WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Education et autonomisation. Défis et perspectives en faveur de la femme en République démocratique du Congo

( Télécharger le fichier original )
par Jules Muhindo Katsurana
Institut Panafricain pour le Développement - Master en Programmation du Développement et Intégration regionale 2016
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

PREMIERE PARTIE : PROBLEMATIQUE DE L'EQUITE DANS L'EDUCATION EN RDC

19

INTRODUCTION DE LA PREMIERE PARTIE

Dans son cours «Evaluation des projets/programmes»8, TOUMBI B. enseigne que l'impact d'un projet, programme ou d'une politique de développement est fortement influencé, d'une part, par la cohérence entre les activités/résultats attendus et les objectifs visés et, d'autre part, l'adaptation des objectifs au contexte du projet.

Partant de cet enseignement, la première partie du présent mémoire se propose d'analyser la cohérence interne et externe de la stratégie de développement du sous-secteur de l'éducation par rapport à l'objectif d'amélioration de l'équité dans l'éducation. Pour ce faire, après avoir élucidé la notion de justice sociale à travers la lecture de certaines théories de justice sociale, nous allons démontrer les inégalités entre hommes et femmes dans les structures éducatives congolaises. Il s'agira de procéder à une revue comparative des indicateurs de scolarisation pour les garçons et les filles et de la participation de la femme dans les structures de gestion. La partie sera clôturée par une analyse des causes de ces inégalités.

8TOUMBI B., Cours d'Evaluation des projets et programmes, Masters 2 PDIR, IPD-AC, année académique 2014-2015.

20

PREMIER CHAPITRE : L'EQUITE AU REGARD DES

THEORIES DE LA JUSTICE

INTRODUCTION DU PREMIER CHAPITRE

La promotion de la justice sociale implique-t-elle qu'il faille accorder aux filles et aux garçons les mêmes traitements, les placer tous dans les conditions identiques à l'école? Un traitement, ou une action visant uniquement les filles peut-il être considéré comme un comportement discriminatoire ?

Le premier chapitre de notre mémoire cherche à trouver une réponse à cette inquiétude. Pour y parvenir, nous allons interroger certains auteurs ayant développés des idées sur la justice sociale.

1.1 Egalitarisme ou Equité

1.1.1. La notion d'égalité

Egalité et équité sont-elles synonymes? A quoi font-elles référence?

Ainsi, pour mieux appréhender les sens de l'égalité et de l'équité, il nous semble utile de recourir aux théories modernes de la justice. Il s'agit, pour nous, de chercher à comprendre ce que chacune de ces théories entend par justice sociale et relever les voies proposées pour l'atteindre.

Cependant, conscient de l'existence de plusieurs théories de la justice, nous allons nous limiter à celles qui nous semblent avoir un lien avec notre sujet de travail, notamment l'utilitarisme, la théorie d'égalisation des biens premiers, la théorie d'égalisation des ressources étendues, l'égalisation des opportunités et le courant de pensée sur l'éthique de la sollicitude.

j. L'utilitarisme

L'utilitarisme est un courant des pensées qui acceptent comme fondement morale l'utilité ou le principe du plus grand bonheur. Les tenants de cette théorie soutiennent que les actions sont bonnes en fonction du bonheur qu'elles engendrent, et mauvaises si elles tendent à procurer un malheur. Par bonheur, ces auteurs comprennent le plaisir ou l'absence de souffrance ; et par malheur, la souffrance ou l'absence du bonheur. Ils admettent donc qu'une société juste est celle qui recherche le plus grand bonheur au plus grand nombre. Ceci serait possible, en

Pour RAWLS, est juste une société dont les institutions repartissent les biens premiers sociaux entre ses membres de manière équitable. Par biens premiers,

21

termes de méthodologie, par la maximisation de la somme des utilités des membres qui composent une société.

Notons que l'utilitarisme est la théorie la plus connu du « courant welfariste », celui qui regroupe les théories du bien-être, c'est-à-dire celles qui évaluent la justice d'une action en fonction du bien ou de l'utilité qu'elle procure à l'individu ou à une communauté. Parmi les tenants de ce courant, il y a lieu de citer le philosophe et économiste anglais JOHN STUART MILL qui, en 1869, publia « the subjection of women » dans lequel il revendiquait, au nom de la justice et de la liberté, les droits à l'éducation, au travail et au suffrage pour les femmes.

