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Le statut du lait durant l'adolescence.

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par Sarah PHAM
Toulouse Jean Jaurès II - Master Sciences Sociales Appliquées à là¢â‚¬â„¢Alimentation 2016
  

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Conclusion hypothèse n° 2 :

Pour se conformer à la norme corporelle prescrite socialement, les adolescents effectuent des choix alimentaires en conséquence afin d'y parvenir. Filles et garçons orientent leurs choix de manière différente. D'avantage préoccupées par leur image corporelle que les garçons, les filles développent une obsession pour la minceur. L'image de l'idéal féminin véhiculée de nos jours, est influencée en grande partie par les médias les amène à surveiller leur alimentation et l'impact que les aliments ingérés peuvent avoir sur leur silhouette. Rester

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attentives à leur apparence physique correspond, pour elles, à une condition à ne pas négliger pour être intégrées socialement au sein d'un groupe de pairs.

C'est au moment de la puberté que se dessine alors une différence dans les choix alimentaires entre les filles et les garçons, influencés par les soucis de la ligne. Ainsi, les filles évitent de « manger trop gras et trop sucré ». Elle considère le fromage comme un aliment trop gras justement et expliquent donc se limiter pour éviter d'en consommer trop souvent. Le lait et les yaourts représentent un symbole de santé.

Par conséquent, nous pouvons supposer que les choix alimentaires à l'égard des produits laitiers diffèrent en fonction du genre. Les adolescents, selon leur appartenance au sexe masculin ou féminin, n'accordent pas le même degré d'importance à leur image corporelle et leur perception physique ainsi qu'aux facteurs santé et au contrôle alimentaire. La différence de genre conduit les jeunes à élaborer et bricoler leurs propres normes et revoir leurs choix alimentaires vis à vis des produits laitiers, en fonction de critères esthétiques et corporels et de normes diététiques.

Hypothèse n°3 : La consommation de lait est influencée par un facteur symbolique de frontière entre les périodes de l'enfance et de l'adolescence, et celle de fromage est à contrario influencée par un facteur symbolique de jonction entre l'adolescence et le monde adulte

Au-delà de l'évolution gustative et des choix alimentaires genrés, nous pouvons supposer que la consommation de lait et de fromage chez les adolescents seraient influencée par un facteur symbolique de frontière entre deux périodes de la vie. Le lait qui est qualifié d'« aliment navette » et connoté enfantin marque une frontière entre l'enfance est l'adolescence, et voit sa consommation nettement diminuée à l'adolescence. De la même manière, mais à l'inverse, le fromage tend à être de plus en plus consommé à partir de l'adolescence. Signe-t-il ainsi le passage de la frontière entre l'adolescence et le monde adulte et une maturation dans l'évolution des pratiques alimentaires ?

? Place au sein du repas

Le repas se définit comme une prise alimentaire socialement normée qui regroupe l'ensemble des aliments liquides comme solides, absorbés en une seule fois, à certains moments de la journée et selon un rythme régulier et des règles sociales. Il se caractérise comme une institution qui permet la transmission de valeurs et de normes. Ainsi, il possède des dimensions qui regroupent la composition du repas, la structure, les modalités temporelles, les manières de table et le cadre social.

Le lait et les produits laitiers ont une place bien définit au sein du repas. Tout d'abord au niveau de la modalité temporelle. Les adolescents sont clairs là-dessus, le lait, c'est pour le matin :

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« Le lait pour moi c'est un truc qui se consomme le matin » (KM, entretien exploratoire n°1),

« Le matin c'est le lait. Ou à la limite le yaourt. [...J Le matin c'est bien de

tremper ses gâteaux dans le lait » (LG, entretien exploratoire n°2),

« Le lait c'est pour le matin au petit-déjeuner » (CH, entretien exploratoire n°3).

Les jeunes expliquent ainsi formellement que le lait est réservé à une implantation horaire bien définit dans la journée. Ils ne se voient pas boire du lait à un autre moment que le matin :

« si je me ramène avec une bouteille de lait au travail, je pense qu'on me regarderait bizarrement en me disant pourquoi tu bois du lait la journée ? » (CH, entretien exploratoire n°3).

Le lait est les produits laitiers sont les composantes majeures du petit-déjeuner. Après une période de jeûne durant la nuit, au réveil, les enfants comme les adolescents apprécient le goût du lait avec un bol de céréales, du chocolat ou dans du café pour les plus grands. Si leur petit déjeuner est complété, les jeunes favorisent les laitages (HERPIN Nicolas, 1998, p.503-521).

