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Eglise evangélique du cameroun et coopération internationale (1957-2007)

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par MOISE NKAPMENI NGAPET
UNIVERSITE DE YAOUNDE I (ENS) - DIPES II 2015
  

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C- Le refroidissement des relations entre l'É.É.C. et l'É.R.P.B. (1977-1987)

Vers la fin des années 1970, les rapports entre l'É.É.C. et l'Église Hollandaise ont connu quelques perturbations et tensions. Il s'agit là d'une crise qui n'a pas entraîné de rupture entre les deux. L'une des sources de tension entre les deux Églises avait trait à la gestion des projets. Les propos du pasteur Hollandais Hollemans, qui a travaillé dans la formation des laïcs de l'É.É.C. de 1976 à 1979, notamment au Centre construit à cet effet à Bonabéri-Douala, étayent ce climat tendu. En effet, il déclare dans un article :

L'Église Réformée a jusqu'à maintenant été responsable pour la mise en oeuvre et/ou le financement, en partie ou total de certains projets au sein de l'É.É.C., et elle a mis aussi du personnel à sa disposition. Chaque tentative de l'Église Réformée des Pays-Bas, de mettre en discussion le point de départ de ces projets et la mise en disposition du personnel peut-être interprétée par l'É.É.C. comme une ingérence dans sa politique interne d'Église autonome, comme aussi un essai d'imposer des idées européennes par l'intermédiaire du robinet de l'argent253.

L'É.É.C. était donc jalouse de son autonomie. Elle accusait les missionnaires Hollandais de s'ingérer dans les affaires internes, en voulant agir comme à l'époque de la Mission. Ce que les Hollandais n'appréciaient pas du tout.

Une autre source de tension réside dans le détournement des fonds donnés par les Hollandais. Des fonds, destinés à certains projets, et dont la gestion était confiée aux Camerounais. C'est le cas de l'argent pour la construction du foyer Protestant de Nkongsamba, des fonds de coopération hollandaise pour les hôpitaux, entre autres254.

Bien plus, plusieurs événements désagréables rendaient la coopération difficile entre les deux partenaires :

- les tensions entre les missionnaires hollandais et les ouvriers locaux dues aux différences de traitement matériel, notamment en ce qui concerne les moyens de déplacements dont bénéficiaient plus ces étrangers ;

- le manque ou l'insuffisance d'encadrement de ces missionnaires par l'É.É.C.

253 C. J. Hollemans, Quelques réflexions sur la place d'un expatrié au sein de l'Église Évangélique du Cameroun, Bonabéri-Douala, mars 1979, p.4. Archives Michel Ngapet.

254 E. Tchuindjang, « Les expressions oecuméniques d'une jeune Église », p.239.

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Ces faits désagréables entre les deux parties ont été vécus et ressentis. Les relations difficiles entre le pasteur Hollemans et son assistant au centre de formation des laïcs, le pasteur Emmanuel Elouti, peuvent l'illustrer. Ces deux ouvriers vécurent et se séparèrent d'une manière qui ne servit pas la cause de l'Évangile255.

Les envoyés néerlandais se sont plaints auprès de leur Église. Il s'est suivi un entretien qui a eu lieu à Foumban le 10 mars 1977 avec la délégation de l'Église Réformée des Pays-Bas qui est venue assister aux festivités marquant le XXè anniversaire de l'autonomie de l'É.É.C256. Cet entretien a porté sur les relations entre les deux Églises. Le rapport de cette rencontre est discuté le 13 octobre 1977 à Oegstgeest, lors de la session du Conseil de Mission 257. Au cours de cette session, le Secrétaire Général du Département Missionnaire, Bootsma, souligne :

Qu'il y a une tension entre l'Église du Cameroun et le Conseil de Mission de l'Église Réformée des Pays-Bas, dont l'envoyé missionnaire devient victime. Puis, il pensa qu'il fallait un entretien avec l'Église du Cameroun. Pour la réussite d'un tel entretien, il est d'importance, selon lui, que les envoyés missionnaires soient impliqués dans l'ordre du jour qu'il faudra dresser258.

Suite à ces discussions, le Conseil prend les résolutions suivant lesquelles les envoyés devront dans l'avenir donner des informations qui serviront à établir la politique générale à leur Église, et que les relations entre les deux Églises devront être fixées dans une consultation une fois tous les deux ans.

