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L'optimalité du régime de change dans la zone UEMOA.


par AYA MARIE ESTELLE AMANI epse KONAN
université Félix Houphouet Boigny de Cocody/Abidjan - DEA/MASTER NPTCI option macroéconomie appliquée 2012
  

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2.3.3. L'impact d'une dévaluation du franc CFA sur la balance commerciale et la production des pays de l'UEMOA

Avant la dévaluation de 1994, le franc CFA ne faisait que s'apprécier par rapport au dollar, soit une appréciation de 37% entre 1985 et 1993, (Kiema, Nubukpo et Sanou ; 2011). La dévaluation du 11 janvier 1994 du Franc CFA de 50% qui a donc eu lieu avait pour objectifs la restauration de la compétitivité-prix, le redressement de la balance commerciale et la relance de la production. Cette dévaluation a, pendant quelques années, permis d'accélérer la croissance de la zone. Mais depuis 2000 encore, du fait de son ancrage à l'Euro, le franc CFA s'apprécie continuellement par rapport au dollar et aux autres monnaies. Entre 2000 et 2010, le dollar a en effet perdu environ 50% de sa valeur contre l'euro, et donc contre le franc CFA et l'on constate une perte de croissance dans l'union, (Mebtoul ; 2009).

Edwards (1989) définit le taux de change réel d'équilibre comme le prix relatif des biens échangeables par rapport à celui des biens non échangeables qui, toutes choses égales par ailleurs, assure simultanément l'équilibre interne et l'équilibre externe de l'économie. Sa valeur dépend de celles d'autres variables déterminantes de l'équilibre interne et externe, appelées « fondamentaux » du taux de change. On peut définir l'équilibre interne comme l'équilibre sur le marché des biens non échangeables ; et l'équilibre externe comme la soutenabilité de la balance courante. Lorsque le taux de change réel courant diffère sensiblement de son sentier d'équilibre, on parle de désalignement (sous ou surévaluation) du taux de change réel. Ce désalignement peut être engendré par des politiques macro-économiques inadéquates, menant le plus souvent à une surévaluation du taux de change réel et, ce faisant, à une perte de compétitivité-prix.

Couharde, Coulibaly et Damette (2011) montrent que la dévaluation doit être utilisée en cas de surévaluations persistantes. Mais ils montrent également que la dévaluation ne permet pas de résoudre les problèmes structurels de compétitivité de la zone CFA. Puisqu'en sous-évaluation, le taux de change évolue plus vite à cause de l'augmentation de prix, comme en 1994. Donc, les gains de compétitivité réalisés par la dévaluation, s'érodent.

AMANI Aya Marie Estelle, DEA/MASTER NPTCI 4ème promotion 40

Concernant spécifiquement la zone UEMOA, Kiema, Nubukpo et Sanou (2011) montrent, avec les données des échanges commerciaux entre 1999 et 2009 que les TCER (taux de change effectif réel) de la zone sont en appréciation après la dépréciation brutale conséquence de la dévaluation de 1994, signe d'une relative perte de compétitivité des économies de l'Union. Les TCER qui ont enregistré la plus forte augmentation par rapport à leur niveau de 1994 sont ceux de la Côte d'Ivoire (35%) et du Bénin (30%) ; les appréciations les plus faibles étant celles du Sénégal (5%) et du Mali (12%). En général, les TCER de la zone ont progressé de 22% en moyenne.

De plus, l'étude montre qu'après la dévaluation de 1994, le TCER de la zone UEMOA a dépassé son niveau d'équilibre en 2002-2003 avant de revenir vers cet équilibre en 2005-2006 pour ensuite repartir à la hausse après 2006. Le gain de compétitivité, créé par la dévaluation de 1994 a donc été résorbé dans les années 2002-2003.

Les estimations de l'étude de Kiema, Nubukpo et Sanou (2011) montrent l'existence d'un phénomène semblable à celui de la courbe en J pour le Burkina, la Cote d'Ivoire, le Mali, le Niger et le Togo. Cela signifie qu'une dépréciation ou une dévaluation de la valeur de la monnaie détériore immédiatement le solde de la balance des transactions courantes, avant de l'améliorer quelques années plus tard. Cette détérioration persiste de 2 à 4 ans après la dévaluation en fonction des pays concernés. C'est la période nécessaire pour que les effets quantités prennent le pas sur les effets prix ou le temps de réponse de ces économies aux effets de la dévaluation.

