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Les réseaux sociaux. Un outil de (re)positionnement pour les musées?

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par Bénédicte Fantin
Neoma Business School - Master Grande Ecole 2016
  

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C) Analyse du paratexte

Dans un premier temps, nous allons analyser les éléments du «paratexte », c'est-à-dire les signes qui ne correspondent pas à des publications quotidiennes du MNHN mais qui participent de l'identification de l'émetteur. Contrairement aux messages publiés quotidiennement et qui apparaissent dans le journal du MNHN et dans le fil d'actualités des abonnés, ces signes ont vocation à donner des informations pérennes, notamment des informations pratiques et historiques dans l'onglet « A propos ». On y trouve la description suivante :

« Brève description

Le Muséum national d'Histoire naturelle se déploie sur plus de 14 sites à Paris, en Île-de-France et en régions. Établissement scientifique, le Muséum est tourné vers la recherche et la diffusion des connaissances.

Longue description

À la fois établissement scientifique et service public, tourné vers la recherche et la diffusion des connaissances, le Muséum assume 5 grandes missions fondatrices qui régissent et nourrissent l'ensemble de ses activités :

- Recherche fondamentale et appliquée ; - Gestion et conservation des collections ; - Enseignement et pédagogie ;

- Diffusion des connaissances ;

- Expertise. »

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Cette présentation est assimilable à la finalité oratoire de l'ethos. Par cette présentation très institutionnelle, le MNHN vise à se concilier la bienveillance de l'auditoire, en l'occurrence des internautes et à asseoir son autorité morale.

L'onglet « Photos » est également une mine d'informations intéressantes qui permet de retracer quelques-uns des événements phares de l'institution en photos. La possibilité de créer des albums photo thématiques est peu exploitée, il y en a trois pour l'instant : « Les animaux font le mur », « La visite de la zoothèque avec les fans » et celui créé pour le « Festival d'automne du 13 septembre au 11 novembre 2013 ». L'album « Les animaux font le mur » renvoie à une opération menée par le MNHN en 2014, dans le cadre des Journées du Patrimoine qui avaient pour thème « Patrimoine culturel et patrimoine naturel » et à l'occasion des vingt ans de la Grande Galerie de l'Evolution. L'opération est ainsi décrite sur le site web du MNHN : « Le Muséum, où la nature est depuis toujours source d'inspiration pour les artistes, a proposé à plusieurs grands musées parisiens d'accueillir à leur tour ses animaux. Les musées se sont prêtés au jeu et présentent des spécimens naturalisés en lien avec leurs oeuvres ou bien de façon totalement décalée. » Les photos, toutes créditées par le MNHN, illustrent bien ce décalage en nous donnant à voir les animaux naturalisés qui intègrent et se fondent ingénieusement dans les collections du Petit Palais, du Musée de Cluny, du Musée du Louvre, du Musée d'Orsay ou encore du Musée Eugène Delacroix. Toutes les photos ont dans leur légende le hashtag #animauxfontlemur et le hashtag du musée partenaire.

Le reste des photos non classifiées en album correspond aux photos utilisées quotidiennement par la community manager pour illustrer ses publications, de même que toutes les photos de profil ou de couverture utilisées jusqu'à aujourd'hui. Deux photos de profil ont été utilisées. La photo de profil habituelle correspond à l'identité visuelle du MNHN : le nom du Muséum décliné dans une police blanche sans empâtement, en majuscules, sur un fond noir. Le terme Muséum est mis en avant par une taille de police supérieure et par sa présence écrasante sur une seule ligne, tandis que le reste de l'identité « national d'Histoire naturelle » occupe la seconde ligne dans une taille de police inférieure. Chaque vocable (« national », « d'Histoire » et « naturelle ») est placé sous une syllabe de « Muséum ». Si l'on s'en tient à la définition du Petit Larousse, un muséum est « un musée consacré aux sciences naturelles ». Le terme Muséum accolé à celui « d'histoire naturelles » est donc presque une tautologie. Cela pourrait expliquer la prépondérance de Muséum dans l'identité visuelle du MNHN, le Muséum exprime en soi la spécificité thématique du lieu. Par ailleurs, la sobriété chromatique (noir et blanc) et typographique du logo donne une dimension universelle à l'institution, comme si parmi tous les muséums, c'est bien celui-ci qui faisait office de référence absolue.

