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L'assomption en Provence au XVIIème siècle.


par Charlotte Siat
Aix-Marseille Université - Master II Histoire de là€™Art moderne spécialité Art moderne et contemporain 2013
  

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III. RECENSEMENT ET TYPOGRAPHIE.

a. Analyse des oeuvres anonymes.

Dispersées sur l'ensemble du territoire de Provence et du Dauphiné du XVIIème, les Assomption demeurant anonymes sont aujourd'hui nombreuses : elles constituent la moitié de notre catalogue complet. Si ces oeuvres n'ont été affectées à aucun nom de peintre connu, l'analyse de leur iconographie révèle parfois des indices précieux sur l'origine de la commande.

L'actuel département du Var en compte le plus grand nombre : l'Assomption du Luc que nous étudierons dans la partie suivante de cette étude, celle d'Aups, Grimaud et Ollioules.

L'Assomption (Fig.12)198 d'Ollioules est conservée au sein de l'église Saint-Laurent, cependant nous allons voir que son iconographie nous révèle, si ce n'est le peintre, sa provenance. De plus, au premier abord, la composition relativement élaborée de cette oeuvre attire l'attention. La toile est divisée selon les deux registres habituels, dans la partie supérieure la Vierge est à demi- assise accompagnée de cinq anges, dont la plupart sont à moitié dissimulés par le nuage sur lequel les personnages reposent. Elle est vêtue d'une robe brodée d'or dont les tons sont quasi similaires à ceux utilisés pour la masse nuageuse, le mouvement ascendant y est suggéré par l'air qui agite les drapés. Remarquons que la Vierge est très rarement représentée sans sa traditionnelle robe bleue. Il ne faut cependant pas oublier de souligner que cette toile est assombrie par le vieillissement du verni, et qu'elle a probablement subi plusieurs repeints.

La partie intermédiaire qui sépare les deux registres présente un agencement original, dans lequel nous pourrions déceler un peintre au certain talent. En effet, le bas du nuage forme une sorte de pointe qui vient scinder la partie médiane du tableau. D'un côté est représenté dans

198Anonyme, Assomption, 380 x 200 cm, 17e siècle, église Saint-Laurent, Ollioules.

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l'ombre un groupe compact de sept des apôtres, et de l'autre le peintre fait figurer un paysage avec deux arbres cachant en partie une montagne peinte dans des tons de bleu grisonnant. Le ciel qui se profile au loin au-dessus de cette ligne de paysage, révèle des dégradés de bleu-orangé. De tels coloris nous rapprochent d'une peinture sans doute provençale.

Le registre inférieur est divisé en deux plans, séparés par le tombeau199 vide de la Vierge. Au second plan nous retrouvons quatre des douze apôtres, parmi lesquels nous pouvons reconnaitre saint Jean, au visage jeune et aux cheveux longs, vêtu d'une tunique dans les tons de violet.

Au tout premier plan figurent trois personnages, facilement reconnaissables à leurs attributs et dont deux d'entre eux nous fournissent de valables indices quant à la provenance de l'oeuvre. Au centre saint Pierre est l'apôtre le plus en valeur dans toute la composition : il est représenté de trois-quarts, un genou à terre, les bras légèrement levés vers le ciel. Le peintre donne à saint Pierre ses attributs iconographiques traditionnels : la clé que l'on peut voir à côté de lui, posée sur le livre. Moins fréquent, la crosse d'argent aux pieds de Pierre, symbolise son statut de premier pape de Rome. Cet élément rajouté aux attributs habituels démontre certainement la bonne connaissance des écrits religieux par le peintre.

De chaque côté de l'apôtre se trouvent donc deux saints, extérieurs à l'épisode de l'Assomption telle que le décrivent les textes. Il s'agit de saint François d'Assise et de sainte Claire200. Nous avons vu précédemment que l'ajout de personnages à la scène est toujours le fait des commanditaires. Si nous considérons que c'est également le cas pour cette oeuvre et que l'artiste à répondu à des exigences iconographiques précises, ces deux personnages nous

199 Notons que le tombeau est ici sculpté de strigiles, sorte de cannelures ondulées, particulièrement utilisées dans la confection des tombeaux sous l'Antiquité.