Cependant, d'après les IRF (fonction de réponse à une impulsion), suite à un choc sur le TCER la balance commerciale ne s'améliorerait pas significativement au-delà de son niveau d'avant dévaluation, (Kiema, Nubukpo et Sanou ; 2011). Ce résultat indique qu'une dévaluation n'est pas la solution pour ces pays pour améliorer durablement et significativement le déficit de la balance commerciale. Cela est dû aux faibles élasticités de l'offre d'exportation par rapport au TCER, aux faibles capacités de production des économies dues à la faible industrialisation, à la forte part des importations en produits d'équipements qui gonflent les coûts de production, et à la haute teneur des exportations en produits de base.

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Pour le Bénin et le Sénégal par contre, une dévaluation entraîne un choc positif sur la balance commerciale. Concernant les effets de la dévaluation sur la production, les fonctions de réponse du PIB réel suggèrent que la dévaluation stimule la production pour les cas du Burkina, du Bénin, du Sénégal et du Togo. Pour la Côte d'Ivoire, le Mali et le Niger la dévaluation a plutôt un effet récessif, l'ampleur et la durée de cet effet étant différents selon les pays. Pour la Côte d'Ivoire, l'effet récessif disparaît au bout de 7 ans, 3 ans pour le Mali et 2 ans pour le Niger. Pour le Burkina, le Bénin, le Sénégal et le Togo la dévaluation a été suivie d'une relance de la croissance. Pour le Mali, après un taux de croissance du PIB réel relativement faible l'année après la dévaluation, la croissance a été également relancée les années suivantes. Pour le Niger, la dévaluation n'a pas eu d'impact significatif sur la croissance. Pour la Côte d'Ivoire cependant, le profil de la croissance est en opposition avec celui de l'IRF. Ce qui suggère que d'autres facteurs exogènes (climat politique, cours internationaux des matières premières,...) ont eu plus d'impact sur la croissance du pays que le choc de dévaluation.

Selon l'étude de Couharde, Coulibaly et Damette (2011), les pays de la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC), qui sont exportateurs de pétrole, se caractérisent en 2007 par une surévaluation moins forte de leurs monnaies par rapport à 1993, à l'exception de la République centrafricaine. Excepté ce pays, ces économies bénéficient d'une amélioration des termes de l'échange à partir des années 2000 qui leur permet d'enregistrer une stabilisation ou une appréciation de leur taux de change d'équilibre. Au total, même si ces pays ont vu leur taux de change réel s'apprécier à partir des années 2000, les désalignements constatés sont d'une ampleur plutôt faible.

Les pays de l'UEMOA sont, quant à eux, agricoles et majoritairement exportateurs de produits de base (coton, café ou cacao). Trois de ces économies (Bénin, Côte d'Ivoire et Togo) pâtissent d'une dépréciation continue de leur taux de change réel d'équilibre qui se traduit en 2007 par une surévaluation réelle de leurs monnaies d'une ampleur comparable ou largement supérieure à celle constatée en 1993. Les autres bénéficient, à l'instar des pays de la CEMAC, d'une appréciation de leur taux de change réel d'équilibre, qui se traduit par une faible sous-évaluation réelle de leurs monnaies en 2007. Au total, l'appréciation des taux de change effectifs réels des pays de la zone de la CFA à partir des années 2000 ne s'est pas traduite par une surévaluation

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réelle de leurs monnaies. Cependant, une dévaluation ne serait pas la mieux adaptée pour résoudre durablement les problèmes structurels que pose le rattachement du franc CFA à l'Euro. De plus, elle serait difficile à justifier au regard du niveau élevé des réserves de changes de la BCEAO auprès du Trésor français.

Au final, nous pouvons dire que les déterminants du choix du régime de change et la théorie du régime de change optimal nous montre que le régime de change de la zone UEMOA n'est pas optimal. Lorsqu'on utilise la définition du régime de change optimal de Rizzo (1998) qui va nous servir pour la suite de notre étude, on constate que ce régime ne nous permet pas de maximiser notre taux de croissance économique. Nous allons donc, à la suite de notre étude, utiliser le taux de change optimal pour trouver le régime de change qui convient le plus à la zone UEMOA.

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