La seconde image de profil utilisée par le MNHN s'inscrit dans le contexte exceptionnel des attentats terroristes du 13 novembre 2015. Pour signifier le bouleversement provoqué par les attentats, le MNHN a modifié sa charte graphique en inversant son code chromatique noir et blanc, et en introduisant une bande noire qui traverse le logo, en signe de deuil national. La permanence habituelle du logo institutionnel décrit auparavant (et réadopté depuis), ne fait que renforcer le contraste entre la photo de profil créée en hommage aux victimes des attentats. Cette image de profil

rappelle que le musée est un acteur au sein de la société civile, c'est pourquoi il ne saurait rester dans un rôle de froideur institutionnelle lorsque cette dernière est atteinte.

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L'image de profil est accompagnée d'une mention visant à définir mais aussi référencer le Muséum sur les réseaux sociaux : « Muséum national d'Histoire naturelle / Musée (histoire) - Service de recherche ». Ce « sous-titre » resitue le Muséum dans un contexte plus large qui est celui de la recherche, et non plus seulement aux notions de conservation et de diffusion des collections habituellement rattachées au terme de « Musée ». Les activités d'enseignement ne font en revanche pas partie du sous-titre. Le Musée de l'Homme met par exemple en avant les éléments suivants : « Musée de l'Homme : Musée - Tourisme & visites guidées ». Chaque lieu se définit ainsi par quelques activités clés au risque de donner une vision partielle de ses missions.

La catégorie des « photos de couverture » peut être divisée en deux sous-catégories. On distinguera les photos de couverture contextuelles de celles plus atemporelles. Les premières renvoient à la promotion d'expositions temporaires, toutes au Jardin des Plantes. La mention des dates, voire le rajout d'un bandeau rouge « prolongation », a une fonction conative, c'est-à-dire qu'elle pousse les internautes à organiser une visite dans le délai imparti. Cette fonction incitative est renforcée par la présence d'un rectangle bleu « Réservez maintenant », sur la photo de couverture, qui renvoie l'internaute à la billetterie en ligne. La complémentarité entre le sentiment d'urgence provoqué par le rappel des dates de l'exposition temporaire et la conversion effective de ce sentiment d'urgence en visite est particulièrement intéressante, notamment dans le cadre d'un objectif d'augmentation de la fréquentation.

Les autres photos de couverture tendent davantage à illustrer les collections permanentes du MNHN. On peut par exemple y voir un échantillonnage de la Galerie de Minéralogie, en référence aux spécificités des collections du Muséum.

L'onglet « Photos » comprend également l'ensemble des vidéos postées par le MNHN sur sa page Facebook. Ces vidéos ne sont pas les mêmes que celles diffusées sur Dailymotion qui fait la part belle aux cours du MNHN. Les vidéos Facebook sont des formats bien plus courts, de 3 minutes maximum. Dans ces vidéos le thème de la préservation de la biodiversité, partie intégrante du positionnement du MNHN, est omniprésent. En termes de volumes, deux séries de vidéos se distinguent : une série

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réalisée et diffusée dans le cadre de la COP21 dans laquelle des chercheurs du Muséum expliquent les effets du changement climatique sur la biodiversité et l'Homme. La deuxième série de vidéos concerne l'opération du Tour de France de la diversité. En parallèle du Tour de France de cyclisme, le Muséum a lancé son propre Tour de France, jalonné par les spécificités naturelles des lieux traversés, et accompagné d'un discours de sensibilisation à la faune et la flore rencontrées en cours de route. Chaque vidéo est introduite par l'ancien coureur cycliste Bernard Hinault, ensuite relayé par une voix off qui présente une brève analyse géologique, botanique, etc. du lieu traversé.

Sur le même thème de la biodiversité, une vidéo promeut l'inscription à un MOOC sur le sujet, dispensé par des professeurs affiliés au MNHN. L'activité d'enseignement du MNHN est ainsi rappelée.

