui lui ont été soumises tout comme il peut ignorer tous les contenus. Les stratégies mises au jour grâce aux entretiens d'observation démontrent une rupture par rapport aux stratégies énoncées par Boutaud et Veron. L'internaute peut donc, de par sa stratégie de lecture, se positionner tel qu'il l'entend. L'une de ces figures est celle de l'historien.

2.2- La traçabilité de la lecture et de l'écriture : comment le web documentaire se donne à voir au lecteur dans l'optique de définir ce dernier

L'idée de cette sous-partie est de montrer en quoi le web documentaire, de par son dispositif technique, implique une posture particulière, qu'elle que soit la stratégie de l'internaute : celle de l'historien. L'internaute fait l'expérience d'un parcours d'enquête et est toujours amené à se poser des questions. La fragmentation des contenus incite l'internaute à avancer pour comprendre et tisser du lien entre les documents qu'il vient de visionner.

2.2.1- L'importance des balises et repères : l'internaute est sur un sentier balisé plus ou moins directif.

Tel que nous l'avons constaté dans la première partie, il existe, pour chaque webdoc historique, tout un système sémiotique qui impacte le parcours de lecture dans un sens dicté par les instances énonciatives. Le web-documentaire historique est en quelque sorte construit sur les bases d'une « négociation entre repères rassurants et éléments déstabilisants pour l'usager »94 Il s'agit d'établir un équilibre entre la volonté d'inciter l'internaute à prendre des initiatives et celle de ne pas le perdre. Dans cette optique, l'ergonomie et l'indépendance technique du site sont des conditions cruciales. Il faut éviter tout échec de navigation tout en favorisant les phénomènes de présomption d'utopie (ce sont les phénomènes d'interprétation liés à l'anticipation95). Parmi nos enquêtes d'observation, un cas vient illustrer la dificulté de trouver cet équilibre. En visionnant la première video du webdoc La nuit oubliée, Anne Marie96 s'est retrouvée sur la plateforme Dailymotion qui héberge les vidéos de cette création. Elle est donc complètement sorti du web-documentaire. En effet, elle aurait continué à visionner les différents témoignages qui se succédaient par le biais d'un procédé technique pour supposer d'autres vidéos sur le même thème. Cette échec de navigation (puisqu'elle ne naviguait plus sur le documentaire) est le résultat d'un repère visuel qui est survenu

94 GANTIER, Samuel, BOLKA, Laura, L'expérience immersive du webdocumentaire, op cit.

95 L'outre lecture, op cit.

96 Annexe 19

au terme de la première vidéo et qui permettait de lancer un autre témoignage mais depuis une autre plateforme vidéo, celle de Dailymotion.

Il s'agit en l'occurrence du témoignage de Catherine Levy. La personne observée aurait donc consulté les vidéos sur autre site du fait d'une dificulté technique. Les repères peuvent donc représenter un danger pour le parcours de lecture de l'internaute.

Malgré ce danger, les repères sont essentielles. Ils constituent la matérialisation, l'indice de la liberté de l'internaute. Le web-documentaire historique se donne à voir pour contextualiser le parcours de l'internaute. Les outils graphiques synthétiques tels que les cartes ou les frises sont essentiels dans cette démarche de contextualisation.

« Par certains côtés, ces outils graphiques synthétiques ne servent pas seulement le traitement logique de l'information mais aussi, plus généralement, tout ce qui concerne le repérage dans la géographie du document numérique et la navigation de document à document. C'est notamment le cas lorsqu'ils sont associés aux propriétés de l'interactivité car ils peuvent servir alors de ce que l'on pourrait appeler des signes-pivot : leur activation permet d'avoir accès à différents niveaux de hiérarchie tout en conservant leurs propriétés synthétiques. Ils permettent donc "d'explorer en profondeur" des structures d'information mais fournissent en même temps de puissants repères de navigation en contextualisant le parcours »97

Les repères assurent donc une double fonction qui permet à l'internaute de prévoir en partie sa lecture. Nous pourrions même ajouter une troisième fonction : celle de filtre. Le webdoc historique revendique (ou du moins une majorité d'entre eux) l'exhaustivité. Plongé dans une masse d'informations, l'internaute doit pouvoir se repérer afin d'élaborer une stratégie de lecture. Nous constatons une sorte de réciprocité car plus le contenu va être structuré plus l'impression d'exhaustivité va être grande. C'est le cas pour les web-documentaires tels que Adieu Camarades ou Les combattants de l'ombre. Sur-sémiotiser la structure et le quadrillage permet de valoriser le contenu et rendre visible l'exhaustivité. La poétique du caché qui consiste en un subtil jeu entre dévoilement-caché participe de cette démarche. Plus le dispositif cache (ou feint de cacher) du contenu à l'internaute, davantage il prendre conscience des repères. On lui donne à toucher du doigt ce qu'Emmanuel Souchier nomme « l'infraordinaire98 » du webdoc historique. Les repères ont donc également une fonction phatique puisqu'ils sont autant d'appels à la manipulation.

97 L'outre lecture, op cit. p. 38

98

2.2.2- La mise en transparence, en visibilité des moyens de production du savoir

La traçabilité de l'écriture a une double signification : le procès de création du web-documentaire (il s'agit d'une écriture dans le réseau) et la démarche de lecture (le texte est réécrit par l'internaute). Le web-documentaire historique est doté d'une dimension réflexive très enrichissante dans le cadre de notre analyse. Il se donne à voir à la fois en tant qu'objet médiatique mais également en tant que procès de création. Chaque étape de sa création semble être signifié voire même sur-sémiotisé au sein même du dispositif. Alexandra Saemmer propose une réflexion sur cette question qui fait l'objet d'un article99 publié dans la revue Communication & Langages. Selon elle, le texte numérique montre comment il a été tissé. Il existe même un renoncement à l'illusion que le texte s'énonce et se raconte tout seul. Désormais, le lecteur peut accéder à des sources de l'auteur, à des suggestions de lecture. Le texte est comme surveillé. Il entre dans un processus d'auto-légitimation qui est propre également au web-documentaire. En effet, si la figure de l'historien tend à s'effacer, les bibliographies100 sont désormais des éléments clés du web-documentaire historique. Ils sont cette trace de l'écriture du point de la vu de la création. Les créateurs des web-documentaires donnent à voir les coulisses. Olivier Aïm parle d'« écriture de la transparence »101. « L'écriture de la transparence est une écriture du "tel quel" » selon Olivier Aïm. Dans le web-documentaire historique les différents éléments (archives, photographies, vidéos etc) se donnent à voir tels quels. Il s'agit de document souvent à l'état brut. Le web-documentaire Indépendance Chacha propose des rapports, des vidéos d'actualité de l'époque et des photographies des journaux à l'état brut. Les internautes peuvent d'ailleurs télécharger les documents. On donne à voir les coulisses de la création.

« La transparence se met volontiers en scène dans des gestes réduits à une pure logistique : l'information est à cliquer, les rapports sont à télécharger, les données sont exhibées dans une

écriture de l'ostension »102.

Cette écriture de l'ostension est exactement ce qui caractérise l'écriture du web documentaire. Les documents sont mis à disposition de l'internaute qui peut reconstruire, réécrire le document. C'est le cas par exemple d'Alice qui a téléchargé plusieurs documents pour les lire plus tard. « je préfère aller aux faits concrets et archives et les témoignages sont au second plan »103 La majorité des personnes observées ont besoin des archives, d'informations historiques car ils ont besoin de construire le contexte dans leur processus de compréhension. Cette construction est possible car les auteurs mettent en scène ces possibilités d'assembler, de tisser des liens entre les documents. O. Aïm souligne que d'un « point de vue éditorial, la transparence s'exhibe dans une mise à disposition équivalente des contenus et des acteurs sur le même plan, celui de la "ressource" [... J La

99 SAEMMER, Alexandra, Le texte résiste t-il à l'hypermédia ? Dans DESEILLIGNY, Oriane et CLEMENT, Jean (dir) Communication et Langages n°155, L'écriture au risque du réseau, Armand Colin, 2008

100 Annexe 12

101 AÏM, Olivier, La transparence rendue visible, Médiations informatiques de l'écriture, dans PÈNE, Sophie (dir) Internet optique du monde Communication & Langages n°147, Armand Collin, 2006

102 Ibid

103 Annexe 17

médiation des savoirs se lit souvent comme une mise en scène de l'acte même de transmettre un contenu vulgarisé »104 Les instances d'énonciation elles mêmes sont mises en visibilité. Cela incite l'internaute à construire le sens puisqu'il peut envisager et voire ses actes selon un processus plus global.

2.2.3- la traçabilité du parcours de l'internaute et de son action sur la page web

Cette traçabilité de l'écriture de l'internaute se double d'une traçabilité de la lecture. Des éléments graphiques permettent à l'internaute de se repérer dans son processus de lecture. Le webdoc Les combattants de l'ombre proposent de nombreux dispositifs tels que la possibilité donnée à l'internaute de reprendre la lecture là où il s'est arrêté avant de quitter le webdoc au cours d'une précédente lecture105. Dans le webdoc Berlin 1989, souvenirs d'un monde d'hier, un repère sur la frise permet au lecteur de se situer dans le temps106 . L'essentiel est de suggérer une idée de progression à l'internaute. Les traces de sa lecture doivent être visibles pour lui permettre de se représenter sa lecture et donc de s'approprier le webdoc. Cette notion de progression est décisive pour penser l'internaute comme un historien. En effet, la traçabilité de la lecture s'inscrit dans cette optique. C. Vandendorpe montre que la fixation de la pensée est liée à l'écriture : « l'écriture permet d'enregistrer les traces d'une configuration mentale et de les organiser à volonté. Grâce à elle, une pensée peut être afinée et travaillée inlassablement, connaître les modifications contrôlées et des expansions illimitées »107. Avec les possibilités de contrôler le texte, les documents, le webdoc historique permet à l'internaute de tracer le cheminement de sa pensée. Cette pensée se construit à tâtons, par petits sauts de liens en liens, de documents en documents. Cela implique donc des pratiques médiatiques différentes.

2.3- L'internaute est pensé et valorisé comme un explorateur : responsabilité cognitive.

L'internaute est pensé comme un historien, certes, mais également comme un explorateur. C'est à travers cette figure que se construisent de nouvelles pratiques médiatiques induites par le webdoc historique. L'internaute traverse le texte, le temps et l'Histoire.

2.3.1- Le web-documentaire historique et l'écrit en strates

104 AÏM, Olivier, La transparence rendue visible, op cit.

105 Annexe 10

106 Annexe 11

107 VANDENDORPE, Christian, Du papyrus à l'hypertexte, op cit.

« Il s'agit de montrer ce que l'écrit a perdu en épaisseur tangible, en dimension volumique présente dans l'objet imprimé, il l'a recréé par ailleurs dans une organisation logique qui se présente comme une superposition de couches »108 . Tels sont les termes de Dominique Cotte qui explique comment les médias informatisés ont comblé un manque d'épaisseur matériel soit une perte de tridimensionnalité par rapport au papier. C'est cette épaisseur, cette structure en strates que les internautes sont amenés à traverser lorsqu'ils visionnent un webdoc historique. La profondeur de l'intertextualité implique ainsi un imaginaire de l'exploration revendiqué par les webdocs historiques. Ils développent l'idée que les internautes doivent s'immerger pour replonger dans l'histoire et les souvenirs des témoins. Il y a également la mise en exergue de la notion de découverte ou de redécouverte qui pose l'internaute en explorateur. C'est le cas du webdoc Indépendance Chacha et son injonction "Redécouvrez"pour lancer le documentaire. L'internaute est donc celui qui va dévoiler un monde occulté, oublié. Le terme "Entrer" qui précède de nombreux lancements de vidéo d'introduction est également significatif de l'idée que chaque web-documentaire est un lieu que l'individu pénètre.

Ce sont également les éléments graphiques qui contribuent à cette figure de l'explorateur. Les cartes ne peuvent pas être dissociées de l'imaginaire de l'exploration. Dans la création Adieu camarades, la carte de l'Europe sur laquelle se surimposent des cartes postales sur-sémiotise cet imaginaire du voyage.

Carte interactive de l'Europe extraite du webdoc Adieu Camarades

L'internaute est également un chasseur d'images. Il doit trouver des indices, aller à la rencontre de témoins. Cette figure du détective est à rapprocher de celle de l'explorateur.

2.3.2- L'imaginaire du voyage : explorateur technique et explorateur du sens

Cet imaginaire du voyage est fortement lié à la création de sens. Dans l'ouvrage L'outre lecture, les

108 COTTE, Dominique, Ecrits de réseaux, écrits en strates op cit.

auteurs parlent de « géographie de l'activité »109. Cette notion repose sur différents principes dont celui du renouvellement de l'espace numérique. Il faut tenir compte que l'espace de l'écran n'est pas celui du document. « Il se peut que le document dépasse la surface de l'écran »110. D'où l'importance d'explorer ces espaces sans limites. Car c'est de cette exploration que nait le sens du web-documentaire. L'internaute doit se déplacer, naviguer entre les documents pour leur donner un sens. Au cours de ce déplacement, « se succèdent les opérations dans une chaîne d'activités qui nous montre que les sujets construisent d'abord "l'information" comme un espace moteur et perceptif ».Ce chaînage repose sur trois règles essentielles que l'on retrouve dans le web-documentaire historique :

- « il s'agit d'un dispositif moteur dynamique où chaque action transforme le champ des possibles suivants »

- le chaînage est structuré selon un « centre de gravité » qui assure une certaine cohésion technique

- l'existence de stratégies-type d'action et de déplacement.

Par le biais de ce chaînage, l'internaute se fait explorateur de sens. Cette quête du sens est possible grâce au repérage dont nous avons traité précédemment. L'internaute ou plutôt l'explorateur doit avoir à sa disposition une série de repères spatiaux temporels qui lui permettent d'évoluer dans l'espace. Nous avons d'ailleurs émis l'hypothèse que le web-documentaire pouvait être pensé selon la théorie de Jean Davallon qui s'interroge si le musée est vraiment un média. Nous pouvons retourner cette interrogation pour émettre la question : le web-documentaire historique n'est il pas d'exposition de l'Histoire ? C'est le parcours de l'internaute entre les différents contenus qui crée du sens. Chaque internaute peut se rendre, rester ou quitter tel ou tel espace.

2.3.3- Une exploration vers l'inconnu ?

Lorsque nous avons pensé l'internaute comme un explorateur, une interrogation a immédiatement jailli. L'internaute est il conscient de ce qu'il recherche ? Nous avons soumis une dizaine d'individus à un entretien d'observation. Cers derniers n'auraient probablement pas eu l'occasion de visionner ce(s) webdoc(s) mais ils se sont prêtés au jeu. Dès lors qu'ils sont entrés dans le web-documentaire, ils ont essayé de comprendre, de saisir la logique et de s'orienter. Mais vers quel but ? Nous avons choisi deux web-documentaires historiques dont le sujet, tabou, risquait d'être méconnu. Les connaissances des individus observés sur ce sujet étaient soit vagues soit inexistantes. Un documentaire est pour Murielle « Quelque chose qui m'apprend quelque chose sur quelque chose. »111 Puis elle afirme qu'elle n'est pas grande consommatrice mais qu'elle regarde si jamais elle « tombe dessus ». Avec le web-documentaire historique, les internautes ne peuvent plus être

109 L'outre lecture, op cit. p.44

110 Ibid

111 Annexe 21

dans cette position. Il s'agit d'une pratique qui n'a plus de sens avec ce nouveau genre médiatique. La posture exploratoire est nécessaire. Et ici que pointe la dificulté majeure. Dans un documentaire, le spectateur n'a pas besoin de chercher quelque chose. Le web-documentaire propose à l'internaute de trouver quelque chose sans pourtant savoir ce qu'il cherche. Est il alors dans l'inconnu ? Du point de vue technique, le dispositif lui offre des repères, des explications, etc. Mais du point de vue cognitif, rien n'est acquis, rien n'est simple pour l'internaute. C'est pour cela que les personnes interrogées se sentent parfois perdues et ont besoin de trouver des éléments de contextualisation historique. Alice a très rapidement passé les témoignages pour aller chercher ce contenu de nature historique. Peu d'individus naviguent dans l'inconnu. Certains n'accordent pas d'importance à ce contexte et se laissent guidés. Il s'agit alors d'une exploration confiée au dispositif même.

La figure de l'explorateur est donc extrêmement complexe et implique des pratiques médiatiques diverses. Le webdoc historique façonne l'internaute selon des modèles différents de ceux de la télévision. Placés dans une posture inédite, les internautes s'engagent dans des pratiques qui entrent en rupture avec les pratiques traditionnelles du documentaire.

L'hypothèse selon laquelle le web-documentaire nous incite à repenser les pratiques médiatiques est en quelque sorte confirmée par la démonstration de la précédente partie. Le web-documentaire historique modifiant la situation d'énonciation traditionnelle du documentaire engage les individus dans des postures particulières et nouvelles. Par ailleurs, le support même du webdoc, à savoir l'écran, impacte fortement les pratiques. Désormais, nous nous demandons si ces pratiques inédites provoquent un bouleversement dans l'approche du savoir historique et de son apprentissage. Nous avons répété à plusieurs reprises que l'opérativité sociale des médias et en l'occurrence du web-documentaire constitue le point de mire de notre travail. L'ultime partie sera l'occasion de mesurer les conséquences de telles pratiques médiatiques sur le rapport au savoir historique.

Partie 3- Le web-documentaire historique : quel impact sur la mémoire collective et sur la transmission du savoir ?

« Les ordinateurs n'ont pas qu'un impact sur les domaines scientifiques et informatiques. Ils sont en train de révolutionner la façon même dont notre civilisation crée,emmagasine et transmet le savoir. »112

La mémoire historique d'un individu et celle d'une société se construisent simultanément mais selon des processus distincts. Les médias ont un rôle à jouer dans ces processus. Ils construisent des modes de pensée particuliers et influencent fortement les comportements des individus. Ils proposent également des formes de transmission du savoir différents selon la nature et le contexte socio-historique du média. Le web-documentaire historique propose t-il un nouveau modèle de transmission du savoir ? Est-il au coeur d'une évolution majeure de nos pratiques culturelles et informatives ? De telles questions doivent être posées au cours de cette partie. Nous pensons que les pratiques médiatiques nouvelles nées de l'émergence du webdoc historique sont à la source d'un renouvellement de nos manières de penser l'Histoire et de se souvenir.

3.1- Le web-documentaire historique, un média du souvenir

3.1.1- L'histoire dans la société et dans les médias : l'objectif, c'est l'avenir.

Marc Ferro souligne dans son article, Les oublis de l'Histoire113, que le XV ème siècle est un siècle charnière de l'évolution des représentations de l'Histoire. Elle devient une passion commune et commence « à exercer des fonctions qu'elle a souvent gardées, la glorification de la patrie, la légitimation des institutions et de l'Etat. Là encore, l'objet est certes le passé, mais l'objet est l'avenir ». Parler en ces termes de l'Histoire, c'est lui accorder une certaine fonction sociale. Bien qu'érigée en science sociale au cours du XIX ème siècle, l'Histoire a toujours suscité débats et polémiques. Nous pouvons même avancer qu'il s'agit d'une des caractéristiques de cette discipline : elle suscite un certain engouement qui parfois la dépasse. Ce n'est pas la littérature qui va prêcher le contraire tant les exemples de romans ou poèmes historiques sont légions. Alexandre Dumas, Flaubert, Victor Hugo ont tracé un sillage dans lequel se sont inscrits de nombreux auteurs à succès.

112 VANDENDORPE, Christian, Du papyrus à l'hypertexte, op cit.

113 FERRO, Marc, Les oublis de l'Histoire, dans Communications n°49, La mémoire et l'oubli, Seuil, 1989

Anatole France décrit dans Les dieux ont soif en 1912 la Terreur à Paris. Mais nous pouvons surtout citer des auteurs comme Jacques Laurent ainsi que le couple Anne et Serge Golon qui on respectivement signé les deux premiers grands succès de la littérature historique au milieu des années 50 avec Caroline chérie et Angélique, marquise des Anges. Ce dernier connaîtra un succès fantastique avec près de cent millions de lecteurs. L'oeuvre de Maurice Druon, Les Rois maudits, fait partie également de cette époque glorieuse pour le roman historique. Cet attrait pour l'Histoire est encore prégnant au XXI ème siècle. Ce sont notamment les médias qui portent cet engouement. Des émissions telles que "La marche de l'histoire" (France Inter) ou "Les secrets de l'Histoire" (France 2) sont des succès très importants en terme d'audience. L'émission de Stéphane Berne a réalisé de très bons résultats au cours du mois de juillet114. Le 21 jui 2012 Delphine Le Goff115 estime même, au regard des résultats, que l'Histoire est un secteur porteur pour les titres du magazine papier. Elle souligne notamment l'émergence de nouveaux titres tels que Figaro Histoire ou Géo Historie. Quelque soit le média, l'Histoire connaît un succès conséquent bien qu'il soit porté par seulement quelques titres ou émissions.

Cet attrait est donc le signe que l'Histoire est doté d'une fonction sociale propre. Dans cette optique les différents médias jouent un rôle décisif. Ils font le lien entre la population et l'Histoire. Isabelle Veyrat-Masson afirme que « la télévision historique constitue un instrument plus amples, plus fondamental, un mode de communication fonctionnant en rituel social permettant aux individus de se situer au delà de leur individualité, comme être collectif »116. Elle cite également la notion proposée par John Hartley et John Fiske de « fonction bardique » de la télévision dont le programme historique serait un symbole. « Le barde, comme la télévision est un ''médiateur de langage'Ç il compose, à partir des mots communs, des images structurées destinées à communiquer et à renforcer auprès des membres de sa communauté culturelle une version forte d'elle même »117. Le succès de l'Histoire médiatisée s'inscrit donc dans une optique sociale extrêmement intéressante. Il participe de la formation d'une communauté ou plutôt d'une représentation de communauté. Dès lors, le passé est un source d'avenir pour la communauté qui se reconnaît des visées communes à travers certains rituels comme celui de la médiatisation de l'Histoire.

3.1.2- L'apologie de l'évènementiel et de la commémoration dans les médias

Parler de rituel prend davantage de sens encore lorsque l'on constate la place des commémorations médiatiques dans le paysage audiovisuel français. Nous pouvons situer l'Histoire au coeur d'un processus "d'évènementialisation". Aujourd'hui, l'Histoire est prétexte à ou aux histoires. La programmation historique s'inscrit dans une double temporalité : soit celle de l'actualité soit celle de

114 Le mardi 03 juillet : l'émission réalise un record d'audience ( 4,9 millions de téléspectateurs et 21% de part de marché alors que TF1 (Spiderman 2) comptabilise 23,2% de part de marché) Le mardi 17 juillet : l'émission est devancée de peu par TF1 (Le placard) et réalise 18,4% de part de marché)

115 Article publié sur stratégies.fr le 21 juin 2012 [Disponible en ligne :

http://www.strategies.fr/actualites/medias/190002W/l-histoire-et-la-science-au-mieux-des-ventes.html]

116 VEYRAT-MASSON, Isabelle, Quant la télévision explore le temps, l'histoire au petit écran, Ed. Fayard, 2000

117 Ibid

l'Histoire. Dans les cas, le rapport au temps présent est primordial. Olivier Crou, en analysant les webdocs historiques La nuit oubliée et 17.10.61, estime que ce sont « comme des lieux mémoriels »118. Nous pensons que le webdoc historique est l'archétype même du lieu mémoriel. En effet, c'est un programme médiatique qui est moins dans une logique de flux que dans une logique de stock. Il est consultable à tout moment. Il se construit comme un espace de consultation, de remémoration et d'engagement. Le web-documentaire historique est la trace que la société se souvient ou du moins assume son passé. Henri Atlan et Edgar Morin parlent d'une « revitalisation »119. En effet, « au-delà de la simple anamnèse, la commémoration réintroduit l'évènement dans la vie présente et dans la perspective future ; elle lui fait jouer un rôle fondamental et parfois fondateur. »120 La commémoration n'est donc pas simplement une célébration. Elle est l'occasion de revivre l'évènement, de le re-écrire. Le web-documentaire historique tisse donc un lien entre les temps passé, présent et futur.

« Je me prépare à chanter un chant que je connais. Avant que je commence, à mesure que les éléments prélevés de mon attente deviennent du passé, ma mémoire se tend vers eux à son tour ; et les forces vives de mon activité sont distendues, vers la mémoire à cause de ce que j'ai dit, et vers l'attente à cause de ce que je vais dire. Néanmoins mon attention est là, présente; et c'est par elle que transite ce qui était futur pour devenir passé. Plus cette action avance, avance, plus s'abrège l'attente et s'allonge la mémoire jusqu'à ce que l'attente tout entière soit épuisée, quand l'action tout entière est finie et a passé dans la mémoire »121

La dialectique des trois temps présents de Saint Augustin illustre parfaitement ce que représente le web-documentaire historique. Il est un chant. Le chant d'un événement historique qui traverse les mémoires et le temps. En cela il est un chant mémoriel. Cette logique de la commémoration est impulsée ou du moins suivie par les médias eux mêmes. Les médias multiplient les séries et des émissions à thème historique lorsque des dates anniversaires marquent le calendrier. Inscrire l'Histoire dans une temporalité de la commémoration est une démarche médiatique et sociale qui enferme cette discipline dans une dimension événementielle.