200 Aussi appelée Claire d'Assise.

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renvoient alors à l'Ordre des frères mineurs201. Saint François en est le fondateur au début du XIIIème siècle à Assise en Italie. Le peintre le figure à genoux avec ses attributs, les stigmates que le saint reçoit du Christ et le froc202 marron porté avec une corde en guise de ceinture à la taille. À droite, sainte Claire est également agenouillée, elle tient de ses deux mains un ostensoir d'argent, son attribut distinctif. C'est avec celui-ci qu'elle aurait chassé d'Assise les Sarrasins, mais surtout sainte Claire est à l'origine de la fondation de l'ordre des Clarisses à Assise, le pendant féminin des frères franciscains. Or, dans la première moitié du XVIIème, en 1634, les soeurs Clarisses s'installent dans un couvent d'Ollioules. Nous pouvons supposer qu'elles sont à l'origine de la commande de cette Assomption, où sainte Claire est figurée en bonne place. Cette hypothèse parait assez plausible puisque cette toile a été datée du XVIIème siècle, et l'établissement de l'ordre à Ollioules parait être une occasion privilégiée pour passer commande d'une oeuvre.

L'Assomption aurait donc était déplacée au moment de la fermeture de l'ordre des Clarisses sous Louis XV, au milieu du XVIIIème siècle, pour se trouver depuis dans l'église paroissiale Saint-Laurent.

Si nous considérons cette hypothèse comme vraisemblable, les soeurs ont fait appel à un peintre très probablement originaire de la région, relativement doué et qui possédait néanmoins une solide culture religieuse. Saint François et sainte Claire semblent être les personnages qui ont le plus souffert de repeints, cependant nous décelons dans les autres protagonistes un grand soin apporté aux mains et aux visages, notamment pour saint Pierre et la Vierge. Les broderies d'or qui ornent sa robe sont également réalisées avec une grande finesse.

201 Les membres des frères mineurs sont communément appelés les Franciscains, nous les connaissons d'ailleurs plus sous cette appellation.

202 Habit usuel des moines, qui comprend une capuche et tombe sur les pieds.

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Cependant l'iconographie ne nous renseigne pas toujours sur une provenance éventuelle, ni même à l'appartenance possible à un peintre.

C'est le cas de l'Assomption (Fig.13)203 d'Aups204, dans l'actuel département du Var, qui présente une composition tout à fait intéressante et singulière. Si les deux registres sont présents, le peintre ne les sépare pas par une bande de ciel ou de paysage, qui est le type qui se retrouve le plus fréquemment dans l'iconographie traditionnelle. Au bas nous retrouvons les apôtres, cinq d'entre eux sont au premier plan, mais tous forment un cercle autour du tombeau, qui est à peine visible. L'ensemble des représentations de l'Assomption fait certes figurer les apôtres, mais ils sont en général attroupés, formant une foule souvent compacte de part et d'autre de la sépulture. Cette disposition circulaire des apôtres est donc inhabituelle, et dénote un souci de composition de la part du peintre. Leurs regards se portent essentiellement vers la Vierge, qui ne semble pas les avoir encore entièrement quittés. En effet, le tombeau au centre du cercle des apôtres est partiellement recouvert du nuage qui porte les anges et Marie. Le peintre donne à la masse nuageuse trois sortes de « paliers » : sur le premier, presque posé sur le tombeau, deux anges regardent en direction du spectateur. Juste au-dessus la Vierge apparaît dans un halo de lumière, les bras ouverts, un genou posé sur le nuage, l'autre jambe légèrement dépliée. Un ange est appuyé juste à côté, un bras dans les airs et la regarde avec tendresse. Au dernier niveau, sur un petit nuage, deux angelots tournent eux aussi leurs regards vers la Vierge. À droite du groupe, le peintre fait figurer derrière l'imposant nuage, une petite parcelle de paysage et de ciel bleu, mais ce n'est de toute évidence pas l'élément privilégié par l'artiste. L'attention est portée à la composition pyramidale dont la Vierge est le point culminant. Notons également la présence de deux têtes de putti dans le coin gauche de

203 Anonyme, Assomption, 17ème siècle, 370 x 280 cm, église Saint Pancrace, Aups.

L'oeuvre a été restaurée en 1994, après être tombée dans le choeur de l'église.