En planification de l'éducation, l'utilitarisme signifierait par exemple concevoir un programme qui vise à garantir la scolarisation à un grand nombre des congolais. La justice sociale signifierait le fait pour la grande majorité des congolais à être scolarisée. A ce sens, l'accroissement du taux de scolarisation témoignerait le progrès vers l'égalité dans l'éducation.

Par ailleurs, étant donné que la notion d'utilité comporte un caractère subjectif, il semble difficile de savoir à quel moment l'égalité serait atteinte. Cette difficulté risque par exemple de faire croire que les préférences adaptatives constituent un bien-être. En plus, avec cette approche, l'atteinte du bien-être ne prend pas en compte l'effort de la personne, le bonheur pouvant par exemple être accordé par principe, convention, compassion, etc. Dans ce cas, la personne ne sera considérée que comme bénéficiaire passif d'une sollicitude, et non comme une propriétaire des droits.

ii. La Théorie d'égalisation équitable des biens premiers (RAWLS)

Cette théorie est l'invention du philosophe américain JOHN BORDEN RAWLS (2008). En effet, dans son ouvrage `Théorie de la Justice', RAWLS récuse l'utilitarisme dominant car, selon lui, l'égalisation du bien-être entre individus ne peut être juste à cause de l'existence des gouts dispendieux pour lesquels les individus doivent être tenus pour responsables par suite de leurs choix. C'est pourquoi, avec cette théorie, l'auteur cherche à définir les principes généraux de fonctionnement des institutions d'une société juste, d'un point de vue justice distributive, à partir d'une démarche fondée sur les théories du choix rationnel.

22

l'auteur attend les biens sociaux (conditions et ressources) que tout individu rationnel est censé désirer et qui lui permettent de réaliser son projet de vie rationnel, c'est-à-dire des biens utiles à la satisfaction de n'importe quelle préférence. Il s'agit, selon lui, des libertés fondamentales, des opportunités offertes aux individus, des pouvoirs et privilèges, des revenus et richesse ainsi que des bases sociales du respect de soi.

Pour parvenir à cette égalisation, l'auteur propose l'existence d'une attente entre les membres de la société sur les modalités de répartition équitables des conditions et des ressources pour que chaque individu puisse mettre en oeuvre sa propre idée du bien compatible avec l'organisation de la société. Il exige ensuite que la répartition de ces biens premiers respecte les principes de la liberté de base pour tous, et celui de l'égalité de chance et de différence.

Encadré 1: Les principes de répartition des biens de J. Rawls

? Principe de liberté: égale liberté pour tous, mais qui ne concerne que les libertés de base, excluant la liberté de contracter ou de posséder des moyens de production. Ce principe se réfère exclusivement aux libertés fondamentales et opportunités offertes aux individus pour lesquelles aucun avantage préférentiel ne peut être justifié.

? Egalité de chance et principe de différence : les pouvoirs et privilèges, les revenus et la richesse ainsi que les bases sociales doivent être distribués à l'avantage des membres des plus défavorisés de la société. Ainsi, les inégalités ne sont justifiées que dans les cas où elles ont été produites lors d'un processus basé sur des règles justes et équitables, ou lorsqu'elles procurent le plus grand bénéfice aux membres les plus désavantagés de la société, ou encore lorsqu'elles sont justifiées par l'utilité commune.

Source : Nous-même, à partir des lectures

A travers cette théorie, RAWLS s'inscrit dans la tradition contractualiste et considère la société comme un système de coopération acceptée entre les personnes libres, égales et rationnelles. Pour lui, cet accord doit être le résultat d'un processus rationnel de délibération, et être équitable, notamment en étant indépendant des conditions historiques, naturelles ou sociales. L'individu impliqué dans un tel processus doit donc être tenu responsable du résultat issu de son choix.