3.1.3- Le rôle de l'image dans l'élaboration du souvenir

Une des conditions de la commémoration est la « nécessité d'une mémorisation matérielle. Il faut la réalité d'un enregistrement afin que l'oubli ne soit qu'un enfouissement et non une disparition pure et simple »122 . Dans le cas du web-documentaire, l'image et le texte sont les supports de la commémoration. C'est à travers les entités visuels et textuels que se construit le processus de

118 CROU, Olivier, De la difficulté de critiquer le webdocumentaire publié le 06 février 2012 sur le blog webdocu.fr [Disponible en ligne : http://webdocu.fr/web-documentaire/2012/02/06/de-la-difficulte-de-critiquer-un-webdocumentaire/]

119 ATLAN, Henri et MORIN, Edgar, Sélection, réjection in Communications, 49, 1989 pp. 125-135 [Disponible en ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/comm_0588-8018_1989_nim_49_1_1742]

120 Ibid

121 SAINT AUGUSTIN, Confessions, LIVRE XI paragraphe 28, 38

122 ATLAN, Henri et MORIN, Edgar, Sélection, réjection op cit.

mémorisation. Nous avons constaté que le lien entre l'image et le texte est essentiel dans le web-documentaire historique. Ils sont le support matériel de la mémoire car essentiels à l'intellection. Le web-documentaire, de par sa structure tabulaire, permet à l'internaute d'analyser à volonté les données, les contenus. Le fait de maîtriser la lecture permet une meilleure mémorisation car l'internaute est en mesure d'imposer un rythme adapté à ses capacités de compréhension. D'autant plus que les documents d'archive font sens dans le processus de lecture. Ils ont un impact sur le lecteur puisqu'ils incarnent une période, un événement, une personne. Cette incarnation est nécessaire à l'engagement intellectuel de l'internaute. L'image est dotée d'une force d'incarnation exceptionnelle. Dans l'article Rhétorique de l'image, R. Barthes évoque l'une des caractéristiques de la photographie qui engage « une révolution anthropologique dans l'histoire de l'homme car le type de conscience que [la photographie] implique est véritablement sans précédent; la photographie installe en fait, non pas une conscience de l'être-là de la chose (que toute copie pourrait provoquer), mais une conscience de l'avoir-été-là »123. C'est sur cette conscience de l'avoir-été-là que repose la démarche commémorative. Un lien matériel est tissé entre le présent et le passé. Le web-documentaire historique est cette conscience là du fait de sa dimension visuelle notamment. L'image a un pouvoir de sacralisation. C'est d'autant plus le cas de l'image d'archive. Le web-documentaire joue sur le fait que le souvenir s'appuie sur l'image (mentale ou matérielle). L'intérêt du webdoc historique réside également dans la manière dont il met en scène le souvenir. Le processus même de remémoration est mis en abîme par le biais du truchement de l'image. Nous pouvons citer un cas précis : Adieu Camarades. Cet exemple est extrêmement significatif de notre constat et de la manière dont le souvenir est mis en scène dans le webdoc historique. Chaque témoin est mis en scène de manière à ce que l'internaute perçoive, à travers ces gestes, le ton de sa voix et son discours, le processus de remémorisation. Il est face à la caméra et tient dans sa main soit une carte postale soit une photo. C'est à partir de cette photo qu'il se lance dans un récit d'une partie de sa vie passée. L'image active le discours et revitalise le souvenir.

Vidéo d'un témoignage du webdocumentaire Adieu Camarades

Quant à l'internaute, il

voit cette image et le témoin à l'écran. C'est à travers le récit et l'image présente que va se construire soit un phénomène de remémorisation soit d'intellection. D'autant plus que se superpose parfois à ce

123 BARTHES, Rolland, Rhétorique de l'image, in Communication, 4, 1964, p.47

récit des images animées d'archive. Ces images ne servent en aucun cas le processus de remémorisation du témoin mais bien celui de l'internaute. Il s'agit d'un procédé récurrent dans les webdocs historiques.

3.1.4- Le web documentaire et la mémoire individuelle, quel impact direct ?

Cette mise en scène impacte la mémoire individuelle de l'internaute. Le procédé cité précédemment n'est pas propre au web-documentaire historique. Ce qui l'est toutefois, ce sont la structure tabulaire du contenu et donc des images d'archives ainsi que la pensée associative. L'intérêt du web historique est de présenter une telle richesse de contenus et témoignages que l'internaute vit ou revit l'évènement depuis une multiplicité de subjectivités et points de vue. En cela l'évènement est en perpétuelle régénérescence. La mémoire individuelle d'un événement est alors fondée, refondée ou revisitée par le web-documentaire. Dans chacun de ces trois cas, l'oubli revêt une importance essentielle. « Pour pouvoir vraiment se souvenir, il faut avoir oublié. Parce que se souvenir ne veut pas dire seulement recopier un événement du passé mais le revivre à nouveau »124. Mais pour vivre un événement du passé, il faut pouvoir se souvenir ou avoir su. Tel est le précaire équilibre qui se joue dans le webdoc historique. Cet équilibre réside dans la différence entre découvrir et se souvenir. Alice, dans son parcours de lecture, préfère se diriger vers les archives : « C'est intéressant d'avoir des avis différents mais comme je connais pas trop l'événement, je préfère avoir plus d'objectivité ». Cette absence de connaissance initiale peut perturber le processus de mémorisation. En effet, si les connaissances de l'individu sont faibles, la structure et la quantité de contenus du web-documentaire peuvent s'avérer être des obstacles à la compréhension. Dans le web-documentaire historique, la logique et le fil conducteur doivent être pensés par l'internaute (même si il est aidé). Dans le web-documentaire, il y a coexistence d'images, de témoignages, de cartes qui sont autant d'informations. Or Alain Lieury évoque et paraphrase la théorie de McGeogh en afirmant que « l'oubli est aggravé par les apprentissages ultérieurs et d'autant plus que ce qu'on apprend ressemble à ce qu'on a appris »125. L'absence de véritable fil conducteur peut perturber l'internaute si ce dernier ne fait l'effort de développer une pensée associative. D'autant plus que la surabondance d'information, caractéristique des webdocs historiques, est la principale cause de l'oubli. Les réactions des personnes observées recoupent un tel constat. Alice l'afirme même explicitement :

« J'ai tendance à balayer les documents tandis que dans un documentaire classique c'est fait pour retenir l'essentiel. J'ai beaucoup d'info avec le webdoc mais finalement c'est mélangé, c'est pas clair. Tout se mélange. J'arrive pas à avoir la ligne directive ».

Le web-documentaire historique joue un rôle essentiel dans la démarche de mémorisation et de commémoration. Toutefois, ces deux processus nécessitent des connaissances préalables. Dès lors, nous pouvons interroger la capacité du web-documentaire à enseigner l'Histoire.

124 ATLAN, Henri et MORIN, Edgar, Sélection, réjection op cit.

125 LIEURY, Alain, Oubli et traitement de l'information en mémoire,in Communication, 49, 1989, pp. 113-123

3.2- Le web-documentaire peut il nous enseigner l'Histoire ?

« Informer, éduquer, divertir », telle était la devise de John Reith lorsqu'il fonda la BBC. Un triptyque qui va rythmer la programmation des médias télévisés durant de nombreuses années avant que les télévisions privées ne fassent leur apparition notamment en France. Le webdoc historique peut il reprendre cette devise à son compte ?

3.2.1- Les attributs d'un média : quel tâche incombe au web-documentaire historique ?

Dans un article passionnant, Erhard U. Heidt tente de classer les médias selon leur pertinence et leur eficacité dans l'optique d'un apprentissage. A dessein il souhaite « esquisser une théorie des fonctions des médias dans le processus éducatif, notamment pour expliquer leur influence sur les processus d'apprentissage »126. Selon lui toujours, chaque média est doté d'un ou plusieurs attributs spécifiques qui permettent de cerner les « possibilités » de chaque média. Tout attribut n'est pas en soi eficace mais dépend de la tâche à accomplir du récepteur. Par ailleurs, il est nécessaire de tenir compte des individualités : « l'utilisation d'un attribut propre à un média éducatif peut être eficace pour un certain type d'étudiant mais ineficace ou même désavantageux pour un autre étudiant ayant d'autres caractéristiques »127.Cette théorie nous amène à poser deux questions essentielles. La première découle du fait que le webdoc historique s'inscrit dans une logique multimédia. D'autre part, pouvons nous envisager le web-documentaire comme un média éducatif ? Pierre Olivier François pense que le web-documentaire doit être un outil éducatif notamment suite à ses propres observations lorsqu'il a présenté le webdoc Adieu Camarades à des étudiants : « Nous avons présenté le webdoc devant des étudiants et, comme c'est assez ludique, ça passe très bien. Il faut que l'éducation nationale se l'approprie ». Murielle, institutrice, pense également qu'il « s'agit d'une bonne idée pour l'illustration historique en classe ». Bien que le web-documentaire historique ne s'assigne aucun tâche particulière et que sa dimension multimédia complexifie les données, nous pouvons tenter de classer le web-documentaire historique selon des critères cités précédemment.

3.2.2- Quelle place pour le web-documentaire dans la classification ?

Heidt montre que plusieurs modèles existent pour classifier les médias selon leur eficacité éducative. Nous ne pouvons utilisé celui de Bretz qui distingue sept classes de médias en fonction du type d'informations qu'ils présentent (auditive, visuelle fixe ou animée, textuelle etc). Trois modèles ont cependant retenu notre attention.

Le premier est celui de D.T. Tosti et J.R. Ball. Il s'agit d'un des modèles les plus cohérents dont la nouveauté est de proposer une distinction entre média et mode de présentation. Ils utilisent l'exemple de l'éléphant128. Selon Tosti et Ball , « un étudiant n'apprend pas par le média. Il apprend

126 HEIDT Erhard U. La taxinomie des médias, in Communication, 33, 1981, pp. 51-74

127 Ibid

128 « l'image d'un éléphant dans un livre et la description verbale de l'éléphant par un maître sont différents à la fois quant au média et au mode de

par la forme de présentation. Les médias ne font guère plus que présenter la chose à apprendre sous une forme de présentation choisie précédemment »129. Les deux auteurs distinguent six dimensions130 de la forme de présentation. Si l'on se réfère aux deux typologies (l'une construite sur les deux critères n°1 et n°2 et l'autre sur les n°1 et n°3), le web-documentaire se situerait entre le laboratoire d'image et la diapositive, le film, la peinture et la photographie. La notion de multimédia prend ici tout son sens. Si nous construisons notre propre typologie à partir du premier et quatrième critères, nous constatons que la diapositive et le webdoc se rejoignent une nouvelle fois. Tout comme la diapositive, le web-documentaire invite à l'action et au commentaire, à la contextualisation. Dès lors, peut on déduire que le mode d'enseignement du web-documentaire prend source dans celui de la diapositive ? Un tel modèle ne permet pas de tirer ce genre de conclusion mais toutefois donne l'opportunité de saisir quelques manières de présenter et faire circuler le savoir. Dans cette optique, le web-documentaire est proche de la diapositive.

Le modèle de Clark est essentiel dans le sens où il prend en compte que les effets d'un apprentissage sont le fruit « d'interactions entre les traits spécifiques du traitement du message éducatif et les caractéristiques propres de l'individu apprenant »131. Les variables liées aux médias et celles liées à l'individu interagissent dans le procès d'apprentissage. Clark veut prendre en considération le comportement des personnes. Cela nous paraît essentiel tant nous l'avons observé au cours des entretiens. Les individus observés se comportent différemment par rapport à un même web-documentaire et leur apprentissage du sujet en est impacté.

Enfin, il existe le modèle de Salomon. Ce dernier soutient que l'essentiel dans le comportement de l'individu réside moins dans les réactions extérieures de l'apprenant que dans les opérations internes.

« Les médias doivent être décrits par rapport aux différents niveaux de supplantation des opérations mentales qu'ils peuvent atteindre. Il veut dire par là que les médias peuvent être intentionnellement conçus pour présenter explicitement et donc supplanter ce qu'autrement l'apprenant aurait à faire lui -même intérieurement et pour cela se fonde sur ce que nous croyons savoir des opérations mentales associées à une tâche d'apprentissage précise. »132.

Nous pensons que le web-documentaire, en proposant un modèle de pensée associative, anticipe une démarche intellectuelle propre à l'apprentissage. Le web-documentaire dévoile l'ensemble des mécanismes techniques et propose une poétique du lien. Cette double caractéristique incarne les processus à l'oeuvre lors de l'apprentissage.

3.2.3- La structure même d'un webdoc historique stimule t-elle l'apprentissage ?

La structure du web-documentaire historique est source de nouvelles pratiques médiatiques et de

présentation, tandis que l'image de l'éléphant dans le livre et sur une diapositive est présentée par deux médias différents mais sous la même forme de présentation. Finalement, l'image d'un éléphant dans un livre et la description verbale imprimée dans un autre livre utilisent le même média mais diffèrent quant à leur mode de présentation. »

129 HEIDT Erhard U. La taxinomie des médias, in Communication, 33, 1981, pp. 51-74

130 1- la forme d'encodage du stimulus (structure environnementale, picturale, symbolique et verbale) ; 2- la durée du stimulus (temps de présentation) ; 3- la forme de la demande de réponse (implicite, sélective, construite, vocale, motrice et affective) ; 4- la fréquence de la demande de réponse ; 5- la forme d'organisation ou l'intention (besoin, acquisition, prescription, enrichissement, motivation) ; 6- l'organisation de la fréquence ( fréquence de la décision de changement de présentation, du rare au fréquent)

131 Ibid

132 Ibid

représentations particulières de la réception. Cette organisation complexe d'un contenu riche conduit également à penser son impact sur le processus d'apprentissage. Quatre phénomènes sont à l'oeuvre : l'actualisation, l'intellection, la récupération et l'expérimentation.

Selon Jean-Louis Wesissberg, l'une des caractéristiques du document médiatique réside dans l'actualisation d'un savoir, d'une donnée, d'un contenu. « Le document devient un interlocuteur, avec plusieurs niveaux d'énonciation depuis l'actuel (l'interaction présente) jusqu'au potentiel (espace de mouvement architecturé par l'auteur, mais qui n'est souvent pas clairement défini par l'interactant. L'actualisation de cet espace potentiel du document dépendra de l'investissement du lectateur, de ses inclinations et de ses savoir-faire »133. Le web-documentaire historique est un espace parsemé de potentialités. L'internaute fait advenir un savoir qui n'aurait pas été visible sans son action. Chaque actualisation du savoir est une découverte, un dévoilement qui participe du processus d'apprentissage. Un tel phénomène est rendu possible par la structure même du web-documentaire historique. La logique du signe passeur implique une multiplicité d'espaces et donc d'actualisations.

Le phénomène d'intellection repose en partie un procédé propre au web-documentaire historique : celui de la frustration. L'internaute consulte de documents, visionne certaines vidéos, explore des cartes. Néanmoins chacune de ces actions se réalise par petits bonds. Il passe de l'un à l'autre sans nécessairement un fil conducteur. Sa lecture est donc saccadée. L'internaute, de par la structure du web-documentaire, est dans un perpétuel état de recherche. Cet état est motivé par ce procédé de frustration. Umberto Eco pense que l'oeuvre tente « d'éveiller, par une attente frustrée, notre tendance naturelle à l'achèvement »134. Quand il y a un état de crise du fonctionnement régulier de l'oeuvre, « l'émotion naissante du blocage, la tendance à la bonne forme et le souvenir d'expériences formelles antérieur interviennent pour créer chez l'auditeur des attentes : prévisions de solutions, préfigurations formelles »135.Il y a un plaisir de l'attente et un plaisir de la solution inattendue. Cette notion de plaisir est essentielle dans le processus d'apprentissage. Plus les solutions sont en rupture avec la règle, plus le plaisir sera grand. Le web-documentaire historique une structure et un dispositif technique qui tentent de faire de la surprise un élément essentiel du parcours de lecture. Les individus sont parfois bloqués face à ces dispositifs. Lorsque la solution apparaît à l'internaute, il en ressent une certaine satisfaction. Certaines personnes observées ont compris tardivement le système de la carte du webdoc 17.19.61. Lorsqu'ils s'en aperçoivent, nous percevons un certain soulagement. Ces situations de blocage ou de confusion font partie du processus d'apprentissage et permettent même de le régénérer.

Par ailleurs, il existe un phénomène de récupération. Alain Lieury évoque dans son article Oubli et traitement de l'information en mémoire, l'expérience d'Endel Tulving136. Cette expérience consiste à démontrer l'importance des indices de récupération pour la mémorisation et l'apprentissage. Ces indices peuvent être visuels ou textuels. L'image et les photographies sont des indices de récupération performant. Ils sont si essentiels que la « principale cause d'oubli est l'effacement de

133 WEISSBERG, Jean-Louis, Figures de la lectacture, op cit.

134 ECO, Umberto, L'oeuvre ouverte, op cit.

135 Ibid

136 LIEURY, Alain, Oubli et traitement de l'information en mémoire, op. cit. pp.116-119

ces indices »137 notamment dans la mémoire à court terme.La mémoire a besoin d'être rafraîchie constamment par ces indices de récupération. L'organisation thématique (La nuit oubliée), les différents chapitres accessibles par plusieurs portes (17.10.61), ou encore les propositions de contenu selon les thèmes associés (Adieu Camarades) sont autant de procédés qui mobilisent des indices de récupération. Le web-documentaire Berlin 1989, souvenirs d'un monde d'hier propose une même structure ou mise en scène pour les différents chapitres bien que le graphisme soit modifié. Cette récurrence dans la structure est également un indice de récupération qui impacte le processus de mémorisation et donc d'apprentissage.

Enfin, la pratique de l'Histoire par le biais du web-documentaire est au coeur de la logique d'expérimentation. L'expérience est sensorielle. Vandendorpe soulignait l'importance de séduire l'internaute du fait du risque de lassitude engendrée par la lecture de l'hypertexte. Le web-documentaire tente de séduire les internautes par le biais de la dimension ludique de son dispositif. Au sein de nombreux web-documentaires historiques, l'expérience sensorielle semble être mise en avant. C'est le cas par exemple du web-documentaire Indépendance Chacha. Cette valorisation du sensoriel s'inscrit dans une logique contemporaine.

« Plus que jamais, le sens de l'expérience est guidé par la recherche de sensations, par l'immersion dans des contextes enveloppants, polysensoriels. Le régime dominant est donc celui de l'esthésie et des émotions sensorielles favorisées par la synesthésie, par coopération des sens »138.

Le web-documentaire vise à envelopper l'internaute dans un monde particulier. Le principal des sens mobilisés est le toucher. Chacune de ses actions résulte d'un appel à toucher le dispositif. Viennent ensuite la vue et l'ouïe qui sont les sens de l'intellection. Le goût et l'odorat sont les seuls sens qui ne sont pas activés par le web-documentaire. C'est ainsi une manière particulière d'appréhender l'histoire et donc le savoir. Il s'agit d'un dispositif médiatique qui vise à plonger l'individu dans un environnement. C'est pour cela que chaque webdoc est une page internet particulière. Il constitue un univers à part entière. Dès lors, toute interférence est une menace pour le processus d'immersion et celui d'expérimentation.

Le web-documentaire historique peut ainsi nous enseigner l'Histoire. Nous émettrons plus en aval toutefois une réserve quant à la capacité du web-documentaire à traiter l'ensemble de sujets historiques. En effet, la majorité des web-documentaires historiques se construit autour de témoignages. Par conséquent, les sujets s'en trouvent quelque peu limités puisque le webdoc est dépendant de la présence de témoins qui ont vécu l'époque ou l'évènement qui est au coeur du sujet. Néanmoins cette valorisation de l'expérience humaine, du témoigne est un élément constitutif du web-documentaire et sert le processus d'apprentissage.

3.3- La valorisation de l'expérience humaine et du témoignage permet une incarnation plus forte de l'évènement

137 Ibid

138 BOUTAUD, Jean-Jacques et VERON Eliseo, Sémiotique ouverte, itinéraires sémiotiques en communication, Paris, Lavoisier, 2007

C'est la parole qui construit l'évènement autant que l'évènement construit la parole. Telle est la trame de fond de l'article de Roland Barthes, L'écriture de l'évènement. Dans le web-documentaire historique, la parole est revalorisée tout comme l'expérience humaine. Toutefois, nous devons préciser qu'il s'agit de la parole de l'individu témoin et non celle du spécialiste, qui est revalorisée.

3.3.1- Retour à la parole alors que l'écriture recule : la parole construit l'évènement, le texte l'accompagne.

« L'histoire ''chaude'', en train de se faire, est une histoire auditive, l'ouïe redevient ce qu'elle était au moyen âge : non seulement le premier des sens ( avant le tact et la vue) , mais le sens qui fonde la connaissance »139. Roland Barthes explique cela notamment par le fait que la parole radiophonique est désormais intimement lié à l'évènement. La connaissance de l'actualité est alors une affaire de voix et de discours. C'est le cas du web-documentaire. Deux piliers soutiennent le web-documentaire : l'archive et le témoignage. Or ces deux piliers s'inscrivent dans le temps de la parole. Le premier se fonde souvent sur les actualités (radiophoniques ou télévisées) de l'époque et le second sur le discours d'un homme ou d'une femme qui narre un épisode de sa vie. Cette donnée modifie profondément le rapport à l'évènement, à l'histoire et au savoir. « La distance millénaire entre l'acte et le discours, l'évènement et le témoignage, s'est amincie : une nouvelle dimension de l'histoire, liée désormais immédiatement à son discours, est apparue, alors que toute la ''science historique avait au contraire pour tâche de reconnaître cette distance, afin de la contrôler »140. L'abolition de cette distance permet une incarnation plus eficace de l'histoire. Nombreux sont les individus observés qui ont d'ailleurs rejeté cet aspect "sentimentaliste" et la subjectivité du témoignage. Mais chaque voix est essentielle. Elle accompagne un récit, un événement, une histoire. Elle représente également un guide dans le web-documentaire. D'autant plus que l'internaute peut être amené à naviguer sur d'autres documents alors que le témoignage est en cours de lecture. Le récit du témoin peut ainsi incarner la fonction de ligne conductrice du parcours de lecture.

3.3.2- L'importance de la rencontre

Au-delà de la parole, il s'agit de souligner l'importance de la rencontre. Nous avons mentionné le contact existant entre l'individu et le dispositif technique. Le web-documentaire vis également à mettre au coeur de sa démarche le contact avec les témoins. D'autant plus que le dialogue est essentiel dans le processus d'apprentissage. Il y a un dialogue dans le sens où l'internaute, lorsqu'il entend le récit, peut compléter le discours par les informations disponibles sur le web-documentaire. Jean Davallon développe dans son article Le musée est-il vraiment un média ?141, l'idée selon laquelle le savoir s'efface pour faire place à la rencontre dans la muséologie d'objets. Tout est fait

139 BARTHES, Rolland, L'écriture de l'évènement, in Communications, 12, 1968, pp. 108-112

140 Ibid

141 DAVALLON, Jean, Le musée est-il vraiment un média ? In Publics et Musées, n°2, 1992, pp. 99-123

pour générer moins un rapport cognitif qu'une rencontre avec l'objet. La rencontre est primordiale pour établir le lien avec le passé. Dans le web-documentaire Indépendances Chacha, l'absence de témoignages engagent une relation au savoir intemporelle. Dans d'autres web-documentaires historiques, la manière dont sont filmées les interviews permettent à l'internaute de se trouver face au témoin. Comme dans toute rencontre, le témoin est présenté à l'internaute. Diverses possibilités existent. Dans le web-documentaire Berlin 1989, souvenirs d'un monde d'hier, les témoins sont présentés de manière très brève. L'information principale est son statut et son rôle au moment de la période évoquée. La nuit oubliée propose une présentation plus large du témoin. Toute présentation est néanmoins le signe d'une rencontre plus ou moins intime, plus ou moins longue. L'enjeu de l'internaute est de rencontrer le témoin qui lui sera soit le plus sympathique, soit le plus descriptif etc. Célia, dans son parcours de lecture142, s'est arrêtée sur le couple de personnes âgées car il lui paraissait distrayant et touchant. Ces réactions amusées en témoignent. Ces rencontres sont le socle du rapport à la connaissance et la vérité historique. Ces témoins font ofice de preuves vivantes de l'évènement.

3.3.3-Peut on oublier cependant la figure de l'historien ou du professeur ? L'analyse est elle déterminante dans la constitution d'une mémoire collective ?

« Ce n'est pas avec des histoires que l'on peut construire l'histoire »143. Marc Ferro cite cette phrase de F. Braudel pour signifier que bien qu'il soit nécessaire de convoquer toutes les mémoires, la seule « juxtaposition de ces discours »144ne sufit pas à fonder une analyse. Reconstituer diffère de reconstruire. Si nous devions distinguer le web-documentaire historique selon ces deux termes, nous serions tentés d'y accoler le terme "reconstitution". En effet, la majorité des web-documentaires historiques ne proposent pas une analyse d'une période ou d'un événement. Ils proposent simplement des documents, des contenus à valeur historique qui servent la connaissance. L'absence d'historiens est le signe de cette prise de position. Il n'est étonnant de souligner que le webdoc sur François Duprat et l'extrême droite française propose des analyses de journalistes et d'historiens car il s'agit d'une création réalisée par un historien. La petite histoire n'a pas sa place. Nous pouvons même poser la question de la possibilité de coexistence entre l'Histoire et les histoires. Des documentaires tels que La nuit oubliée sépare ( thématiquement et graphiquement ) les témoignages et les explications historiques.

