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Artificialisation et trame verte et bleue : de la protection de la biodiversité à  un outil d'aménagement. Le cas de Lille métropole depuis 2002.


par Daphné Lecointre
Université de Lille II - Master 2015
  

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3. Le concept de l'artificialisation usité par les acteurs du territoire

L'artificialisation nait des cartes, et ne permet pas de rendre compte de la complexité du territoire, qui rencontre une dimension matérielle, et une dimension également matérielle qui correspond aux aspirations des acteurs projetées sur ce territoire. Les limites de concept conduisent à sa réappropriation par les acteurs, et mettent en exergue la dissociation entre les dimensions matérielle et immatérielle de l'espace, conduisant à des incompréhensions.

3.1.Le territoire, investi d'une mission et porteur de sens

a. L'aspect immatériel du territoire : le paysage

La Convention européenne du paysage, adoptée en 2000, définit le paysage comme « une portion de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l'action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations »104. La question du paysage ne se retreint donc pas à la question des qualités esthétiques d'un lieu : elle suppose la prise en compte simultanée de la façon dont les groupes sociaux attribuent certaines qualités à un lieu.

Marie-Anne Germaine, dans sa thèse intitulée « De la caractérisation à la gestion des paysages ordinaires des vallées du Nord-Ouest de la France »105, s'intéresse aux fonctions attribuées au paysage. A partir de la caractérisation des formes visibles du paysage grâce à une approche morphologique et une approche des couvertures du sol, elle dégage 11 types de paysages représentatifs. La reconstitution des systèmes de production permet de comprendre le rôle des différentes fonctions - agricole, industrielle, résidentielle - des paysages. Elle

104 Convention européenne du Paysage, Florence, 20.X.2000 du Conseil de l'Europe http://conventions.coe.int/Treaty/fr/Treaties/Html/176.htm

105 Marie-Anne Germaine, thèse intitulée « De la caractérisation à la gestion des paysages ordinaires des vallées du Nord-Ouest de la France », Géographie, Université de Caen, 2009

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analyse également le discours des acteurs locaux pour rendre compte de la complexité des représentations du paysage. Son travail présente la confrontation entre la dimension matérielle, c'est-à-dire les modes de production, et les représentations du paysage, déterminées par les attentes des usagers du territoire, les habitants, et les producteurs du paysage.

L'attente sociale à propos du paysage est souvent l'attente d'un verdissement, notamment dans le cas de la métropole lilloise. D'après Anne Sgard, la notion de paysage acquiert une importance croissance dans nos sociétés depuis l'émergence de la question environnementale dans les années 1970. Le paysage reflète les rapports sociaux à l'environnement, il permet d'appréhender « des registres de valeurs et de besoins (esthétique, éthique, économique, écologique), la réalité matérielle et les représentations sociales de cette réalité »106. Ainsi, « la définition des politiques de gestion ou de développement des espaces ruraux suppose aujourd'hui la compréhension de ces liens »107.

Dès lors, si la dimension immatérielle du territoire voudrait le développement des espaces verts, notamment à travers la réhabilitation des friches industrielles, le paysage ne peut ignorer la matérialité du territoire, et doit prendre en compte les fonctions attribuées au sol. Les aspirations et les besoins, notamment agricoles, peuvent entrer en confrontation, et c'est le concept d'artificialisation qui est ici remis en cause car il ne permet pas de saisir la complexité de cette opposition, ne rendant compte que du grignotage des espaces ruraux par les espaces verts urbains.

b. La fonction socio-économique du territoire

L'immatérialité des représentations ne doit pas oublier la matérialité du territoire. Le sol a une fonction, qui se matérialise dans le paysage. Guillaume Schmitt revient sur l'utilisation du sol dans la région Nord-Pas de Calais, afin de prouver que celle-ci « induit une utilité de l'espace quantifiable en superficie et des actions humaines à des temporalités plurielles visant à l'organiser et à le planifier ».108

Il est bien ici question de l'utilité du sol, l'utilisation est définie comme « la fonction socio-économique des surfaces ou des activités humaines (territoire agricole, zones urbaines,

106 Anne Sgard, thèse intitulée « Le partage du paysage », Géographie, Université de Grenoble, 2011

107 Ibid.

108 Guillaume Schmitt, « Inégalités écologiques et utilisation du sol : situation de la région Nord-Pas de Calais », Développement durable & territoires, Dossier 9, 2007

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forêt) »109. Ainsi, si le paysage est le reflet des attentes des citoyens, il ne faut pas oublier la fonction attribuée du sol, et les singularités du territoire qui en découlent. En effet, l'utilisation du sol génère la particularité du territoire. Toutefois, cet usage peut évoluer. Dans le cas du Nord-Pas de Calais, la requalification des quelques 10 000 hectares de friches industrielles s'accompagnant notamment d'un « verdissement » réinterroge de la singularité de l'utilisation du sol des communes de l'ancien bassin minier. Les fonctions socio-économiques du territoire étaient celles de l'activité industrielle, mais cette fonction n'est pas figée. « Ainsi, les friches industrielles, auxquelles il est parfois difficile d'attribuer d'autres fonctions, ont pu servir de manière un peu paradoxale, de supports spatiaux à la renaturation de territoires fortement marqués par les modes de développement passé »110. Il s'agit de l'attribution de « fonctions plus ou moins pérennes »111.

Le territoire rencontre deux dimensions, matérielles et immatérielles, l'immatérialité du paysage, et la matérialité de l'usage socio-économique du sol. Les aspirations citoyennes invitent à aller dans le sens d'un « verdissement ». Mais ce « verdissement » peut poser problème, car les attentes sociales et économiques peuvent être opposées concernant l'utilisation du foncier. Ainsi, l'agriculture, qui est, d'après la définition théorique de l'artificialisation, la première victime de l'étalement urbain, redoute cette association entre dimension immatérielle et matérielle qui mettrait à mal la pérennité de l'agriculture périurbaine en lui préférant le développement des espaces de nature.

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