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Les réseaux sociaux. Un outil de (re)positionnement pour les musées?

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par Bénédicte Fantin
Neoma Business School - Master Grande Ecole 2016
  

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B) Les spécificités stratégiques du positionnement d'un musée

a) Un positionnement fait de valeurs

La question du positionnement stratégique des musées recoupe des réalités très diverses. Des variables comme le statut juridique, la taille ou encore le degré d'internationalisation d'un musée impactent les orientations stratégiques choisies. La segmentation des publics et le ciblage des publics visés entraîneront des positionnements différents. Le Palais de Tokyo, par exemple, a affiché, dès sa création en 2002, la volonté de se positionner comme une marque prônant les valeurs de modernité, d'accessibilité et de transdisciplinarité (Delcayre, 2012). D'autres musées mettent en avant des valeurs davantage reliées aux missions historiques des musées telles que définies par l'ICOM. Ainsi le Musée de l'Homme, rattaché au Muséum national d'Histoire naturelle et qui dépend donc, lui aussi, à

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la fois du Ministère de la Culture et de celui de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, affiche le positionnement suivant sur son site web : « Inauguré en juin 1938, le Musée de l'Homme présente l'évolution de l'Homme et des sociétés, en croisant les approches biologiques, sociales, et culturelles selon la pensée de Paul Rivet : « L'Humanité est un tout indivisible, non seulement dans l'espace, mais aussi dans le temps. » Situé dans l'aile Passy du Palais de Chaillot (Paris 16ème) dans un bâtiment construit à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1937, il rouvre en 2015 après plus de 5 ans de fermeture en réaffirmant le concept de musée-laboratoire voulu par son fondateur. » Le Musée de l'Homme fournit ainsi un bel exemple d'un positionnement stratégique pensé sur le long terme. La réouverture du musée n'a pas ébranlé le positionnement humaniste d'origine. Il a au contraire été l'occasion de le réaffirmer. D'autres musées encore revendiquent un ancrage local comme le Musée de la mode et de la dentelle de Calais qui ciblait en priorité les Calaisiens avant de faire évoluer son positionnement. Originellement le musée affichait les ambitions suivantes : « Le musée a vocation de s'adresser en premier lieu aux habitants de son territoire, Calais et le littoral, dont il constituera l'un des maillons forts de la mise en valeur de son patrimoine ». Ce ciblage allait donc de pair avec un positionnement de revalorisation du patrimoine local pour séduire les Calaisiens en priorité : « Dans le cadre à forte valeur patrimoniale de l'ancienne usine de dentelle Boulart, et à partir des collections et des témoignages qu'ils rassemble (...), l'établissement a pour objectif de faire découvrir la dentelle manuelle et mécanique et d'abord celle de Calais, ses usages et ses représentations, son histoire et son présent, ses techniques et ses hommes. » (Direction des musées de France, 2007). Aujourd'hui, le musée a pris une envergure internationale et dynamique comme le traduit son nouveau nom : « La Cité internationale de la dentelle et de la mode de Calais ». Le terme de « cité », plus que celui de musée, fait du lieu la référence absolue du domaine, comme si le lieu totalisait à lui seul l'ensemble du sujet traité, et ceci sur le plan international. La connotation « vieillotte » de la dentelle a été contrebalancée par la référence plus attractive à la « mode ». Le site du musée fait mention de ce repositionnement : « Acquis en 1987 par la municipalité, ce site patrimonial est aujourd'hui entièrement réhabilité. Il a été agrandi par une extension contemporaine aux lignes ondoyantes signée Moatti et Rivière. Sa façade de verre sérigraphiée aux motifs des cartons Jacquard offre une nouvelle identité aux lieux, résolument tournés vers l'avenir. » On note ainsi le réancrage du musée dans le paysage contemporain grâce à un positionnement renouvelé. Il s'agit d'une belle illustration de la volonté d'un musée de rester en lien avec les publics actuels.

b) Un positionnement qui s'adresse à des cibles variées

Le positionnement stratégique d'un musée ne vise pas à remporter les seules faveurs du consommateur lors de ses arbitrages de sorties culturelles. Conformément au souci de diversification des ressources mentionné plus haut, les mécènes constituent un public à part entière à prendre en compte dans la stratégie de positionnement. Jérôme Kohler, acteur reconnu du secteur de la philanthropie et du mécénat d'entreprise, fondateur de la société de conseil en mécénat L'Initiative Philanthropique, souligne l'enjeu particulier du positionnement au sein de la stratégie des musées : « Pour attirer visiteurs et mécènes, les sites d'art contemporain doivent adopter une stratégie de