Toutefois le web-documentaire historique est un moyen de renouveler cette hiérarchie entre le savoir dogmatique et le savoir du témoin. Henri Atlan et Edgar Morin s'interrogent à ce propos :

« Mais revenons aux sciences humaines : il existe, là aussi, une espèce d'idéal scientifique, celui de l'objectivité et de la soumission au fait. Idéal certes plus dificile à réaliser que dans le cas de la physique. Mais que se passerait-il si cet idéal scientifique pouvait être atteint dans le domaine de l'histoire ? Cela voudrait dire que l'on devrait renoncer, une fois pour toutes, à une théorie historique globale dotée d'une capacité explicative large pour restreindre à des explicatifs locaux

142 Annexe 23

143 Citation de Fernand Braudel

144 FERRO, Marc, Les oublis de l'histoire, op cit.

pour rendre compte de ces collections de faits. Dans ce cas-lé, évidemment, on ferait sauter le caractère mythique des travaux historiques. Mais la question alors se poserait de savoir s'il serait encore possible de régénérer ces évènements dans la mémoire. Je pense que non. Si ces évènements historiques n'étaient qu'objets de science historique idéale, une science historique elle-même non traversée de mythes, ils seraient confinés dans la connaissance érudite, celle du "vrai scientifique" et ne pourraient plus jouer aucun rôle fondateur dans la société. La Révolution française n'exciterait plus personne, il ne serait même pas question de commémoration »145

Les petites histoires sont alors essentielles pour refonder la mémoire collective car chaque témoin apportera sa pierre à l'édifice commémoratif. L'histoire et la mémoire sont des enjeux collectifs qui se construisent collectivement.

3.3.4- Le web-documentaire est-il au coeur d'une expérience collective ?

Dès lors quel est l'impact du web-documentaire sur le collectif ? Les moyens possibles permettant de répondre à cette interrogation sont quelque peu limités. Un de ces moyens est de tenir compte des réactions des internautes. Le site lemonde.fr permet à ses abonnés de réagir à propos des articles et des web-documentaires. Nous avons sélectionné et classé ces commentaires. Y a-t-il discussion autour des web-documentaires ?

« L'émergence de l'exposition est liée à un changement d'opérativité sociale des productions picturales imagées (décors peints, tableaux) : celles-ci quittent la sphère du pouvoir pour entrer dans le domaine privé. Dans cette perspective, elles ne seraient plus moyen de manifestation d'une autorité transcendante fondant et légitimant le pouvoir politique, mais deviendraient des oeuvres au sens moderne du terme, comme un objet apprécié pour lui-même et, en même temps, un objet de discussion et de jugement de la part d'amateurs éclairés constituant en public »146.

Ces propos de Jean Davallon sont adaptés au phénomène du web-documentaire. Dès lors, peut il devenir objet de discussion ? Nous avons analysé l'ensemble des commentaires qui suivaient les productions web-documentaires historique du site lemonde.fr. Les commentaires ont été réparti et trié selon 7 types : l'intervention du médiateur, la remarque personnelle qui ne nourrit pas le débat, la critique (soit du dispositif soit de la manière dont l'information est traitée et livrée), le discours polémique souvent véhément, des commentaires sources de véritable débat, les éloges du web-documentaire, et d'autres remarques qui n'ont pas grand intérêt.

145 ATLAN, Henri et MORIN, Edgar, Sélection, réjection, op cit.

146 DAVALLON, Jean, Le musée est-il vraiment un média ? op.cit.

Médiateur

Remarque personnelle

Critique

Polémique

Débat

Eloge

Autre

Sur l'ensemble des commentaires, la grande majorité sont des remarques élogieuses sur le web-documentaire en question. Nous pouvons citer à titre d'exemple le commentaire de CD - à propos du webdoc Indépendance Chacha - : « Enfin un document multimédia de qualité, une forme qui devrait être plus présente sur internet ». Ce genre de commentaire élogieux est assez rare car peu d'éloge engage une réflexion sur le format et la diffusion du web-documentaire. La majorité de ce type de commentaire est du genre de celui de Marie-Sophie à propos de Berlon 1989, souvenirs d'un monde d'hier : « Excellent multimédia interactif ». A contrario, près d'un tiers constitue des critiques à l'encontre du web-documentaire. Nous avons constaté que trois types de critiques sont adressés : à propos de l'orthographe, de la manière dont est traité le sujet et par rapport au dispositif technique. Par exemple, Bibi Fricotin regrette que « cette interface [le webdoc sur François Duprat] soit inutilement sophistiquée et mal commode ». L'autre constat de notre analyse est l'absence de véritable débat. Il y a très peu de réponse à un commentaire. Parfois, deux ou trois individus se répondent mais ce phénomène est rare. Lorsqu'il existe, la polémique en est la source. Le terme "débat" dans notre classification fait référence à un certain idéal du discours et de l'échange humain. Nous distinguons la critique du débat dans le sens où la critique est un constat sur un point précis. Il n'appelle à aucune réaction particulière. La différence entre le débat et la polémique réside dans l'intention de cette seconde à choquer pour inciter d'autres à répondre. La virulence de certains propos exclut toute forme de discussion. La plupart de ce genre de commentaires se retrouvent à la suite de web-documentaires historiques qui traitent de sujets sensibles notamment la guerre d'Algérie. Le web-documentaire sur les tortures perpétrées en Algérie a réuni plus de 20 commentaires "polémique" sur les 35 publiés. Parmi ces remarques, un individu s'étonne : « Pourquoi vouloir ajouter du chaos au chaos. Vous croyez que nous n'avons pas assez de problèmes actuels pour invoquer ceux du passé ? Devoir de mémoire ? Ou volonté morbide d'ajouter aux temps troublés d'aujourd'hui, les malheurs du temps passé ? ». Dans ce genre de commentaire, il s'agit d'une logique de confrontation et d'émotion. Cette logique est incompatible avec toute notion de débat et de discussion.

L'expérience collective du web-documentaire historique est donc à relativiser. La mémoire

collective se construit certes à travers l'Histoire et les imaginaires mas la notion de dialogue est également essentielle. Le dialogue ne nait pas autour de ces web-documentaires historiques. Cela est visible également sur les réseaux sociaux où les pages consacrées à ces web-documentaires (notamment les pages facebook d'Adieu Camarades et des Combattants de l'ombre)147 sont peu commentées et peu suivies. Or la connaissance doit circuler, faire tâche d'huile pour imprégner la société. Pour le moment, le web-documentaire historique ne parvient pas générer des débats de grande ampleur. Toutefois, nous devons rappeler qu'il s'agit d'un genre médiatique émergent.

147 Annexes 26 et 27

Conclusion

Au terme de ce travail, nous sommes en mesure de dresser un bilan rétrospectif des différentes hypothèses que ce travail de recherche a soulevées. Revenons tout d'abord aux prémices de ce travail. Notre motivation première résidait dans notre capacité ou notre volonté à réfléchir sur l'opérativité social du web-documentaire historique. Sommes nous parvenus à atteindre ce premier objectif. Toute prétention gardée, nous estimons que ce travail de recherche a été mené en observant une scrupuleuse attention à la dimension sociale du web-documentaire historique. D'une part, à travers l'observation et l'analyse des pratiques médiatiques impliquées par le web-documentaire. D'autre part, à travers la réflexion sur le modèle social de transmission du savoir que peut engendrer le web-documentaire historique.

Cette dimension sociale a été notre fil conducteur. L'argument épistémologique soutient ce parti pris. Notre travail de recherche s'inscrit dans la lignée des sciences sociales et précisément des sciences de l'information et de la communication. Une partie de l'évolution des théories des médias découle de la prise en compte de la multidimensionalité des dispositifs médiatiques. Appréhender le web-documentaire selon différents points de vue nous a permis de saisir les véritables enjeux de ce genre médiatique nouveau.

Car c'est bien là la question. Le web-documentaire est-il vraiment un genre médiatique nouveau ? Un genre ou un format ? Qu'est il en fin de compte ? Ces interrogations ont été l'objet d'une première partie qui s'est attachée à valider l'hypothèse selon laquelle le web-documentaire s'afirme en tant que genre inédit doté de caractéristiques propres. Aucun média ne nait in situ. Ce n'est pas MacLuhan qui nous affirmera le contraire. Chaque média ou genre médiatique recèle des éléments propres à des médias antérieurs. La question de la nouveauté ne se pose donc pas. Celle de la forme, au contraire, se pose. Panorama multimédia, visuel interactif, plateforme, documentaire, web-reportage etc. Nous ne pouvons dresser qu'une liste incomplète des dénominations qui collent à ce genre médiatique trouble. Trouble dans le sens où il laisse même les professionnels dans l'embarras. Des émissions, des publications, des tables rondes, des colloques se penchent sur la question de la forme, de la dénomination du web-documentaire. Que dire alors du web-documentaire historique ? Certains disent que l'absence du forme donne au webdoc sa liberté et démultiplie les possibles. Au point que ce néant sémantique en vienne à constituer une caractéristique du web-documentaire, voire son essence même. D'autres, à rebours, dénoncent des créations qui sans poser la question du fond se perdent dans des absurdités et incohérences formelles. Les sages surgissent alors de la masse et expriment l'idée selon laquelle l'interactivité doit être au service du récit et non l'inverse. Cela nous mène à un deuxième point : l'interactivité. Tout comme le web-documentaire, la plupart du temps, il s'agit d'un mot-valise. Il désigne tout et rien à la fois. A vrai dire, dans le cas des web-documentaires historiques, il incarne davantage un imaginaire qu'un réel procédé technique. Les productions Voyage au bout du charbon ou Prison Valley représentent une prouesse technique et éditoriale. Toutefois, et malgré le succès de ces dispositifs, cette réalité n'est pas celle de l'ensemble des web-documentaires où l'interactivité technique n'est qu'une douce illusion. Il n'y a pas

interactivité dans le sens où l'internaute enrichit le contenu. D'autres formes d'interactivité existent. Une partie des web-documentaires historiques s'inspirent de ces autres formes. L'une d'entre elles consiste à mobiliser l'action et valoriser la liberté de l'internaute.

Tout l'enjeu du web-documentaire historique réside dans cette mise en scène de la liberté. Liberté de naviguer, liberté de lire et de visionner, liberté d'approfondir le sujet ou liberté de simplement se distraire. Il y a un renouvellement de la pratique des documentaires. Nous abordons ce problème dans la seconde partie. Le web-documentaire historique institue un nouvel ordre. Du moins, il adopte les imaginaires et les stratégies marketing contemporains. Nous sommes à l'époque de l'interaction. Nous sommes à l'époque de la liberté de choix pour le consommateur. Les médias ne sont pas épargnés par ce nouveau modèle de consommation. En tant qu'objet, le média doit s'adapter à son environnement sociétal. Le web-documentaire historique est un genre qui a saisi ce mouvement et qui s'est laissé porté. Nous ne souhaitons pas l'opposer au documentaire classique. Pourtant, de par son intention, de par son contexte médiatique, sa forme, ses sujets et son contenu, le web-documentaire historique ne peut échapper à une telle comparaison. La question du succès de telle ou telle création, de tel ou tel genre n'est pas l'objet de ce travail de recherche. Ce sont les conséquences pragmatiques du web-documentaire historique. Quelles pratiques implique t-il ? Sont elles révolutionnaires ? Nous avons montré que ces pratiques sont certes nouvelles mais pas révolutionnaires. Ce qui est véritablement inédit est la manière dont est pensé l'internaute et l'usage qu'il fait du site. L'individu est au coeur du processus de création. Au-delà de l'individu, c'est l'ensemble des possibilités qu'il représente qui est pensé. La création est pensée de manière à ce que chaque individu trouve un élément, un parcours qui lui convienne. Certes, le genre même restreint ce panel d'individus. En effet, le documentaire historique n'est pas un programme qui connaît une audience massive. Par ailleurs, le support web est pour le moment peu accessible à des personnes d'un certain âge. Enfin, nous tenons à préciser que ce ne sont pas tous les web-documentaires historiques qui pensent l'usage des internautes. En définitive, le nombre de webdocs et celui d'individu concernés par ce que nous venons d'exposer est quelque peu réduit. Qu'importe. L'essentiel de notre travail repose sur des suppositions voire des anticipations. Loin de nous l'envie de faire de la littérature d'anticipation. Nous souhaitons simplement mettre en exergue des phénomènes qui existent à une échelle microsociale mais qui pourraient bien impacter l'ensemble de la société.

C'est sur ce présupposé que nous fondons notre troisième et ultime hypothèse. Nous avons supposé que le web-documentaire historique permet d'envisager d'autres formes de transmission du savoir. Envisagé à la fois comme un lieu mémoriel et un espace dans lequel les individus vivent une expérience particulière, le web-documentaire modifie notre rapport au savoir. Une fois de plus, le web-documentaire n'invente rien en soi. Ce sont son organisation et sa structure qui en font un dispositif particulier et propice à l'enseignement de l'Histoire. Toutefois il ne reste qu'un outil parmi d'autres tels que les ouvrages théoriques, les films, les oeuvres d'art. Il ne remplacera jamais la figure de l'instituteur. Cela n'est pas son intention et cela n'est pas non plus l'objet de notre réflexion. Cependant nous sommes en mesure d'interroger la fonction sociale d'un tel dispositif. Et notamment son impact sur la mémoire collective et sur le processus de mémorisation. La différence entre le

web-documentaire et le documentaire est certaine sur ce point de vue. Chaque genre propose un mode d'intellection propre. L'important est de saisir l'enjeu de l'enseignement afin d'adapter les outils. Le web-documentaire développe un modèle fondé sur la pensée associative. Ce cheminement particulier de la pensée est certainement propice à des pratiques d'enseignement mais pas ou peu à d'autres. La question essentielle réside donc en l'utilisation des webdocs historiques. Nous avons fait état d'un premier élément de réponse en analysant les commentaires déposés à la suite des webdocs publiés sur le site lemonde.fr. Le résultat de cette analyse nous incite à penser que l'utilisation du web-documentaire est à ses balbutiements. Incapable de créer un véritable débat, le web-documentaire historique ne nourrit pas l'imaginaire et la mémoire collectifs. Cela est propre au média internet où la conversation - modèle médiatique qui a le vent en poupe actuellement - est gangrénée par la prédominance de l'émotion et des réactions virulentes dès que le sujet est sensible. C'est ainsi l'une des difficultés à surmonter afin que le web-documentaire historique s'impose comme un outil médiatique propice à la transmission du savoir. L'enjeu est alors la mémoire collective de notre société d'autant plus que le média Internet devient l'une des sources privilégiée d'information et d'éducation.

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DAVALLON, Jean, Le musée est-il vraiment un média ? In Publics et Musées, n°2, 1992, pp. 99-123

Annexes

Annexe 1 : La nuit oubliée, encadré de présentation de chapitre sous format de Bande

dessinée
Annexe 2 : Indépendances Chacha, diversité des contenus historiques
Annexe 3 : Indépendance Chacha, symboles qui matérialisent la richesse des contenus
Annexe 4 : Adieu Camarades !, injonction à cliquer
Annexe 5 : Adieu Camarades !, les couleurs pour différencier les thématiques
Annexe 6 : Berlin 1989, souvenirs d'un monde d'hier, les photographies donnent une

impression de profondeur
Annexe 7 : Les combattants de l'ombre, les flèches
Annexe 8 : 17.10.61, le changement d'état du graphisme
Annexe 9 : Les combattant de l'ombre, la pensée associative
Annexe 10 : Les combattants de l'ombre, l'interactivité avec l'internaute
Annexe 11 :Berlin, 1989, souvenirs d'un monde d'hier, indications temporelles
Annexe 12 :François Duprat, une histoire de l'extrême droite, la bibliographie
Annexe 13 : Entretien avec le professionnel Pierre-Olivier François
Annexe 14 : Entretien avec le professionnel François Le Gall
Annexe 15 : Entretien avec Nicolas Lavigne
Annexe 16 : Entretien avec Laura Martinez
Annexe 17 : Entretien avec Alice String
Annexe 18 : Entretien avec Hélène Mouche
Annexe 19 : Entretien avec Anne-Marie Cristol
Annexe 20 : Entretien avec Vincent Gerbi
Annexe 21 : Entretien avec Murielle Houllier
Annexe 22 : Entretien avec Emilie Plégat
Annexe 23 : Entretien avec Célia Banos
Annexe 24 : Typologie des web-documentaires
Annexe 25 : Etude de cas, les fresques de l'Ina
Annexe 26 : La page facebook du webdoc Adieu Camarades
Annexe 27 : la page facebook du webdoc Les combattants de l'ombre
Annexe 28 : extrait de L'outre lecture

Annexe 1 : La nuit oubliée, encadré de présentation de chapitre sous format de Bande dessinée

Annexe 2 : Indépendances Chacha, diversité des contenus historiques

ALLONS-Y!

 
 

Annexe 3 : Indépendance Chacha, symboles qui matérialisent la
richesse des contenus

L'Exposition coloniale internationale, mise en scène à la gloire de l'impérialisme français, attire 8 millions de visiteurs.

Dès le début du X%e siècle, une série d'expositions est organisée en France, destinée à magnifier l'image des colonies et le rôle civilisateur de la France à travers le monde. La plus importante se tient du 6 mai au 15 novembre 1931 au bois de Vincennes. Inaugurée notamment par le président de la République Gaston Doumergue et le maréchal de France Lyautey, elle attirera 8 millions de visiteurs, pour un lotal de 33 millions de billets vendus.

1.K54 PARIS

c. 1931

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111-1'll131.1()U F FRA

1931~Exposition coloniale internationale à Paris

Annexe 4 : Adieu Camarades !, injonction à cliquer

flIEU [MFU1UE!

Cliquez sur DÉMARRER pour découvrir les récits de 30 personnages â travers leurs cartes postales envoyées au temps du Rideau de fer.

 

Annexe 5 : Adieu Camarades !, les couleurs pour différencier les

thématiques

Annexe 6: Berlin 1989, souvenirs d'un monde d'hier, les photographies
donnent une impression de profondeur

KNUD PEOERSEN

DANEMARK

Knud n'est encore qu'un adoreffent de 14 ans lorsque la guerre éclate, mais il est révolté par ia reddition du roi et la collaboration du gouvernement danois qu'il juge honteuses. Pour lutter à son niveau, il crée avec sept camarades d'école te Club Churchill et commence une carrière de saboteur, détruisant des cables téléphoniques ou brûlant des wagons de marchandises. Cette carrière prometteuse est stoppée net quand une serveuse le reconnaît et qu'un tribunal le condamne à trois ans de prison. Mais les barreaux des cellules r'empëcheront pas le Club Churchill de continuer ses activités.

LES CHAPITRES

I

UN ENTOURAGE DANGEREUX

DERRIÈRE LES BARREAUX

LES SOLDATS ' RETOUR AU

AMATEURS PRESBYTÈRE

LES EFFETS OE LA

PRISON


·

DÉCEPTION ET MÉFIANCE

LES THEMES ASSOCIES

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

ET APRÈS ? I LES ÉVASIONS! NOS CICATRICES

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

· Fny"
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Annexe 7 : Les combattants de l'ombre, les flèches

Annexe 8 : 17.10.61, le changement d'état du graphisme

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Annexe 9 : Les combattant de l'ombre, la pensée associative

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Un voyage au cceur de la mémoire des derniers, résistants européens de la Seconde Guerre mondiale.

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ALLUMEZ VOS NANT-PARLEURS

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Annexe 10 : Les combattants de l'ombre, l'interactivité avec l'internaute

Annexe 11 : Berlin, 1989, souvenirs d'un monde d'hier, indications

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Un mur dans Berlin

Pour enrayer l'émigration massive des ressortissants d'Allemagne de l'Est vers l'Ouest, les autorités de la République démocratique allemande commencent la construction d'un mur entre les secteurs oriental et occidental de Berlin.

§ L'affaire qui inquiète le monde entier

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Annexe 12 : François Duprat, une histoire de l'extrême droite, la

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Annexe 14 : Entretien avec un professionnel du documentaire ou/et du
web documentaire, Pierre-Olivier François

Entretien réalisé avec Pierre Olivier François via Skipe le 08 mai 2012

Pierre-Olivier François est journaliste et documentariste. Il a travaillé pour France 5, Arte, WDR,
etc. Par ailleurs, il a contribué à la création du web-documentaire Adieu Camarades.

De nombreux web documentaires ont été produits et diffusés jusqu'à présent, connaissons nous cependant précisément le moment où ce genre nait véritablement ? Et à partir de quand gagne t-il en légitimité ?

Aucune idée, j'en ai entendu parlé y a 3 4 ans, j'ai attendu que ça vienne à moi. Au début j'étais journaliste puis documentaire tradi. Ça m'allait très bien. Un producteur est venu me cherché pour ce web. Super expérience, je m'occupe de la partie audiovisuelle. L'idée des cartes postales était très bien. On avait beaucoup d'archives et on a essayé de réfléchir sur la manière d'adapter ces archives au format web-documentaire. C'est fait pour des gens qui connaissent l'histoire et les gens qui connaissent pas.

Il y a beaucoup de webdoc mais il s'agit souvent de créations de web tv qui n'ont pas les moyens de la télé.

Notre webdoc a reçu le Prix de la meilleur utilisation des archives et a donc été très exposé.

Quelles sont les (ou la) évolutions profondes que ce genre a connu depuis ses débuts (bien que récents) ? Définir des styles de web doc avec un peu de recul?

Ce qui m'a frappé c'est qu'il y a énormément de choses. Je suis allé au festival de La Rochelle, et j'ai été marqué par la profusion d'oeuvres. Il y a des choses passionnantes et des gens qui ont compris ce que l'on pouvait faire avec le webdoc. Malheureusement, il y a beaucoup de choses qui sont de la "sous-télé", du doc sans documentaliste : sans début ni fin. Y a des trucs qui se perdent.

Quelles sont selon vous les différences majeures qui le distingue du documentaire "classique" télévisé ?

L'interactivité. Code barre est un webdoc très intéressant dans la manière où ça utilisait l'interactivité.

Cependant, ça n'a de sens que si l'on raconte où ça raconte une histoire. Ça sert à rien

d'accumuler des effets techniques sans raconter d'histoire. Le problème est que les possibilités sont illimitées et des fois ça ne s'arrête jamais. C'est mauvais.

Y a t-il des sujets privilégiés par le web-documentaire ? Tout sujet est abordable pour ce genre documentaire ?

La matière historique s'y prête très bien en soi mais c'est peut être plus complexe. L'image d'archive n'est pas forcément essentielle, on peut s'en passer. Nous avions énormément d'images d'archives. Nous les avons utilisées en état brut (ce qu'on fait très peu en doc classique) ou alors nous avons pris des images pour illustrer (de manière subjective, on détourne beaucoup pour voir l'imaginaire des témoins). Il y a eu donc une utilisation de deux manières très opposées : soit du brut, soit du détourné. On savait qu'on allait avoir beaucoup d'archive que personnes ne connaissait.

La carte postale : rare moyen de communication à cette époque. On pouvait raconter l'histoire à partir de ça. L'idée était un projet global (exposition, livre, documentaire, et web doc) donc les cartes postales ont été utilisées pour le webdoc. Y a quelques tournages communs à la série web et la série classique.

Comment s'est construit le web-documentaire parmi ces différents supports ?

Par rapport au doc classique, le web doc est une base de donnée à part. On nous a pas demandé de combler des trous du doc classique. On s'est même pas coordonné. Il y avait une certaine liberté de part et d'autres.

En ce qui concerne la création, pour le web il y a eu différents scénarios proposés et rejetés par Arte puis ils ont accepté les cartes postales. Dans le webdoc y a des choses que nous avons utilisées qui n'ont pas servi ailleurs : des objets personnels, certaines archives, des blagues des pays de l'est.

Nous avons aussi des témoins différents. Que ce soit dans le doc classique ou le web-doc, on ne racontait pas la même histoire et il fallait que nos personnages aient des cartes postales. De plus on avait décide de pas prendre des VIP de l'histoire juste prendre des personnages ordinaires (par rapport au classique ou y avait des gens plus haut placé). On voulait raconter les raisons qui font que les pays de l'est se sont effondrés. Ce sont des raisons très complexes et très concrètes. Tous les thèmes [ ceux qui apparaissent sur le webdoc matérialisés par différentes couleurs] ont leur importance pour comprendre comment tout le système s'effondre et notamment auprès des gens normaux. C'était important pour nous d'avoir des gens normaux comme les petits fonctionnaires. Au sein du doc classique, on a pas beaucoup intégré ces personnages. Seulement cinq ou six.

Pourquoi choisir justement de faire parler « les petits fonctionnaires » comme vous dites ?

Cela peut s'expliquer par deux raisons possibles. D'une part la tendance lourde propre au documentaire aujourd'hui (et pas seulement propre au web doc) d'écouter la parole d'en-bas. D'autre part, c'est plus facile de recueillir les propos que ceux des officiels. Cela demande moins de temps et généralement les gens sont demandeurs pour ce genre de choses. Il y a moins de réticences que lorsque l'on souhaite interroger des officiels ou personnalités.

Est ce que le web-documentaire est un genre qui découle naturellement des transformations médiatiques en cours impliquées par le développement des médias sur internet (après les web radio, les web TV, la presse en ligne etc)?

Ça peut perdurer si il y a de l'argent oui, pour l'instant c'est tout subventionné. L'absence de modèle économique est un poids. C'est génial (narrativité complexe, liberté du lecteur) ça correspond à une époque. Je pense même que cela va devenir le modèle dominant. Le web doc est plutôt une économie publique.

Adieu camarades était très cher (2,5 millions tout compris, le web : 300 000). Supporter un tel investissement est possible avec la coproduction Arte France-Allemagne. C'est grâce à la télévision publique.

Au niveau de l'audience, je n'ai pas les chiffres mais Arte est assez content. Les deux universitaires qui ont écrit les textes du web doc disent que ça marche super bien auprès des professeurs. Ça marche assez bien auprès des jeunes. Mon objectif était de raconter à des jeunes et des plus jeunes encore l'histoire de ces gens. Raconter un monde qui a disparu et qui, pourtant, était l'univers absolu d'énormément de gens. Nous avons présenté le webdoc devant des étudiants et, comme c'est assez ludique, ça passe très bien. Il faut que l'éducation nationale se l'approprie.

