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Effets de la hausse des prix des denrées alimentaires sur la consommation des ménages au Togo.


par Moubarak DJIGBA
Université de Lomé - Master en Economie 2012
  

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RESUME

Le Togo connait depuis cette dernière décennie, une hausse quasi continue des prix desdenrées alimentaires. Plusieurs causes sont à l'origine de cette situation qui n'est passans conséquence sur la vie quotidienne des populations. Ainsi, l'objectif de la présente étude est d'examiner empiriquement la réaction des dépensesde consommation finale des ménages suite à la hausse des prix alimentaires. Et dans le souci de faire ressortir les effets réciproques entre consommation des ménages et prix alimentaires, nous avons adopté une démarche reposant sur l'utilisation d'un modèle structurel à équations simultanées reliant les deux variables d'intérêt.

Les résultats des estimations montrent que toute variation positive des indicateurs desfacteurs structurels et conjoncturels pouvant éventuellement déterminés la flambée desprix alimentaires au Togo, affectentrespectivement positivement et négativement le niveau des dépenses de consommation des ménages ; et de surcroît sur leur pouvoir d'achat.

Mots clés : dépenses de consommation, indice des prix alimentaires, pluviométrie, importations et production alimentaires, modèle à équations simultanées.

INTRODUCTION GENERALE

L'histoire a - t - elle tendance à s'acharner sur la sécurité alimentaire ?Depuis 2000 et plus particulièrement à partir de 2005, on observe une forte augmentation des prix mondiaux des denrées alimentaires de base (céréales, oléagineux et sucre en particulier). Ils ont atteint entre 2005 et 2011 des niveaux record, provoquant dans de nombreux pays des émeutes de la faim. La faible production mondiale, diminuant la disponibilité sur les marchés nationaux des pays exportateurs et limitant l'exportation des excédents, la demande toujours plus forte en lien avec la démographie et l'augmentation des revenus ayant entraîné un changement des habitudes de consommation (plus forte consommation de viande par exemple), l'utilisation des produits agricoles pour la production des biocarburants, et enfin la spéculation sur les produits agricoles, sont les principaux facteurs de cette hausse des prix. Dans une économie mondialisée, cette hausse des prix se répercute sur les marchés de nombreux pays avec des impacts différents.

Cette ascensiondes prix alimentaires a par ailleurs fait prendre pleinement conscience, tout en renforçant l'acuité des problèmes que posent la sécurité alimentaire et la faim, en particulier dans les PED.Et c'est une situation pour le moins paradoxale dans un monde qui regorge de richesses naturelles, et qui dispose des capacités nécessaires pour produire des produitsalimentaires en quantités et qualité pour les besoins de l'humanité.Les populations les plus vulnérables, surtout les populations urbaines, subissent de plein fouet cette flambée des prix selon leur dépendance au marché et aux denrées importées pour leur alimentation quotidienne.

Les causes de ces flambées de prix sont complexes, et s'expliquent par une combinaison de facteurs se renforçant mutuellement, et ne se limitant plus aux facteurs traditionnels de l'offre et de la demande. La situation actuelle est à la fois similaire (baisse des stocks de céréales, instabilité des cours pétroliers, dépréciation du dollar US et spéculation sur les marchés agricoles) et différente (plusieurs produits sont touchés, déficits de production dus aux conditions climatiques et restrictions au commerce) de celle de 2008.  De plus, la récession dans les économies développées, et l'étroitesse du marché international du fait que seule une faible proportion de la production mondiale entre sur les marchés internationaux par le biais des échanges commerciaux, ont favorisé davantage la flambée de prix des produitsalimentaires. En effet, cinq grands exportateurs (les Etats-Unis, la Russie, l'Australie, l'Europe et la Chine) approvisionnent le marché international pour 73% des céréales demandées. Schématiquement, cette situation s'explique par l'évolution du rapport entre l'offre alimentaire mondiale devenue insuffisante, et la demande en pleine croissance ; et sous l'effet conjugué de facteurs dont l'importance relative est difficile à quantifier pour le moment.

