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Jeux, enjeux et contraintes des grandes puissances au cours du printemps arabe. Le cas des membres du CSNU.

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par Ange Joachim MENZEPO
Université de Dschang-Cameroun - Master en Sciences politiques 2015
  

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CONCLUSION GENERALE .....................................................................212

BIBLIOGRAPHIE....................................................................................216

ANNEXES...............................................................................................240

TABLE DES MATIERES...........................................................................260

INTRODUCTION GENERALE

Un problème social a éclaté à la face du monde à l'orée 2011 en Afrique du Nord. Cette partie du continent est restée sourde et muette depuis longtemps, à l'abri des perturbations que connait le reste de l'Afrique1(*). Le monde arabe, resté longtemps à l'abri du changement, se retrouve en pleine mutation et les éléments internes et externes, régionaux et extra-régionaux se heurtent les uns aux autres pour alimenter les bouleversements actuels2(*). Le mécontentement y a été renchéri par un coût de vie sans cesse croissant. La longévité des dirigeants3(*) a fini par exacerber les populations. Selon Samir AMIN dans un entretien accordé à l'hebdomadaire La Nation, les peuples de cette partie du globe « n'ont plus peur »4(*). En effet, vivant sous des régimes tyranniques, des régimes policiers, ceux-ci se sont toujours tus, se résiliant à penser qu'ils ne peuvent rien faire, passant ainsi sous silence les différentes violations de leurs droits humains. Toute activité ayant un cycle allant de sa genèse à son apocalypse, en 2010, la fin du silence des peuples nord-africains sonne.

Tout commence le 17 décembre 2010. Un jeune tunisien, Mohamed BOUAZIZI s'immole par le feu devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid5(*). Ce fait qui n'est pas inédit6(*), puisqu'il n'est pas le premier dans cette région du globe, va être le germe d'une crise. Celle-ci ne se limitera pas à la Tunisie, puisque par un effet de mimétisme ou de contagion, elle embrasera l'Egypte puis la Libye et d'autres pays arabes. Très vite, ce mouvement sera baptisé « printemps arabe ». Il est assimilé à d'autres événements qui lui sont antérieurs : on peut citer à titre indicatif, le « printemps des peuples » de 1848 auquel il a été comparé ou encore le « printemps algérien » de 1988.

Le mouvement est guidé par plusieurs objectifs dont le départ des dirigeants de ces pays, l'avènement de la démocratie et l'amélioration des conditions de vie pour ne citer que ceux là. En Tunisie, après quelques semaines de résistance, le Président Ben ALI quitte le pouvoir et s'enfuit. En Egypte, la place Tahrir est envahie pendant plusieurs jours par les populations. Elle devient le symbole du mouvement dit de libération de l'Egypte. Suite à quelques pressions internes, le Président Hosni MOUBARAK apporte quelques réformes. La place Tahrir ne désemplit cependant pas et les populations de plus en plus nombreuses finiront par obtenir, grâce à la passivité des forces de l'armée qui ont refusé d'utiliser les armes, la démission de MOUBARAK.

A Benghazi, la rébellion éclate fin février 2011. Dans cette région, le 17 février 2011 avait été décrété « jour de la colère », 48 heures après l'arrestation d'un avocat et militant des droits de l'Homme. Pour endiguer ce soulèvement, le régime de KADHAFI a frappé selon la promesse des « rivières de sang » faite par Seif El ISLAM, le fils du guide libyen. Il s'en suit une guerre qui durera au-delà des prévisions. Celle-ci verra à partir de mi-mars 2011, la participation des grandes puissances dont l'action de lobbying de la France a abouti à l'adoption de la résolution 1973 à l'ONU, résolution qui visait à aller protéger les civils contre les frappes du colonel KADHAFI en Libye. Les P37(*) (la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis) seront très actifs dans la mise en oeuvre de cette résolution, pour laquelle les actions seront menées sous la bannière de l'OTAN. La Chine et la Russie face à cette situation sont plutôt réservées. Ces deux puissances se sont abstenues lors du vote de la résolution et seront très peu actives par la suite.