23

iii. Théorie d'égalisation des ressources étendues de DWORKIN

Comme détaillée ci-haut, la théorie de RAWLS se limite aux biens sociaux et ne traite pas la question de compensation des inégalités des talents et handicaps. Ainsi, admettant qu'est juste une société qui assure à tout individu un traitement égal, RONALD DWORKIN, philosophe et juriste américain, soulève la problématique de compensation équitable des handicaps et des talents.

Revenant sur la notion de responsabilité, DWORKIN avance l'idée selon laquelle la conception de la vie bonne implique une distinction entre le contexte et la personne. Pour lui, la possibilité d'une réussite humaine réside dans l'art de relever, avec compétence, le défi que nous imposent les circonstances dans lesquelles nous sommes placés. DWORKIN pensent donc que si les individus étaient en tout point identiques, ce qui n'est pas possible, l'égalisation impliquerait simplement de donner à chacun une part égale des ressources externes de la société.

Or, nous remarquons avec DENIS MAGUAIN (2002) que dans la réalité, «les individus sont loin d'être parfaitement homogènes. Ils se distinguent, d'une part, en ce qui concerne les circonstances auxquelles ils font face (milieu social, carte génétique, handicap, éducation, etc.) et, d'autre part, les ambitions et préférences qu'ils développent ». Ainsi, DWORKIN admet que les circonstances auxquelles fait face une personne peuvent s'interpréter comme une partie des ressources lui permettant d'accomplir sa conception de vie bonne. Il faut donc prendre en compte ces ressources, non seulement externes, mais également certaines variables personnelles reflétant les circonstances entourant une personne. A cet effet, une juste redistribution cherchera à égaliser aussi bien les ressources sociales externes (biens premiers de RAWLS) que l'ensemble des ressources internes (qui sont non échangeables, comme les talents, le handicap, et autres aptitudes naturelles).

Par ailleurs, si les circonstances (handicap) et talents constituent des ressources, comment parvenir à leur égalisation entre les individus ? Pour répondre à ce défi, DWORKIN propose qu'il faille collecter un impôt sous la forme de prime d'assurance volontaire, et que toute personne puisse y participer avec un même montant. Ensuite, l'Etat devra effectuer un transfert, sous la forme d'aide publique, aux personnes défavorisées par le sort. Ce serait aussi la même procédure pour compenser les personnes ayant des talents inégaux. Car, selon DWORKIN, les individus ont la possibilité de s'assurer contre une éventualité d'avoir un faible revenu. DWORKIN rejette par contre l'option de traiter les inégalités des talents en

24

matières d'égalisation des ressources et appelle un tel régime «l'esclavage des talentueux».

La théorie de RAWLS pose le jalon pour la problématique de la responsabilité de la femme dans son asservissement et permet de répondre à la question de savoir s'il faille la compenser pour les situations dont elle ne serait pas tenue pour responsable. Pour l'éducation par exemple, est-ce par volonté et libre choix que les filles désertent les écoles plus que les garçons, réussissent moins bien que les garçons, qu'elles sont moins représentées au secondaire que les garçons?

iv. La théorie d'égalisation des opportunités de SEN

Rejetant les idées welfaristes et se situant en opposition avec les pensées ressourcistes de RAWLS et DWORKIN, AMARTYA KUMAR SEN, économiste et philosophe indien, appelle à mettre l'accent plutôt sur les chances ou les opportunités que sur les résultats finaux ou les ressources.

Rappelons tout d'abord que la théorie de SEN fait partie du courant d'égalisation du domaine de choix ou des opportunités. Cette école avance l'idée générale que la distribution des biens est juste dès lors que l'ensemble des niveaux des résultats que l'individu peut atteindre avec cette part et ses caractéristiques personnelles est le même pour tous. L'idée est de mettre l'accent, non sur les résultats effectivement atteints (car ils dépendent des choix des individus), mais sur l'ensemble des résultats possibles, c'est-à-dire des possibilités réelles des résultats. Ce qui compte dans ce courant n'est pas la quantité des ressources, mais ce qu'elles permettent à l'individu de faire ou d'être.