Le second grand axe thématique des vidéos concerne l'annonce d'expositions temporaires ou d'événements qui auront lieu au MNHN : projections de film, Nuit européenne des musées, Fête de la science, etc. Les vidéos font alors office de bandes annonces et en affichent les même codes : format condensé, rythme soutenu et informations pratiques à la fin. Avec, là encore, une dimension conative importante, puisque en un clic, à la fin de la vidéo, l'internaute est renvoyé sur la billetterie en ligne, sur le site internet du MNHN.

Le reste des vidéos concerne des thématiques hétéroclites.

Une catégorie de vidéos met en scène les animaux emblématiques du MNHN, dans un format presque feuilletonesque : la pesée de Pati et Jaya, deux petites panthères, à la Ménagerie du Jardin des Plantes, la mort de Kiki, la tortue centenaire de la Ménagerie fait l'objet d'une vidéo spéciale, tout comme le départ pour l'Algérie de l'hippopotame du Parc Zoologique de Vincennes Rodolphe.

Certaines vidéos sont plus particulièrement destinées aux enfants, ou plutôt aux parents d'enfants en bas âge, Facebook étant autorisé à partir de 13 ans. Dans cette catégorie nous trouverons une vidéo invitant à télécharger l'application Adeline la girafe, une application ludo-éducative sur la faune et la flore, avec, pour protagoniste, la fameuse girafe qui est également à l'origine d'un compte Twitter à part entière, gage d'une vision décalée sur l'institution du MNHN, comme nous l'avons vu plus haut. La vidéo présente un style naïf, avec des collages et des dessins, en cohérence avec la cible finale du produit promu. Les enfants étaient également le public mis à l'honneur avec des vidéos publiées à l'occasion de l'ouverture de la Galerie des Enfants ou encore lors de publications faites le mercredi, accompagnées du hashtag #jourdesenfants et présentant la Grande galerie de l'évolution bien animée par la nuée d'enfants.

Enfin la dernière catégorie de vidéos que l'on a pu distinguer concerne les métiers du Muséum. A noter que cette dernière catégorie est compatible avec d'autres thématiques. Par exemple, dans la vidéo publiée à la mort de la tortue Kiki, un taxidermiste du Muséum nous explique l'histoire de Kiki et la manière dont sa dépouille va être traitée. Via de courtes interviews, d'autres métiers sont mis en avant : Jack Thiney, préparateur et restaurateur de collections, nous explique comment a été naturalisé un rhinocéros à l'époque de Louis XV qui a ensuite intégré les collections du Muséum, les soigneurs de la Ménagerie sont présentés comme de vrais « mères poules », tandis que l'équipe de la

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nurserie de la Ménagerie est présentée dans une vidéo accompagnée du texte suivant : « La nurserie de la Ménagerie accueille les nouveaux pensionnaires ailés. Les soigneurs s'occupent d'eux depuis leur naissance jusqu'à l'âge adulte. Cet espace est ouvert à la visite. » Les métiers du MNHN sont ainsi valorisés et mis sur le devant de la scène, les visiteurs sont d'ailleurs incités à les rencontrer pour enrichir leur visite.

Un autre onglet faisant partie du paratexte s'intitule « Twittez avec le Muséum ». En cliquant dessus, on retrouve tous les Tweets du Muséum, avec une incitation à suivre le compte Twitter du Muséum. On retrouve cette même idée de lien entre les différentes plateformes du Muséum dans l'onglet « Plus » où l' « Instagram Feed » permet de voir toutes les photos publiées sur le compte du MNHN. Ce même onglet présente un lien vers les publications scientifiques du Muséum, mêlant ainsi les supports traditionnels et contemporains pour véhiculer les contenus scientifiques de l'institution.