Dans le même ordre d'idées, s'est tenue une rencontre entre une délégation officielle de l'Église Réformée des Pays-Bas et le bureau de l'É.É.C. les 16 et 17 mai 1978 à Foumban. Le rapport de la délégation hollandaise a été discuté au Conseil des Missions du 14 septembre 1978. La remarque selon laquelle les points essentiels concernant le travail des envoyés hollandais au sein de l'É.É.C. n'a pas été bien définis a été relevée. Selon le conseil, ses points essentiels sont au nombre de quatre :

- la vision commune entre l'É.É.C. et l'É.R.P.B. ;

- l'envoi de missionnaires qui coopèrent en toute modestie ;

- la continuité de la collaboration en respectant le moratoire ;

- le renforcement du dialogue continu dans le travail de l'envoyé.

En outre, lors du Synode Général de l'É.É.C. tenu à Bafoussam en 1979, quelques résolutions sont prises et qui dénotent une certaine tension entre les deux partenaires. Il est dit entre autres que :

255 Entretien avec Emmanuel Elouti, 66 ans, pasteur de l'É.É.C, paroisse Essos, Yaoundé, 13 juin 2014.

256 C.J. Hollemans, p.5.

257 Ibid.

258 Ibid.

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- l'É.É.C. est une Église autonome qui doit établir sa propre politique. Les Hollandais qui viennent, doivent se conformer à cette politique. Ils doivent se soumettre à la hiérarchie qui a été fixée par la constitution de l'Église ;

- l'envoyé Hollandais ne doit pas introduire de nouvelles idées ou doctrines, car, elles seraient cause de troubles.

Par ailleurs, ce même synode approuve aussi la décision de la Commission Exécutive de demander à l'É.R.P.B. huit envoyés pasteurs. Ceci démontre tout simplement que les critères de collaboration devaient être révisés comme le reconnurent plus tard les pasteurs Hollemans et Pier Magre. Ce dernier, répondant à la question d'un journaliste, qui voulait savoir la cause de la rupture entre les deux Églises à mi-parcours, déclare :

Tout d'abord, je voudrais dire que je ne suis pas content quand on parle de rupture. Il convient de souligner que dans le cours des années les choses ont changé. On a pas fait assez attention, on a pas vu à temps ces changements de sorte qu'on a fini par avoir un manque de communications, un manque de relations dans le domaine de la réflexion qui a trop longtemps duré et qui, à un certain moment a causé la crise dans la relation259.

Bref, la crise sans rupture dans les relations entre l'É.É.C. et l'Église Réformée des Pays-Bas était causée par :

- la mauvaise gestion et le détournement des fonds mis à la disposition de l'É.É.C. pour

les projets ;

- le manque des cahiers de charges des envoyés hollandais ;

- l'ingérence des envoyés hollandais dans la politique générale de l'É.É.C. ;

- le complexe des ouvriers locaux ;

- le manque de communication et de réflexion

- les incompréhensions entre le bureau de l'É.É.C. et les envoyés hollandais

- le vieillissement des critères solides de collaboration.

Dès 1987, la situation commença à s'apaiser. En effet, une délégation de l'Église

néerlandaise forte de quatre personnes se rend au Cameroun. Elle est composée de :

- Karel Blei, pasteur et Secrétaire Général de l'É.R.P.B. ;

- Mme Den Tex, Vice-Présidente du Conseil des Missions,

- Pier Magre, pasteur et Secrétaire pour l'Afrique du Conseil de Mission ;

- le pasteur Johannes Roldanus, membre du Conseil de Mission et professeur d'Histoire

à la Faculté de Théologie d'Utrecht260.

Cette délégation a eu des entretiens avec le bureau de l'É.É.C. Ces entretiens ont porté

essentiellement sur la mise sur pieds des nouvelles bases de la coopération entre les deux

259 L'Appel n°1, p.5.

260 L'Appel n°2, janvier-février 1988, pp.14-16.

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Églises. Ainsi, les pourparlers avec la Hollande ont abouti. Les malentendus ont été dissipés et une nouvelle lune de miel se profilait à l'horizon. Un protocole d'accord a été signé261.

Après dix ans de piétinement, la coopération entre l'Église Évangélique du Cameroun et l'Église Évangélique des Pays-Bas est repartie sur des bases solides.

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