Qu'est ce qui peut expliquer cette attitude chez les Grandes puissances ? Comment et pourquoi sont-elles intervenues au cours du printemps arabe ? Pourquoi ont-elles eu des attitudes différentes ? Ces questions nous ont amené à nous interroger sur le(s) jeu(x) et les enjeux des grandes puissances au cours du printemps arabe en Afrique du Nord. C'est d'ailleurs dans cette veine que nous avons formulé notre sujet ainsi qu'il suit : « jeux et enjeux des grandes puissances au cours du printemps arabe ».

Avant de poursuivre notre étude, nous nous attèlerons à construire conceptuellement notre sujet et à justifier notre choix des acteurs (I), puis, nous allons faire une revue de la littérature (II), nous relèverons ensuite l'intérêt de notre étude (III). Enfin, après avoir énoncé notre problématique (IV), nous préciserons la démarche que nous avons adoptée (V) et nous formulerons notre hypothèse de travail (VI).

I. CONSTRUCTION CONCEPTUELLE DU SUJET ET JUSTIFICATION DU CHOIX DES ACTEURS.

Afin de donner une réalité à son étude, le chercheur doit construire son objet. C'est sans doute l'une des clés cardinales de toute recherche scientifique. Notre sujet est constitué des concepts suivants : jeu, enjeu, grandes puissances et « printemps arabe ». Après avoir apporté des précisions sur le sens des concepts qui le constituent (A), nous présenterons les raisons qui nous ont poussées à choisir des acteurs précis pour notre étude (B).

A. Construction conceptuelle du sujet

Emile DURKHEIM énonce que le savant doit d'abord définir les choses dont il traite afin que l'on sache et qu'il sache bien de quoi il est question8(*).

Pour Madeleine GRAWITZ, « le concept n'est pas seulement une aide pour percevoir mais une façon de concevoir »9(*). Il a deux fonctions : organiser et guider. Lorsqu'il organise, le concept « exerce un premier tri au milieu du flot d'impressions qui assaillent le chercheur »10(*). Dans sa seconde fonction, le concept « guide la recherche en lui procurant au départ un point de vue »11(*). Il s'agit donc d'une construction-sélection12(*). C'est pourquoi il est important de s'accorder sur les sens que nous avons retenus pour les concepts qui constituent notre sujet. Ceci en effectuant le tri parmi les multiples sens de ceux-ci.

Nous allons nous attarder sur les concepts jeu et enjeu (1) puis grande puissance (2) et enfin printemps arabe (3).

1- Jeu et enjeu

Le jeu est défini selon Michel CROZIER et Erhard FRIEDBERG comme « le moyen essentiel de l'action organisée, le procédé par lequel les participants structurent leurs relations de pouvoir tout en conservant une marge de liberté »13(*). Cette définition met en exergue les relations de pouvoir au sein desquelles les acteurs ont des comportements actifs, offensifs et défensifs14(*). Elle nous donne de relever que dans une situation de jeu, soit l'acteur est très actif, soit il est moins actif. Elle met en lumière les stratégies des acteurs que nous avons mobilisés.

Le jeu est aussi l'interaction stratégique entre deux entités. Selon Anatol RAPOPORT15(*), « c'est une situation dont l'objet est de gagner au moindre coût, donc sans guerre ». Cette définition est d'un apport certain pour notre étude en ceci qu'elle nous permet de nous interroger sur la question de savoir si les attitudes des grandes puissances ont toujours été guerrières. C'est, du moins, ce que nous révèle l'aspect « gain au moindre coût » mentionné par A. RAPOPORT. Elle nous renseigne également sur quelques théories qui sont, à coup sûr intéressantes pour notre analyse, notamment l'interactionnisme et le réalisme, théories sur lesquelles nous allons revenir.

J. ROJOT appréhende le jeu comme « un ensemble de stratégies rationnelles des acteurs, (à caractère de rationalité limitée) »16(*).

Pour notre étude le jeu est considéré comme les stratégies défensives ou offensives mises en oeuvre par les acteurs en interaction, afin de gagner, au moindre coût, si possible, sans guerre.

Quant à l'enjeu, « c'est ce que chaque acteur cherche à obtenir dans le noeud de relations créées à l'occasion d'une situation organisationnelle »17(*).