C'est dans cette foulée que SEN développe la théorie de l'égalité des capabilités. A travers cette démarche, l'auteur cherche une approche alternative focalisée directement sur la liberté, vue dans la forme des capabilités individuelles de faire quelque chose qu'une personne a raison de réaliser. Il met l'accent sur l'importance des politiques publiques et de la participation populaire dans la prise de décision. Dans « Development as freedom (2000), l'auteur precise que « these capabilities can be enhanced by public policy, but also, on the other side, the direction of public policy can be influenced by the effective use of participatory capabilities by the public».

Ainsi, pour évaluer ce bien-être, SEN pense qu'il soit illusoire de fixer un critère objectif. Raison pour laquelle il définit un certain nombre des composantes objectives qu'il appelle « functionings » et qui sont, pour lui, des dimensions

25

importantes de la vie que toute personne est censée désirer (ex : être correctement nourri, paraître en public sans honte, être en bonne santé, etc). Ainsi, le bien-être d'un individu, dans le sens restreint de la qualité de vie, dépend de la capacité de l'individu à atteindre ces « functionings » fondamentaux. Cette capacité est influencée par le milieu social dans lequel l'individu se retrouve. Chaque « functionings » atteignable est appelé `'capabilité» (ou possibilité), comprise comme la réunion de la capacité de l'individu (forces endogènes) et des opportunités à lui offertes (forces exogènes) pour atteindre un « functionings ». Donc, SEN, ce qui importe d'égaliser, ce ne sont pas les indices du bien-être (les functionings) mais l'ensemble des «capabilités» entre les individus. La justice dans ce sens implique seulement que tous les individus disposent d'un certain nombre des capacités jugées comme fondamentales.

Il sied de remarquer que dans sa théorie, l'auteur insiste sur l'importance de la liberté en matière du choix et de la construction de bien-être et définit par conséquent la notion de capacité inhérente à une personne. Toutefois, la théorie ne traite pas explicitement les efforts de l'individu pour l'atteinte du bien-être et surtout la méthodologie d'égalisation des opportunités.

C'est pourquoi des auteurs comme ROEMER et ARSON vont proposer quelques pistes de solution. Par exemple, s'inspirant de la notion de functionings, JOHN ROEMER suggère de définir des classes d'équivalence, chacune regroupant des individus soumis aux mêmes circonstances. Au sein de chaque classe, la différence dans l'obtention d'un résultat réside dans l'effort fourni par l'individu. Pour sa part, RICHARD ARSON, à travers la théorie «égalité des opportunités du bien-être», propose d'égaliser les opportunités du bien-être qu'il définit comme le fait pour chacun de disposer d'une gamme d'option équivalente à celles des autres en termes de possibilité de satisfaction des préférences.

Dans la recherche de la conception de l'autonomisation de la femme, la contribution de SEN nous semble pertinente. Sa théorie nous invite à réfléchir en termes d'opportunités manquées et à renforcer les capacités en faveur des femmes pour leur permettre d'aspirer, au même titre que les hommes, au style de vie qu'elles jugent le meilleur pour elles.

v. Le courant de pensée sur l'éthique de la sollicitude

Cet ensemble des pensées ne s'intéresse pas au problème de répartition des biens (ce n'est donc pas une théorie de la justice distributive). Elle soulève plutôt la problématique de la responsabilité des individus vis-à-vis des autres. Il s'agit d'un

26

principe moral qui se fonde, selon LESEUR A. (2005), sur l'idée fondamentale que nous avons une responsabilité envers autrui, en ce sens qu'autrui a droit à de la sollicitude de notre part dans certains cas.

Au sens de ce courant, il n'est pas pertinent de se focaliser sur les injustices objectives, mais de considérer plutôt les souffrances subjectives ressenties par autrui. Il s'agit ici d'un principe qui invite à répondre à ce qu'autrui peut légitimement attendre de notre sollicitude. Cette réponse peut alors prendre la forme de dotation d'un bien en récompense d'une souffrance subie. Carol Gilligan (1982), psychologue américaine et partisane de ce courant, soutient la thèse que la sollicitude est un sentiment de responsabilité active et partiale.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée"   François de la Rochefoucauld