Pensez-vous également que la notion d'interactivité soit inhérente au genre web documentaire ? Est elle indispensable dans une optique web 3.0 (même s'il faut être prudent sur la définition de ce terme) ?

Adieu camarades n'est pas interactif (les users ne peuvent pas enrichir le site). C'est un site fermé. C'est pas possible que quelqu'un rajoute quelque chose. Quand je dis interactif : c'est quand l'utilisateur peut choisir son parcours : c'est infiniment plus interactif d'un doc classique où le seul choix est de suivre ou d'arrêter.

Ça coupe avec le modèle professoral non ?

Il y a tous les repères qu'il faut : on peut y aller sans problèmes. L'internaute n'est pas obligé de suivre une ligne, on peut se laisser guidé à l'abris de l'époque. Le webdoc est organisé de telle sorte qu'on commence avec le plus évident, et après on navigue dans les thèmes et autres archives du même sujet. On peut se laisser perdre.

Je trouve qu'il ne faut pas demander au web doc d'être comme un doc classique (du point de vue de la linéarité). Néanmoins les gens sont habitués à ce qu'on leur raconte une histoire et les gens aiment bien. Ça a fait ses preuves. Le film documentaire est un moyen qui s'est imposé. Le web doc n'est pour le moment qu'au stade de balbutiement. De toute évidence, être simple c'est toujours plus difficile que de faire compliqué.

Dans tous les modes de narration, ce qui marche c'est la simplicité.

Est ce que le web doc peut apporter quelque chose en plus dans la commémoration ?

Le documentaire historique est un bon business en soi, la télévision fonctionne de plus en plus avec des dates anniversaires. De plus en France, il existe une réelle passion pour l'Histoire. Y a des questions à poser sur la manière dont le doc historique utilise les différentes manières de raconter l'histoire : le témoignage, (mémoire) ; l'archive brute (actualité dans le passé). Le web doc en permettant de mettre en liaison les différentes sources, démultiplie les manières de raconter l'histoire et de comparer les différentes mémoires.

Que pensez-vous du rapport entre texte et image et celui entre image d'archive et entretien ? On peut avoir l'impression que l'internaute se substitue à l'historien parfois ?

Dans Adieu Camarade : la quantité de texte est plus importante dans le web doc (400 pages de script) que le doc classique. C'est malgré tout l'image qui est la plus prégnante. Arte a pas mal insisté sur la contextualisation du texte. On est pas obligé de lire le texte pour comprendre alors que c'est différent pour un doc classique où le texte (celui du narrateur) est vraiment important pour saisir le sens. De toute manière le texte reste essentiel car il apporte infiniment plus de contextualisation, de mise en perspective, d'information. Des choses qu'on peut pas raconter avec l'image.

L'absence de voix off : impact sur la création et la réception ?

Un doc c'est, je vais vous dire la vérité, ma vérité. Mais y a toujours une subjectivité même si y a pas de voix off.

Les thèmes sont matérialisés par des couleurs, ça permet aussi de mieux se repérer non ?

On a fait un colloque pour présenter le web doc Adieu camarades. C'étaient que des types spécialistes de l'histoire qui étaient "scotchés" par le web doc. Par rapport à un cours traditionnel ça marche mieux. Le texte remplace peut être le prof. En tous les cas, les jeunes qui ont vu le webdoc ont dit que c'était plus "rigolo" que leurs cours.

Quel est selon vous (ou quels sont) le (ou les) types d'internaute susceptibles d'être intéressés par le web documentaire ?

Aucune idée, je pense qu'il faut avoir une bonne agilité. C'est certain que par rapport à un manuel scolaire, c'est 10000 fois mieux car on a des moyens qu'aucun manuel ne peut avoir. Quand quelqu'un raconte sa vie, il montre davantage de complexité. Cette complexité là n'est pas dans un manuel. Quand on a un exemple vivant, les concepts abstraits sont beaucoup plus crédibles.

Dans de plusieurs interviews de professionnels, l'exigence de la narration ressurgit régulièrement. En quoi selon vous, le web documentaire propose et peut proposer de nouvelles formes de narration ? Peut on parler d'évolution ou de révolution ?

Évolution, il y a de forme narrative propre au web documentaire mais je n'ai pas encore vu de trucs qui ont révolutionné. On fait des choses différemment mais la télé pourrait arrivé au même résultat. C'est plus ludique, plus riche, plus interactif.

En ce qui concerne le contenu, la carte (ou la frise), présente sur une majorité de webdoc historique, est elle un impératif ?

En général, il s'agit d'une exigence de chaine. L'internaute doit savoir où il est. L'historien et le géographe aiment bien la carte. Ils ont beaucoup de mal à imaginer qu'on puisse raconter une histoire en laissant plus de place à l'imaginaire, au poétique.

La carte, ça rassure, structure. Ils préfèrent que ça soit raconter de cette manière

Pour Adieu camarade, la carte était indispensable, et le bloc communiste c'est aussi une géographie donc y a lien avec le sujet. Au début, nous ne voulions pas la mettre. Nous avions peur que ça fasse un peu trop scolaire.

Le web doc se passe sur un écran et l'écran c'est une géographie (la télé est un réceptacle d'image) : la souris invite à la promenade.

C'est un des éléments que l'on a exigé des le début : les individus s'inscrivent dans un contexte. On va au delà de leur valeur individuelle. De plus ils ont un attrait visuel et narratif.

Pour conclure cet entretien, comment définiriez vous l'usage du web documentaire par l'internaute ? On écoute la radio, on regarde un documentaire télévisé, on lit un article. Mais que faisons nous devant un web documentaire selon vous ?

On s'immerge dans un web documentaire idéalement. Si on rentre pas dedans c'est un échec.

Annexe 15 : Entretien avec un professionnel du web-documentaire, François Le Gall

Entretien réalisé avec François Le Gall, producteur nouveaux médias à Camera Talk Productions. Il travaille depuis un an et demi dans le domaine du web-documentaire. Défense d'afficher est un projet qu'il a réalisé avec FTV. L'entretien a été réalisé en février 2012 par correspondance.

De nombreux web documentaires ont été produits et diffusés jusqu'à présent, connaissons nous précisément le moment où ce genre nait véritablement ? Et à partir de quand gagne t-il en légitimité ?

Il y a pour moi 3 moments-clés dans la naissance du genre "webdocumentaire" :

1. les 1ers pas de Brian Storm aux USA avec des productions documentaires commandées / produites pour le web (mais non interactives). C'était en 2002/2003 de mémoire, c'est la naissance de MediaStorm.

2. les 1ères expérimentations d'Upian avec La Cité des Mortes puis Thanatorama : des oeuvres multimédias à part entières, avec une vraie narration documentaire

3. Voyage au bout du charbon qui a propulsé le genre en Une du Monde et donc touché pour la 1ère fois une audience grand public, tout en introduisant la dimension ludique (histoire dont vous êtes le héros)

Quelles sont les (ou la) évolutions profondes que ce genre a connues depuis ses débuts (bien que récents) ?

Des évolutions du côté de l'offre et de la demande.

Offre :

· plus d'acteurs, moins web natifs (journalistes et photographes notamment) ce qui génère plus d'histoires mais paradoxalement moins d'originalité / de créativité dans l'approche de la narration interactive. En se "démocratisant" (on en est encore loin), le genre s'est appauvri, l'aspect documentaire a été phagocyté par le genre journalistique.

· Il reste toutefois des "phares" comme les productions Upian et plus encore celles de l'ONF au Canada. Il manque selon moi une affluence de compétences purement web pour redonner de la créativité aux narrations.

Demande :

· des médias de plus en plus intéressés car le webdoc enrichi l'offre éditoriale, n'est pas dans le flux mais impose un temps différent

· des coproducteurs qui ont de plus en plus de moyens (Arte évidemment mais aussi maintenant France Télévisions Nouvelles Ecritures) pour financer des projets ambitieux

· mais indéniablement c'est selon moi la démocratisation du haut débit, le développement des usages autour de la consultation vidéo en ligne (catch up TV, VOD, streaming) qui permettent maintenant de considérer que le webdocumentaire peut s'imposer dans le Paysage Interactif Français

Pouvez-vous donner une définition plus ou moins précise du web documentaire ?

Un objet multimédia, pensé pour vivre online, et dont la trame narrative correspond à une vision d'auteur qui exploite toutes les potentialités offertes par l'interactivité.

En effet, il s'agit d'un genre particulier et parfois déroutant pour des internautes novices en la matière. Qu'en pensez-vous ?

Quelles sont selon vous les différences majeures qui le distinguent du documentaire "classique" télévisé ?

La place du spectateur, ce que l'on attend de lui. Le rapport au temps.

Du point de vue de l'audience, peut on être satisfait de la circulation médiatique et de la visibilité du web-documentaire ? Connaît il un succès par rapport aux attentes des producteurs et des réalisateurs ?

Clairement non. Hormis Prison Valley et Voyage au bout du charbon, les audiences restent assez confidentielles au regard des audiences générées par d'autres supports online.

Producteurs et réalisateurs n'ont pas forcément cette culture là, et cette réalité à l'esprit. Peut-être que les sujets ne sont pas assez larges - ou a contrario pas assez de niches ?

Ces audiences sont aussi à mettre en regard des investissements en production et en communication qui sont bien en-deçà de ce qu'il existe en TV. Tout est donc relatif.

Y a t-il des sujets privilégiés par le web-documentaire ? Tout sujet est abordable pour ce genre documentaire ?

Trop de sujets journalistiques, peu de sujets personnels, intimement liés à l'auteur.

Tout sujet est bien évidemment abordable : c'est la vision de l'auteur sur ce sujet - et comment elle se traduit en interactivité - qui est intéressant.

Est ce que le web-documentaire est un genre qui découle naturellement des transformations médiatiques en cours impliquées par le développement des médias sur internet (après les web radio, les web TV, la presse en ligne etc)?

C'est avant tout lié - selon moi - à l'évolution de la "consommation" de contenus audiovisuels en ligne.

Pensez-vous également que la notion d'interactivité soit inhérente au genre web documentaire ? Est elle indispensable dans une optique web 3.0 (même s'il faut être prudent sur la définition de ce terme) ?

L'interactivité doit être un outil au service du propos de l'auteur. Si ce dernier n'en ressent pas le besoin alors elle peut être nulle. Aucun souci pour moi.

Cette notion préexiste évidemment au genre webdocumentaire puisqu'intrinsèque à la notion de réseau internet.

Etant donné que ce travail de mémoire porte plus précisément sur le web documentaire historique, je tenais à savoir si selon vous, le web documentaire et l'Histoire s'accordent ?

La Nuit Oubliée, 17.10.61, Adieu Camarades en sont les preuves tangibles.

Quel est selon vous (ou quels sont) le (ou les) types d'internaute susceptibles d'être intéressés par le web documentaire ?

Je ne vois pas de profils types. C'est juste une question de temps, d'usages à développer.

Les sujet vont aussi s'élargir (Amour 2.0 par ex) et toucher un plus grand public peut habituer de la forme.

C'est toute la difficulté du genre : tenir un propos, créer une expérience interactive... tout en réfléchissant à l'ergonomie parfaite de l'interface pour servir au mieux ce propos. C'est pourquoi les producteurs non web natifs ne peuvent se passer de compétences interactives. C'est essentiel pour penser l'interface.

Dans de plusieurs interviews de professionnels, l'exigence de la narration ressurgit régulièrement. En quoi selon vous, le web documentaire propose et peut proposer de nouvelles formes de narration ?

Je ne reviens pas sur le linéaire / délinéarisé.

La découverte par soi-même / l'identification à l'auteur (cf. Manipulations et le travail

d'investigation).

La ludification des contenus documentaires (cf. Collapsus).

etc.

Pensez-vous qu'il est davantage compliqué de préserver l'intérêt et la curiosité d'une personne qui regarde un web documentaire ou d'une personne qui visionne un doc télévisé ?

Oui certainement. Parce que devant son écran, une souris à la main, on est à un clic de partir. On navigue constamment, on est sollicité par une multitude de contenus, publicité, etc. On peut avoir plusieurs onglets d'ouverts. Des logiciels. Ecoutez une web radio...

En ce qui concerne le web documentaire historique, n'existe il pas un danger majeur : perdre l'internaute en lui proposant une multitude de choix à partir de la home page ?

Ce cas de figure est celui d'un auteur qui n'aurait pas éditorialisé son propos.

Lorsque vous créez un web documentaire, comment envisagez vous la réception, l'utilisation par l'internaute ? Quel place a t-il selon vous dans le processus de création ?

L'internaute doit être central. On doit tout penser en se mettant à sa place pour anticiper ses choix, ses désirs, ses errances, ses erreurs de navigation (comment on peut le "remettre dans le droit chemin" ?). C'est fondamental.

Pour conclure cet entretien, comment définiriez vous l'usage du web documentaire par l'internaute ? On écoute la radio, on regarde un documentaire télévisé, on lit un article. Mais que faisons nous devant un web documentaire selon vous ?

On s'immerge dans une histoire / un propos via une expérience interactive.

Annexe 15: Entretien d'observation avec Nicolas

Entretien-observation - Nicolas Lavigne, réalisé le 10 Avril 2012

Profil :

18 ans, Montpellier, Etudiant en science économique et sociale. Qu'est ce qu'est un documentaire selon vous ?

Il s'agit d'une émission télévisée sur un fait de société.

Êtes-vous consommateur de documentaires à la télévision ou en catchTV? Quel rôle doit il jouer ?

Parfois. Je regarde plutôt des documentaires historiques car ce sont ces documentaires qui m'intéressent le plus. Je pense en regarder quatre ou cinq fois par mois.

Selon moi, le documentaire doit avant tout instruire et susciter une réflexion.

Savez vous ce qu'est un web documentaire ?

Oui je pense mais je n'en ai jamais vu. C'est un documentaire sur internet. J'en déduis par le nom. C'est juste la même chose qu'il y a à la télé sauf que c'est diffusé sur internet.

Sur quels sites pouvez vous trouver, selon vous, un web documentaire ? Qui créent les web-documentaires ?

Sur les sites de télévision : Arte, France télévision. Ce sont les journalistes qui doivent créer es documentaires.

Observation :

Ouverture du web-documentaire en version normale. Il lance la vidéo d'introduction puis affiche cette dernière en plein écran. Puis il tente de lancer la vidéo qui apparaît au centre de la précédente qui s'est achevée. Un problème technique lui impose d'appuyer sur "echap" pour réduire le format de l'affichage. Il se retrouve sur la plateforme Dailymotion. Cependant deux vidéos sont en lecture simultanément. Ce problème génère une certaine panique chez l'individu observé qui ne sait plus quoi faire.

On constate alors un grand bouleversement dans le parcours de lecture de l'individu. Il ferme les deux vidéos puis met en plein écran la vidéo de la plateforme Dailymotion. Il s'agit de la première vidéo du premier chapitre. A ce moment, il me regarde pour demander s'il venait de commettre une erreur. Puis il visionne la vidéo jusqu'à son terme et appuie sur "echap" pour afficher la vidéo en taille normale. « C'est bon. Je vais pas faire tous les témoins ».

A ce moment de l'observation, je suis obligé d'intervenir pour qu'il revienne sur le web-documentaire puisqu'il est en train de naviguer sur la plateforme.

Une fois de retour sur la page du web-documentaire, il rencontre une deuxième difficulté, à savoir l'impossibilité de descendre jusqu'au bas de la page. « Pourquoi on peut pas baisser? » C'est une nouvelle fois un souci d'affichage.

Il se dirige alors directement vers l'onglet "En coulisse". Il ferme l'encadré de présentation en lisant de manière distraite puis lit le texte qui accompagne la vidéo du premier témoignage. Il ne visionne pas cette vidéo mais lit le texte de la seconde vidéo de ce chapitre.

Sans lire la vidéo, il clique sur le troisième onglet. Cette fois-ci il lit attentivement le texte de la bande dessinée. Il fait glisser le curseur sur la frise puis lance la vidéo de l'INA. Il affiche en plein écran. Ainsi la vidéo prend le dessus sur tout le reste, elle occulte l'ensemble des autres documents et dates chronologiques. Lorsque la vidéo s'achève, il y a retour à la page initiale.

Il clique ensuite sur la date du 17 septembre et lance la lecture de la vidéo sans lire le texte de présentation. Il visionne de manière attentive cette longue vidéo. Quelques signes de fatigue sont visibles à la fin. Au bout d'un certain temps de visionnage, il fait d'ailleurs glisser la souris sur la vidéo pour afficher la durée. Alors qu'il constate qu'il n'a visionné que la moitié de la vidéo, il pousse un soupir. Il regarde une dernière fois le temps qui reste avant de quitter la vidéo en appuyant sur "echap".

Il réitère le même processus de lecture pour les autres dates de la frise. Il lit les vidéos en entier. L'intérêt pour les vidéos d'archive suscitent davantage d'intérêt que les témoignages.

Enfin, il clique sur l'onglet du quatrième chapitre. « C'est fini bientôt ! ». Il lit le texte d'introduction. Ensuite, il regarde l'ensemble des vidéos en entier et en affichant en plein écran.

Avant de quitter le web-documentaire, il fait glisser son curseur sur la page pour vérifier qu'il n'a pas oublié de voir un document. Il se dirige vers la page consacré aux disparus. A un moment il remarque les icônes sur la droite et se montre étonné de voir qu'elles sont cliquables. Il observe la carte et clique sur "opéra" avant de lire la légende. Il fait glisser le curseur sur "Préfecture de Police", "Vincennes" puis "banlieue nord". Mais il ne clique pas. Il reste en phase d'exploration observatoire. Il clique ensuite sur l'onglet "témoins" et passe sur chacun des portraits en lisant les légendes.

Après avoir cliqué sur l'ongle "les lieux", il clique sur un élément qui l'amène vers le chapitre 4. « J'ai déjà vu cela ». Il clique sur l'icône Dailymotion et tombe par hasard sur une vidéo "Sur les lieux" (en lien avec le webdoc) qu'il visionne. Une fois la vidéo terminée, il montre quelques signes d'agacement car il ne parvient pas à retourner sur la page du web-documentaire. Après quelques tentatives, il revient sur le webdoc et explore le quatrième chapitre de manière furtive.

Entretien post-observation

Réaction spontanée:

J'ai trouvé ça intéressant et instructif.

Pourquoi cela vous a intéressé ?

Parce que je connaissais pas du tout le sujet. J'ai appris des choses. Voyez vous une différence par rapport au documentaire classique ? Oui car on a le droit de sélectionner son info, on navigue à son envie. Avez vous l'impression d'avoir tout vu dans le web-documentaire ? Oui j'ai vérifié pour savoir si j'étais passé à côté de quelque chose. Avez vous aimé ce web documentaire ?

Oui parce que le site était bien construit, bien classé. Il y avait des onglets qui structuraient l'ensemble. Les documents étaient de nature différente et variée.

Avez vous été surpris en visionnant ce web documentaire ?

Oui un peu car c'était sous forme un peu de bd. Je m'attendais à un truc moins créatif, plus austère.

Comment qualifierez vous l'expérience que vous avez vécu ?

C'est différent de la télé. Il y a plus de liberté.

Avez vous éprouvé des difficultés pour comprendre les principes de navigation ?

J'avais compris les onglets mais j'ai pas pigé le truc de la carte. Et puis j'ai compris qu'il est inutile de voir tous les témoignages. Je pensais que c'était pas nécessaire et puis que ça serait trop long.

Vous avez rencontré quelques difficultés à certains moments, non ?

Au début, oui, j'ai cliqué plusieurs fois, je me suis retrouvé sur Dailymotion, je ne savais pas que ça allait pas ouvrir sur plusieurs pages. Je préfère que tout soit sur une page

Qu'est ce qui vous a intéressé le plus au niveau de la forme?

La carte, c'est ce qui m'a le plus intéressé. C'était une forme originale de présenter les choses. Comment pourriez vous définir le webdoc à présent?

Il s'agirait d'un mode d'exposition qui permet d'être plus libre. Mais aussi de présenter des choses variées. Y a des onglets que j'ai pas sélectionné. L'information a été filtrée par moi.

Est ce que vous vous êtes senti utile, mobilisé pour le déroulement du documentaire ? Non mise à part la sélection des vidéos.

Est ce que tu penses que tes choix sont décisifs dans la compréhension?

Oui. Si javais pas lu depuis le début, ça m'aurait pas aidé à comprendre. C'étaient des différents points de vue. Donc finalement c'était pas tellement important

Vous avez lu les vidéos en entier, pourquoi ?

Tout simplement parce que cela m'intéressait.

Connaissiez vous cet événement de l'histoire de France ?

Oui, je l'ai étudié au lycée mais pas aussi détaillé. Enfin non je savais juste sur la guerre d'Algérie

Avez vous appris des choses ?

Je savais pas qu'il y avait eu cette manifestation. Il y a également certains documents que je connaissais pas. Cependant c'est pas le web-documentaire qui permet de découvrir cela. Les cartes

et les lexiques peuvent très bien passés sur un documentaire classique. Le format web n'apporte rien en plus.

Est-ce ludique selon vous ?

Oui parce que c'est animé. A chaque fois y a une présentation en bd. Et puis tu recherches les onglets

Pensez vous retenir ce que vous avez visionné ?

Oui mais je pense que le documentaire classique est plus efficace de ce point de vue là parce qu'il y a une certaine ligne que l'on suit.

Annexe 16 : Entretien d'observation avec Laura

Entretien mené avec Laura Martinez le 15 janvier 2011

Profil

22 ans

Etudiante en Master de management de la culture

Grande consommatrice d'internet

Consommatrice de documentaires (mais pas nécessairement historiques). Le mode de

consommation majeur : le replay (notamment sur le site Arte +7)

Observation : (webdoc La nuit oubliée)

Durant quelques minutes (2 à 3 min), elle prend connaissance de l'objet (webdoc La nuit oubliée). A la suite de cette première phase d'observation, elle lance la lecture de la vidéo d'introduction. Ensuite elle clique sur "entrer dans la manifestation. Elle ferme rapidement l'encadré de présentation et lance une vidéo (choisie au hasard sur la partie gauche de l'écran). Il s'agit du témoignage de Catherine Levy. Le vidéo n'est pas visionnée jusqu'à son terme (lecture de la moitié) puis elle lance la lecture du témoignage suivant. Nous pouvons constater un moment d'hésitation avant de lancer la lecture qui est interrompue rapidement. Elle clique sur une autre vidéo sans toutefois la visionner. Ainsi l'intérêt et la patience de l'individu ont diminué progressivement et s'incarne dans des actions précises : la lecture ou le rejet de la vidéo.

En cliquant sur "poursuivre vers les coulisses", un encadré d'explication apparaît. Elle prend le temps de lire le texte puis ferme la fenêtre.

L'internaute se situe désormais dans le deuxième chapitre de la vidéo. Elle clique sur les différents portraits situés sur la gauche sans lancer la lecture des vidéos. Après un temps d'attente, elle s'arrête sur le portrait de Maurice Papon. Elle lit rapidement le texte de présentation puis se dirige vers l'onglet au bas droit de la page "Un jour dans la guerre d'Algérie" qui la dirige vers le chapitre suivant. Elle lit attentivement l'encadré. Laura ne cliquera que sur une date de la frise avant de se diriger vers le chapitre "se souvenir" (via l'onglet situé au haut de la page). Après avoir lancé la vidéo "fouiller le passer- retrouver les traces", elle quitte la page.

Entretien observatoire

Une première réaction à chaud ?

C'est bien fait d'un point de vue esthétique. Les vidéos sont bien travaillées et j'aime bien cet aspect. Par contre, je considère que nous lancer dans les témoignages sans présenter le contexte est une erreur. D'autant plus que je n'ai pas envie de regarder tous les témoignages qui sont lents.

Pourtant le déroulement n'est pas mal du tout. La vidéo d'introduction donne envie de poursuivre mais l'ordre des chapitres est mal pensé. C'est mal organisé.

Les références historiques ne surviennent qu'au bout du troisième chapitre. C'est au début qu'il faut mettre les dates si on veut comprendre. Je pense aussi que le système de choix des dates n'est pas génial. Il ne faut pas nous laisser le choix. Par logique, on regarde chronologiquement mais la frise et la mise en page ne donnent pas trop envie de regarder.

En conclusion, le côté ludique est très attractif mais c'est mal organisé. Du coup je n'ai pas tout regardé. Bien qu'ils donnent un chemin à suivre et que je sachent où cliquer, je ne pense pas que l'ordre soit le bon.

Je préfère un documentaire télé parce que là, c'est trop fragmenté. Dans les documentaires télévisés, il y a une meilleur construction. On comprend mieux car c'est plus homogène. Avec le webdoc, c'est

très éparpillé.

D'ailleurs, j'ai peu retenu de choses notamment parce que les témoins font références à des choses qu'on ne connait pas nécessairement.

Observation (webdoc 17.10.61)

Elle lance la vidéo d'introduction puis vérifie à l'aide du curseur la durée de la vidéo. Lorsqu'elle en est informée, elle interrompt la lecture et clique sur "entrer".

Une fois sur la page principale, elle glisse son curseur sur quelques points (3) de la carte puis sur les visages, un à un. L'individu prend ainsi la mesure du dispositif. Après cette première phase d'observation, elle lance la lecture du témoignage de Leila en cliquant sur son portrait. (la vidéo se lit automatiquement). Après trois minutes de lecture, Laura avance la vidéo (deux minutes avant la fin).

Lorsqu'elle a fini de visionner ce premier témoignage, elle clique sur l'un des points (en l'occurrence le deuxième) de la frise chronologique au bas du témoignage.

