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Artificialisation et trame verte et bleue : de la protection de la biodiversité à  un outil d'aménagement. Le cas de Lille métropole depuis 2002.

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par Daphné Lecointre
Université de Lille II - Master 2015
  

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2.2.La remise en question de l'objectivité des documents d'urbanisme

a. La pertinence du PLU remise en question

Le SCOT, qui détermine le PLU, est un outil indispensable et surtout obligatoire afin d'analyser l'état d'artificialisation des sols, et de déterminer ce qui pourra être artificialisé ou non dans le souci de redensifier la ville. Benoît Masson, du géocatalogue de Lille, nuance pourtant la pertinence du SCOT, et notamment la réalité du zonage introduit par le PLU : « Il y a une confusion dans les documents d'urbanisme au sens où il n'y a pas de distinction entre l'espace artificialisé réel et l'artificialisé réglementaire.»82

En effet, en regardant de plus près les zones appelées « à urbaniser » (AU) sur le territoire de la métropole lilloise, « beaucoup sont non-urbanisées, elles n'ont pas basculé dans l'AUc83 »84. Benoît Masson illustre son propos à partir de dernières photos aériennes, comparées au zonage du PLU : « il y a des zones au jaune, ce sont les AU, certaines ne sont pas construites, c'est-à-dire qu'il y a encore des champs dans la ville »85. Un champ, perdu entre des zones bâties à Fives, confirmes ses critiques. Il conclue : « on n'a pas tellement pris sur l'espace naturel »86.

Ainsi, si le diagnostic du Schéma de Directeur de 2002 et les préoccupations actuelles de l'ADU concernant le futur SCOT s'inquiètent de l'artificialisation en mettant en avant le remplissage du périurbain, il semble que ces documents réglementaires ne prennent pas pleinement en compte la réalité des territoires. On peut s'interroger dès lors, dans une certaine mesure, sur la pertinence de leur diagnostic, et de leurs recommandations.

b. Le SCOT, un outil qui doit plaire aux politiques

Les documents d'urbanisme sont le reflet de la volonté politique, la « volonté politique très forte du renouvellement urbain, de la ville intense »87. Il s'agit pour le SCOT, dans sa manière d'aborder l'artificialisation, de « décliner un projet politique autour d'une vision

82 Entretien avec Benoît Masson, membre du géocatalogue de Lille, le 25 février 2015 à Lille

83 Les zones AUc sont des zones destinées à permettre l'extension de l'urbanisation, principalement l'habitat, sous forme d'ensemble exclusivement.

84 Entretien avec Benoît Masson, membre du géocatalogue de Lille, le 25 février 2015 à Lille

85 Ibid.

86 Ibid.

87 Entretien avec Benoît Masson, membre du géocatalogue de Lille, le 25 février 2015 à Lille

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d'avenir »88. La question centrale pour l'ADU est la suivante : « comment utiliser le sol, de quelle manière peut-on faire de l'espace le levier d'une politique sur le territoire ? »89. L'artificialisation est donc un enjeu politique majeur, qui fait intervenir le registre de la légitimité. Il s'agit de mesurer, au regard des recommandations initiales, la réalisation des objectifs. « La mesure de l'objectif de la consommation foncière est très regardé, on doit se montrer vertueux »90.

Le SCOT est donc un document qui doit plaire au politique, qui doit montrer son efficience en termes de limite de l'urbanisation. Mais le SCOT est surtout un « document de consensus politique, et il est limité en termes d'action »91. Il s'agit de développer la ville sur elle-même, certes, mais en prenant en compte les ambitions de développement des politiques. De plus, le « SCOT n'est pas un document de gestion, et il est limité sur le volet de la biodiversité »92.