204ACHARD, Claude-François, Description historique, géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne et du comtat Vénaissin, Tome 1er, Aix, 1787, p.266.

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l'oeuvre. Outre l'arrangement original des personnages, les coloris vifs des vêtements des apôtres et de la Vierge indiquent vraisemblablement la palette d'un peintre provençal.

Nous pouvons reconnaître dans cette Assomption une oeuvre de qualité, dont l'iconographie, qui dénote des compositions habituelles révèle une peinture réfléchie et de bonne fracture.

Toujours dans le Var, l'Assomption (Fig.14)205 de Grimaud, présente, elle, une composition traditionnelle, en deux registres. Les apôtres sont représentés derrière et de chaque côté du tombeau. Il y a cependant peu de place laissé au ciel qui vient ici séparer les deux parties. Au-dessus la Vierge est assise sur un nuage, elle est accompagnée de deux anges et à ses pieds se trouvent trois têtes de putti. Sa position est assez statique, bien qu'elle ait les bras ouverts et la tête levée vers le ciel. L'oeuvre est probablement en place dans la chapelle Notre-Dame de la Queste depuis sa réalisation. En effet l'édifice dont la construction remonte au XIème siècle, a été agrandi au XVIème siècle tant la fréquentation était importante, notamment lors de la fête mariale du 15 août. La commande d'une Assomption pour la décoration de la chapelle parait envisageable, si l'on prend en compte l'importance de cette fête au sein du village. Outre les offices prononcés en ce jour, et les processions, Grimaud accueillait aussi pour le 15 août une foire aux bestiaux. L'aspect populaire de cette fête semble être marqué en Provence.

Nous retrouvons des oeuvres anonymes dispersées sur tout le territoire provençal : l'Assomption (Fig.15)206 de Salon-de-Provence, dont on ne sait rien, mérite tout de même d'être signalée. Elle fait en effet partie d'un ensemble de quinze oeuvres représentant les quinze mystères du Rosaire207, disposées très en hauteur, au-dessus du narthex de l'église

205 Anonyme, Assomption, 17ème siècle, 700 x 600, chapelle Notre-Dame de la Queste, Grimaud.

206Anonyme, Assomption, 17èmesiècle, église Saint-Laurent, Salon-de-Provence.

207Les quinze mystères du Rosaire sont: la Résurrection de Jésus, l'Ascension de Jésus, la Descente du Saint Esprit sur les apôtres, l'Assomption de la Sainte Vierge Marie, le Couronnement de la Sainte Vierge au ciel, l'Agonie de Jésus au jardin des oliviers, la Flagellation de Jésus, le Couronnement d'épines, le Portement de la croix, le Crucifiement et la mort de Jésus sur la croix, l'Annonciation de l'Ange à Marie, la Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth, la Naissance de Jésus, la Présentation de Jésus au temple et le Recouvrement de Jésus au temple.

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Saint-Laurent. Est-ce le résultat d'un travail d'atelier ou est-ce que toutes ces oeuvres sont de la main du même peintre ? Nous ne pouvons le dire, tout comme la photographie de l'Assomption, l'éloignement et le manque cruel d'éclairage ne nous permettent pas de distinguer une éventuelle unité stylistique ou même les détails de la composition. Cependant, nous pouvons remarquer que dans cette oeuvre seul le registre céleste est représenté. La Vierge se tient debout les bras écartée, elle est vêtue d'une robe blanche, symbole de pureté, et de son manteau bleu, plusieurs anges semblent la porter. L'Assomption faisant partie de la rangée d'oeuvres la plus en haut208, le peintre à peut être pris en compte la distance qu'il y aurait avec le spectateur. Aussi, nous pourrions penser que la scène a été simplifiée afin qu'elle soit reconnaissable même vue de très loin.

Une autre Assomption (Fig.16)209, conservée au sein de l'église Saint-Véran à Cavaillon, faisait à l'origine partie d'un ensemble de six tableaux. Cette oeuvre anonyme a la particularité d'être de forme circulaire. La Vierge apparaît au centre portée par deux anges, l'un vêtu de jaune, l'autre de rouge. Ils sont eux même soulevés par une nuée d'angelots, dont certains n'ont que la tête de représentée. Les coloris sont assez chauds mais la tonalité de l'ensemble de la toile reste assez sombre. De plus, les visages des personnages, tout en rondeur, font plutôt penser à un peintre provençal, qu'à une école du nord.