Elle clique ensuite sur le troisième point, le quatrième jusqu'au sixième sans discontinuer. Ainsi les différents documents défilent à l'horizontal. « D'accord, je viens de comprendre la principe ». Ce genre de remarque au cours des entretiens ne sont ni rares ni anodines. Elles témoignent simplement que les manipulations de certains webdocs historiques nécessitent un véritable apprentissage. Elle lance la vidéo "Salah". Après avoir hésité d'avancer la vidéo, elle finit par l'interrompre au bout de trois minutes de lecture. Elle continue à faire défiler les documents puis retourne à la carte. Elle fait glisser son curseur sur les différents personnages sans cliquer avant de fermer le web-documentaire.

Entretien post observatoire : Réaction ?

Ils considèrent qu'on connait l'histoire. On arrive sur une carte avec une femme mais on ne sait pas ce qu'il se passe. Il n'y a aucune mise en bouche historique.

J'ai éprouvé quelques difficultés à comprendre le principe. Je pensais qu'on allait voir les personnages à la suite. J'ai déchanté.

Apparemment ce sont des personnages réels mais avons nous besoin de connaître toute leur vie ? Je trouve ça un peu trop sentimental. Par ailleurs, reconnaître les acteurs, c'est un peu bizarre, ça décriminalise un peu. Le fait de les reconnaître crée un mélange d'histoire et de fiction. Pour le coup d'est dérangeant. Mais j'aime bien le principe de lecture : un acteur qui raconte avec des images d'archive.

Avez vous l'impression d'être guidée ?

Je n'ai pas du tout ressenti cela. D'ailleurs, ça gène énormément surtout parce que je ne sais ce que c'est, je ne sais pas quoi cliquer. Tout n'est pas forcément essentiel et je finis par être perdue. La lecture n'est pas fluide et il n'y a rien qui nous appelle en premier. C'est pour cela que j'ai tout regardé d'abord pour comprendre.

Qu'est ce qui a guidé votre premier choix alors ?

J'ai choisi le personnage parce que c'était le premier et je pensais qu'il y aurait un ordre alors que j'ai constaté que non. Lorsque j'ai regardé les annexes, il y avait pas de conteste. La femme parlait comme si on arrivait au milieu de la discussion et on ne voit pas le lien avec le témoignage de Leila.

Annexe 17 : Entretien d'observation avec Alice

Entretien-observation avec Alice Streng - réalisé le 15 mai 2012

Profil :

21 ans étudiante en master Management du développement culturel.

Principe : L'entretien mené est quelque différent des autres puisqu'il s'agit ici de faire visionner à l'individu deux webdocs sur le même sujet : La nuit oubliée et 17.10.1961. L'objectif est moins d'analyser le parcours de lecture que de mener un entretien sur les impressions et les analyses de l'internaute face à ces deux web-documentaires. Proposer de visionner deux web-documentaires à l'internaute permet de faire germer en son esprit un esprit de comparaison propice à une réflexion plus profonde. D'autant plus que la majorité des individus interrogés ne connaissent pas le format web-documentaire. Ce type d'entretien sera réalisé auprès d'autres individus.

Qu'est ce qu'est un documentaire selon vous ?

C'est un film qui donne des infos sur des événements historiques. Sur tout ce qui nous concerne, ce qui nous entoure.

Êtes vous consommatrice de documentaire ?

Non, à peu près entre 5 et 10 documentaires.

Quel est le rôle que doit jouer selon vous le documentaire ?

Informatif et esthétique (agréable à regarder.) Il faut du plaisir pas que l'info sans cesse.

Savez vous ce qu'est un web documentaire ? Si votre réponse est négative, avez vous une idée de ce que cela pourrait être ?

C'est un documentaire que tu peux trouver sur internet. Ils sont publiés à la télévision et qui sont retransmis sur internet. Y en a beaucoup plus qu'à la télé. Tu peux avoir accès à ce que tu veux : tu peux regarder n'importe quoi n'importe quand. Tu peux regarder le temps que tu veux.

Où pouvez vous trouver des web-documentaires selon vous ? Et qui créent les web-documentaires ?

Sur Dailymotion, Youtube, sur les replay de Arte ou France OBSERVATION :

Premier documentaire : La nuit oubliée (22h00)

version plein écran. Met en plein écran la vidéo d'introduction. (Faudra parler du cannibalisme de l'espace)

« C'est fini déjà là ? » (après la vidéo d'introduction) Appuie sur echap. Quelques secondes de doute « Qu'est ce que je fais après ». « Je veux la suite moi » Balade la souris sur les onglets du haut puis lit le texte d'introduction de la première page. Ensuite clique sur l'onglet du haut "entrer dans la manifestation" et lit le texte d'introduction puis ferme.

Lance la première vidéo qui apparaît (celle de Ben Aissa). « pourquoi ça marche pas ? ». « ça bug j' vais direct dans la guerre d'Algérie ».

« ça m »intéresse plus » (en parlant du troisième chapitre) Lit attentivement l'introduction du troisième chapitre puis ferme. Retour position attentive pour lire le texte d'intro. Reflex de cliquer sur la vidéo de l'Ina quand elle s'afiche (avec un peu de retard par rapport au texte).

Va sur la carte (sans lire les vidéos). Regarde les trois onglets de la carte puis retourne au troisième chapitre en cliquant sur l'onglet du 3eme chapitre.

« ok génial » la vidéo de l'Ina ne marche pas. « C'est normal qu'il n'y ait pas d'explication pour les autres dates ? » En réalité elle avait cliquer sur le repère de la carte alors qu'il faut cliquer sur la date (et pas e triangle). Clique sur les dates, les unes après les autres, sans lire les vidéos (seulement les textes d'introduction)

Se dirige vers les archives. Lit la vignette "rapports" puis sur le lien "télécharger les rapports". Ne le lit pas puis clique sur "les documents secrets". Se retrouve sur la page owni.fr et lit le texte de Guillaume Dasqué et Andrea Fradin. Pas en entier parce que long va vers la fin et lit la fin. Descend la barre pour voir la suite de la page. Lit une partie des textes. Lit surtout les citations (sur fond gris). Elle lit d'autre documents (notamment l'avis de Claude Lansman)

Soupir « Ok » « j'ai téléchargé les rapports mais ça je préfère les lire plus tard. » Durée : 18 minutes.

Deuxième documentaire : 17.10.61

Vidéo d'intro s'enclenche directement. (pblm de lecture pq elle n'arrive pas à réduire l'afichage : impression que le doc est coupée en bas) Gros pblm d'afichage : on peut pas rentrer dans la vidéo si on dezoom pas. Intervention (de nature technique).

Se promène sur les visages puis clique sur le premier à gauche. Lecture de la vidéo puis passe la souris sur la vidéo pour voir combien de temps s'est écoulé. Elle le fait une deuxième fois avant d'avancer la vidéo. Lit jusqu'à la fin. Essaie de sortir : elle appuie à gauche de la frise (sur carte). Elle clique sur le portrait de clémence. Lecture de la vidéo. Après 2 min elle avance la vidéo. Avance une seconde fois et une troisième fois. Elle le doigt sur la souris et passe sur la bande qui signifie le temps.

« J'ai fini ».

durée : 9 minutes

Entretien post-observation

Pourquoi ne pas lancer les vidéos témoignage ? Et avoir passé sur le deuxième chapitre sans mm regarder (1er docu)?

J'aime pas les témoignages en général, je préfère aller aux faits concrets et archives et les témoignages sont au second plan. Les témoignages ça vire vite au pathos et je préfère avoir les faits pour mieux comprendre les témoignages.

Pourquoi ne pas regarder les vidéos de l'ina (1er docu) ?

Après les témoignages, j'y serai retourner avoir lu les textes mais je pensais que les vidéos ne marchaient pas

Quelle est votre réaction après la lecture de ces web-documentaires historiques ?

Réaction sur le sujet : idée que l'histoire et les erreurs se répètent (cf les déportations de juif) Quelle est la différence entre les deux web-documentaires visionnés ?

Le deuxième est complètement différent, ce sont que des témoignages de gens dont le rôle était différent. C'est chacun son histoire.

La vidéo d'introduction est importante car au moins on voit que y a un truc qui nous intéresse donc

ça nous incite à chercher ensuite. Alors que la deuxième ça manque : j'ai pas bien compris qu'il fallait cliquer sur les personnages. C'est intéressant d'avoir des avis différents mais comme je connais pas trop l'événement, je préfère avoir plus d'objectivité.

Avez vous été surprise par ce genre ?

Oui. Devant la télé, tu te mets devant mais mm si ça te plait pas forcément tu continues. Là c'est court et divisé : bien parce que t'as le choix mais d'un autre côté tu écoutes que ce qui t'intéresse donc on passe à côté de certaines infos.

Comment qualifierez vous l'expérience que vous avez vécue ?

C'est assez interactif. Dans le premier j'ai bien aimé pq je pouvais trouver des archives des témoignages écrits (d'ailleurs ce que j'ai téléchargé je vais le lire plus tard pq j'aime pas lire sur ordinateur) C'est presque comme si ils voulaient te faire entrer dans l'histoire comme dans un jeu de rôle, de participer par la recherche. Rien que le fait d'avoir le choix est important.

Est ce qu'il vous manque quelque chose pour faciliter la lecture ?

J'ai plus buté sur le deuxième que le premier. Au niveau de la présentation, je savais pas sur quoi cliquer. Y avait pas de vidéo d'intro. Notamment j'ai pas compris qu'il fallait cliquer sur les portraits. Je savais pas non plus (pq je viens de lui dire) qu'on pouvait cliquer sur la carte.

Qu'est ce qui vous a intéressé au niveau de la forme?

Ds le 2eme, j'avais l'impression d'atterrir dans l'après historique, sur le site web historique, J'ai pas aimé ça.

Est ce que tu as l'impression d'avoir une certaine liberté ?

T'es libre pq t'as le choix mais à la fois t'es dirigé. Par exemple dans le 2, t'as que des témoignages donc j'ai pas tant le choix. On m'oblige à rien. Je peux sortir du site. J'ai la liberté de voir ce que je veux mais c'est ce que eux veulent me montrer

Qualifierez vous ce web documentaire d'interactif ? Pourquoi ?

Pq y a à la fois de la bd, des vidéos, des témoignages, des articles, des rapports. Et toi tu interagis, tu choisis.

Est ce que tu penses que tes choix sont décisifs ?

Oui certainement, ce sont des choix libres cependant. Ce que je mets de côté, ce sont des choses mineures. Ça serait pour compléter plus tard pq j'aime pas rester longtemps sur le site.

Connaissiez vous cet événement de l'histoire de France ?

J'avais vu un film dessus et révisé en cours Avez vous appris des choses ?

J'ai surtout revu des trucs que j'avais oublié.

Selon vous, le web documentaire est il adapté à la transmission du savoir historique ?

C'est particulier, c'est accessible n'importe où à Macdo par exemple. C'est bien pour avoir des infos courtes et brèves en peu de temps. J'ai tendance à balayer les documents tandis que dans un documentaire classique c'est fait pour retenir l'essentiel. J'ai bcp d'info avec le webdoc mais finalement c'est mélangé, c'est pas clair. Tout se mélange. J'arrive pas à avoir la ligne directive.

Est ce que vous pensez que tous les sujets historiques peuvent être traités par le web documentaire ?

Je pense que c'est largement possible. On peut regarder un doc classique pour les infos générales et après aller sur le site pour trouver des infos plus précises. C'est complémentaire. Ça peut exister juste pour le web mais selon moi ça serait incomplet. De plus on a une moindre patience donc on irait trop vite donc bcp d'info mais mal informé.

Estimez vous avoir vécu une expérience collective ou individuelle ?

C'est de l'information complètement individuelle et personnelle.

Par quelle catégorie de population cette expérience peut elle être vécue ?

Surtout au lycéen et étudiants pour avoir des infos complémentaires. Et également aux descendants de ce qui ont vécu ça.

Est ce que le webdoc remplit le double rôle du documentaire ?

Oui mais je trouve que c'est très saccadé. On reste dans le mm divertissement qu'il existe sur le web ; Mais il manque une continuité, une linéarité de l'information. Je sais dès le départ qu'il y a des trucs que je vais pas aller voir. Je vais aller voir des trucs qui passent en 60 puis retourner voir des choses qui se passent 10 ans avant.

Annexe 18 : Entretien d'observation avec Hélène

Entretien-observation avec Hélène Mouche - réalisé le jeudi 08 mars 2012

Profil :

21 ans étudiante en LEA à Paris

Consommatrice régulière d'internet mais navigation restreinte à peu de sites internet.

Principe : L'entretien mené est quelque différent des autres puisqu'il s'agit ici de faire visionner à l'individu deux webdocs sur le même sujet : La nuit oubliée et 17.10.1961. L'objectif est moins d'analyser le parcours de lecture que de mener un entretien sur les impressions et les analyses de l'internaute face à ces deux web-documentaires. Proposer de visionner deux web-documentaires à l'internaute permet de faire germer en son esprit un esprit de comparaison propice à une réflexion plus profonde. D'autant plus que la majorité des individus interrogés ne connaissent pas le format web-documentaire. Ce type d'entretien sera réalisé auprès d'autres individus.

Qu'est ce qu'est un documentaire selon vous ?

Un documentaire est une émission qui va m'apprendre des trucs sur un sujet

Êtes vous consommatrice de documentaire ?

Rarement. A peu près 2 ou 3 fois par mois. Les documentaires qui m'intéressent le plus sont ceux de société et les docs animaliers.

Quel est le rôle que doit jouer selon vous le documentaire ? Il doit nous informer et nous instruire.

Savez vous ce qu'est un web documentaire ? Si votre réponse est négative, avez vous une idée de ce que cela pourrait être ?

Non, je n'ai jamais entendu parler du web-documentaire. Je suppose que le web-documentaire doit être très axé sur la vidéo et la photographie. Mais je ne vois pas en quoi cela peu différer du documentaire classique.

Où pouvez vous trouver des web-documentaires selon vous ? Et qui créent les web-documentaires ?

Peut être sur les sites internet de quotidiens comme LeMonde. Je pense que ce sont les jeunes journalistes qui s'occupent des web-documentaires car ces derniers peuvent être un moyen de se faire connaître dans le milieu.

Observation webdoc 17.10.61

« j'imagine que je lance. Position avancée détendue. Hésitation après la vidéo, « ah » surprise. Lance une autre vidéo. Yeux qui cherchent. Lancement de« je m'appelle clémence ». « je comprends rien » rire crispé.

Lancement de « je m'appelle Salate ».

Position avancée, main sur la tête. « ooh » réaction de dégout(après tranché la gorge) Lancement d'un autre témoignage. Position similaire. Vidéo captive un peu plus longtemps. Agacement, changement de position. Position stable : attention mais peu d'activité (activité

seulement cognitive). Rapprochement de l'écran. Grimaces d'agacement (comme si elle arrivait pas à faire quelque chose) Le témoignage d'un historien semble moins retenir l'attention. Mouvements incessants des yeux. « Je crois qu'il y a rien d'autre à voir »

Entretien web doc La nuit oubliée:

« je me retrouve sur un site. » Parcours des yeux de long en large avant de commencer d'agir. Après la vidéo d'intro : idem parcours des yeux. Haussement des sourcils. Grimace : perplexité. Main sur le front qui dénote une incompréhension. Mouvement des yeux alors que la vidéo est en route. « humhum » Toujours ce mouvement des yeux. Par moments concentrations. « je crois que je préfère encore l'autre ». Se rapproche de l'écran.

Quelle est votre réaction après la lecture de ces web-documentaires historiques ?

Le sujet ne m'a pas spécialement intéressé. J'ai mis du temps à comprendre comment ça fonctionnait. Je cliquais un peu n'importe où au début. Par exemple, j'ai mis un certain temps avant de saisir que le site se développe à l'horizontal. Je me suis cependant intéressé à tous les personnages. C'est extrêmement bien documenté.

Quelle est la différence entre les deux web-documentaires visionnés ?

Le deuxième (La nuit oubliée) est plus dificile à se situer, à comprendre. Le premier est plus original. C'est aussi plus facile de comprendre grâce aux personnages, c'est mieux incarné.

Avez vous été surprise par ce genre ?

J'ai été surprise. C'est plus ludique, tu cliques un peu ou tu veux, et tu peux regarder les informations qui te plaisent.

Comment qualifierez vous l'expérience que vous avez vécue ?

Je me sens plus spectatrice. Dans le premier il y a très peu de choses à lire. Ils jouent beaucoup sur les images et les vidéos. Il y a une réelle volonté de se replonger dans l'histoire, et le personnage permet de rendre le tout plus humain.

Quant au deuxième (La nuit oubliée), ça pourrait être un manuel d'histoire. Le fait qu'il y ait une mise en scène fait la particularité du web doc. Donc, dans ce cas, le premier est plus réussi. Remettre par écrit ce que tu peux trouver dans un bouquin n'a aucun sens et c'est cette impression que j'ai pour le web-documentaire La Nuit oubliée.

Quelle(s) différence(s) avez vous ressenti par rapport à un documentaire classique ?

Il y a la possibilité de faire des pauses, tu peux cibler ce que je veux vraiment voir. Je fais moi même la chronologie. La possibilité de mélanger les photos, le vidéos, les écrits est un véritable plus.

Avez vous éprouvé des difficulté pour comprendre les mécanismes de navigation ?

Oui, je savais pas où regarder. Le fait de savoir ce qu'est le web documentaire pourrait aider. Peut être mettre faudrait il renseigner, dès la page d'accueil, l'internaute pour lui dire ce qu'il peut faire sur le site. T'es plongé mais tu sais pas trop ce que tu dois faire. C'est qu'au fur et à mesure que tu comprends. Au bout de 10 minutes, j'ai fini par saisir mais j'aurais très bien pu manquer le système horizontal.

Est ce qu'il vous manque quelque chose pour faciliter la lecture ?

Pas grand chose. Une fois que t'es dans le signe, tes dans l'ambiance donc tu peux pas mettre des consignes partout. Ils arrivent à te plonger dans une ambiance.

Qu'est ce qui vous a intéressé au niveau de la forme?

Je suis pas très internet, je pense que le mieux c'est de pouvoir naviguer comme je veux, aller fouiner de tous les côtés.

En ce qui concerne les témoignages, qu'en pensez vous?

Yen avait énormément dans le second (La nuit oubliée). Le 1er c'était plus intéressant parce qu'il y avait de la fiction. Les témoignages sont plus en annexe. C'était comme un fiction, comme une mini série. On suit chaque personnage. Le second semblait plus écrit et plus réel.

Est ce que tu as l'impression d'avoir une certaine liberté ?

Liberté en fonction de l'info ou de la forme ? On te donne l'info et t'es un peu obligé d'aller dans leur sens. Ils imposent un point de vue. Tu le prends comme on te le donne. On va avoir la mm réaction. Liberté de la forme ? Oui parce que tu peux revenir en arrière, couper et partir quand tu veux.

Est ce que vous vous êtes sentie utile mobilisée pour le déroulement du documentaire ? Non je trouve pas.

Qualifierez vous ce web documentaire d'interactif ? Pourquoi ?

Oui, dans le sens ou il y a plusieurs rubriques. Grace à la vidéo que tu trouveras jamais dans un bouquin. Tu te mets à la place des gens avec tous ces témoignages.

Est ce que vous pensez que vos choix sont décisifs ?

Y a forcement des choses que tu rates parce qu'il y a énormément d'infos sur le site. Si t'es vraiment intéressé tu fais tous les onglets mais ça fait un peu "guik". Ça me chagrine pas de manquer certains documents. On est beaucoup plus attentif devant un doc classique, une fois que t'as commencé tu le suis jusqu'au bout alors que là, je me sens pas contrainte de terminer.

Le fait qu'il y ait beaucoup d'onglets, tas pas l'impression d'être dans un vrai doc. Si il y a une chose qui semble pas t'intéresser don t'y vas pas. Je fais pas l'effort mais c'est vrai que ça pourrait être intéressant de tout voir. C'est dommage.

Connaissiez vous cet événement de l'histoire de France ?

Oui, je connaissais plutôt bien. Ma grand mère m'en a souvent parlé. C'est pour ça Avez vous appris des choses ?

Oui ça m'intéressait pas vraiment, quand c'est trop long (les vidéos). Je sais pas trop combien de temps je vais pas passer devant. Tu dis que tu sais pas combien de temps tu vas passé donc dès le départ, je suis rebutée.

Selon vous, le web documentaire est il adapté à la transmission du savoir historique ?

J'imagine que c'est un moyen de mettre beaucoup beaucoup d'informations. Il n'y a pas de contrainte sur la quantité. Ça permet de mettre tout en même temps sur tous les supports. Un vrai doc m'instruirait plus : ça reste un format particulier parce que il y a toute la chronologie d'un coup, il y a toujours une dynamique qui fait que tout se suit. Dans la web doc, on est arrêté par l'écrit, par les pauses. Il y a moins de dynamique que sur documentaire.

Est ce que vous pensez que tous les sujets historiques peuvent être traités par le web documentaire ?

Je trouve que le fait que ça soit une journée, c'est le plus facile. Traiter une longue période, ça paraitrait dificile d'être aussi informé sans avoir des centaines d'onglets. Avec le web-documentaire, il existe la tentation de mettre une quantité importante d'infos. Donc si la période est plus large ça va faire bcp d'infos, bcp d'onglets.

Pensez vous retenir ce que vous avez appris ?

Oui parce que les vidéos c'est comme un doc et les textes c'est comme un bouquin. Estimez vous avoir vécu une expérience collective ou individuelle ?

J'avais l'impression d'être toute seule sur le site. Je me demande si y a vraiment bcp de gens qui vont visiter ce site. Je pense que c'est plutôt un support de recherche qu'un documentaire

Par quelle catégorie de population cette expérience peut elle être vécue ?

Les passionnés, les étudiants. Je pense pas qu'il y ait beaucoup de monde qui regarde les web-documentaires.

Annexe 19 : Entretien d'observation avec Anne-Marie

Entretien-observation - Anne-Marie

Connaissez-vous le web-documentaire ?

Non, tout ce qu'est web, je ne connais pas.

Avez vous une idée de ce que peut être le web-documentaire ?

Ça permet d'aller sur plusieurs documents différents. On peut en voir davantage et les choisir. Il y a peut être plus d'informations et on peut s'orienter vers autre chose, aller plus loin dans la recherche.

A quelle fréquence regardez vous les documentaires historiques ?

Je regarde peu de documentaires historiques à la télévision. Je préfère les documentaires de société.

OBSERVATION :

Après une petite minute d'attente, elle commence la lecture en mettant en plein écran. Ensuite, elle lit attentivement le texte. La position du corps est une position d'observation inactive puisque les mains ne sont ni sur le clavier, ni sur la souris.

Ensuite, il y a prise en main de la souris. Elle déplace le curseur sur l'image de la photo mais le clic ne fonctionne pas. Ainsi elle descende vers le bas. On assiste donc à une première difficulté dans le parcours de lecture.

L'individu dirige par la suite la souris vers le texte qui accompagne la vidéo. Une nouvelle fois, il y a lecture de manière attentive de la vidéo. Puis elle clique sur une autre vidéo Il s'agit de la vidéo qui s'affiche directement après la vidéo d'introduction. Cette vidéo apparaît au centre de la fenêtre. En réalité, la vidéo est un lien vers la plateforme Dailymotion sur laquelle sont abritées les vidéos (ou certaines) du web-documentaire. Elle écoute attentivement le témoignage de Khaled Benaissa. Elle soutient son visage avec sa main. Une telle position est à la fois passive (physiquement) et active (intellectuellement). « Mais c'est dégueulasse, c'est comme les Allemands. » Il s'agit de la première réaction spontanée de la personne observée. Elle réagit par rapport à ce que dit le témoin. Elle est donc bien au coeur du web-documentaire puisque sa remarque porte essentiellement sur le contenu.

Une fois la lecture achevée (lecture jusqu'au bout), elle clique sur la personne qui intervient au centre, celle du témoignage de Catherine Levy. C'est une proposition de lecture faite par Dailymotion à l'internaute. Néanmoins, nous nous situons ici à l'extérieur du web-documentaire. En cela réside la seconde difficulté de lecture car nous demandons à la personne observée si elle sait et peut revenir sur l'espace précédent. Son incapacité à retourner sur le web-documentaire nous incite à intervenir dans le parcours de lecture. Cette intervention souligne l'importance de la distinction entre l'espace du web-documentaire et les espaces attenants. Ces espaces se démultiplient puisque nous naviguons sur internet. Cela est d'autant plus dangereux que les internautes sont labiles et que les moins aguerris se laissent porter par le le flux (notamment lorsque l'on propose des vidéos : réflexe télévisé).

Une fois retournée sur le site du web-documentaire (on précise que sans notre intervention elle aurait poursuivi la lecture sur Dailymotion. Ainsi le webdoc n'aurait pas été visionné.), elle se dirige vers "entrer dans la manifestation". Elle lit le texte puis veut savoir comment le faire disparaître. Il s'agit de la troisième difficulté de lecture et de notre seconde intervention. Cela témoigne d'une

absence de connaissance de certains codes de la navigation internet. Nous lui indiquons qu'il faut fermer le texte en cliquant sur la croix située dans le coin droit du cadre.

Elle lance la lecture du témoin suivant. « J'aime bien ces témoignages ». Ensuite elle lit les autres témoignages dans l'ordre supposé par le web-documentaire. Il n'y a donc pas de véritable rupture de l'ordre présupposé par l'organisation du contenu.

Au cours des lectures des vidéos, la position est semblable à chaque fois : elle ne touche pas l'ordinateur, les mains posées sur la table, le regard figé sur l'écran. L'attention est complète. C'est d'ailleurs dans ces moments que les réactions spontanées surgissent : « C'est bien filmé. Ce sont des témoignages pénétrants. Très pudiques mais très forts. »

Elle regarde l'ensemble des vidéos de la première partie du web-documentaire. A la fin de la dernière vidéo, elle fait glisser le curseur sur la page en cherchant d'autres vidéos. « C'est fini là ? ». Une fois qu'elle s'est aperçu qu'il n'y avait plus de vidéos disponibles, elle clique sur "en coulisses" c'est-à dire le deuxième chapitre. Elle entre dans ce chapitre par l'onglet situé en bas à droite : c'est la linéarité qui prend le dessus. Elle lit le texte de présentation attentivement puis ferme la fenêtre pour accéder au deuxième chapitre.