Le fromage, c'est pour le déjeuner et le diner, idem pour les yaourts qui peuvent aussi être consommés en collation. Ils entrent dans la structure du repas et prennent la place du dessert. LG (entretien exploratoire n°2) ajoute : « on va pas manger du fromage au petit-déj ».

De ce fait, il en ressort que le lait, les yaourts et le fromage sont :

« trois produits qui se consomment de manière différente » (KM, entretien exploratoire n°2).

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La structure du repas et le contexte dans lequel il est prit, notamment l'heure, sont indissociables. On ne s'alimente pas de la même manière selon l'heure de la journée. Le temps accordé par repas va alors déterminer les prises alimentaires effectuées.

? Diminution du temps disponible

Selon le Figaro 18« 21 % des enfants, la moitié des adolescents et 15 % des adultes restent à jeun le matin ». Parmi nos trois adolescents interrogés, deux sur trois n'en prennent pas. Ils justifient cette impasse par manque de temps, un temps qu'ils préfèrent réserver pour dormir plus longtemps :

« En période de cours j'ai pas le temps, je ne déjeune pas, le matin j'suis fatiguée et j'ai envie de dormir » (LG, entretien exploratoire n°2).

La diminution de leur consommation par rapport à leur enfance peut donc en partie trouver justification dans cette raison : les jeunes ont moins de temps disponible le matin. KM (entretien exploratoire n°1) nous l'exprime ouvertement :

« quand j'étais petit je consommais beaucoup beaucoup de lait. Et quand je suis arrivé au lycée, quand j'étais plus speed en fait, quand il fallait se réveiller le matin hyper tôt pour partir j'en buvais moins ». Et à l'inverse, LG affirme que « le week-end j'aurais plus tendance à prendre un petit déjeuner, si il y a du lait, avec des céréales je déjeunerais. Mais euh voilà, parce que le weekend on a le temps ».

Néanmoins, pour une boisson qualifiée de « domestique », voilà pourtant le moment le plus propice à sa consommation.

18 Le Figaro. Pourquoi ne faut-il pas sauter le petit déjeuner ? [en ligne] Disponible sur

http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/12/12/01008-20111212ARTFIG00442-pourquoi-ne-faut-il-pas-sauter-le-petit-dejeuner.php

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? Une recherche gustative à l'adolescence

Comme évoqué en partie 1 (Cf Partie 1, Chapitre 2 : Le domaine alimentaire, 2) Les habitudes de consommation des jeunes), les adolescents ont des préférences et aversions alimentaires qui évoluent au cours de cette période. Claude FISHLER (2001, p.110) évoque une tendance à la régression de l'impopularité des aliments à goût fort ou qualifiés d' « aliments adultes ». L'adolescence est la période des changements, des bouleversements et d'émancipation. Ainsi, les changements gustatifs s'inscrivent-ils dans ce remue-ménage et les jeunes seraient-ils à la recherche de sensations gustatives ?

A la question « Qu'est-ce qu'un bon repas pour toi ? », LG (entretien exploratoire n°2) nous répond :

« un bon repas c'est que c'est bon en bouche [...] un bon repas il doit juste être bon ».

Elle précise que peu importe le cadre et l'environnement social, tout ce qu'elle recherche c'est le plaisir gustatif :

« Peu importe que ce soit avec Pierre, Paul ou Jacques, tant que c'est bon en bouche » (LG, entretien exploratoire n°2).

Cependant, nous savons de prime abord que chez les adolescents le cadre social est tout de même un facteur très important dans la détermination de la qualité du repas. Mais LG nous amène à penser que la notion gustative n'est pas pour autant délaissée, bien au contraire.

En quête d'un plaisir gustatif, les adolescents pourraient donc bien assouvir ce besoin grâce à l'aliment qu'est le fromage. Produit qui peut-être caractérisé par son goût très prononcé, il peut répondre à cette attente par sa proposition de saveurs toutes aussi diverses que variées :

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« Le fromage ça dépend. Il y en a plein. De brebis ou quoi, ça a des goûts différents, je ne pourrais pas ramener le fromage à un seul goût » (CH, entretien exploratoire n°3),

Les adolescents insistent bien sur ce côté gustatif marqué lorsque l'on évoque le fromage :

« Le fromage ça a beaucoup de goût, c'est fort. [...] moi j'aime bien les fromages qui sont forts. Le fromage c'est goûteux » (KM, entretien exploratoire n°1).