L'onglet « Plus » permet aussi d'avoir un aperçu des événements organisés au MNHN. On notera que tous les événements qui ont été déclinés en « événements Facebook » avaient lieu sur un des sites du Jardin des Plantes. Enfin c'est également dans cet onglet qu'on trouvera un élément essentiel du paratexte, à savoir les avis des internautes. Tous les avis servent à générer une note globale qui est attribuée à l'institution par Facebook. Le MNHN se voit attribuer la note de 4,5/5. Nous ne nous attarderons pas sur ces avis car ils ne sont pas émis par le MNHN or c'est le discours généré par l'émetteur qui nous intéresse particulièrement dans cette analyse. On notera toutefois une grande majorité de commentaires élogieux, dans des langues variées, à l'image des visiteurs internationaux du Muséum. Les rares commentaires discordants ne concernent pas le contenu des collections mais plutôt l'accueil, les tarifs, la scénographie ou l'accessibilité handicapés.

Un élément du paratexte nous semble particulièrement intéressant. Il s'agit de la frise chronologique, située sur la droite de la page.

Les grands jalons du Muséum y sont relatés de manière didactique et illustrée. La frise débute à la date de 1793, c'est-à-dire à la naissance officielle du musée.

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Le faible nombre de likes (5 mentions « j'aime ») s'explique par le statut particulier de ces posts « historiques » qui supposent une réelle curiosité de l'internaute. Ce dernier ne peut en effet y avoir accès qu'en cliquant sur la date d'origine du musée qui apparaît dans la frise ; il ne peut tomber dessus par hasard en scrollant sur la page, car ce post se situe bien trop en amont des publications actuelles et a été publié alors que la page du MNHN était encore assez confidentielle.

En cliquant sur les grandes dates-clés sélectionnées par le Muséum pour illustrer son histoire, l'internaute peut également voir défiler les portraits des premiers scientifiques qui ont fait de la recherche au sein du MNHN, ou encore ceux des directeurs et professeurs qui ont marqué l'institution au fil des siècles. L'annonce des ouvertures successives des galeries et extensions du Muséum font également l'objet de posts « historiques ». Il s'agit d'un exemple de storytelling intéressant, au service de la mission pédagogique du musée. Chaque post « historique », c'est-à-dire recréé, a posteriori, suite à l'ouverture du compte Facebook en 2010 est signalé par un petit drapeau bleu pour indiquer son caractère décisif dans l'évolution de l'institution.

On trouve ici un travail sur la dimension de mémoire, qui est comme nous l'avons vu dans la revue de littérature, une composante essentielle de l'identité de la marque muséale. Cela permet de donner corps à l'histoire de l'institution, de l'inscrire dans la continuité de son riche passé en incluant un ensemble de dates charnières qui apparaissent sur le mur du Muséum. Au fil de la frise, 2010 apparaît

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comme une date particulièrement charnière sur le mur du MNHN. Deux publications successives annoncent des réouvertures, celle des Grandes Serres et de la Galerie des Enfants. C'est suite à ces réouvertures que le compte a été créé et alimenté régulièrement depuis.

Enfin, le dernier élément du paratexte qu'il nous semble pertinent de relever car il sert également d'indicateur de suivi à l'institution elle-même, est le nombre de mentions « j'aime » attribuées à la page. Le nombre est fluctuant (les internautes peuvent finir par cliquer sur « je n'aime plus » pour ne plus voir apparaître les posts du MNHN dans leur fil d'actualités) mais la tendance est à la hausse de manière générale. Au 15 février 2016, la page comptait 53 242 mentions « j'aime ». A titre de comparaison, à la même date, la page du Jardin des Plantes en comptait 89 135, la Ménagerie 15 208, le Musée de l'Homme 13 346, Vigienature 5595 et l'Arboretum de Chèvreloup 1 081. Quant aux pages aimées par le MNHN, on retrouve tous les sites du MNHN qui disposent d'un compte Facebook officiel : le Jardin des Plantes, Musée de l'Homme, Grande Galerie de Minéralogie, Grande Galerie de l'Evolution, le Parc Zoologique de Paris, le Jardin Botanique Exotique Val Rahmeh, le Harmas Jean-Henri Fabre, la Réserve Zoologique de la Haute-Touche et le Musée Buffon.

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"Le doute est le commencement de la sagesse"   Aristote