Elle commence la lecture du texte de présentation de la vidéo (la première qui apparaît). Néanmoins le texte est tronqué. « Dommage, il est bien fait ce truc quand même ». Il suffisait de jouer sur la taille d'affichage de la page pour pouvoir lire le texte de présentation. Cela demande donc un réflexe de manipulation que seuls les initiés peuvent faire. D'autant plus que l'individu est entré dans une lecture dite "plein écran" et que cet ajustement nécessaire est surprenant. La personne observée lance la lecture de l'ensemble des vidéos du deuxième chapitre du web-documentaire. Puis elle se dirige vers le chapitre 3. Pour cela elle clique sur l'onglet situé en bas à droite de la page.

Lorsqu'elle veut lancer la vidéo, l'opération ne fonctionne pas. Il s'agit d'une vidéo de l'INA dont l'url est désormais introuvable. Une telle situation a déjà été soulignée au cours des analyses de web-documentaire. Il s'agit d'un véritable cul de sac face auquel l'internaute est régulièrement confronté lorsque le web-documentaire utilise des vidéos d'autres plateformes. Un tel souci technique entraîne une rupture du parcours de lecture de l'internaute. La réaction de l'individu est assez significative de cette rupture puisqu'elle s'arrête quelques secondes et tente de relancer la vidéo. Après ce premier essai peu concluant, elle déplace le curseur sur la frise. C'est la première fois que l'individu s'inscrit dans une démarche de découverte. « Là tu peux avoir des infos aussi. » Elle clique sur chaque élément cliquable et lit les textes puisque les vidéos ne sont pas accessibles.

Elle lira ensuite l'ensemble des documents du dernier chapitre. Et notamment les documents accessibles par les trois icônes placés à droite de la page.

Entretien post-observation

Vous avez lu l'ensemble des vidéos et des textes, pour quelles raisons ? C'était très intéressant. Là où je peux voir, là où il y aura la main, j'y vais. Cela ne vous semble pas un peu long tout ça ?

C'est vrai que c'est super long mais en même temps les vidéos vont toujours à l'essentiel. Il y a une grande masse d'informations concentrées.

Quel est votre sentiment après la lecture de ce web-documentaire ? C'est très bien fait, bien informé. L'ensemble des vidéos sont prenantes.

Annexe 20 : Entretien d'observation avec Vincent

Entretien-observation Vincent Gerbi - réalisé le 2 juin 2012

Profil :

18 ans - étudiant en classe préparatoire scientifique - utilisateur fréquent d'internet.

Savez vous ce qu'est un web-documentaire ?

Non, pas du tout. Je n'en ai jamais entendu parler.

Avez vous une idée de la forme et des fonctions que peuvent avoir les web-documentaires ?

Je pense qu'un web-documentaire pourrait être un documentaire sur internet avec une vidéo qui explique (sur un sujet donné) accompagnée par un texte. Ce texte permettrait de comprendre la vidéo.

Consommez vous régulièrement des documentaires et notamment des documentaires historiques ?

Je regarde peu de documentaires, à peu près 1 par mois. C'est plutôt parce que je n'ai pas vraiment le temps.

Observation

Il entre dans le web-documentaire en version plein écran. Lecture de la vidéo d'introduction. Il met en pause pour charger la vidéo et surtout pour lire le texte d'introduction. Lecture attentive (main sur le bureau tête avancée). Lance la vidéo puis la met en plein écran. Réaction « humm » au moment où les témoins parlent dans l'introduction des corps balancés dans la seine. Fin de la vidéo de l'introduction.

« Ah d'accord c"est en plusieurs épisodes et ça c'est c'est l'intro ».

Il clique sur le "entrer ds la manif'' en haut. Ferme l'encadré de présentation après la lecture puis il lit le texte qui accompagne la vidéo. Cependant, du fait du formatage, il ne parvient pas à lire la suite du texte. « C'est dommage » Lecture de la première vidéo du chapitre. Il passe le curseur sur la vidéo pour regarder combien de temps dure la vidéo.

Au bout de quelques minutes d'observation, on constate que l'individu observé prend ses repères et tente de calquer un modèle connu (celui de séries qui se caractérise par un découpage en épisodes) sur le processus de navigation du web-documentaire.

Lecture attentive de la vidéo. Avant la fin de cette dernière, il pose la main sur le curseur pour prendre connaissance du temps restant puis reprend sa position initiale. Bâillement Lecture complète de la vidéo.

Lecture de la seconde vidéo du chapitre. Son parcours de lecture s'inscrit dans l'ordre suggéré du

Finalement, tu estimes que c'est très différent de ce que tu pensais ? Ou es tu surpris par la

web-documentaire. Le curseur a été laissé sur le symbole "pause". Par conséquent, nous pouvons apercevoir une bande jaune qui s'allonge vers la droite et qui signifie la durée de la vidéo. Cette mise en visibilité du temps qui passe implique une rupture avec la position originale du spectateur. En effet, il y a une infiltration du temps réel dans le temps du documentaire qui est en principe un temps vécu, un temps subjectif. Lecture complète de la vidéo. Ensuite il lance la troisième vidéo du chapitre. Mais avant il lit le texte d'introduction qui accompagne chaque vidéo. Position d'écoute. Réactions : soupires de réaction de rire jaune. Lecture jusqu'au terme puis lance la vidéo suivante en cliquant sur le portrait à la gauche du web-documentaire. Il lit le texte d'accompagnement de la vidéo. Fait pause sur la vidéo car il y a une image d'archive (journal de l'époque) qui apparaît dans la vidéo. Il a ainsi le temps de prendre connaissance du document. Il s'agit d'une simple action complètement naturalisée sur le média internet. Néanmoins son impact est relativement important du fait que cette action implique un nouveau rapport au temps. La possibilité de maitriser ce temps permet une appropriation plus complète du documentaire. Cette action était possible avant l'apparition du web notamment avec les magnétoscopes mais internet a démocratisé cette pratique de manipulation de la vidéo. Pourtant, malgré cela, les individus observés sont généralement peu à mettre en pause les vidéos visionnées. Ce contrôle du temps s'incarne davantage dans l'action d'avancer la lecture de la vidéo pour éviter des passages qui leur semblent inintéressants. Lecture jusqu'au terme de la vidéo puis lance l'avant dernière vidéo. Avant de la visionner, il lit le texte. Glisse le curseur pour voir combien de temps il reste. Au cours de la lecture, il a un léger bâillement. Le processus se répète pour la dernière vidéo.

Au terme de la dernière vidéo, il clique sur l'onglet en haut "2. Les coulisses" et lit le texte d'introduction.

Il va ensuite visionner l'ensemble des vidéos dans l'ordre suggéré et selon le même processus qui a guidé sa lecture au cours du premier chapitre du web-documentaire : lecture du texte qui introduit la vidéo, lecture de la vidéo, vérification quelque fois du temps restant de visionnage.

A la quatrième vidéo (celle sur Maurice Papon) il veut surligner le texte car il est peu visible. Ensuite il souhaite lire la vidéo d'archive que l'on retrouve dans ce dossier sur Maurice Papon. Tout comme la vidéo d'introduction générale, il souhaite la visionner en plein écran. Ainsi il met la vidéo en pause et dirige son curseur sur l'icône lui permettant d'effectuer cette action.

Au cours du troisième chapitre, son parcours de lecture est entravé par des vidéos dont les liens sont désormais inactifs.

Lecture de la vidéo d'archive sur la date de décembre 1958 : il vérifier la durée de cette dernière et met ensuite en plein écran. Grâce au curseur il fait défiler la bande signifiant le temps afin d'avance la lecture de la vidéo.

Puis il visionne l'allocution du Général De Gaulle. Une nouvelle fois, il avance la vidéo : « il parle pendant 20 minutes » Puis il parvient jusqu'à l'interview de Louis Joxe à laquelle il sera attentif. Il clique ensuite sur la date du 18 mars. Passe rapidement et va sur celle du 05 juillet (la vidéo ne marche pas).

Quant au dernier chapitre, il ne s'attardera pas beaucoup après la lecture de l'encadré d'introduction. Cela s'explique notamment par le temps passé à visionner les deux premiers chapitres du web-documentaire. Il y a une certaine lassitude et une fatigue qui se sont installées. Cela se traduit par des bâillements de plus en plus fréquents ou des mouvements de redressement du corps. Cette fatigue est moins liée à l'intérêt porté au web-documentaire (puisque l'individu s'est montré enthousiaste à la lecture des vidéos : « c'est très intéressant et bien fait. ») qu'au temps extrêmement long du programme si l'on souhaite visionner l'ensemble des vidéos.

forme du webdoc ?

Je savais pas du tout que c'était comme ça. C'est super bien fait, c'est assez interactif = c'est pas monotone.

Les témoignages sont super mais les vidéos de l'ina sont un peu longues

Qu'est ce que t'apportent les textes qui accompagnent les vidéos ? Permet de connaître le témoin et de se mettre dans l'ambiance des vidéos.

Pourquoi avez vous suivi l'ordre des vidéos?

Parce que je me suis dit que c'était logique. Je l'ai ressenti dans la lecture de la vidéo.

Quelle différence avez vous perçues entre les vidéos (celles de chaque chapitre) ?

Ce qui m'intéresse le plus ce sont les témoignages parce que les interviews sont bien réalisées et ne durent pas trop longtemps. De plus, il y a différents points de vue.

Les vidéos d'archive sont trop longues.

En ce qui concerne le sujet, aviez vous connaissance de cet événement ?

Oui, je connaissais bien cette histoire mais le webdoc m'a appris beaucoup de choses nouvelles. Ça m'a permis de me souvenir de certaines choses oubliées.

Annexe 21 : Entretien d'observation avec Murielle

Entretien avec Murielle Houllier, mené le 16 juin 2012

Profil :

38 ans Institutrice

Qu'est ce qu'un documentaire selon vous ?

Quelque chose qui m'apprend quelque chose sur quelque chose. Etes vous consommatrice de documentaire ?

Pas tellement. En fait pas régulièrement. Je vais pas chercher en particulier mais si je tombe dessus je regarde. C'est le cas de hier d'ailleurs.

Quel rôle doit jouer un documentaire ?

Distrayant et informatif (cela doit être la mission première?)

Savez vous ce qu'est un web-documentaire ?

Je pense que c'est un documentaire diffusé sur internet.

Où pouvez vous trouvez les webdocs ?

Sur les sites de journaux ou sur les sites de chaines. Ce sont des productions journalistiques.

Observation ( web doc 17.10.61): Durée : 5 minutes

Elle lance la vidéo de présentation. Intriguée par le son (la tête se rapproche). Elle regarde le temps qu'il reste. « C'est fini ? » Y avait un problème de zoom : on voyait pas le terme "entrer". Une fois le problème réglé, elle est sur la page avec la carte de Paris. Elle navigue sur les petits points de la carte et voit que ça correspond à des personnages. Elle clique sur le portrait de Lucien et augmente le son. Elle reste 10 secondes sur la vidéo. Elle retourne ensuite sur la carte avant de cliquer sur le portrait de Mohammed. Elle lance la vidéo mais ne la regarde pas puisqu'elle voit qu'elle peut faire défiler sur la droite les archives. Du coup elle lance une seconde vidéo. Il y a donc les deux sons en simultané. Au bout de quelques secondes de lecture, elle souffle. Sous le titre du web-documentaire, elle clique - au hasard- sur un point qui la ramène à la page d'accueil.

Observation (web doc La nuit oubliée)

Affichage de la page : réaction spontanée particulière. Elle siffle d'étonnement. Elle visite l'ensemble de la page et commence à lire quelques commentaires du site lemonde.fr. Elle remonte ensuite sur l'encadré de présentation du webdoc. Elle clique sur "version plein écran". Cependant, ce

la ne fonctionne pas. Fin de l'observation

Entretien post-observatoire : Réaction spontanée :

ça a l'air super intéressant mais je manque de curiosité. C'est une situation difficile car je sais que je suis en observation du coup ça fausse peut être mon attitude et mes réactions. Il s'agit cependant d'une bonne idée pour l'illustration historique en classe. Je me demande qui fait ça.

C'est plus accessible qu'un documentaire, plus morcelé comme la vie qu'on a.

Avez vous été surprise par ce dispositif ?

Je ne m'attendais à rien mais je suis agréablement surprise. Ça donne envie d'aller chercher sur d'autres sujets qui nous intéressent.

Comment qualifierez vous l'expérience que vous avez vécu ?

Je n'ai pas l'impression d'avoir connue une expérience, le mot est trop fort. Est ce qu'il vous manque quelque chose pour faciliter la lecture ?

Au début je n'ai pas sur ce que j'allais voir. Le sujet du webdoc n'est pas vraiment clair. Il manque une contextualisation historique.

Qu'est ce qui vous a intéressé au niveau de la forme ?

Le fait que l'on peut "farfouiller". Il n'y a pas d'ordre à respecter. De plus, comme c'est sur internet, on peut le voir comme on veut, mettre pause et le partager sur les réseaux sociaux.

Avez vous une certaine liberté ?

Oui.

Est ce selon vous interactif ?

(elle hésite un long moment) Oui.

Avez vous appris des choses sur le sujet ?

Non puisque je n'ai pas assez regardé ce webdoc et l'autre ne fonctionnait pas.

Pensez vous que ce genre médiatique peut être utile pour transmettre un savoir historique ?

Il peut mais comme tout savoir historique, la question de la subjectivité et de l'impartialité se pose. Ce sont que des témoignages.

Est ce que l'on peut traiter de tous les sujets avec le webdoc selon vous ?

Oui. Mais certains sont plus difficiles que d'autres. Tels que celui là. Il s'agit d'un sujet assez tabou.

Donc les gens n'ont pas assez de connaissances sur le sujet pour parvenir à faire la part des choses. De plus, quand les témoins sont vivant c'est plus sympas. Donc ça limite les sujets.

Est ce que c'est un genre accessible à tous ?

Oui pour toute génération. Mais les gens qui connaissent pas le sujet ne peuvent pas s'y intéresser vraiment.

Annexe 22 : Entretien d'observation avec Emilie

Entretien avec Emilie Plégat - réalisé le 25 février

Profil :

23 ans

Etudiante en master de marketing et de gestion à l'université de Lille.

Connaissez vous le web-documentaire ?

Non je ne connais pas le web-documentaire.

Avez vous du moins une idée de ce que cela peut être ?

Certainement un style particulier de documentaire. C'est du documentaire papier, non ? En réalité je suis influencé parce que je suis en train de réaliser un document en ligne sur google.doc. Donc j'ai la sensation que le web-documentaire doit s'apparenter à quelque chose du même genre.

Consommez vous régulièrement du documentaire historique ?

Régulièrement. Néanmoins, c'est toujours en replay parce que je regarde peu la télévision.

Observation :

Elle lance le web-documentaire en version plein écran. « Est-ce que c'est normal qu'on puisse pas descendre ? » Une nouvelle fois, l'internaute ne s'imagine pas qu'il doit ajuster la taille de l'écran alors qu'il vient d'adopter pour le mode plein écran. Elle faisait glisser la souris sur les onglets du haut de page puis s'est rendu compte de l'impossibilité de déplacer le curseur vers le bas.

Elle entame la lecture du texte (en suivant les mots avec le curseur) puis lance la vidéo. Il est intéressant de voir en quoi la souris est le prolongement de la main. Avec le curseur, elle regarde combien de temps va durer la vidéo. Cette prise d'information témoigne d'un habitus de la lecture de vidéo sur internet. La dimension temporelle est essentielle sur internet tant l'internaute est labile. Elle voit que la vidéo arrive à son terme (puisqu'elle a laissé la souris sur la vidéo). Ainsi elle clique sur "Entrer dans la manifestation". Après la lecture du texte (encadré illustré par des dessins de BD), elle ferme la fenêtre.

Ensuite elle va directement vers le chapitre 2 par l'onglet du haut. Elle lit le texte de présentation puis ferme l'encadré pour accéder au deuxième chapitre. Ensuite, elle se lance dans la lecture du texte qui accompagne la première vidéo du chapitre. Sans lire la vidéo, elle clique sur l'icône représentant la carte. « Putain mais tu peux passer ta vie sur ce site ». Cette réaction spontanée témoigne d'une prise de conscience de l'ensemble du contenu présent sur ce web-documentaire. Cette prise de conscience est rendue possible par un mode lecture particulier qui rompt avec celui de Anne-Marie. Emilie a semblé adopter une stratégie qui consiste à parcourir rapidement l'ensemble du web-documentaire sans s'attarder sur les vidéos. Cette stratégie représente l'intérêt de se forger une vision globale du site. Un tel comportement est conditionné en partie par une culture de l'internet et de ses pratiques que Anne-Marie ne possédait pas. Cette dernière naviguait sur le

web-documentaire selon des repères et des codes imprégnés et dictés par la télévision.

Emilie navigue sur la carte quelques secondes puis passe directement au troisième chapitre. Une nouvelle fois, elle lit le texte avant de fermer l'encadré.

Afin de lire le texte de contextualisation, elle sélectionne le texte. Puis elle clique sur la date "décembre 1958" de le frise. Elle lit le texte puis clique sur une autre date sans lire la vidéo. Elle réitère la même opération pour chacune des dates : elle lit seulement le texte. Après la découverte de l'ensemble des dates, elle clique sur l'icône "lexique". « Quitte à mettre un lexique, autant mettre des liens vers lui. » Cette réaction sur l'organisation du contenu témoigne encore d'une certaine culture d'internet, la culture du lien et du signe passeur. Puis elle se dirige vers les archives. « Boula ! » Elle s'exclame lorsqu'elle clique sur le rapport en faisant un mouvement de tête vers l'avant parce que le texte est beaucoup trop petit pour la lecture. Au coeur de ces archives, elle se dirige vers le site "top secret". Après quelques secondes, elle « revien[t] en arrière. » Elle se dirige vers le chapitre 4, lit le texte d'introduction puis revient sur le chapitre 3. « Parce qu'il y a un truc que j'ai pas regardé » Elle tente de le retrouver en cliquant sur différentes dates. En ouvrant le lien "8 mai 1945" elle réagit : « Ah oui c'est ça ! » Elle lit ensuite le texte de contextualisation de la vidéo. Elle avait oublié de cliquer sur l'onglet "massacre des civils" accolé à la frise chronologique. Elle réitère le même parcours de lecture (lecture simplement du texte avec le curseur en passant date par date) de la frise pour les dates concernant les massacres de civils. « Pourquoi il n'y a pas un onglet sur la date du 17 octobre 1961 sur la frise ? Je voulais un petit résumé de ça mais il n'y en a pas, c'est vraiment embettant. » Puis elle reprend les dates et s'arrête à celle de juillet 1962 et retourne au chapitre 4 où elle lit simplement le texte de la vidéo avant de fermer le web-documentaire.

Elle utilise une stratégie très particulière fondée sur deux caractéristiques :

- lecture exclusive de textes

- lecture transversale avec des retours en arrières.

Entretien post-observation

Quelle est votre première impression ?

Dommage qu'il n'y ait pas de résumé. J'ai pas envie de regardé toutes les vidéos alors j'aurais préféré une vidéo qui résume tout. A vrai dire j'ai pas bien regardé parce que le sujet ne m'intéressait pas vraiment.

Comment vous expliquez que vous n'ayez lu aucune vidéo ?

Je n'ai pas visionné les vidéos de l'INA notamment parce que les durées ne sont pas indiquées. Je pensais trouver un résumé suffisant en lisant simplement le texte. Si les vidéos n'avaient duré qu'une minute, je me serais lancé dans la lecture.

A quoi avez vous été sensible au sein de ce webdoc ?

Les petites bande-dessinées d'introduction sont intéressantes. Le problème c'est que c'est une lecture très saccadée étant donné que ce ne sont pas des résumés (les bd) des vidéos. La lecture n'est donc pas rendue fluide par ces encadrés.

Les vidéos témoignage sont aussi beaucoup trop longues et l'enchaînement n'est pas forcément visible. Notamment l'icône au bas droit de la page. C'est la même chose pour la frise où les deux rubriques ne sont pas assez visibles (celle sur les massacres de civils.)

Si le sujet avait davantage suscité votre intérêt, auriez vous lu les vidéos ?

Seulement les vidéos du troisième chapitre parce que c'est de l'histoire. Alors

que les témoignages, c'est toujours la même chose.

Une réaction spontanée ?

Annexe 23 : Entretien d'observation avec Célia

Entretien-observation avec Celia Banos, réalisé le 10 mai 2012

Profil

22 ans

Etudiante en master 2 de communication institutionnelle Consommatrice irrégulière de documentaire historiques

Connaissez vous le web-documentaire ? Avez vous une idée de ce que cela peut être ?

Non pas du tout. Il s'agit certainement de documentaires réalisés par de jeunes journalistes qui débutent et qui le publient sur un site.

Sur quel genre de site selon vous ?

Certainement sur un site d'information général. Sur un site de média généraliste

Observation (web documentaire La nuit oubliée)

Elle entre dans une lecture en plein écran puis lance la lecture de la vidéo d'introduction. Elle veut agrandir la fenêtre parce que la vidéo est coupée du fait du format d'affichage. Cependant, elle n'y parvient pas. Elle s'impatiente dès la vidéo d'introduction et décide de fermer la vidéo puis d'entrer dans la manifestation.

Elle évite le texte d'introduction mais lit le texte qui accompagne la vidéo-témoignage de Khaled. Elle ne lance pas la vidéo et clique sur le portrait de Catherine Levy. Lecture brève du texte d'introduction puis visionne la vidéo. Elle décide d'avancer la vidéo car elle est un peu longue. A la fin de cette vidéo, elle clique sur un nouveau témoignage, celui de Clara. En constatant que la vidéo est plus courte, elle affiche un certain soulagement. Les propos du couple de témoin font réagir Célia qui en rit. Elle poursuit la lecture de manière attentive. Plusieurs réactions amusées ponctuent la lecture de la vidéo.

Elle lance la lecture ensuite du témoignage de Georges. Elle avance avant de quitter la vidéo et entrer dans le deuxième chapitre. Elle clique en effet sur l'onglet au bas droit de la page. Elle lit l'encadré d'introduction puis ferme la page. Au coeur de ce chapitre, elle se balade sur les portraits en faisant glisser le curseur. Finalement elle opte pour le témoignage de Michel Rocard. Elle lâche le clavier et adopte une posture attentive. « C'est filmé tout le temps pareil, c'est tout le temps la même musique. C'est vraiment dur. » Elle quitte à la fin de la vidéo la page pour accéder à la carte sur la droite.

Elle observa attentivement la carte et passe le curseur sur les lieux. Elle constate que lorsque la souris passe sur les lieux il y a des éléments modifiés sur la droite de l'écran. Par conséquent, elle lit les légendes liées aux différents lieux. « Je comprends pas. Pourquoi il y a des flèches ? » Elle clique ensuite sur l'icône "témoins" mais passe rapidement.

Elle se dirige ensuite dans le troisième chapitre. Cette fois-ci, le passage au chapitre se fait par le biais de l'onglet situé au haut de la page. Elle regarde un peu puis ferme la page

C'est assez surprenant comme truc. L'idée me paraît bien mais il y a certaines choses à revoir. Quoi selon vous ?

Je ne sais pas vraiment. Disons que les vidéos sont très monotones. J'ai aimé certains témoignages mais ils sont certainement beaucoup trop longs.

Annexe 24 : typologie des web-documentaires

Corpus :

l 17.10.61 publié sur le site Politis.fr. Réalisé par le comité Raspouteam. Disponible en ligne : http://www.politis.fr/17octobre1961/

l Algérie 1954/1962, la dernière guerre d'appelés publié le 01-03-2012 sur le site de France Inter. Réalisé par Thibault Lefèvre et Mariel Bluteau.

Disponible en ligne : http://www.franceinter.fr/dossier-algerie-1954-1962-la-derniere-guerre-d-appeles

l Indépendance Chacha publié le 08-10-2010 sur le site du Monde. Réalisé par Antoine Strobel-dahan.

Disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/societe/visuel/2010/10/08/independance-cha-cha-une-histoire-de-la-decolonisation-francaise_1420868_3224.html#xtor=RSS-3208? utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

l La nuit oubliée publié le 17-10-2011 sur le site du Monde. Réalisé par Olivier Lambert et Thomas Salva. Disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/societe/visuel/2011/10/17/la-nuit-oubliee_1587567_3224.html

l Berlin 1989 : souvenirs d'un monde d'hier publié le 05-11-2009 sur le site du Monde. Réalisé par l'équipe du monde.fr

Disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/europe/visuel/2009/11/05/berlin-1989-souvenirs-du-monde-d-hier_1263388_3214.html

l Génération Tian Anmen : avoir vingt ans en Chine publié le 25-05-2009 sur le site du Monde. Réalisé par Patrick Zachmann.

Disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/visuel/2009/05/25/generation-tian-anmen-avoir-vingt-ans-en-chine_1195170_3216.html

l Les combattants de l'ombre publié sur le site d'Arte. Réalisé par Bernard George. Disponible en ligne : http://lescombattantsdelombre.arte.tv/

l Les Halles de Paris publié sur francetv.fr. Réalisé par Vladimir Vasak. Disponible en ligne : http://www.francetv.fr/doisneau/

l Adieu Camarades publié le 24-01-2012 sur le site d'Arte. Réalisé par Andrei Nekrasov.