L'enjeu est assimilé aux objectifs, « ce que vise l'acteur dans la situation immédiate »18(*). Ils sont très largement les opportunités que l'acteur découvre dans la situation, ces opportunités sont elles mêmes fonction de la capacité de l'acteur à les découvrir à l'état latent, à assumer et soutenir les risques associés à chaque stratégie et à établir des relations avec d'autres et donc des relations d'interdépendance. Les objectifs sont fonction du contexte mais sont aussi construits au fur et à mesure que la situation organisationnelle évolue.

Pour ce travail, nous considérons l'enjeu comme l'ensemble des objectifs visés par les grandes puissances dans le cours de leurs interventions.

2- Grande puissance.

Le terme grande puissance est généralement attribué aux pays qui, au travers d'un certains nombre de facteurs (l'économie, la politique étrangère, la force militaire, la qualité du gouvernement...), ont un rayonnement et une influence au niveau mondial. Il découle de la notion de puissance, « catégorie centrale des Relations Internationales en général et du réalisme en particulier »19(*).

Comme le reconnait Kenneth WALTZ, « bien que la puissance soit un concept clé dans la théorie réaliste, sa définition précise reste un sujet de controverse »20(*). Il en va de même pour ce qui est de la notion de grande puissance car au fil de l'évolution de l'histoire mondiale, nous constatons que le nombre de pays ayant une influence sur le monde varie et même, qu'il n'y a pas de constance sur ces pays, ceci au gré de la polarité21(*). Ceci nous amène, dans le cadre de notre étude, à nous limiter aux grandes puissances vues comme l'ensemble des Etats dotés du droit de véto au conseil de sécurité de l'ONU. Cette restriction définitionnelle étant relative aux acteurs que nous avons retenus22(*).

3- Le printemps arabe.

L'expression printemps arabe, prend son envol avec les révoltes qui suivent l'immolation par le feu de M. BOUAZIZI en Tunisie. Ce concept est chargé d'acceptions. La construction du concept « printemps arabe » nécessite dès lors l'adoption de l'approche inductive23(*) qui produit des « concepts opératoires isolés »24(*).

De prime abord, le « printemps arabe » est perçu comme un ensemble de contestations populaires d'ampleur et d'intensité très variables qui se produisent dans de nombreux pays du monde arabe à partir de décembre 2010. Ces mouvements révolutionnaires sont aussi qualifiés de révolutions arabes.

Ensuite, de l'exploitation des travaux d'autres auteurs, nous retenons selon Eric DENECE, que le printemps arabe est l'ensemble « des mouvements de contestation populaire incarnant les aspirations démocratiques et le ras-le-bol des citoyens à l'égard des régimes tyranniques, corrompus et népotiques qui les gouvernaient »25(*). Ces mouvements ont pris forme depuis le milieu de l'hiver 2011 en Afrique du Nord puis au Proche et au Moyen-Orient.

Pour Michel CAMAU, le « printemps arabe » désigne « un processus d'émulation protestataire sans précédent dans le monde arabe »26(*).

Selon Dilek SARMIS, le printemps arabe renvoie aux « changements politiques qui ont touché le Maghreb et le Moyen-Orient depuis l'année 2011 »27(*).

Nous considérons, dans notre étude, le « printemps arabe » comme la construction nominative que la communauté internationale28(*) a donné aux soulèvements des peuples dans le monde arabe, soulèvements qui visaient à obtenir des changements des politiques et du politique dans leurs Etats respectifs.

In fine, après cette conceptualisation, nous entendons par « jeux, enjeux et contraintes des grandes puissances au cours du printemps arabe : le cas des membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies », l'ensemble des stratégies mises en oeuvre par les Etats dotés du droit de véto au Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU) ainsi que ce qu'ils cherchaient à obtenir au cours des soulèvements des peuples dans le monde arabe, plus précisément en Afrique du Nord, sans oublier ce qui les empêche d'y arriver.

Les concepts que nous avons mobilisés nous donnent des indications sur l'espace, sur les axes de notre étude ainsi que sur les acteurs concernés mais ils sont muets quant-à un apport explicatif de leur choix. C'est pourquoi, une fois les précisions données sur les concepts, il est judicieux pour nous de justifier pourquoi nous avons choisi des acteurs précis.

* 1 Nous faisons ici référence à la multiplicité des putschs en Afrique subsaharienne.

* 2 NASSIF Hitti, « Solidarité sociologique arabe », Revue Défense Nationale, N° 743, octobre 2011, p. 3.