Il convient de préciser que le cadre210 de l'oeuvre a été attribué au sculpteur Barthélemy Grangier, originaire de Cavaillon. Il aurait été réalisé dans la deuxième moitié du XVIIème siècle. De forme carrée à l'extérieur, le cadre est circulaire à l'intérieur. Cependant nous

208 Les quinze oeuvres sont disposées de la façon suivante ; trois rangées de cinq oeuvres superposées. L'iconographie de chaque oeuvre est mentionnée dans l'ordre (en partant du haut, de gauche à droite) dans la note 207.

209Anonyme, Assomption, XVIIe siècle, diam. 165 cm, cathédrale Saint-Véran, Cavaillon.

210 Le cadre est fait en bois doré, il est décoré en haut-relief de torsade de feuilles de laurier et de rosaces de feuilles d'acanthe aux quatre angles.

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remarquons un détail en bas à gauche de la composition, qui est coupé par le cadre, nous indique que celui-ci est très probablement postérieur à l'oeuvre. D'après l'Inventaire général du patrimoine culturel, cet élément à peine visible serait le Blason211de la famille Gaudemaris, établie à Beaumes-de-Venise au début du XVIIème. Cependant aucun élément existant dans les archives ne vient confirmer qu'un membre des Gaudemaris pourrait être le commanditaire.

À l'inverse nous connaissons la provenance et la date de l'Assomption (Fig.17)212 suivante, conservée au sein de la chapelle des Pénitents de Guillestre, aujourd'hui dans le département des Hautes-Alpes, le village faisait partie du Dauphiné au XVIIème siècle. L'oeuvre présente une composition traditionnelle en deux registres, avec néanmoins plusieurs particularités iconographiques. Dans le registre supérieur, la Vierge est emmenée dans les airs par une nuée d'angelots qui soutiennent le nuage sur lequel elle est à moitié assise. Les drapés de sa robe et de son voile marquent nettement le mouvement ascensionnel de la scène. Le peintre la représente légèrement de trois-quarts, les bras à peine écartés, elle porte une auréole de lumière de laquelle partent de larges rayons, tout autour les nuages portent plusieurs angelots dont deux têtes de putti ailées.

Le bas de la composition nous livre plusieurs éléments, le commanditaire et la date. Le registre terrestre est lui-même composé de deux parties. À gauche, quatre des apôtres sont représentés, au premier plan l'un lève les bras au ciel, l'autre se penche vers le tombeau qui est face à lui. À droite, le tombeau rempli de fleurs occupe la largeur de l'espace, derrière lui sont placés les autres apôtres. Nous reconnaissons saint Jean, qui a la main posée dessus, par la jeunesse de visage et ses cheveux longs. Devant le tombeau, au premier plan à droite, un personnage est figuré agenouillé en position de prière : il s'agit de Guillaume d'Hugues,

211 Le Blason représente un écu d'or, avec au centre un coq de sable crêté de gueules, au chef cousu d'azur chargé de trois étoiles d'or.

Inventaire général du patrimoine religieux, dossier n° IM84001206.

212Anonyme, Assomption, 1638, 247 x 198 cm, chapelle des pénitents, Guillestre.

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archevêque d'Embrun de 1612 à 1648. D'après l'Inventaire général du patrimoine culturel, l'archevêque est le commanditaire de l'oeuvre. Il l'aurait offerte en 1638 à l'église paroissiale Notre-Dame-de-l'Assomption213. Nous retrouvons en effet les armoiries de l'archevêque d'Embrun en bas de l'oeuvre au centre. Sur un phylactère214 sont inscrits 1638, la date de réalisation, et les initiales D.D., probablement celles du peintre qui n'ont pas encore pu être identifiées. Cette Assomption ne semble cependant pas être de la main d'un « maître » provençal, nous pouvons le remarquer au traitement élémentaire des visages et des drapés.