Les prix des produits alimentaires ont enregistré de fortes hausses d'environ 83% au cours des trois (3) dernières années ; ce qui a entraîné au plan national, une hausse des prix de l'ordre de 30 à 40%. Ces hausses contribuent à accentuer la crise alimentaire à l'échelle mondiale, à un moment où l'Afrique est confrontée à une situation précaire sur le plan de la sécurité alimentaire (cas des pays sahéliens et de la corne de l'Afrique). Les conséquences de la crise sont donc plus graves en Afrique où la plupart des familles consacrent entre 60 et 80% de leur revenu à l'alimentation (contre 10 à 20% dans les pays développés) ; et où il y a une dépendance excessive à l'égard des produits alimentaires importés et de l'aide alimentaire. En effet, l'Afrique est la destination d'environ un tiers de l'aide alimentaire mondiale et importe chaque année des produits alimentaires pour une valeur d'environ US $25 milliards ; ce qui est économiquement coûteux et stratégiquement risqué, en particulier au regard de la conjoncture actuelle. Cette situation menace donc la stabilité macroéconomique et la croissance économique dans de nombreux pays ; et où elle risque d'enfoncer davantage bon nombre de personnes dans la pauvreté d'ici l'horizon 2015, année butoir de l'atteinte des OMD. De plus sur le continent, au moins 70% de la population vit de l'agriculture ; et de nombreuses régions autrefois autosuffisantes, dépendent dorénavant des importations agricoles.

Pays côtier de l'Afrique occidentale et situé dans le climat tropical, le Togo a une économie qui dépend traditionnellement du secteur primaire. Ce secteur représente environ 44% du PIB (2010) et occupe plus de 70% de la population active. Les secteurs secondaire et tertiaire représentent respectivement environ 18% et 38% du PIB en 2010. La production agricole est dominée par des exploitations de petite taille. La nature libérale de son économie lui assure une ouverture sur l'extérieur.La dépendance au marché pour l'alimentation est forte dans les zones urbaines et dans les zones traditionnellement déficitaires en production céréalière. Cependant, selon leurs moyens et leur accès aux denrées, les togolais sont plus ou moins dépendants des importations. La plus grande part de la consommation alimentaire locale est basée sur la production nationale et sur des échanges régionaux, limitant a priori l'impact de cette flambée des prix internationaux. Cependant au cours des dix dernières années, on a observé au Togo une tendance forte à l'augmentation des prix notamment pour les céréales de base, importées ou non. La production locale est largement tributaire des conditions météorologiques, lesquelles conditions peuvent occasionner de grandes variations de niveaux de production tout en se répercutant sur les prix de vente (surtout en période de soudure). En fonction de leur lieu de vie (rural/urbain) et de leurs revenus, les ménages sont plus ou moins impactés par ces variations importantes. La faible intégration des marchés ne favorise pas les échanges entre les régions, et l'accès difficile à certaines zones participe au renchérissement des prix.

Les résultats de l'enquête QUIBB de 2006, montrent que 61.7% des Togolais sont en situation de pauvreté. En milieu rural, ce taux est de 74.3% représentant 79.9% des pauvres ; tandis qu'en milieu urbain, son incidence est de 38.8% correspondant à 20.1% des pauvres.De même, le seuil de pauvreté monétaire - représentant le niveau de dépense minimal pour satisfaire les besoins essentiels de base, soit 2400 Kilo calories par adulte et par jour - varie de 155 000 à 180 000 FCFA par équivalent adulte et par an pour les régions administratives, contre 242 000 FCFA à Lomé et ses périphéries.

Ainsi, la production alimentaire au Togo parvient à couvrir au moins 60% des besoins en produits alimentaires nécessaires à la consommation locale ; et environ 89% des produits sont achetés. Le pays dépend des importations pour couvrir le déficit. Aussi bien en milieu urbain que rural, les ménages qui dépendent en grande partie des marchés intérieurs pour leur approvisionnement en produits alimentaires,font les frais des hausses continues de prix des produits de première nécessité. Le maïs, denrée la plus consommée aussi en milieu rural qu'urbain, a vu son prix doublé voire triplé entre 2007 et 2008 (600 - 1500 FCFA à Lomé et ses périphéries, et 350 - 1000 FCFA à l'intérieur du pays). De plus, le riz brisé qui est la deuxième denrée la plus consommée en milieu urbain et troisième en milieu rural, a quant à lui vu son prix doublé entre 2007 et 2011.

Ces variations de prixdes produits alimentaires constatées sur les marchés togolais,sont dues en partie aux tendances observées sur les marchés internationaux. Par contre, la spécificité de la production agricole du Togo permeta prioride rendre compte d'un impact relativement moindre. Outre le riz et le blé, les autres céréales sont relativement autosuffisantes pour la demande intérieure ; mis à part les campagnes agricoles 2006/2007 et 2007/2008 suite aux graves inondations enregistrées au cours de ces périodes. Et du fait des goûts et préférences des consommateurs, le Togo est un gros importateur de produits alimentaires (riz, blé, sucre, produits manufacturés, huiles végétales, viande, etc.). Ce qui fait que toute variation à la hausse des prix internationaux de ces produits, affecte significativement la facture des importations alimentaires, et de surcroît la consommation et pouvoir d'achat des ménages.Par ailleurs, la plupart des indices des produits alimentaires enregistrés au cours de la période 1996 - 2007 sont relativement inférieurs à 120 (statistiques de la DGSCN). Les périodes d'après exhibent des indices records allant jusqu'à 150 ; ce qui théoriquement pose le problème de pouvoir d'achat surtout pour les populations démunies. En plus, cette situationa engendré une pression remarquable sur l'insécurité alimentaire, et accru les dépenses alimentaires au détriment des autres besoins des ménages (éducation,santé, loisir, etc.). C'est l'une des raisons qui pousse certains ménages à substituer les aliments de bonne qualité par des aliments bon marché et de qualité douteuse.