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positionnement qui leur soit spécifique. Il faut qu'ils aient un bon mix marketing avec un bon produit (leurs oeuvres présentées), un bon lieu de diffusion (leur bâtiment et leur situation géographique) et un bon service (prestations annexes) » (Delcayre, 2012). Les entreprises qui souhaitent développer une activité de mécénat dans le secteur culturel se réfèrent au positionnement des institutions pour effectuer leur choix. Dans un contexte de surabondance de l'offre culturelle, notamment dans les grandes villes qui concentrent activités économiques et culturelles, les musées qui se définissent par des valeurs fortes et concordantes avec la politique de Responsabilité Sociales des Entreprises, ont davantage de chance d'émerger.

La Fondation Total soutient les expositions du Quai Branly en lien avec l'Afrique depuis 2009 par exemple. Ce choix s'explique par l'implantation du groupe Total sur le continent africain où la Fondation met en place l'itinérance de certaines expositions du Quai Branly, conformément à son engagement social et pédagogique auprès des publics jeunes notamment (Evin, 2013).

Pour revenir à l'exemple du Palais de Tokyo, son modèle de centre d'art public sans collection permanente et dépendant pour moitié de ses ressources propres en a fait un des musées pionniers dans la recherche de mécènes, notamment sous l'impulsion de son directeur actuel Jean de Loisy. Le centre d'art a même fait appel à une agence, Carat Culture, en 2008, pour l'aider dans sa politique de partenariats et valoriser son attractivité auprès des marques. Mark Alizart, directeur général adjoint du Palais de Tokyo, ne dissimule pas ses ambitions de marketing culturel contrairement à d'autres institutions du secteur encore frileuses à l'idée de nouer des partenariats public-privé : « Grâce à cette collaboration, nous attendons de rencontrer des marques en adéquation avec l'esprit du lieu et avec nos artistes » (Carlo, 2008). Le mariage entre positionnement d'un musée et futurs mécènes est particulièrement intéressant pour ce type d'institutions d'art contemporain dont le positionnement fondé sur la rareté et la qualité est susceptible d'attirer les marques de l'industrie du luxe, en accord avec ces valeurs et qui pourraient en bénéficier par un transfert d'image. A ce titre, il est intéressant de constater que ces partenariats musées-marques de luxes sont institutionnalisés. En effet, certains grands musées français comme le Louvre ou Versailles sont membres du Comité Colbert qui fédère les industries du luxe français pour mieux les faire rayonner à l'international (Anfruns, 2012).

Les spécificités du positionnement des musées peuvent ainsi rejoindre celles des grandes marques de luxe à certains égards, notamment pour ce qui est de la symbolique de l'image de marque véhiculée et du caractère exceptionnel et difficilement reproductibles des ressources mobilisées par ces acteurs (unicité de l'offre, capital humain important, etc.)

Conclusion 1) Le capital immatériel ne deviendrait-il pas un critère plus pertinent que la traditionnelle fréquentation pour évaluer la performance des musées ?

Comme nous l'avons vu plus haut, le positionnement peut constituer un levier marketing décisif pour se différencier au sein d'un environnement hautement concurrentiel et symbolique. L'avantage concurrentiel relèverait alors davantage de l'immatériel, du territoire de marque du musée, plus que des ressources physiques de ce dernier. C'est une piste émise par le Rapport de 2006 sur l'Economie de l'immatériel, remis au ministre de l'Economie et des Finances d'alors, Thierry Breton.

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« L'économie a changé. En quelques années, une nouvelle composante s'est imposée comme un moteur déterminant de la croissance des économies : l'immatériel. Aujourd'hui la véritable richesse n'est pas concrète, elle est abstraite. Elle n'est pas matérielle, elle est immatérielle. C'est désormais la capacité à innover, à créer des concepts et à produire des idées qui est devenue l'avantage compétitif essentiel. » (Maurice Lévy & Jean-Pierre Jouyet, 2006). Le rapport invite notamment à la valorisation du riche portefeuille de « marques culturelles » que compte la France, parmi lesquelles celles des grands musées nationaux mentionnés plus haut (Le Louvre, Orsay, Pompidou...). Ces mêmes instituions qui ont su construire un positionnement solide au fil des ans, sont également celles qui ont ouvert la voie à la gestion de la « marque muséale » (Cécile Anger, 2012).

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"Des chercheurs qui cherchent on en trouve, des chercheurs qui trouvent, on en cherche !"   Charles de Gaulle