Par rapport à l'enfance, on constate une évolution des goûts. En effet les fromages, et notamment ceux à goût fort, font partie des aliments les moins appréciés par les enfants. Le plaisir gustatif qui subsiste tout au long de la vie, se forme chez l'enfant d'abord par des prédispositions génétiques héréditaires ainsi que par une transmission d' « effet pochoir » comme abordé plus haut et décrite par Claude FISCHLER (2001, p.98). Lorsque l'on est petit on apprécie alors le sucré, le gras et le doux alors qu'une aversion pour les goûts forts comme l'amer, le piquant, l'astringent et l'acide se dévoile (SCHAAL B. et SOUSSIGNAN R., 2008). CH (entretien exploratoire n°3) nous explique ainsi :

« Quand j'étais petite je mangeais plus des trucs au goût neutre, quand on

est petit on aime pas les goûts forts. On est réfractaire à ce qui pue ».

Elle poursuit ensuite en nous disant que c'est à l'adolescence justement qu'elle a commencé à goûter le fromage, poussée par sa curiosité et l'envie de se rapprocher de préférences gustatives plus matures :

« C'est vrai que j'ai mangé beaucoup plus de fromage en grandissant, enfin beaucoup plus en variétés. Au collège ou au lycée, à la cantine, j'avais pas peur de goûter des trucs puant, on a une curiosité un peu plus développée. [...] Quand on est ado on a moins cette vision du fromage qui pue, on

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s'intéresse plus aux aliments donc on est un peu plus amené à goûter, donc forcément ça se joue à l'adolescence et ça se tourne vers le côté adulte » (CH, entretien exploratoire n°3).

De la même manière, KM (entretien exploratoire n°1) nous mentionne les mêmes raisons quant à sa découverte pour le fromage :

« le fromage c'est vrai que quand on est petit on en mange pas trop [...] c'est en grandissant que j'ai voulu en goûter. Quand tu deviens adulte tu peux dire que tu veux commencer à manger du fromage parce que ça à l'air bon. [...] Quand t'es

petit tu te dis « beurk ça à un goût fort » (KM, entretien exploratoire n°1)

Cet attrait pour la nouveauté est aussi évoqué par LG (entretien exploratoire n°2) en ce concerne ses motivations à consommer du fromage :

« [J'ai augmenté ma consommation de fromage par rapport à mon enfance] Pour découvrir d'autres saveurs ».

Les jeunes ne retrouvent pas ce goût poignant en consommant du lait :

« [le fromage] ça a un goût plus fort que le lait » (CH, entretien exploratoire

n°3),

« le lait demi-écrémé [...] n'a pas le même goût [...] Et puis c'est du lait industriel donc il n'a pas le même goût que le vrai lait [...] ça doit perdre son goût » (LG, entretien exploratoire n°2).

L'entrée dans des instances de socialisation de plus en plus mûres, tels que les établissements scolaires du secondaire, mettent à disposition des jeunes un éventail d'aliments adaptés à leur âge et non enfantin comme ça a pu être le cas à l'école. Ceci favorise la dégustation :

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« Au restaurant universitaire ou même au restaurant tout court il y a beaucoup de fromages, genre des plateaux de fromages et tout donc j'ai voulu goûter » (LG, entretien exploratoire n°2).

Alors que le lait voit sa consommation réduite lors de l'adolescence, au travers de ces dires, le fromage semble être une denrée qui s'installe dans les pratiques alimentaires au cours de l'adolescence et verrait sa consommation augmenter lors de cette période :

« le lait du coup j'ai diminué [.1 et le fromage j'ai carrément augmenté [.1 le fromage presque tous les jours » (KM, entretien exploratoire n°1).

Par ailleurs, pouvons-nous aller jusqu'à supposer que cette attirance pour le fromage ferait défaut au lait et que les jeunes le remplacerait en quelques sortes par le fromage ? :

« quand t'es grand tu t'en fous, tu bois plus de lait, tu manges du fromage par exemple ou des yaourts » (LG, entretien exploratoire n°2),

« Après quand tu grandis tu passes aux fromages, le lait on t'en donnait toujours des fois à l'école mais plus maintenant » (KM, entretien exploratoire n°1).

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"Entre deux mots il faut choisir le moindre"   Paul Valery