Apparaît donc la question du temps politique. L'Agence de Développement et d'Urbanisme réfléchit au renouvellement du SCOT depuis 2008, et il est urgent d'adopter de nouvelles réglementations afin de freiner le grignotage des espaces naturels. Mais le SCOT est soumis à « l'aléa politique, le temps est arrêté »93. Le projet du SCOT doit être arrêté en 2015, et « doit passer en revue l'obligation de concertation pour le rendre opérant à la fin 2016 »94. L'ADU doit réaliser différentes cartes en vue de cette concertation pour en débattre avec les élus lors de la concertation. Le temps politique met en mal l'application d'une véritable réglementation, il faut « reporter la démarche, presque jusqu'à la dernière pièce, attendre la dernière gouvernance pour répondre au nouveau visage politique »95. Ivanova Rodastina le déplore : « ADU, c'est un technicien, il est dépassé car l'enjeu politique est à prendre en compte.»96

88 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

89 Ibid.

90 Ibid.

91 Ibid.

92 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

93 Entretien avec Emma Raudin, responsable du SCOT à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 20 février 2015 à Lille

94 Ibid.

95 Entretien avec Rodastina Ivanova, responsable Structure territoriale à l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille, le 19 mars 2015 à Lille

96 Ibid.

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c. Les chiffres au service du politique

Les cartes déterminent le sens de la notion d'artificialisation, et les chiffres illustrent son évolution. Les chiffres semblent être objectifs, et ils sont pourtant, au même titre que les documents d'urbanisme, soumis au souhait du politique. Benoît Masson le souligne : « il y a une difficulté politique, celle de sortir des chiffres compréhensibles, des chiffres à annoncer pour le politique »97. Les chiffres deviennent des outils au service du discours politique, et, effet pervers de l'utilisation des données chiffrées sur l'artificialisation, « une fois annoncés, les chiffres sont fixés par le discours des politiques. Ce chiffre, ça fait cinq ans qu'on en parle mais il est faux. [...] La base de données produit des chiffres critiquables. »98

Guillaume Schmitt étend la réflexion au concept de l'artificialisation : « c'est une expression très utilisée dans le débat politique ou dans les négociations entre les acteurs. Le chiffre est un pouvoir, on arrive avec ses statistiques pour prendre telle ou telle mesure »99. Les enjeux politiques derrière cette notion sont majeurs, « le mot on peut l'utiliser à «toutes les sauces» »100. Pour la Chambre d'Agriculture du Nord-Pas de Calais, le projet de plan forestier régional, qui visait à planter de manière organisée des arbres, contribue à l'artificialisation des zones agricoles et des prairies, tandis que pour le syndicat mixte Espace Naturel Lille Métropole, la question ne doit pas se poser, assurant le bien-fondé des politiques de renaturation. Pour Guillaume Schmitt, cette opposition est révélatrice, cette notion « peut être employé à contre-courant de sa définition initiale, compte tenu du fait qu'elle n'est même pas stabilisée initialement ».101

L'artificialisation est donc « un mot valise dans lequel on met ce qu'on veut, même si l'on dit que l'artificialisation, c'est l'urbanisation »102. Elle reste pourtant une thématique de plus en plus importante au regard de l'étalement urbain et de ses conséquences. Mais elle recouvre des réalités fort différentes, pouvant qualifier des opérations de « renaturation ». Laure Cormier use du terme d' « espace ouvert »103, qualifiant tous les espaces qui ne seraient pas bâtis, afin de contourner la difficulté que pose la définition de « territoires artificialisés ».

97 Entretien avec Benoît Masson, membre du géocatalogue de Lille, le 25 février 2015 à Lille

98 Ibid.

99 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

100 Ibid.

101 Entretien avec Guillaume Schmitt, géographe, le 2 avril 2015 à Lille

102 Ibid.

103 Entretien avec Laure Cormier, géographe, le 5 mars 2015 à Paris

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Le concept d'artificialisation pose donc des problèmes car il s'agit pour certains de formes d'anthropisation, entendant par-là la restauration des écosystèmes tandis qu'il doit être pour d'autres la légitimation de ces politiques de protection de la biodiversité. Il s'agit bien-là d'un mot valise, né de cartographie dont les insuffisances remettent en question la pertinence du terme. Il est employé par les acteurs pour défendre leur usage du sol, et de là émergent des conflits entre les acteurs du territoire dans une métropole où la pression sur le foncier est de plus en plus forte.

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