L'Assomption (Fig.18)215 de la Salle-les-Alpes, au nord de Briançon216, toujours dans le Dauphiné, est de date et de peintre inconnus. Cependant au vu de l'iconographie nous pouvons penser que cette oeuvre n'a pas quitté l'édifice pour lequel elle fut destinée. Conservée au sein de l'église paroissiale Saint-Marcellin217 datant du XVème siècle, l'Assomption reprend l'iconographie relative au vocable. La toile très abimée ne nous permet pas de rendre compte de tous les détails, cependant nous distinguons l'iconographie générale. En bas au premier plan un seul apôtre est représenté agenouillé, avec un autre personnage extérieur à la scène lui aussi agenouillé. Il s'agit de saint Marcellin à droite et de saint Barthélemy à gauche. L'église paroissiale est dédiée à saint Marcellin218, 29ème pape, qui mourut en martyr au début du IVème siècle. Le peintre le représente en habit de pape, le rendant reconnaissable. Saint Barthélemy, seul apôtre présent, porte l'attribut de son martyr,

213 Dite Notre-Dame-d'Aquilon.

GIORDANENGO, Gérard, L'église paroissiale de Notre-Dame-de-l'Aquilon à Guillestre, Congrès archéologique de France, Paris, 1974, p.90.

214 Un phylactère désigne en histoire de l'art une banderole, souvent aux extrémités enroulées, sur laquelle est inscrite la légende du sujet d'un détail iconographique ou de l'oeuvre entière. Le phylactère peut également porter les paroles du personnage représenté. Ce procédé est particulièrement utilisé au Moyen-âge et durant la Renaissance.

215Anonyme, Assomption, 4e quart 17e siècle, 172 x 163 cm, église paroissiale Saint-Marcelin, La Salle-les-Alpes.

216 Dans l'actuel département des Hautes-Alpes.

217Ministère de l'instruction publique, Inventaire général des richesses d'art de la France. Province, monuments religieux : Tome premier, éditeur Plon-Nourrit, Paris, 1886.

218GUÉRIN, Paul, Les petits Bollandistes : vies des saints, Tome 5, Blound et Barral, Paris, 1876, p.30.

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le couteau, avec lequel il aurait été écorché vif219. La présence de ces deux saints dans cette toile souligne une fois de plus la prédominance de ce culte caractéristique de la Provence mais aussi du Dauphiné. La Vierge apparait entourée de lumière, elle regarde vers le haut, les mains jointes. Autour du halo lumineux sont placées six têtes de putti. Datée par l'Inventaire général du patrimoine culturel du quatrième quart du XVIIème siècle, cette Assomption présente les caractéristiques d'une croyance provençale issue du XVème siècle, que nous retrouvons dans son iconographie.

La dernière oeuvre anonyme de notre catalogue se trouve à quelques kilomètres au nord de la Salle-les-Alpes, dans l'église paroissiale Notre-Dame-de-l'Assomption de Monêtier-les-Bains. Cette Assomption (Fig.19)220 n'a été attribuée à aucun peintre cependant la date de réalisation apparaît sur l'oeuvre en bas à gauche, difficilement lisible : il s'agit de 1630 ou 1650. Le registre inférieur montre les apôtres autour du tombeau vide : au premier plan ils apparaissent plus dispersés qu'à l'habitude. Un livre ouvert, probablement un livre de prières, se trouve aux pieds de l'un des apôtres, qui montrent dans l'ensemble de l'étonnement et une dévotion exacerbée, notamment pour saint Jean à droite, représenté les mains croisées sur la poitrine et le regard levé au ciel.

Dans le registre céleste la Vierge est auréolée de lumière comme dans l'oeuvre précédente de la Salle-les-Alpes. Elle est représentée les bras largement écartés, un genou posé sur le nuage, qui est peuplé sur les côtés de plusieurs angelots. Malgré le mauvais état de la toile, la composition traditionnelle de l'oeuvre révèle cependant un registre inférieur où la disposition des apôtres est assez inhabituelle, probablement de la main d'un artiste de la région.

219 Le responsable de son martyr serait le frère de Polème, roi d'une contrée en Inde que saint Barthélemy aurait converti avec toute sa famille au christianisme.

GIORGI, Rosa, Les saints, Hazan, Paris, 2003, p. 50.

220Anonyme, Assomption, 1630 ou 1650, 250 x 180 cm, église paroissiale Notre-Dame-de-l'Assomption, Le Monêtier-les-Bains.

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