* 3 23 ans de règne au compteur de Ben ALI en Tunisie, quasi 30 pour Hosni MOUBARAK en Egypte et la palme de longévité pour Mouammar KADHAFI : 42 ans en Libye

* 4 La Nation N°101 édition du 01 au 07 Mai 2013.

* 5 LABEVIERE Richard, « Printemps, été et automne arabes. Révolutions et contre-révolutions post-globales », Revue Internationale et Stratégiques 83, Automne 2011, p. 77.

* 6 Voir MONIQUET Claude, Printemps arabe printemps pourri, Paris, éditions encre d'orient, 2012.

* 7 L'expression est de ABDOU HASSAN Adam, « A propos de l'intervention occidentale en Libye : étude de l'ouvrage de Jean PING, Eclipse sur l'Afrique, fallait-il tuer KADHAFI ? », Thinking Africa, NDR n° 10, juin 2014, p. 19.

* 8 DURKHEIM Emile, cité par GRAWITZ Madeleine, Méthodes des sciences sociales, Paris, 7e édit., Dalloz, 1986, p. 398.

* 9GRAWITZ (M.), Ibid., p. 348.

* 10 Ibid., p. 348.

* 11 Ibid., p. 348.

* 12 QUIVY Raymond et CAMPENHOUDT Luc Van, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, 2e édition, 1995, p. 120.

* 13 CROZIER Michel et FRIEDBERG Erhard, L'acteur et le système : Les contraintes de l'action collective, Paris, Editions du Seuil, 1977, p. 97.

* 14 ANSART Pierre, Les sociologies contemporaines, Paris, Editions du Seuil, 1990, p. 276.

* 15 RAPOPORT Anatol, «Three modes of conflict», Management science, vol 7, N°3, Avril 1961, pp. 210-218.

* 16 ROJOT Jacques, Théories des Organisations, Paris, ESKA, 2003, p. 224.

* 17 Ibid., p. 218.

* 18 Ibid.

* 19 SMOUTS Marie-Claude, BATTISTELLA Dario, VENESSON Pascal, Dictionnaire des Relations Internationales, Paris, Dalloz, 2è édition, 2006, p. 445.

* 20 Kenneth WALTZ cité par SMOUTS (M-C) et al., Ibid., p. 445.

* 21 « La notion de polarité a trait à la problématique réaliste de la répartition de la puissance entre unités plus ou moins nombreuses au sein d'un système interétatique (...) », SMOUTS (M-C) et al., op. cit., p.423.

* 22 Confère justification du choix des acteurs, pp. 9-11.

* 23 Il existe deux façons de construire un concept. Chacune correspond à un niveau différent de conceptualisation. L'une est inductive et produit des « concepts opératoires isolés », l'autre est déductive et crée des « concepts systémiques ». Voir. BOURDIEU Pierre, CHAMBOREDON Jean-Claude et PASSERON Jean-Claude, Le métier de sociologue. Préalables épistémologiques, Paris, Mouton Editeur, 4e édition, 1983, pp. 51-54.

* 24 « Un concept opératoire isolé (COI) est un concept construit empiriquement à partir d'observations directes ou d'informations rassemblées par d'autres. C'est à travers les lectures (...) que l'on peut recueillir les éléments nécessaires à cette construction », QUIVY (R) et CAMPENHOUDT (L V), op. cit., p. 122.

* 25 DENECE Eric (dir.), La face cachée des révolutions arabes, Paris, Editions Ellipses, 2012, p.8.

* 26 CAMAU Michel, « Un printemps arabe ? L'émulation protestataire et ses limites », l'année du Maghreb [en ligne], VIII/2012, http:// annéemaghreb.revfues.org/1383, consulté le 25 mai 2012.

* 27 SARMIS Dilek, « Que disent les « révolutions arabes » ? Le modèle occidental de démocratie et de laïcité à l'épreuve de l'exemple turc », Printemps arabe, printemps durable ?, Revue des femmes philosophe, N°2-3, mai 2013, p. 27.

* 28« L'ensemble des Etats, Organisations internationales, Organisations non gouvernementales et individus, qui en agissant sur la scène internationale adhèrent aux valeurs communes », SMOUTS (M-C) et al., op. cit., p.67.

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