La tendanceactuelle des prix alimentaires ponctuée par les crises alimentaires des années précédentes, a rallumé l'opinion générale sur la nécessité des politiques de stabilisation de prix. En effet, il existe un consensus selon lequel le marché mondial des produits alimentaires devient de plus en plus vulnérable et sensible aux extrêmes fluctuations de prix des produits agricoles de base. Un rapport d'IFAD (2011) met en exergue l'intérêt que les pouvoirs publics accordent à la stabilisation des prix des produits alimentaires. Les interventions des Etats de stabiliser les prix se sont senties nécessaires parce que : (i) les ménages ou populations sont largement sensibles aux variations de prix ; (ii) certains marchés sont inaccessibles aux consommateurs et petits producteurs des PED (Newbery, 1989 ; Timmer, 1989).Les ménages ont la difficulté d'adapter rapidement leur consommation aux fluctuations de prix alimentaires à cause du caractère inélastique de l'offre et de la demande des produits alimentaires. Les producteurs ne parviennent pas instantanément à modifier et augmenter la production à cause de la durée du cycle saisonnier de la production agricole ; surtout avec les changements climatiques qui affectent les conditions de production.

De ce fait, une série de facteurs peut être source de troubles dans le monde, et l'alimentation en est l'un d'entre eux. Les récents mouvements de protestations en Afrique du Nord (Tunisie, Egypte, Maroc, etc.), au Moyen - Orient (Yémen, Bahreïn, etc.), en sont des illustrations concrètes. La question de l'alimentation ne laisse donc indifférente tout agent économique.Par conséquent, les récentes flambées générales des prix des produits agricoles de baseremettent à l'ordre du jour la question de l'instabilité des prix et insécurité alimentaires, et des explications à donner à ce phénomène. Il est bien vrai théoriquement que les variations de prix sont néfastes ;car elles écartent le prix de marché du coût marginal de longue période, et créent des difficultés au niveau de la réduction de la pauvreté et de la sécurité alimentaire,surtout pour les PED comme le Togo (Ravallion, 1997). Cependant, la question de l'origine de ces variations et son impact sur la consommation ou pouvoir d'achat, - et par conséquent des actions qui pourraient être prises pour y remédier, restent pendante. A ce jour,plusieurs causes ont pu être élucidées, et ont peut - être servi d'expérience. Toutefois, toutes les actions humaines sont limitées dans le temps non pas par impossibilité, mais plutôt par incapacité à les prévoir avec certitude. Dès lors, la présente étude cherche à identifier les fondements qui sous - tendent cette instabilité de prix des produits agricoles de base ? Et d'évaluer l'impact des hausses de prix des produits alimentaires sur la consommation des ménages au Togo ?

C'est à ces questions que nous essayerons de répondre tout au long de cette étude, afin de promouvoir d'autres réflexions et d'en éclairer davantage.

Au - delà de toutes ces affirmations, l'objectif del'étude consiste à appréhender la manière dont évolue laconsommation des ménages togolais (en terme de dépenses de consommation et pouvoir d'achat) suite à une hausse de prix des produits alimentaires. Plus spécifiquement, l'étude consiste d'une part, à évaluer l'impact des hausses de prix des produits alimentaires sur les dépenses de consommation finale,et de surcroît sur le pouvoir d'achat ; et d'autre part, de voir l'impact de la hausse des prix domestiques de certaines denrées alimentaires (consommées majoritairement) sur la consommation des ménages au Togo.

L'intérêt de l'étude réside dans la vérification des hypothèses suivantes :

· Les hausses de prix des denrées alimentaires au Togo sont dues aux facteurs climatiques et conjoncturels, lesquels facteurs affectent positivement les dépenses de consommation des ménages au Togo ;

· La hausse des prix de prix des produits alimentaires locaux affectent positivement la consommation des ménages au Togo ; tandis que ceux importés l'affectent négativement.

Le document est structuré en trois chapitres. Le premier chapitre donne un aperçu de la production alimentaire au Togo. Le second expose les raisons et causes fondamentales de l'instabilité de prix des denrées alimentaires. Le dernier chapitre expose une analyse synthétique et économétrique de l'impact des hausses de prix des denrées alimentaires sur la consommation des ménages au Togo.

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