Disponible en ligne : http://www.arte.tv/fr/Adieu-Camarades-_21---Le-web-documentaire/4314104,CmC=4314212.html

l François Duprat, une histoire de l'extrême droite : publié le 08-04-2011 sur le site

Type 2 : Prédominance du duo vidéo et le texte sous forme de légende. Contenu structuré en réseau qui permet à l'internaute d'accéder à des contenus par diverses manières. Il y a

du Monde. Réalisés par Joseph Beauregard.

Disponible en ligne : http://s1.lemde.fr/webdocs_contenu/fichiers/duprat/duprat.html

Critères de la typologie

- L'interactivité et sa nature

- L'aspect quantitatif du contenu disponible sur le web-documentaire - La situation d'énonciation du web-documentaire historique

- Le type de narration proposé au sein du webdoc

a- La question du contenu médiatique : sa nature et l'interactivité entre ces mêmes contenus.

Questions possibles : sur quel type de contenu médiatique se construit majoritairement le web documentaire historique. Quel type de contenu est davantage mis en avant ? Y a t-il des portes d'entrée différentes à l'ensembles des contenus ? Comment est structurée le passage entre contenus ? Interactivité des contenus ?

Type 1 : Forte séparation entre les différents contenus. Structure plate qui propose peu ou pas de variété de contenus. Une seule possibilité d'accès aux contenus car les passages entre ces derniers sont limités.

- Berlin 1989 : le web documentaire sur l'histoire du mur de Berlin fait la part belle à la vidéo : les vidéos d'archive et les interviews. Deux temps se côtoient mais dans des rubriques différentes. Il y a d'un côté les témoignages (qui sont d'ailleurs relégués dans le coin bas droit de la page quand on clique sur la frise : cette distinction se matérialise à travers l'ergonomie du site) et de l'autre, il y a la frise qui donne accès à des documents d'archives : souvent des vidéos d'actualité et parfois des photos de journaux que l'internaute ne peut presque pas lire. Autre élément : les animations qui ont un rôle symbolique et esthétique. D'un point de vue générale, il n'en reste pas moins que la vidéo prédomine le tout. Ce sont des vidéos courtes: le rythme de lecture est assez rapide. Et puis absence d'interaction entre les contenus puisqu'il y a une claire distinction entre les images d'archives et les interviews.

- TianAnmen : prédominance de l'image sous seulement deux formes : la vidéo et la photographie. Il y a cependant deux temporalités distinctes : le passé (temps court : un événement) et le présent. Le texte est peu présent si ce n'est pour les titres. Seul la rubrique « à propos » propose du texte avec contextualisation mais elle mène désormais vers une page erreur

- Les halles de Paris : faible diversité pq il s'agit d'un webdoc fondé à partir d'une expo photo : donc prédominance des photos. Organisation de contenus classique si ce n'est le système de chapitre. Le webdoc est vraiment un espace d'exposition.

une certaine interactivité des contenus qui sont liés au sein de la structure.

- Adieu Camarades : ce webdoc propose une structure thématique extrêmement visible (indications textuelles, couleurs, liens etc) Multiplication des entrées possibles aux contenus : liens liés, par date avec la frise, les cartes postales liées. Homogénéité de la nature des contenus. Forte présence de texte et d'images (vidéo + photo)

- Les combattants de l'ombre: une fois encore, la vidéo est primordial dans ce web doc. Mis à part quelques cartes et quelques définitions, on peut constater une faible diversité des différents contenus médiatiques mis à disposition de l'internaute. La Vidéo prédomine et notamment la vidéo d'interviews. Ce sont les témoignages qui sont présentés ici. Absence d'images d'archive. Néanmoins, les contenus proposés sont accessibles par le biais de différents moyens. L'internaute peut accéder aux contenus selon soit une logique tabulaire (notamment grâce à la carte des récits) soit une logique linéaire (grâce à la frise des récits situées au bas de la vidéo)

- 17.10.61 : Le web-documentaire du comité Raspouteam est le second sur le thème des massacres d'Algériens à Paris après celui de la La nuit oubliée. Il présente une grande diversité de contenus : vidéos d'archive, photos d'archive, vidéo de témoignage de spécialistes, portrait des acteurs, carte de Paris, rapports, etc. L'organisation des contenus est telle que l'internet peut y accéder selon deux moyens différents. D'une part les portraits situés au haut de la page. D'autre part, la carte de Paris, située au coeur de la page, qui met en évidence certains lieux marquants de cette fameuse et sombre journée de 1961. Il existe donc deux entrées possibles : l'une incarnée par un personnage, l'autre spatiale. Ensuite le contenu se déroule de la droite vers la gauche selon une ergonomie simple et fluide. Les contenus sont à la fois séparés et liés, ce qui hache la lecture.

Type 3: Diversité de contenu mais structure peu interactive.

- François Duprat : Forte domination du condominium texte-vidéo. Cependant il y a une certaine diversité : frise, des photos. La grande nouveauté par rapport aux autres web docs s'incarne dans l'intervention de spécialiste : il s'agit d'un contenu de nature différente même si c'est une vidéo. Alternance images d'archive, interview spécialistes + voix du journaliste. Cependant faible interaction entre les contenus : il n'y a aucun lien "technique" qui lie les contenus. C'est l'internaute qui doit faire ce lien (technique et intellectuel) entre les documents. Chaque document (vidéo ou texte) n'ouvre pas sur d'autres contenus liés soit thématique ment, soit structurellement, soit géographiquement ou temporellement. La seule porte d'accès est celle qu'empreinte l'internaute, celle imposée ou suggérée par la structure mm du web doc.

- Indépendance Chacha : une extrême diversité des formes de contenus : image :

vidéos, photos, portraits, textes à télécharger (journaux, communiqués etc), cartes ; musique ; textes (légendes etc) Diversité sémiotisée par les différentes icônes. Néanmoins peu de contenus associés. L'entrée aux contenus se fait par un seul critère : la date avec les documents qui y sont associés. Par exemple si on clique sur un portrait, absence de liens passeurs vers les documents associés. C'est l'internaute qui doit associer dans sa tête. Par ailleurs, il faut souligner qu'il ne s'agit que d'images d'archives. Il n'y a aucun témoignage récent. On s'éloigne fortement du reportage. Du coup le lien avec le présent est coupé. On se rapproche du modèle du livre scolaire.

- La nuit oubliée : Diversité de contenus relativement importante : vidéos, photographies actuelles, cartes, la bd, le texte etc. Ces contenus sont très bien structurés néanmoins il y a peu de liens qui permettent de passer de contenus en contenus. Cela est due en particulier par l'organisation du contenu : tabulaire et linéaire. Les contenus sont regroupés par chapitre thématique. On aurait pu imaginer des liens qui complèteraient les témoignages menant vers les périodes évoquées (vers les images d'archive du chapitre 3 avec la frise chronologique) ou le lexique.

- Algérie, la dernière guerre d'appelés. Ce web documentaire réalisé par France inter présente la particularité d'être complètement inséré au sein de la page du site internet de France Inter. Nicolas Bole (article publié sur le blog documentaire le 09 avril 2012 : l'actu du web docu et des narrations web : le traitement de l'histoire dans le web doc) dénonce d'ailleurs cette organisation liée à des compétences techniques et des ressources financières manquantes : « Le programme souffre d'emblée d'un défaut d'affichage : il n'est visible qu'inséré dans une page de texte, sans mode plein d'écran disponible. » Diversité de contenus parce qu'il y a des bandes audio, des photos, des vidéos, du texte. Prédominance de la bande audio et du texte. Bien que dans le reste de l'article, le condominium vidéo texte est rétabli. Cependant l'accès aux contenus ne se fait que par la frise pour enchainer les témoignages ou les photos (que l'on retrouve dans la frise) et les contenus sont pas interactifs Si ce n'est cette structure qui sépare l'histoire et les histoires : chaque témoignage est couplé à des documents d'archive qui servent de contextualisation.

b- L'aspect quantitatif du contenu dévoilé ou caché ? Ce critère se fonde sur deux éléments : tout d'abord le jeu sur le caché-visible (il y a des web documentaires qui attirent ainsi l'attention de l'internaute) et d'autre part sur la profusion de contenus. On peut constater d'ors et déjà que le fait même qu'il y ait un réseau de contenus (avec multiplication des portes d'entrée aux contenus) génère une sensation d'infini.

Type 1 : Contenu conséquent. Prétention à l'exhaustivité revendiquée et sur sémiotisée. Mise en avant de la dialectique du caché et matérialisation d'une structure profonde.

- Adieu Camarades : volonté de montrer beaucoup de choses. Prétention à couvrir l'ensemble des pays et l'ensemble de la période. De plus, sur la page centrale, il y a toutes les cartes postales qui s'affichent. Profusion sur sémiotisée mais extrêmement bien structurée. On retrouve une dimension de cette

poétique du caché lorsque l'internaute peut cliquer sur une flèche "plus" qui permet d'afficher davantage de textes : le texte se déroule. Ou encore quand on peut cliquer sur les numéros entourés pour passer à la suite : du contenu nouveau apparaît. Ou encore avec la frise. Forte poétique du caché dans le webdoc

- Les combattants de l'ombre : volonté d'exhaustivité qui est revendiquée dans la promesse éditoriale. Profusion de vidéos et absence de repères temporelles pour les vidéos. L'internaute ne peut pas en voir la fin. Aucune possibilité pour l'internaute de se repérer dans le temps du web documentaire si ce n'est la carte des témoignages avec les indications "déjà vues".

- 17.10.61 : Quantité importante de contenus divers. On peut parler d'une poétique du caché au sein de ce web-documentaire. Les différents contenus se "cachent" en effet derrière des visages ou des lieux de Paris. Ce n'est qu'à partir du moment où l'on clique sur ces derniers que les vidéos s'affichent. Ensuite, les contenus se déroulent vers la droite implicitement. Seule une flèche nous donne un indice permettant de supposer cette présence.

Type 2 : Contenu conséquent mais l'impression d'infini est limitée du fait d'une mise en visibilité complète.

- Berlin 1989 : dans ce web documentaire, il y a une ergonomie particulière (les portraits qui s'avancent). Cette organisation du contenu donne une impression d'infini revendiquée par l'instance énonciative. En effet, ils parlent de panorama interactif qui couvre l'ensemble d'une période. Ce jeu disparition-apparition crée une dynamique fondée sur la dialectique du caché-visible. Néanmoins, l'internaute comprend finalement qu'il s'agit des mêmes vidéos qui repassent. Par ailleurs, la frise chronologique remet un peu d'ordre dans tout ça et les durées des vidéos sont courtes et visibles.

- TianAnmen : le documentaire est structuré en trois chapitres dont le second est lui mm structurée en plusieurs sous-chapitres. Cette structure est matérialisée voire même sur-sémiotisée pour permettre à l'internaute de se faire une idée précise du temps qu'il peut passer devant ce web documentaire. D'autant plus que les temps apparaissent et sont courts.

- La nuit oubliée : Ce web documentaire présente un contenu conséquent

notamment avec beaucoup de documents d'archive. Néanmoins cette présence est explicitée et l'internaute n'a pas besoin de chercher, de fureter pour trouver ce contenu. Tout est visibilité. Cela s'inscrit d'ailleurs dans un contexte particulier et se place à rebours du contexte politique de l'époque où tout a été fait pour dissimuler la réalité de cet événement. Le devoir de mémoire passe par cette mise en visibilité.

Type 3 : Faible quantité de contenus. L'internaute peut se projeter au sein du web documentaire en apercevant la fin de son expérience. Il peut quantifier le temps qu'il va consacrer.

- Indépendance Chacha : la structure horizontale-verticale + la frise chronologique et l'absence d'un réseau de contenus = absence d'impression d'infini. Tout est quadrillé : le nombre de doc par date est visible avec les icônes/rétrécissement des docs + jeu sur le temps : ce dernier point est essentiel puisque ce sont que des images d'archives qui sont utilisées et notamment des images d'actualité : forcément courtes et puis y a des indications de la durée de la vidéo.

- François Duprat : La structure et l'organisation des contenus révèlent une volonté d'exhaustivité mais il y a une absence d'impression d'infini. La forme même du cube matérialise cet espace clos du web documentaire. Cette représentation entre un peu en contradiction avec les différents discours et imaginaires qui ont trait au web doc. La frise est également un espace clos alors que les seuls éléments qui ouvrent une brèche dans cet espace = pour aller plus loin : ouvre l'espace imaginaire (bibliographie) et l'espace technique (liens vers les archives de l'ina). Mais ce ne sont pas des ressources faisant partie intégrante du web doc. Les portraits et les documents d'archive présents sous la frise chronologique n'ouvrent pas sur d'autres espaces ou d'autres thématiques.

- Algérie, la dernière des appelés : Bien qu'il y ait un jeu sur la dialectique du caché visible : les histoires et l'histoire sont deux rubriques superposés et l'une est visible qu'à condition que l'autre s'efface. La flèche matérialise cette présence caché. Du point de vue esthétique, le webdoc est clos : structures carrées ou rectangulaires : espace clos. Les bandes audio sont d'une durée courte. L'internaute sait à peu près le temps qu'il peut passer devant le web doc. D'autant plus qu'il y a seulement 6 témoignages et que la période est relativement brève.

- Paris les Halles : Au sein de ce web-documentaire, il y a un jeu sur la spatialisation du contenus. La faiblesse de quantité de contenu ne nous permet toutefois pas de placer ce documentaire dans la première catégorie.

c- La situation d'énonciation : comment se matérialise l'auteur et les différentes instances énonciatives ainsi que le rapport au lecteur.

Rappel : le web documentaire, du fait même de sa nature documentaire, est un genre médiatique qui propose un point de vue d'auteur. Il n'est en aucun cas question de nier la présence d'un auteur. L'idée est simplement de focaliser une partie de l'analyse sur les moyens de matérialiser la présence ainsi que l'absence de l'auteur notamment en tant que guide de la lecture.

Type 1 : Effacement complet de l'auteur : l'internaute est laissé à lui même. Seul un ou deux indices/balises guident la lecture (frise, flèches ...)

- Indépendance Chacha : le ton est particulièrement didactique. Peu de référence sont faites à l'internaute qui garde donc une certaine distance à l'égard du web documentaire. D'où cette impression que ce web doc est calqué sur le modèle du livre scolaire. Par ailleurs, dans le contexte énonciatif : mettre en avant le fait que l'on puisse ou pas mettre en plein écran.

- Berlin 1989 : un des rares documentaires où la vidéo d'introduction est imposée à l'internaute bien qu'on puisse la passer au bout de quelques secondes. Il n'y a par ailleurs aucune injonction à entrer, découvrir etc. La relation entre l'internaute et le web documentaire est ici neutre. Position didactique de l'auteur qui présente un contenu. Paradoxalement, c'est sur cette absence -pesante- que se joue la liberté de l'internaute. Moins l'auteur se manifeste, moins l'internaute a l'impression d'être libre puisque les embrayeurs de cette liberté de parcours sont absents. La seule liberté de l'internaute : choix aléatoire des vidéos et des dates.

- Paris les halles : présence faible de l'auteur dans le fait qu'il y ait une structuration en chapitre. Mis à part cela, l'internaute est libre de déambuler dans cet espace : liberté de l'exposition. Importance toutefois de la légende sur les objets cliquables pour informer le lecteur : intervention toutefois donc de l'auteur.

Type 2 : La présence de l'auteur se manifeste à travers le dispositif par le biais de la voix : référence aux documentaires classiques. Intervention de spécialistes que l'on distingue des témoins. Idée que l'histoire est racontée par un spécialiste : position du professeur.

- TianAnmen : présence affirmée de l'auteur : d'une part par sa voix et le fait qu'il parle à la première personne. D'autre part, par la présence d'un contenu personnifié. Et enfin par la structure même du web documentaire : on sent qu'il nous prend par la main. Dès la fin de l'introduction, la vidéo du premier chapitre se lance automatiquement. Ainsi, la marche de manoeuvre est très limitée pour l'internaute. D'autant plus que c'est également le cas après la seconde vidéo.

- François Duprat : affirmation de la présence de l'auteur notamment à travers la voix off du journaliste et à travers la structuration de l'espace clos. Il y a un véritable guide. Seule liberté accordée : celle d'approfondir ou pas en dehors du cadre, ce sont des documents complémentaires pour approfondir le sujet.

- La nuit oubliée : la trace de l'énonciation éditoriale est très visible. D'une part, la structure propose un balisage marqué. D'autre part, le discours direct, les injonctions, les conseils faits à l'internaute. Il y a des transitions BD faites pour s'adresser à l'internaute. Il s'agit d'un des web doc où la présence de l'auteur à travers le dispositif est la plus manifeste.

Type 3 : Tissu d'indices qui structure le parcours de l'internaute : le web documentaire est balisé (il n'y a pas seulement un élément qui balise la lecture)

- Adieu Camarades : discours neutre malgré les injonctions faites à l'internaute qui sont normales pour un web doc. C'est surtout la hiérarchisation du contenu qui joue le rôle de guide du webdoc ainsi que l'ergonomie du site (verticale). On peut souligner l'importance de l'esthétique : jeu sur l'image qui peut impacter le parcours de lecture. L'internaute peut se diriger vers les cartes postales dont l'esthétique l'attrait.

- Les combattants de l'ombre : certaine interactivité avec l'internaute

notamment par les traces de lecture. La présence d'un auteur symbolique, d'un guide permet à l'internaute de se projeter au sein du web doc. De plus incarnation de cette figure de l'auteur par la voix de l'introduction. Les flèches sont également des signes de cette présence, elles jouent le rôle d'injonction.

- Algérie, la dernières des appelés : système est relativement simple : l'auteur se manifeste à travers l'organisation du contenu : la frise chronologique, les différentes flèches pour lancer ou faire apparaître le contenu. Ce sont autant d'appels à la lecture qui incarnent cette présence de l'auteur.

- 17.10.61 : La question de l'auteur est dans ce cas, plus complexe. En effet, il s'agit d'un web-documentaire historique qui accorde une certaine place à la fiction. Par ailleurs, il y a des vidéos de témoignages d'historiens. Il y a ainsi deux figures de l'auteur qui se côtoient : l'un à travers la fiction (récit des personnages qui font toutefois référence à des individus ayant vécu cet événement), l'autre à travers le regard objectif du spécialiste. Mais ces figures de l'auteur ne guident pas l'internaute dans sa lecture. Ce sont les indices du dispositif qui incarnent ce rôle. De par l'ergonomie et l'esthétique du site, l'internaute sait où il peut et doit cliquer. Par ailleurs, l'organisation selon un axe horizontal épouse l'habitus de lecture de l'internaute contemporain (de droite à gauche). Bien que cet habitus soit amené à évoluer notamment du fait du média internet qui institutionnalise un nouveau type de lecture.

d- Type de narration. Les web documentaires historiques proposent des types de narration distincts. Ces différences peuvent jouer un rôle important sur le parcours de lecture et sur l'intellectuation des informations présentées dans le webdoc et notamment sur la posture de l'internaute.

Type 1: narration directive : linéarité avec un seul parcours de lecture possible (un point de départ et un point d'arrivée avec un seul parcours de lecture possible) Idée que l'internaute est dans un sillage tracé par l'auteur et qu'il ne peut sortir du chemin:

- TianAnmen : absence de choix de parcours de lecture (si ce n'est le choix de thèmes) Départ et arrivée bien visible et compréhensible. Très peu de liberté pour l'internaute.

Type2 : narration aléatoire : absence d'une trame narrative (absence de véritable point de départ sachant que le point d'arrivée est la fin de la période. Ce genre de web documentaire ne place pas la notion de parcours au sein de sa démarche) Idée que l'internaute erre à travers le web documentaire

- Berlin 1989 : il semble complexe de schématiser le parcours de lecture type de ce web documentaire. Toute la lecture se fonde sur des variables aléatoires. En cela, il y a une grande liberté pour l'internaute de choisir tel ou tel portrait puisque ces témoignages sont entrainés dans un perpétuel mouvement. Cette mobilité donne une impression d'absence de hiérarchie entre les vidéos. La seule hiérarchie est

temporelle et ne concerne que les documents d'archive. Néanmoins l'absence d'un véritable réseau de contenus ne permet pas une plongée véritable dans le web doc et donc rend impossible une exploration par l'internaute. Il n'y a pas de parcours de lectures possibles si ce n'est un parcours aléatoire. On est plus sur le modèle de l'errance : on traine sur le web doc.

- Les halls de paris : système de chapitre et de sous chapitres (les objets) dont la structure ne change pas. Néanmoins on se situe dans un système aléatoire où le regard peut se diriger vers n'importe quel objet et ainsi la lecture n'a pas de véritable point de départ.

- Algérie, la dernière des appelés : la narration est très linéaire avec un départ et un point d'arrivée (début et fin de la guerre). L'internaute ne se voit pas proposé différents parcours au contraire : il n'y en a qu'un : suivre la frise chronologique et à chaque témoignage, regarder ou pas la contextualisation historique.

Type 3 : narration incitative linéaire (ou semi-directive) (point d'arrivée et point de départ avec des parcours de lecture différents mais les repères et balises incitent à un parcours de lecture standard).

- Indépendance Chacha : une structure à la fois linéaire et tabulaire. Il y a un double mouvement qui commande la narration : horizontal et vertical. Ce double mouvement est lié à la représentation du temps. Le temps long est matérialisé par la frise chronologique : lecture horizontale. L'internaute se repère à travers cet axe dans le temps long qui est celui du web documentaire en question (en tout cas c'est le temps principal). Par ailleurs, il existe un temps court ou temps détemporalisé : celui de la date en question. On change de dimension temporelle et de représentation dans le web documentaire. En effet, quand l'internaute clique sur une date, une série de documents s'affichent à la verticale et la lecture se fait de manière séparée. (La déconstruction est sémiotisée par les couleurs et la structure)La nature des contenus médiatiques incitent à des re-lectures des autres documents pour comprendre et créer des liens entre ces documents.

L'internaute ne se voit pas proposé des parcours de lecture différents. La seule liberté qu'il a = double : d'une part il peut cliquer sur n'importe quelle date sur la frise, d'autre part il peut éviter de lire certains documents. Cependant il y a une logique temporelle et didactique qui le contrait à lire les doc et suivre a frise pour comprendre. On peut parler de liberté de parcours de lecture à partir du moment où les choix de l'internaute n'entrave pas le procès de compréhension et d'assimilation du contenu du web doc

- François Duprat : structure incitative dans le sens où l'organisation des contenus stimule un certain ordre des lecture (cube : symétrie des faces, l'organisation verticale avec une sorte de fil rouge : celui de la vie de l'individu, les documents en bas en complément) La logique est très simple : l'internaute n'est pas perdu.

Type 4 : Narration incitative tabulaire (structure tabulaire qui incite à aller de chapitre en sous-chapitres. Faible diversité des parcours de lecture)

- Adieu Camarade : si on détermine le schéma d'un parcours type au sein de web documentaire, il est facile de remarquer que sa structure propose un type de narration hybride. On constate tout d'abord que seuls les cartes postales sont des points de départ au parcours de lecture. Et deuxièmement que toute carte postale mène à une ou plusieurs autres cartes postales et ainsi de suite. Il y a certes une structure indéterministe puisqu'il y a toujours un point de départ. Toutefois, les parcours sont déterminés et l'internaute a peu d'opportunités d'accéder aux contenus d'une manière différente. Les parcours sont limités. On peut établir une différence en ce sens avec le web doc Les Charbons. Et puis il n'y a pas de véritable fin comme dans le web

doc des Charbons

- Guerre d'Algérie : 50 ans après : le type de narration est matérialisé par la structure même du web documentaire. Ce dernier présente un affichage particulier : chaque chapitre est un encadré avec un titre et une icône indiquant la nature du document. Les chapitres ne peuvent être lus de manière linéaire. Il s'agit du web documentaire qui matérialise le plus cette tabularité. Néanmoins, l'on revient à la linéarité au sein mm des vidéos (qui sont les chapitres) puisque plusieurs témoins et un historien interviennent pour chaque chapitre. On se trouve ici face au modèle du livre (et non du manuel scolaire).

- 17.10.61 : La structure de ce web-documentaire accorde peu de liberté aux internautes. Ces derniers sont soumis à une lecture tabulaire. Chaque récit, chaque portrait représente en quelques sortes un chapitre qui se déroule ensuite sur une ligne horizontal, de gauche à droite. On peut rapprocher ce web-documentaire du modèle du livre.

Type 5 : structure indéterministe (on va toujours d'un point de départ vers un point d'arrivée mais les parcours innombrables sont laissés au choix de l'internaute) Mélange entre tabularité et linéarité.

- Les combattants de l'ombre : ce doc mêle également structure linéaire et structure tabulaire (matérialisé à travers l'enchainement de vidéos et la carte des témoignages). Contrairement à Indépendance Chacha, il n'y aucune indication temporelle (absence de frise chronologique), mais il y a une logique thématique et géographique (multiples portes d'entrée aux contenus

- La nuit oubliée : le web documentaire est très bien balisé : l'accès au contenu peut se faire soit de manière tabulaire soit en poursuivant une lecture de type linéaire C'est le cas notamment avec les vidéos : le narrateur « recommande » de lire la vidéo proposée. L'internaute est plongée dans une certaine continuité. Le parcours étant bien balisé, cela permet à l'internaute d'échapper à ce parcours standard et de s'aventurer au sein du web documentaire sans s'y perdre. En cela, les parcours sont démultipliés car chaque internaute peut aller directement consulter ce qu'il pense être intéressant. On peut dès lors souligner ce paradoxe : mieux le parcours est balisé, plus la liberté de l'internaute semble étendue. Par ailleurs, l'accès au contenu est aussi possible à partir de la carte de paris.

Annexe 25 : l'étude de cas des fresques de l'Ina

http://www.ina.fr/dossier/fresques

Notre démarche consiste en l'analyse d'une production médiatique qui s'apparente à ce que l'on appelle les web-documentaires historiques mais qui pourtant s'en distingue. Le cas de l'Ina est essentiel dans notre travail de mémoire à plusieurs titres. D'une part, la nature de son contenu et sa fonction en font un acteur incontournable dans la production et diffusion des web-documentaires. D'autre part, la proposition au coeur de son site de « fresques hypermédia » au sein d'une rubrique qui contient également les web-documentaires soulève quelques interrogations à propos de la spécificité de l'un et de l'autre.

« Des grandes fresques historiques, interactives et thématiques pour comprendre

et revivre en image l'histoire de notre temps. »

Telle est donc la promesse à laquelle d'emblée, l'internaute se confronte lorsqu'il décide d'ouvrir l'onglet « fresques multimédia ».

L'objectif de notre étude de cas sera d'identifier les différentes caractéristiques de cette proposition éditoriale de l'Ina. Cette étude sera menée par le biais d'une analyse de deux fresques multimédia : l'une concernant l'histoire du festival de Cannes, l'autre ayant trait aux différents discours de De Gaulle. Néanmoins, avant de débuter l'analyse de ces deux exemples, il semble intéressant de constater que ces fresques sont produites essentiellement par l'ina contrairement aux web-documentaires visibles sur le site qui sont seulement co-produits ou diffusés par l'ina.

Lorsque l'on décide de visionner ces fresques, une page différente s'ouvre. L'internaute est mené vers un espace différent. Chaque fresque est donc considérée comme un véritable site. Ce constat se confirme lorsque l'internaute est confronté à la page d'accueil de cette fresque qualifiée désormais d'interactive. Cette page d'accueil revêt la forme canonique d'une page internet classique. L'internaute retrouve les éléments majeurs tels que l'adresse url classique, le logo, les onglets principaux, la barre de recherche, la possibilité de partager et le découpage en rubriques distinctes du reste de la page d'accueil. De ce fait, la forme ne peut en aucun cas surprendre l'internaute. D'autant plus que les repères graphiques - les dégradés de couleur, le quadrillage de la page, l'insertion

de différents logos - corroborent ces impressions. D'un point de vue éditorial, cette fresque interactive fait également écho aux repères de l'internaute puisque l'on peut observer la redondance entre la promesse des onglets et le contenu du coeur de la page d'accueil. Cette redondance, propre à la plupart des sites internet, permet de démultiplier les points de contact entre l'internaute et une rubrique.

Les pages sur le festival de Cannes et sur les discours du général De Gaulle proposent

chacune quatre grandes rubriques :

- le media du jour

- la fresque chronologique

- la médiathèque

- les parcours médiatiques

En réalité ces quatre rubriques ne présentent pas de réelle différence quant au contenu mais sont davantage autant de manières d'accéder à un même contenu : une vidéo. A travers ces quatre modes d'accès, seule la contextualisation présente une particularité. Le site offre deux types de contextualisation : temporelle et thématique. Tels sont les points de contact majeurs de ce site complétés par des sous-rubriques assignés au seul rôle de dupliquer ces points de contact premiers. Il ne faut cependant pas négliger ou omettre l'existence d'un dernier point de contact résidant en la possibilité de mener une recherche au sein du site par le biais de la barre de recherche.

A ces trois points de contact se surimposent deux modes de lecture distincts : la médiathèque et le parcours. La distinction entre ces deux modes de lecture repose essentiellement sur deux conceptions du savoir et de l'accès au savoir. D'une part, un savoir encyclopédique tabulaire sur le modèle de l'encyclopédie. Le mode de lecture « médiathèque » repose sur ce modèle qui fait écho à une conception scolaire du savoir ainsi qu'aux différents moyens d'accéder à ce savoir tels que le livre, l'encyclopédie ou le dictionnaire. D'autre part, existe un mode d'accès au savoir qui prend réellement l'internaute par la main. La constitution de dossiers selon les différentes époques du festival de Cannes recoupe une conception commune et profondément ancrée de l'histoire qui en fait une succession de périodes. Cette fragmentation chronologique permet de conférer une cohérence entre les différents contenus du site que le découpage thématique n'est pas en mesure d'apporter.

Il est alors intéressant d'analyser ces deux modes de contextualisation d'un contenu à caractère historique. Ces fresques sont un agglomérat d'images et vidéos d'archives contextualisées dans le but de proposer une lecture cohérente d'un événement ou d'un sujet historique à l'internaute. Cette cohérence résultant d'un acte énonciatif précis - dont nous allons parlé - permet d'établir des liens entre ce format et celui du web documentaire. Ces liens tissés avec le web documentaire vont nous permettre d'établir des différences fondamentales afin de saisir l'essence même du web documentaire. Bien que l'ina ne revendique pas le terme de documentaire, la promesse éditoriale d'une fresque multimédia et interactive inscrit en partie ce format dans la démarche du web documentaire.

Analyse de la médiathèque

La médiathèque est l'un des deux onglets principaux de la page des fresques. L'accès à cette rubrique est possible selon deux parcours : soit à partir de l'onglet situé en haut de la page d'accueil soit directement à partir de la page d'accueil. L'intérêt d'entrer dans la médiatique par le biais de l'onglet réside dans la mise en visibilité de l'arborescence de cette rubrique. Lorsque l'internaute clique sur l'onglet pour accéder à la médiathèque, un sous onglet « thème » lui propose une démultiplication des entrées possibles tout en lui laissant le choix d'entrer dans la médiathèque sans choisir nécessairement un thème particulier. La comparaison entre la page sur le festival de Cannes et celle sur les discours du général De Gaulle nous amène à souligner quelques différences qui témoignent de la relative souplesse des fresques multimédia. La médiathèque des discours de l'homme politique français propose trois entrées distinctes, soit deux de plus que celle du festival de Cannes : thèmes, lieux, types de parole. Ce supplément d'entrées possibles dans la médiathèque impacte la perception que le lecteur se fait de la médiathèque de chacune des pages. Celle concernant le général De Gaulle propose une arborescence plus importante que celle du festival de Cannes. Une telle sensation peut générer une sensation de profondeur moindre de la page sur le festival. Or cette sensation est erronée car la médiathèque des discours du général contient 202 médias alors que celle du festival en propose 348. Néanmoins il est signifiant d'établir ce rapport entre la richesse du contenu et les outils d'accès et d'appropriation du contenu. Plus les entrées à un même contenu sont démultipliées plus l'impression de profondeur du réseau d'archive sera grande. D'autant plus que les outils de recherche sont sur-sémiotisés. Les différents onglets et leur arborescence, la barre de recherche, les différents logos : carte, fresque,

liste, thème qui permettent de trier les contenus.

A cette première phase de segmentation du contenu se superpose d'autres outils tels que la possibilité de trier par date lorsque l'on est dans la liste des vidéos ou bien celle d'affiner davantage sa recherche. Chacun de ces outils est sémiotisé par une image et un mot. Ici, es images ont moins une fonction épistémique que symbolique et esthétique puisqu'elles n'apportent aucune information supplémentaire par rapport au texte. Ces images remplissent toutefois une fonction phatique essentielle dans le rapport qui se tisse entre le texte et l'internaute. L'image est dans ce cas à la fois un point de contact, une matérialisation et un soutien à la promesse. Prenons l'exemple de la loupe associée à la fonction « affiner ». Cette loupe joue un rôle dans l'inconscient de l'internaute qui voit à travers cet objet une possibilité d'atteindre ou d'envisager l'infiniment petit. Or lorsque l'internaute clique sur cet onglet, il n'est qu'en partie surpris de l'étendu des possibilités d'affiner sa recherche qui lui sont proposées. Dans le cas de la page sur les discours de De Gaulle, l'internaute peut affiner en fonction des conditions de tournage ou même de la présence du public. La promesse sur-sémiotisée sur la page de la médiathèque est tenue.

Cette promesse éditoriale engendre trois conséquences par rapport à notre étude sur le web documentaire historique. D'une part, elle renforce l'idée d'une écriture en strates des réseaux et celle de profondeur. Une telle vision des réseaux permet d'envisager une approche multimédia associée au format web documentaire. En cela, le web documentaire et la fresque interactive trouvent un point commun. La seconde conséquence réside en cette volonté de démultiplier les entrées au contenu. Dans le cas des fresques interactives, cette volonté atteint une sorte d'apogée. Cependant elle

caractérise également la démarche du web documentaire. Les discours des professionnels à propos du web documentaire sont imprégnés de l'idée que l'internaute peut choisir d'entrer par tel ou tel contenu et telle ou telle rubrique. C'est sur celle-ci d'ailleurs, que semble se fonder l'interactivité de ces formats. Nous auront l'occasion, plus en avant, de revenir sur cette question. Enfin, cette fresque hypermédia reflète à travers cette « médiathèque » la matérialité du contenu. Les analogies avec des lieux réels et naturalisés ne sont ni anodines ni arbitraires. Le terme « médiathèque » revêt un double sens. Ce terme renvoie d'abord à la définition même de ce qu'est une médiathèque à savoir un lieu où sont entreposés des documents de nature diverse que l'on peut consulter. Par ailleurs, une médiathèque est également un lieu que l'on traverse et que l'on parcourt. Ce terme évoque une double dimension : pratique ou fonctionnelle et imaginaire. Ce jeu qui s'instaure ici entre le monde supposé virtuel d'internet et le monde réel trouve écho dans le web documentaire qui mobilise des repères et des imaginaires semblables. L'internaute est appelé à plonger, traverser, s'immerger dans l'histoire et notamment dans le temps et les lieux. La contextualisation des archives historiques qui est en jeu dans ces fresques de l'Ina, se fait en partie par le biais des cartes et des frises chronologiques. Cet enjeu se retrouve également dans le web documentaire.

Analyse des parcours

La notion même de parcours utilisé sur ce site constitue un lien avec la démarche du web documentaire. Démultiplier les entrées au contenu, c'est également démultiplier les parcours de lecture. En cela, ces différents parcours proposés recoupent l'initiative de la médiathèque puisque ce sont tous deux des onglets thématiques. Il s'agit d'un « parcours thématique » et d'une médiathèque qui regroupe « tous les thèmes ». Dès la page d'accueil ce rapport est construit. Dans le cas des deux pages étudiées, l'onglet

« parcours » ne propose aucune arborescence et lorsque l'internaute ouvre cet onglet, il est dirigé vers une page dont l'organisation fait écho à la rubrique « parcours » de la page d'accueil. Deux différences existent entre ces deux modes d'accès à la même rubrique. D'une part, une extension du contenu et d'autre part une présence exclusive de cette rubrique sur la page internet. Qu'il s'agisse de la page sur le festival de Cannes ou celle sur les discours du général De Gaulle, les parcours proposés reposent sur une sélection certes thématique mais surtout temporelle. L'internaute peut accéder aux différentes époques du festival de Cannes. Il y a huit époques distinctes d'une dizaine d'années. Ces époques sont toutefois associées à des grands moments du festival qui

marquent ces époques et en font des périodes singulières. La dimension temporelle des parcours des différents discours du général De Gaulle est moins évidente. Chaque parcours invite l'internaute à plonger au coeur d'épisodes brefs ou de relations avec d'autres états tels que les Etats-Unis ou les états africains. La dimension spatiale des parcours et de l'histoire est donc davantage suggérée dans cette page.

En cette double dimension, nous pouvons d'ors et déjà y déceler un rapport avec le web documentaire historique. Ce n'est pas tant le fait que cette double dimension soit présente qui nous paraît essentiel. Les sujets traités étant historique, l'espace et le temps en sont l'essence même. Il s'agit ici de mettre en exergue l'importance accordée aux outils de spatialisation et de représentation de la temporalité. La frise chronologique et la carte se sont changées en outil de l'interactivité. A leurs fonctions de représentation et de schématisation - que l'on peut qualifier de scolaires - s'ajoute une double fonction. D'une part une fonction phatique puisque la frise et la carte sont pensées pour stimuler une sensation de plonger de l'internaute à travers le contenu. Cet imaginaire génère un contact que recherche le web documentaire et les fresques thématiques. D'autre part, ces outils de la représentation assurent une fonction technique. Les frises et les cartes sont désormais des supports des différents contenus. Ils sont des portes d'accès à ces contenus. Dans certains cas, les fonctions de représentation et schématisation s'effacent et ces outils perdent leur intérêt premier. La carte proposée pour les discours du général De Gaulle illustrent cet effacement de la fonction première bien qu'il y a une dimension représentative dans ce cas.

La différence entre la médiathèque et le parcours réside principalement dans la contextualisation des contenus proposées. La médiathèque propose des contenus sans réelle contextualisation historique puisqu'elle met en exergue la sélection thématique et sa promesse de trouver le contenu précis que l'on cherche sans visionner toute l'histoire. Les parcours proposent une certaine cohérence historique. Cet onglet propose une contextualisation historique absente de la médiathèque - excepté lorsque l'on lance la vidéo. Au lien thématique entre les vidéos, s'ajoute un lien chronologique. Ces deux liens forment un ensemble de vidéos qui revendiquent une certaine singularité. Chaque parcours est une entité légitime pour raconter un épisode de l'histoire. Le cas des parcours de la page sur les discours de De Gaulle est extrêmement intéressant. Tout d'abord, il semble essentiel de constater que de la temporalité est réinjectée dans ces parcours. Elle rythme tout parcours en proposant des chapitres chronologiques. Cette démarche est similaire à une démarche de rédaction scolaire. Néanmoins elle stimule une

logique interne qui est signifiante. La différence majeure repose toutefois sur un nouveau rapport de force entre les médias qui jalonnent ce parcours. Alors que les graphes, les cartes, les images et les vidéos prédominent au coeur de l'espace de la médiathèque, le texte retrouve une place essentielle dans le dispositif du parcours. Il semble être le seul média légitime à la contextualisation historique tant son omnipotence est forte au coeur de ce dispositif. Le texte participe ici à une triple contextualisation : périodique, épisodique et médiatique. Cette dernière nous semble particulièrement évidente. Au coeur de chaque parcours, toutes les vidéos des discours sont accompagnées d'un texte résumant le contenu de ce discours. Par ailleurs, l'internaute a l'opportunité d'agir sur la vidéo et sa temporalité par le texte. Cette possibilité est accordée par le biais du dispositif de transcription du discours. L'internaute peut cliquer sur le texte du discours pour naviguer au sein de la vidéo. La présence du texte est sur sémiotisée et ce dernier a une emprise telle sur le parcours que la vidéo est reléguée à un rôle secondaire voire inutile. Un internaute peut traverser cette époque, suivre ce parcours sans jamais ressentir le besoin de lire la vidéo pour être instruit de ces évènements alors même qu'il s'agit de l'essence même de cette fresque interactive dont le sujet est les discours du général.

Du point de vue de la promesse éditoriale, ces parcours sont signifiés comme de multiples dossiers que l'on ouvre. Ce choix graphique mobilise des imaginaires particuliers et notamment celui des dossiers d'archive dans lesquels on retrouve des choses inédites ou inespérées. Par ailleurs, chaque dossier constitue une entité et contrairement au web documentaire, l'auteur de cette fresque ne cherche pas à créer des passerelles entre ces parcours. Seul le sujet historique de la fresque revêt cette fonction de lien. Un tel type d'organisation des contenus atténue la sensation de profondeur revendiquée dans les web documentaires. Il n'y a pas de réel parcours entre dossiers.

Cette impression trouve écho également au sein même des parcours. Les choix éditoriaux ne génèrent pas cet imaginaire de la profondeur. Le parcours s'organise en plusieurs pages dont une d'introduction avec la possibilité de défiler de manière verticale. Chaque contenu, texte ou vidéo et texte, est encadré car surimposé sur un fond de couleur différent de celui de la page. Cette séparation des contenus contribue à réduire la dimension de parcours car ces encadrés sont autant d'obstacle à la fluidité et au liant de cette fresque. Au bas de chaque page, sur fond vert, deux boutons passeur, l'un à droite l'autre à gauche, nous indiquent respectivement « suivant » et « précédent ». Ces deux liens passeur participent d'un autre imaginaire qu'est celui du livre. « Tourner la page », en avant ou en arrière, est le véritable sens de ces boutons. Or nous sommes confrontés

à un contenu historique sur un site institutionnel. Il est dés lors compliqué d'éviter de tisser un lien avec le manuel scolaire. Un tel imaginaire éloigne la fresque multimédia du format web documentaire. Deux éléments corroborent ce constat. Tout d'abord les boutons verts dont « voir le média » suppriment toute dimension intuitive dans le parcours de cette fresque. Toute action sur le site est explicitée par des signes dénués d'ambiguité. Cette manière explicite d'envisager la navigation à travers la fresque laisse peu place à l'initiative, au doute, à une réflexion sur le support même du savoir présenté. D'autant plus la visibilité de ces boutons - verts sur fond blanc - contribue davantage à imposer une action à l'internaute qu'à lui proposer un choix de parcours. La fresque se donne davantage à voir comme un manuel scolaire qu'un récit dans lequel l'internaute pourrait s'immerger. Un second élément contribue à cette forme éditoriale : le graphisme. La simplicité du graphisme de cette fresque est un choix éditorial qui témoigne d'une volonté de préserver l'internaute de toute fioriture graphique. Au delà de la nature du contenu de cette fresque, le graphisme participe de cette objectivité historique. La sobriété graphique, la place importante accordée au texte, la nature du propos que nous traiterons, sont autant d'éléments qui soulignent cette volonté d'objectivité.

Nous ne pouvons pas prolonger la réflexion au point d'affirmer une absence de point de vue d'auteur. Toute création propose un point de vue. Néanmoins, à travers ces fresques multimédias, c'est une institution, en l'occurrence l'ina, qui s'adresse aux internautes. Or cette institution prône une certaine objectivité. Cette objectivité est prégnante également à travers la lecture des contenus.

Analyse des contenus

Tel que nous l'avons souligné précédemment, ces parcours accordent une place au texte écrit qui a le mérite d'ouvrir une réflexion sur le rôle de celui-ci. Alors que certains auteurs voient en un internet un danger pour le texte, ces parcours interactifs le placent au coeur de son dispositif en faisant un contenu central et prédominant. Cela est d'autant plus surprenant que l'Ina mène une politique de rajeunissement de son audience. Mais ce n'est guère ce constat qui nous importe dans cette analyse. Il s'agit davantage d'interroger la fonction du texte dans le processus de transmission du savoir. Car l'ensemble des fresques interactives crées et diffusées par l'ina proposent des contenus divers sur des sujets différents qui constituent un savoir historique. Auparavant, nous avons parlé d'une organisation d'un savoir encyclopédique. La prédominance du texte corrobore ce constat.

L'évolution anthropologique et historique des médias et de leur utilisation a généré des imaginaires et des représentations que l'on ne peut ignorer. Les paragraphes que l'on retrouve dans les différents parcours de ces fresques convoquent des références moins liées aux nouveaux médias qu'à l'encyclopédie, le dictionnaire ou le manuel scolaire. Ces derniers sont les gardiens ou représentants de ce que l'on peut nommer le savoir classique ou académique. Ces médias impliquent un modèle de transmission de savoir qui leur est propre car chacun d'entre eux convoquent une activité cognitive particulière. C'est dans cette logique que s'inscrivent deux constats. D'une part, l'énonciateur est l'institut national de l'audiovisuel, soit une institution nationale censée préserver et diffuser un patrimoine. Par conséquent le devoir de réserve et d'objectivité limite les possibilités énonciatives au même titre que les représentations de ce que doit être la transmission du savoir impactent ce projet. De ce premier constat découle le second, à savoir une énonciation dépourvue d'un point de vue d'auteur. Le seul auteur de cette fresque et de ces parcours, est celui ou celle à qui est donnée la parole dans les interviews, les discours, les allocutions etc. Dans le cas de la fresque sur le général De Gaulle, ce dernier représente la seule source énonciative car l'auteur de ces parcours s'efface derrière un discours objectif imposé par le statut et la fonction du site. L'auteur est une sorte de guide qui se garde de tout commentaire. Il incarne la position du professeur ayant un devoir de réserve racontant l'histoire d'un seul homme, en l'occurrence celle du premier président de la cinquième République.

Dans le cas de la fresque sur le festival de Cannes, la polyphonie énonciative ne contredit toutefois pas l'assertion précédente. Cette polyphonie nous amène cependant à s'interroger sur une différence fondamentale entre le web documentaire et ces fresques interactives. Ces dernières ne proposent aucun contenu « actuel » si ce n'est le texte. Chacune des vidéos ou bandes sonores sont des archives. La seule actualisation de leur existence réside dans le texte dont on a souligné son objectivité. Ces fresques donnent à voir des archives alors que les web documentaires donnent à les interpréter. Deux raisons fondamentales expliquent cette distinction. D'une part, les fresques proposent des contenus sans une contextualisation dans le présent. Le texte permet de recréer le contexte de l'époque afin de comprendre ces différents contenus mais à aucun moment n'est tissé un lien avec le présent si ce n'est celui de la continuité historique dans laquelle nous nous inscrivons. La présence de ces archives est une présence en soi. Elles n'existent que par elle-même et pour elle-même. Preuve en est faite puisque l'internaute pourrait parfaitement se passer des vidéos ou bandes sonores tant le texte apporte d'information. Les choix graphiques et ergonomiques accentuent cette réalité puisque

lorsque l'internaute clique sur « voir le média », une fenêtre réduite s'ouvre en s'avançant vers l'internaute comme si la vidéo se détachait du support premier. Elle s'autonomise par rapport aux autres vidéos. Il n'y a aucun regard du présent posé sur ce passé. La seconde raison réside en cette absence même de point de vue d'auteur dans la création des fresques. L'objectivité assumée de ces fresques les détache quelque peu du contexte d'énonciation bien qu'elles fournissent un contenu qui nourrit une réflexion sur les enjeux présents.

Cette étude de cas aura eu donc le mérite de s'intéresser à des productions médiatiques différentes de celles du type web-documentaire. L'analyse nous a permis de constater des similitudes entre les fresques de l'Ina et les web-documentaires historiques ainsi que d'observer les différences qui existent également. Une telle démarche peut nous amener à mettre en évidence les caractéristiques propres aux web-documentaires historiques.

Annexe 26 : La page facebook d'Adieu Camarades

Annexe 27 : La page facebook des Combattants de l'ombre

Annexe 28 : extrait de L'outre lecture

L'outre lecture

Manipuler, (s')approprier, interpréter le web (page 170)

Dans le cas du Web, la contrainte de l'offre ne relève en rien d'une convention formée dans un temps aussi long et la nature de l'offre ne constitue plus un corpus organisé. L'action de l'utilisateur devient ici non pas possible mais indispensable : c'est par son activité de navigation qu'émerge un univers de connaissances qui n'avaient sans doute jamais été reliées de cette façon avant lui. Le guidage vers un but est impossible sur le Web car il faudrait que le Web ait été constitué en fonction de ces buts supposés et qu'il y ait eu une diffusion suffisante de conventions nécessaires pour faire partager ces buts et les moyens de les atteindre. On ne peut offrir de guidage qu'à la condition que, quelque part, quelqu'un ait pu penser la façon de s'orienter. Le Web n'est pas structuré en fonction d'un classification a priori des informations (ex : des disciplines), d'un répertoire d'auteurs, d'un rangement physique, de médiateurs permettant d'ordonner le monde, même si les annuaires tentent de le faire, de notices prescrivant des lectures, etc. Dès lors, on peut dire que l'appropriation devient très hypothétique voire utopique, puisqu'on est précisément sans lieu, donc une utopie documentaire. Une u-topie dans les deus sens du terme : « qui n'existe pas » et « lieu idéal ». Le second sens renverrait ici à l'activité promotionnelle des providers du Web comme bibliothèque universelle et accessible par tous, le premier à la réalité des pratiques.

Résumé du mémoire

Ce mémoire de recherche pose la question de la transmission du savoir ainsi que celle de la représentation du savoir historique à l'aune des nouveaux médias. Parmi ces nouveaux médias, le web-documentaire historique renouvelle le genre documentaire télévisé. Proposant une richesse illimitée de contenu, une grande liberté à la fois pour les auteurs et les internautes, des dispositifs interactifs et des parcours de lecture divers et variés, le web-documentaire historique se pose comme un nouvel acteur du paysage audiovisuel français doté de caractéristiques propres. Ces promesses, parfois inédites, engagent l'internaute vers des pratiques inexplorées du documentaire. Il remet notamment l'expérience au coeur de sa démarche éditoriale. Ainsi la figure du récepteur s'en trouve en quelque sorte modifiée voire bouleversée. Véritable explorateur - à condition qu'il jouisse entièrement des procédés mis à disposition des web-documentaires "idéaux" - l'internaute s'immerge dans l'histoire par différentes portes. L'une d'entre elles consiste à revaloriser la parole des témoins de l'époque ou de l'évènement.

Quelles sont les conséquences pour le double processus d'apprentissage et de mémorisation ? Ces pratiques médiatiques nouvelles changent elles la donne ? C'est ce dont il est question dans la dernière partie du travail de recherche. Le web-documentaire historique propose une organisation des contenus particulière qui peut changer la représentation du savoir historique. Il se propose de passer outre les dogmes et les codes. Quelque soit le sujet, la richesse narrative du genre permet à l'internaute de se confronter à d'autres modes d'apprentissage. L'histoire est dès lors un moyen de faire pénétrer l'internaute dans un monde ouvert. Un tel procédé présente toutefois des limites à la fois techniques et sociales. En effet, cette expérience reste exclusivement personnelle et la mémoire collective ne semble pas profiter d'une telle opportunité offerte à l'Histoire.

Les mots clé du mémoire

Web-documentaire Nouveaux médias Multimédia

Histoire

Transmission du savoir Mémoire

Figures de l'internaute